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Minor Pieces: « The Heavy Steps Of Dreaming »

Le duo canadien Minor Piece présente une suite de chansons totalement habitées, portées par des voix profondes pour une expérience musicale assez intense. L’évocation de The Heavy Steps Of Dreaming constituera donc une exception à la règle. Il s’agit du premier album du duo Minor Pieces composé des Canadiens Missy Donaldson et Ian William Craig.

Dès le titre d’ouverture, Rothko, difficile de ne penser à Low ou Grouper, des formations capables de composer des chansons folk lentes et brumeuses nourries d’ambient music et d’expérimentations, donnant des choses habitées et souvent bouleversantes.
Ici Minor Pieces propose sa propre version du slowcore avec un style qui consiste à associer guitare, machines, bandes magnétiques, basse et synthés aux voix superbes et changeantes de ses deux membres.


Avec une forme de classicisme évident, les deux canadiens chantent dans des registres très variés, en étant capables de passer de voix d’opéra à des tonalités à caractère plus religieux.
Un album inclassable, très original, d’une intensité remarquable, à la beauté sombre et envoûtante dont les titres renferment par moment une dimension cinématographique évidente. Une musique à vivre autant qu’à écouter.

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22 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Sigh Of Relief: « Injection »

C’est à un étrange et fascinant voyage que nous vous invitons pour finir cette nouvelle brève de platine avec la présentation d’Injection, le projet ambient de Sigh of Relief, alias Bubba Kadane de Bedhead et The New Year.

Ici, point de slowcore, ni de chansons mélancoliques et dépressives mais un unique morceau ambient de 40 minutes qui s’insinue peu en peu entre nos oreilles et semblent se diffuser jusqu’à la pointe de nos orteils, nous laissant dans un état de douce mais attentive léthargie.

Bubba Kadane travaille depuis 2015 sur ce projet, l’étirant peu à peu, avant de le ramasser à nouveau  pour atteindre une pureté musicale dépourvue de tout artifice et nous offrir un objet sonore hypnotique et fascinant.

Si l’atmosphère peut d’un premier abord se révéler inquiétante, c’est au final un bonheur profond que diffuse Injection. Superbe et infectieux!

***1/2

5 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Samana: « Samana »

Samana est un duo masculin/féminin venu de Brighton formé par Rebecca Rose Harris et de Franklin Mockett mélangeant avec brio slowcore, art-rock et indie folk et présentant ici son tout premier albuéponyme comme ile se doit.

Composé de 10 titres, la fusion musicale de Samana se veut résolument cinématographique avec une prédilection pour des paysages en noir et blanc. Entre la voix grave et désabusée de Rebecca Rose Harris et ses influences dignes de Mazzy Star, Nick Cave et Sigur Ros, on se laisse emporter par des titres somptueux allant de « Before The Flood » à « I’ll Keep You With Me » en passant par les intenses et hypnotiques « Harvest », « The Sky Holds Our Years » et autres « Blue Requiem ».

Ces dix morceaux sont écrits à partir, selon leurs dires, de l’interprétation de leurs rêves et de rituels philosophiques anciens.Ce n’est donc pas pour rien que Samada nous procure mille et une frissons que ce soit sur « De Profoundis » avec son final bien rugueux et haletant ou même sur « Beneath The Ice ». Le premier album du duo est une expérience plutôt unique et captatrice de par son honnêteté émotionnelle.

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23 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Spain: « Mandala Brush »

Après un The Soul of Spain partagé entre hymnes électriques et ballades plus introspectives, et la mélancolie alt-country de Carolina, c’est du côté de la mystique et du psychédélisme que vient fureter cette nouvelle réussite du groupe de Josh Haden, fidèle à son titre et au fameux symbole bouddhiste de l’univers, le mandala, qui orne sa pochette.

Une spiritualité que le groupe n’a jamais reniée depuis les spirituals affligés et feutrés de son chef-d’œuvre inaugural The Blue Moods of Spain, et qui n’hésite pas ici à célébrer le retour du Seigneur pour tester nos nations corrompues au son d’une americana aux cuivres mariachi (« The Coming of the Lord »). Entre deux bijoux d’alt-country chorale faisant la part belle aux backing vocals de ses sœurs Petra et Tanya (« You Bring Me Up » et son coda gospel, ou le sublime « Laurel, Clementine »), un classique instantané de folk jazzy aux émotions à fleur de peau (« Folkestone, Kent) » et un hymne plus pop et dispensable (« Sugkarane »), on pourrait croire sur le papier que Spain est rentré dans le rang, se reposant élégamment sur ses lauriers comme au tournant des années 2000, avec des chansons certes plus inspirées qu’à cette période de transition avant séparation mais sans audace ni prise de risque. Il n’en est rien.

