Foxygen: « We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic »

22 février 2013

On pourrait très bien jouer, avec ce disque, à la devinette et trouver le nombre de références, plus ou moins cachées, qui y figurent. Après un premier album assez volontairement confus, notre duo de rockers rétros reste délibérément le regard fixé en arrière (disons les sixties) et continue d’évoluer sur un registre qui oscille entre hommage et pastiche, tribut à l’originalité d’une époque ou parodie de la-dite époque.

À quoi, alors, s’intéresser quand la couleur est ainsi annoncée ? Certainement pas à noter que, par exemple, « San Francisco » fait penser aux Kinks, que « No Destruction » pourra intéresser tout fan de Dylan ou de Al Stewart, ou que « In the Darkness » sera une énième chanson inspirée des Beatles. We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic manie l’irrévérence et ne s’en cache pas ; il est donc nécessaire de le considérer à l’aulne de ce qu’il a de plus que le premier LP de Foxygen.

Un « progrès » se situe dans la production de Richard Swift, avec une volonté d’éloigner le combo du lo-fi. Nous sortons dès lors du domaine de l’amateurisme et surtout de l’artifice. L’appropriation se situant à un niveau flagrant, il était nécessaire de s’attacher à des structures de compositions qui pouvaient permettre de jouer avec ces brusques changements d’humeurs et de tonalités. La plupart des morceaux voguent (ou vaquent) allègrement un peu comme un pick pocket le ferait dans une rame de métro. De ce travail de reconstruction Sam France et Jonathan Rado se sortent avec les honneurs. Sachant très bien que, s’ils envisageaient un « concept album » ou un mini Sgt. Pepper’s, ils n’en auraient pas la facture. Le groupe préfère donc se focaliser sur un panorama léger et inconséquent qui donne parfois la sensation que l’on assiste à un dessin animé où le tandem serait, cette fois, Hanna et Barbera s’essayant au Rock and Roll.

We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic est un album charmant et, en majorité, grandement charmeur. Bien sûr, il ne prétend pas être ce qu’il proclame dans son intitulé et, à ce titre, parvient à restituer un peu de cette magie qui animait « l’Âge d’Or du Rock & Roll ».

★★★½☆

Adam Green et Binki Shapiro: « Adam Green et Binki Shapiro »

4 février 2013

Adam Green et Binki Shapiro ont décidé d’enregistrer en duo un disque tout entier consacré à l’esthétique des années 60 ; studio analogique et chansons d’amour. On pourrait penser à Sonny & Cher sauf que, chez eux, tout n’est pas que fleurs et soleil et qu’ils se montent capables de le réaffirmer avec une honnêteté brutale mais rafraichissante.

Les arrangements sont pourtant délicats, la douceur de la voix de Shapiro complémente très bien la baryton de Green mais les morceaux véhiculent une tension permanente qui force une audition sur le qui-vive. L’album est éponyme comme pour souligner sa véracité et il prend l’apparence d’un dialogue qui serait celui de deux amoureux potentiels prenant la mesure du fait qu’ils sont à des années-lumières l’un de l’autre.

« Here I Am » ouvre ainsi le disque de façon gentiment acoustique comme pour célébrer un retour et les bonnes vibrations qu’il entraîne mais, très vite, « Casanova » dramatise, façon Lennon, la relation et instille le doute entre les deux protagonistes. Il en sera de même sur « Pity Love », ballade presque « middle of the road » , sur « Pleasantries » et son dialogue chanté à la gentillesse faussement apaisée ou un « What’s The Reward » qui étend sa complainte en un jeu de questions réponses où s’entrechoquent acoustique et électricité pour déboucher sur un chorus aux tonalités alarmistes.

Adam Green and Binki Shapiro épousera donc avec brio toute la dramaturgie de la relation amoureuse, musicalement et lyriquement. Entre la colère rentrée de « I Never Found Out » et la résignation de « Don’t Ask For More », il propose un bain de jouvence sans tomber dans l’angélisme niais ou le pathos extravagant. Plus qu’un exercice de style nostalgique, il en est une réussite voire même une recréation.

★★★½☆

Interview de Dave Davies: God Save The Kinks.

15 décembre 2012

Dans un monde meilleur et juste, les Kinks seraient aussi populaires que les Beatles. Il y a, bien sûr, leurs innovations musicales mais aussi cet esprit frondeur et rebelle dont ils ne se sont jamais départis et qui, peut-être, a causé leur perte. Sans doute aussi ce groupe dont n disait qu’il représentait la quintessence de la « Britishness » les a aliénés d’avoir une audience plus vaste. Mais on peut également penser que c’est cette dernière idiosyncrasie qui fait partie de leur génie.

De toute évidence, à l’inverse de Paul McCartney, Ray Davies ne risquerait pas d’être reconnu si il sirotait une bière dans un pub et il en serait de même pour son frère Dave. Ce relatif oubli peut, également être cause de surprise car, après tout, Dave Davies se faisait une spécialité de lacérer les amplis à coups de lames de rasoir et, plus musicalement, d’avoir fait entrer la pop dans le hard rock avec ses riffs monstrueux sur « You Really Got Me » et « All Day And All Of The Night ». Sans lui, le punk et le métal auraient-ils existé ? Question rhétorique… Dave, en mettant en place cette mutilation expérimentale, essayait autre chose. Savait-il quoi si ce n’est le désir de sonner différemment de ses contemporains à la six cordes ? Toujours est-il qu’il a permis à la pop de négocier un nouveau virage ; et ceci peu de musiciens peuvent s’en vanter.

Mais Dave était aussi un chanteur dont les vocaux rocailleux s’harmonisaient avec la diction plus modulée et subtile de Ray, un personnage flamboyant et outrageux et un compositeur dont il ne faudrait pas oublier le merveilleux « Death of a Clown » enregistré avec les Kinks comme « backing band ».

Paru il y a quelques mois, Hidden Treasures recèle, avec d’autres compositions, toutes ces pépites qu’il a interprétées ; celles qui devaient figurer sur un premier dis

que solo , un de ces « lost albums » enfin déterré. Cela représente aussi, une opportunité incontournable de s’entretenir d’une bien jolie carrière qui se confond, évidemment, en grande partie avec celle des Kinks.

D’abord, qu’en est-il de Two Worlds (une pièce de théâtre issue du disque électronique qu’avait sorti son fils Russ sous le nom de Aschere Project) ?

Nous avons quelques nouvelles compositions et d’autres personnages mais nous n’avons pas encore trouvé de financement. On cherche une petite compagnie théâtrale mais il n’y a rien de tangible hormis les morceaux et une histoire. Tout cela s’agence assez bien et j’en suis plutôt content.

Avez-vous d’autres projets avec Russ ?

En ce moment, j’écris des chansons pour un disque solo, un disque de rock stricto sensu, dont j’espère qu’il sortira l’année prochaine. Je me suis donc concentré dessus tout en travaillant sur ce Aschere Project. J’ai donc un agenda assez chargé, tout comme Russ qui est assez prolifique et occupé avec ses trucs.

Avait-il collaboré à Fracured Mindz (disque solo de Dave contenant quelques touches électronique) ?

Pas du tout non. Il tournait pas mal à l’époque mais nous nous sommes influencés mutuellement. On échange constamment des idées et des réflexions. Je crois que, quand vous travaillez avec quelqu’un qui vient d’un autre monde musical, cela vous donne des perspectives différentes et vous permet de faire évoluer votre univers musical.

Vous avez un autre fils, David.

Oui, il joue dans Karma to Burn et il a formé un groupe Year Long Disaster alors qu’il était en réadaptation… Ils jouent du hard rock, ce qui correspond plus à mes goûts musicaux.

Vous disiez, voilà quelques mois, que vous n’étiez pas très intéressé par la sortie de Hidden Treasures, qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

Ce qui a changé est tout simplement le fait que mon label l’a assemblé pour moi. Je n’ai pas eu à passer par les corvées de trouver les bandes et les masters. J’ai apporté ma contribution pour la pochette. Je voulais l’appeler Framed (« encadré », « piégé »)mais ça faisait un peu obscur. Moi j’aimais bien car j’ai toujours eu l’impression qu’on cherchait à me manipuler. Je me suis un peu disputé avec le management qui me disait de le faire alors qu’au même moment j’écrivais des trucs assez cafardeux comme « Crying », « Do You Wish To Be A Man »…

Il y avait un côté autobiographique alors…

Il y avait deux aspects en fait. D’une part aller dans ce petit studio qui ne me plaisait pas trop et composer alors que je n’avais pas vraiment envie d’écrire. Dès que je me sens pas très bien, je m’appuie sur les expériences sentimentales que j’ai eues avec ma première sérieuse petite amie. Je suis tombé amoureux d’elle à 15 ans et on a eu un bébé ensemble. C’était pas évident à l’époque pour des écoliers de s’occuper de petits enfants. Aujourd’hui c’est devenu normal ! (Rires) C’était donc mal vu et nos parents respectifs cherchaient à nous séparer. Ça m’a passablement perturbé et c’est cela qui m’a mené à écrire plus tard « Funny Face » ou « Susannah’s Still Alive ». Tout ça était basé sur Sue et moi…

Beaucoup de titres abordent le thème du retour après une longue absence ; pour vous c’était les tournées vraisemblablement.

Oui, c’était ainsi que je vivais à l’époque. Tourner et ne penser à rien. Il y a eu des bons moments mais c’était aussi une période assez triste dans ma vie. J’essaie de me rappeler certains titres…

« This Man He Weeps Tonight », « Mindless Child of Motherhood » ?

Oui, c’était Sue à nouveau. (Rires) À l’époque ils avaient ce qu’on appelait « Unmarried Mothers Homes » et j’allais souvent du côté de celui où Sue était. C’est d’une de ces innombrables promenades qu’est venu ce dernier titre… Je pensais qu’elle ne voulait plus me voir et elle me blâmait car nos parents avaient, chacun de leur côtés, essayé de nous persuader que l’autre ne l »aimait plus. C’était assez cruel.

Et « Love me Till The Sun Shines » ?

C’était pareil. Le fait de savoir que je ne pouvais être avec elle et se dire un truc cliché comme : «  Tant que tu m’aimeras, on pourras trouver une solution quoi qu’il arrive ».

Ce morceau et « Funny Face » devaient-ils être inclus dans votre album solo ou était-il prévu qu’ils soient intégrés dans Something Else by The Kinks ?

« Funny Face » aurait pu être un « single » mais je pense que les gens étaient un peu préoccupés par les références à une amie prenant de la drogue. J’ai mélangé l’histoire de Sue avec deux filles que je connaissais et qui étaient toujours défoncées. Il était assez courant que les musiciens de rock et que les modèles carburent aux amphétamines et à l’alcool à l’époque.

Pour quelle raison le disque initial ne s’est-il pas matérialisé au moment prévu ?

Je ne le souhaitais pas car c’était un album trop déprimant. J’étais vraiment mal dans ma tête à l’époque et je pensais qu’il serait incorrectement perçu. Je souhaitais que les gens m’associent à des sons qui suggèrent que j’étais, moi aussi, un élément fondamental des Kinks. Il y a une part de moi qui est hédoniste, optimiste, extravertie et je croyais que ce disque aurait eu l’effet inverse sur les gens. (Rires) J’ai appris plus tard que le management avait d’autres raisons de vouloir que je le sorte, une histoire de contrat qui était lié à celui des Kinks, un truc sur le nombre de disques à réaliser.

Le riff de piano sur le chorus de « Hold My Hand » ressemble beaucoup à celui de la guitare sur « The Village Green Preservation Society ».

Eh bien, c’était le même groupe ! (Rires) Les morceaux composés en meêm temps ont tendance à se ressembler, non ?

« Mr. Reporter » faisait-il référence à une personne en particulier, ou un événement spécifique ou était-il plus général ?

À cette époque, les médias c’était vraiment de la merde. S’ils ne vous aimaient pas, ils pouvaient vraiment vous sabrer. Si vous ne faisiez pas partie de ce que l’on appelle le goût du jour, ils se

montraient assez épouvantables. Aujourd’hui ça peut encore être la cas mais auparavant c’était vraiment des images en noir et blanc. Pour certaines raisons, beaucoup d’entre eux n’aimaient pas les Kinks. Peut-être parce qu’on était un peu débraillés, je ne sais pas. Les gens voulaient des trucs « poppy » et « sympas » du style « tout le monde est heureux ». Mais la vie n’est pas faite ainsi. On évoquait plus la vraie vie,, sur « Dead End Street » par exemple. Les musiciens n’étaient pas censés aborder de tels sujets, ils était censés chanter sur des sujets sans intérêt. « Mr. Reporter » a certainement été basé sur un article qui nous démolissait et disait que mon jeu de guitare était grossier, notre son primitif et que nous ne savions pas chanter. Vous savez certaines personnes peuvent être épouvantables, quand elle n’ont pas d’imagination, elle ne comprennent pas ce qu’est l’inspiration.

Peut-être s’agissait-il de musiciens ratés…

Beaucoup de journalistes dans les années 60 et 70 n’avaient pas réussi dans la musique. Il y avait une certaine amertume à penser que quelqu’un pouvait avoir un « hit » avec cinq accords alors qu’eux pouvaient en jouer six sans avoir de succès ! C’est comme aux dés, parfois vous gagnez, parfois vous perdez.

Vous sentez-vous mal évalué dans le panthéon des grands guitaristes ? Vous n’êtes jamais cité dans des sondages alors que beaucoup pensent que vous le devriez.

Les gens qui font ces classements sont des andouilles. On ne peut pas comparer Eddie Cochran et Gary Moore. Moi, ce qui m’intéresse ce sont les personnalités. Je pense que Pete Townshend est plus inspiré que Gary Moore qui est brillant mais a moins de substance. Je regrette qu’il soit mort récemment mais je n’ai jamais apprécié son jeu. Je préfère les musiciens qui construseint quelque chose qui semble avoir du sens pour moi. N’importe qui peut apprendre la guitare et devenir assez bon si il a assez d’argent pour se payer des cours. L’important n’est pas ce que l’instrument fait mais ce que la personne qui en joue est capable de vous faire ressentir en matière d’émotion. La musique, ça n’est pas faire un étalage de gammes, c’est une affaire d’âme et d’inspiration. C’est pour cette raison que j’estime que Pete Townshend était sous estimé, que Eddie van Halen était meilleur quand il était bourré et qu’il ne savait pas ce qu’il jouait. Quand il était sobre, c’était plus comme un examen de maths. (Rires) Je n’aime pas trop ça ; les punks étaient plus sur le registre de l’émotion et de l’attitude que sur le : « Regarde comme je suis bien coiffé aujourd’hui ! »

On vous a probablement demandé souvent ce qu’il en était de la légendaire petite boîte verte sur votre ampli Elpico…

Oui, j’adorais cet ampli, même avec toutes ces lacérations !Quelqu’un me l’a volé. Mais quan,d j’ai fait ce film sur BBC 4 avec Julian Temple (le documentaire de Ray Davies Kinkdom Come) il m’en a trouvé un très semblable çà l’original. On a donc simulé la scène d’une main lui donnant des coups de rasoir. C’était toujours lié à Sue vous savez ; je ne savais pas si je devais me couper les veines ou lacérer l’ampli.

Vous avez faite le bon choix. (Rires)

J’apprécie les accidents. Parfois, en studio vous obtenez des heureux hasards ; vous ne savez pas ce que c’est mais ça vous paraît bon donc vous les gardez. Si vous essayez de trop analyser, vous perdez votre énergie et votre spontanéité. J’ai trouvé très rafraîchissant le fait que beaucoup, à la fin des années 70, s’essayaient à enregistrer avec des guitares désaccordées. Quand on tournait en Amérique, on était dans notre loge et en entendait des guitares jouant ensemble des gammes immaculées. Nous on s’accordait, on branchait et c’était parti ! C’est très américain de privilégier la technique, mais il n’en faut pas trop…

Vous avez eu aussi un choc électrique en bidouillant un ampli.

J’avais un câble avec une fiche d’un côté et une double terminaison de l’autre. Je les ai mis dans l’entrée des terminaux de hauts-parleurs. Je pensais en savoir plus que j’en savais réellement car je les ai branchés dans les terminaux du transformateur. (Rires) Ceci dit, ça a marché ; j’ai juste eu à les brancher dans un plus gros ampli.

À quoi vouliez-vous aboutir ?

Je n’en ai pas la moindre idée. J’espérais juste obtenir quelque chose de bon, de différent. On n’est jamais sûr, vous savez… Quand j’ai commencé à peindre, tout se terminait pas des abstractions car je n’avais aucune technique. Ensuite je me suis dit que certains mélanges n’étaient pas si mal, surtout quand vous peignez à l’huile. Au bout du compte, il n’est pas toujours facile d’identifier ce qui est de l’art et ce qui ne l’est pas.

Comment a réagi le reste du groupe quand vous leur avez fait entendre ce son si plein de distortions ?

Tout le monde l’a accepté. On savait que ça allait être un truc instantané. Beaucoup de gens détestaient ça car ils trouvaient que c’était trop agressif. On faisait des concert et vous aviez toujours un type pour ricaner et nous dire qu’on ne savait pas jouer. Mais quand c’est devenu un « hit » tout le monde a changé d’attitude. C’est pareil avec la monde, ilvous suffisait d’aller acheter un chapeau de vieille dame, d’être pris en photo pour que, la semaine suivante, on considère que c’était cool.

La plupart du temps je portais ce type de vêtements pour choquer ; c(était à prendre au second degré. Le côté affecté et apprêté était très important dans les années 60 car beaucoup de gens du music business étaient gay. Je n’ai jamais vu autant d’homosexuels que là car, à l’époque, c’était illégal et vous risquiez de vous retrouver en prison. On jouait aussi là-dessus et on se la faisait précieux. On était juste des gamins qui s’amusaient.

Ray a-t-il écrit « Dedicated Follower of Fashion » en pensant à vous ?

Oui . J’aimais tous ces trucs-là. Ma nouvelle petite amie était branchée cheveux bouffants et habits en PVC. On échangeait nos vêtements et je crois qu’on a été un des premiers groupes à se maquiller et à mettre de l’eye-liner. Comme j’avais de longs cils, ma copine mettait du mascara car elle en était jalouse. (Rires) On essayait pas mal de choses car auparavant les gens issus de la classe ouvrière n’étaient pas vraiment autorisés à être si artistiques et à s’exprimer de cette façon si extravagante. Les sixties ont été une véritable révolution ; les ouvriers apparaissaient dans des films comme Saturday Night And Sunday Morning avec Albert Finney. C’était un gars super, l’acteur rock and roll par excellence.

Il y a ce passage dans Kinkdom Come où vous mentionnez ces gens qui, en Amérique, vous demandent si vous êtes un garçon ou une fille et où vous répondez que vous êtes les deux…

J’étais étonné de voir combien les Américains étaient si rétrogrades à l’époque. C’était complètement différent en Europe, particulièrement Copenhague. Mais Paris, Londres ou Manchester étaient aussi des villes clés. C’est vraiment plus tard que les Américains ont embrayé le pas. Quand on a fait notre première tournée aux USA, pour moi c’était le Rêve Américain mais la musique était vraiment ringarde, très variété et les gens étaient si bigots. J’avais peur de sortir dans des villes comme Detroit ou Kansas City car tout le monde vous regardait de travers.

Le « drone » de guitare sur « See My Friends » était-il votre idée ?

Je ne sais plus très bien comment c’est arrivé mais Ray et moi étions tous deux très fans de Davey Graham. C’est un des musiciens les plus sous-estimés dans le rock et la folk. C’est lui qui a apporté cette influence Hindou dans le folk. On l’écoutait beaucoup et on se demandait comment il faisait. C’était un excellent guitariste et il avait cette voix nonchalante merveilleuse. Il nous a influencés, tout comme beaucoup d’autres venus de la tradition du skiffle. Pour moi, ça a été le premier important guitariste anglais. Il s’était rendu au Maroc et il y avait acquis son style. Il nous a donc indirectement influencés sur « See My Friends ».

Comment se fait-il que ce soit vous qui ayez chanté sur certaines compositions de Ray come « I’m Not Like Everybody Else » ou « Wicked Annabella » ? Était-ce une question de registre ?

Certains octaves sonnent mieux avec moi, d’autres avec Ray même si mon registre me permet de chanter de tout. Je me suis aperçu, avec l’âge et en travaillant sur The Aschere Project et Fractured Mindz, que ma voix avait pas mal changé et était devenue plus profonde. C’est une chose avec laquelle je joue car c’est plutôt agréable de pouvoir ainsi varier ses modulations.

En 2002, sur Bug, votre voix avait cette même tonalité rgrinçante qu’au temps des Kinks.

J’ai essayé diverses choses sur cet album, par exemple utiliser des micros meilleur marché. Ceux qui sont très chers, avec des condensateurs à valve, sont si sensibles que j’en ai abîmé pas mal. En plus, trop d’air sortait de leurs canaux. J’ai eu plus de chance avec une réponse plus plate sur ces micros moins onéreux. Tout dépend du son que vous voulez obtenir ; personnellement je ne suis pas du genre à chercher un micro pendant des mois puis à essayuer de m’y adapter.

Était-il frustrant, à l’époque, de ne pas pouvoir glisser quelques unes de vos compositions dans The Village Green Preservation Society et Arthur ?
J’adore Arthur. Je considérais qu’il représentait le renouveau des Kinks. Je m’y était beaucoup impliqué tout comme dans ces trucs qui renouaient avec un esprit de famille et nos racines, Muswell Hillbillies par exemple. Je voulais vraiment aller jusqu’au bout ; je suis le style de personne à faire les choses à fond si elles lui parlent. Pour en revenir à Hidden Treasures, ou Framed comme j’aime l’appeler, je ne jouais pratiquement pas de guitare à l’époque. Mais quand vous vous sentez au top, chaque accord peut résonner comme un tout nouvel accord…

Votre jeu de guitare est assez prenant, en particulier sur les chorus de « Victoria », « Drivin’ » et d’autres…

Tout ça vient de ces vieux jazzmen. Si quelqu’un trouvait un bon riff, tout le monde l’interprétait. C’est ainsi que le blues a débouché sur le rock and roll : si vous aviez un super riff de blues, tout le monde avait envie de le jouer. Je crois que ça n’a pas vraiment changé. Le riff sur le chorus de « Drivin’ » vient tout droit de ces artistes country comme Chet Atkins, Eaarl Scruggs ou Lester Flatt. On a essayé de les copier et c’était pas très bon ! Le positif est que, dans ce cas, vous inventez quelque chose pour vous-même. J’ai eu pas mal de chance en un sens car Ray était assez pédant et voulait absolument obtenir le son idéal pour des trucs comme Shazam ! Ceci dit, quand j’y suis parvenu, je ne me rappelais plus comment et ce qui en sortait était complètement brouillé. Je suppose que c’est ce qu’on appelle l’improvisation..

J’avais une très mauvaise mémoire et je mettais dit qu’apprendre des gammes serait une bonne solution. Mais ça m’ennuyait plus qu’autre chose… Je crois que, en ce qui concerne le fait de jouer d’un instrument, ce qui est me lieux est quand quelque chose d’inattendu survient et que, dans votre innocence, vous pensez avoir inventé un truc qui n’a jamais été fait auparavant. J’estime que quand vous éliminez cette approche l’art cesse d’être de l’art. Parfois, quand vous n’êtes pas certain de ce que vous faites, quelque chose de magique se produit. Bien sûr, pas mal de merde en sort aussi ! (Rires) Quand c’est quelque chose qui existe déjà mais que vous l’abordez de façon décalée, ça en devient novateur. C’est assez bizarre tout cela. On ne peut pas trouver la source de l’inspiration, Dieu merci. Ce serait terrible si on sortait un manuel pratique sur la meilleure façon d’être un artiste.

Je crois que le meilleur de ce que l’on fait est issu de ce qui est à l’extérieur de notre esprit et non de l’intérieur. Parfois, quand on était en tournée, en sortait d’avion complètement à l’Ouest et on devait aller faire les balances. Je déteste ça ! On jouait un peu au hasard, sans rien de clairement défini. Plus tard, à l’hôtel, un roadie venait nous voir et disait : « Eh, c’était quoi que vous jouiez ? C’était super ! » Nous on ne savait pas de quoi il parlait. Il y a donc toujours quelque chose d’intéressant qui peut sortir quand vous jouez n’importe quoi…

Je ne vais pas pousser la négligence à ne pas m’enquérir d’une éventuelle reformation des Kinks.

Mouais. Je crois que ce sera quand Ray descendra de son nuage et reviendra à la réalité. Je pense que la pire chose qui lui soit arrivé est de recevoir un CBE (Commander of the British Empire, distinction honorifique attribuée par la monarchie). Les gens se mettent à penser qu’ils ont meilleurs que ce qu’ils valent réellement. C’est une question d’ego et ça me chagrine car, dans notre musique, il n’était jamais question d’ego. On voulait se moquer, parler de nos colères, aborder tout un tas d’émotions. Ce serait bien de revenir à ça mais je crois que Ray est trop préoccupé de sa propre personne. C’est dommage, vraiment…

Vous ne vous êtes pas revus au moment du décès de Pete (Quaife, bassiste des Kinks de 1962 à 1969) ?

Non… Pete était, lui aussi, un trésor caché, il faisait partie de l’ADN des Kinks. C’étaitnotre catalyseur et je ne pense pas que Ray et moi aurions réussi autant sans lui. Il était très talentueux, avait l’esprit vif et c’est lui qui nous a permis de rester soudés. Dès le début des Kinks, il était beaucoup plus important que les gens ne pouvaient l’imaginer.

Comment s’est passé son remplacement par John Dalton ?

Je m’entendais très bien avec John. Ce qui était bien avec lui était son côté terre à terre et éloigné du show-bis. C’est pour cela que Ray et moi l’apprécions, il ne la ramenait pas mais il était cool et jouait super bien. Il venait d’un milieu similaire au nôtre et ça aidait… Il ne prenait pas les choses trop au sérieux mais il valait mieux ne pas s’en prendre à lui car il ne se laissait pas marcher sur les pieds.

Vous scrutez toujours les OVNIs ? Vous dites avoir rencontré des gens très sincères parm.

Je crois que quand vous voulez croire quelque chose rien ne vous fera changer d’avis. J’ai rencontré des personnes convaincues d’avoir été kidnappées par des extra-terrestres. Certains simulent mais je sais repérer les menteurs et ceux qui y croient vraiment. C’est en grande partie de notre faute ce rapport à la vérité. On n’aime pas qu’on nous la dise aussi on se construit une carapace en prétendant être meilleur que l’autre. Peut-être qu’aujourd’hui les choses vont changer car nous avons tous besoin de nous réveiller, de faire fonctionner notre intuition et parler nos émotions.

Il y a quelques années vous disiez avoir commencé un livre qui parlait plus de ce qu’est votre côté spirituel que des Kinks…

Il n’est toujours pas publié. Je l’avais intitulé Meditation and the Conspiracy of Distraction. Le problème quand vous écrivez est que es idées fusent et que vous vous demandez quand vous allez pouvoir terminer le sacré bouquin. Je crois que les pouvoirs psychiques sont plus en avant quand vous écrivez que quand vous parlez. Beaucoup de mes amis ont ces dons et écrivent également. Nous en discutons souvent et je crois que les gens utilisent de plus en plus ces attributs sans même s’en rendre compte. C’est une bonne chose car tout ça doit rester naturel…

Mon père a passé la plus grande partie de sa vie à tuer les animaux dans un abattoir. Je sentais le sang sur lui quand il rentrait à la maison. Beaucoup plus tard il s’est mis à jardiner et il m’arrivait de l’entendre s’adresser aux fées dans la jardin. Cela me fascinait et m’a appris que nous avions tous à ré-apprendre à redevenir naturels. Les drogues comme l’acide ou les champignons hallucinogènes ont un effet très vif et rapide mais c’est un raccourci qui ne vous mène nulle part. Je crois que la sagesse, l’illumination s’acquièrent lentement, au bout d’un processus. Les drogues vous y emmènent puis vous en arrachent ; il n’y a rien de permanent dans tout ça. La méditation c’est l’inverse. Au lieu de chercher une gratification immédiate, vous prenez du recul et évacuez tout ce qui vous entoure.

La musique est la seule chose qu’on ne nous a pas pris. On pourra toujours en faire, l’esprit humain est de plus en plus ébréché mais il reste toujours en nous une part d’aléatoire qui fera qu’on sera toujours en dehors des paramètres que la société cherche à nous imposer…



Redd Kross: « Reseaching The Blues »

6 décembre 2012

Le premier album de Redd Kross date de 82 et il se terminait (de façon prémonitoire?) sur une reprise du « Cease To Exist » de Charles Manson, une chanson que d’ailleurs les Beach Boys avaient retravaillée en l’intitulant « Never Too Late To Love » (sic!). Depuis le groupe s’était séparé en 97 après avoir enregistré 6 albums de hard-pop élaborée, ou d’un heavy metal constellé de joyaux mélodiques et pétri d’harmonies vocales cinglantes et acidulées. Il est, à cet égard, assez curieux qu’il ait pu conserver sa propre direction aux croisées de la power pop, d’un pop punk, d’un son garage et d’un hard qui serait tout sauf FM et gras du bide dans un environnement comme celui de Los Angeles.

Le groupe est toujours encadré par les frères Jeff McDonald et Steven McDonald et demeure aussi encore à Los Angeles et cette réunion, même si elle n’a pas l’impact d’un combo qui se serait séparé après avoir enregistré des albums cultes, est suffisamment notable pour susciter curiosité et intérêt bienveillants, décibels obligent.

Intitulé Researching The Blues il n’en est pas pour autant un retour vers les racines qui auraient précédé l’essor de la musique populaire américaine. Il s’agit, bien au contraire, d’un esprit fun que Redd Kross a toujours revendiqué et il se caractérise chez eux avec les charmes et les excès qui ont fleuri dans le rock qu’on écoutait sur les « college radios » tout au long des années 70. Seule la chanson-titre ouvrant le disque pourrait justifier et s’approcher vaguement