On entend en effet sur ce nouvel opus des jams folk-rock opiacés aux allures de western halluciné (« Maya in the Summer »), du pur rock psyché versant atmosphérique élevé à Can et au Pink Floyd des origines (« [Rooster † Cogburn] ») et son incandescent final guitare/orgue/batterie) ou encore une complainte acoustique au fingerpicking délicat où l’accordéon lancinant de Mike Bolger et les cordes poignantes des deux sœurs font merveille (« Holly »). Autant de morceaux qui trouvent leur place dans le grand tout de ce Mandala Brush avec une sorte d’harmonieuse asymétrie déjouant la perfection annoncée par la géométrie du mandala, une figure qui semble ici dédiée à la féminité et plus largement à la vie, comme en témoigne en son centre le symbole de Vénus.

Mais la pièce maîtresse de ce nouvel opus est autrement plus surprenante encore. Du haut de ses 15 minutes mystiques et sinueuses, « God Is Love » fait fi de la voix suave de l’Américain pour laisser place aux circonvolutions d’une flûte orientale, le mizmar, et au violon nébuleux de Petra Haden sur fond de batterie tantôt chamanique ou carrément free jazz, de basse tâtonnante et de guitare acoustique méditative.

De son ouverture arabisante à son final aux chœurs opératiques et aux vents habités, ce titre évoque dans l’esprit le meilleur de Everything Sacred première sortie du trio Yorkston/Thorne/Khan, et pourrait être le chef-d’œuvre du disque, si ce n’était pour son final « Amorphous, » sans doute l’errance folk-jazz la plus confondante et abstraite à la fois entendue depuis la grande époque de Tim Buckley. Ce coup-ci, les vocalises plaintives de Josh, capiteuses et tourmentées, sont pour beaucoup dans le désespoir que véhicule ce titre percussif et psychotrope à souhait, comme sur le plus cadré mais tout aussi libertaire et hypnotique Tangerine, au crescendo foisonnant digne de Van Morrison.

On l’aura compris, depuis sa reformation en 2007, le groupe californien n’en finit plus de se réinventer tout en restant fidèle à ses thématiques de prédilection et à un songwriting racé aux sentiments exacerbés… l’équilibre des plus grands.

****1/2

 

10 novembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Bill Wells & Aidan Moffat: « The Most Important Place In The World »

Ce deuxième album de Bill Wells & Aidan Moffat débute sur un « On The Motorway » , une ode étrange puisqu’elle vante les mérites de se retrouver coincé sur l’autoroute, à la foid énervé et perclus par cet ennui que la situation provoque. C’est un titre emblématique de The Most Important Place On The World car nous sommes à un croisement et que le disque s’avérer être une sorte de « road album » naviguant tout au long de la vie, de l’amour, du sexe aussi ; bref tout ce qui a le corps et le coeur. L’opus va s’écouter comme un hymne à la ville, destination finale, dans ce qu’elle symbolise : la tentation, l’ange gardien, le lieu des grandes passions et la confidente. « The city wants to take me back… her legs are spread » chante Moffat explicitement devant un feu clignotant comme une oeillade. Le narrateur prendra-t-il le bon tournant ? C’est l’écoute qui nous permettra peut-être de le déterminer.

« On The Motorway » indique un changement de direction mais cela n’implique pas que, musicalement, des frontières ont été malmenées. Les « torch songs » mélodramatiques et avant-jazz et la cocktail-pop poétique qui définissaient le « debut album » des deux écossais, Everythings Getting Older meilleur album écossais de l’année 2012), sont toujours aussi appuyées comme en témoignent des titres de la nature de « This Dark Desire », « Far From You » ou « Any Other Mirror ». En revanche, les bifurcations y sont pléthoriques ; un gospel calédonien (sic!) (« Street Pastor Colloquy, 3am »), une electro-pop euphorique (« The Eleven Year Glitch »), une élégie jazzy à la Tom Waits (« Lock Up Your Lambs ») sans oublier la « power ballad » rongée par la culpabilité qu’est « The Unseen Man ».

Moffat est toujours à son aise dans la pop noire teintée d’érotisme (« Nothing Sounds sweeter than a stolen sigh »), un librettiste vagabond qui s’avère être un loup-garou (« I howled a pem at the first moon I saw ») et un naturaliste urbain contemplant la vie sauvage qui y règne («  This is the soul of the city, her glory stripped, her passions laid bare »). Les mélodies de Wells sont étayées par un piano raffiné et les chorus jazzy sont aussi fascinants et charmeurs qu’ils l’étaient déjà sur le disque précédeent.

S’y ajoutent des saxos, des trompettes et des cordes qui ajoutent embellissement et ravissement, le tout ponctué par ce feu clignotant qui rythmera le chant du cygne de l’album, « We’re Still Here ». The Most Important Place On The World est une sorte d’hommage à ce qu’est de vivre à la croisée de chemins, d’en franchir certains au travers de mots et de musiques , de se heurter à des murs et de faire preuve de résilience en notre capacité à défier les obstacles. C’est une célébration de la précarité de la vie, mais c’est aussi cet endroit le plus important du monde qui nous permet, en frôlant les abîmes, de rester vivants.

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16 mars 2015 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire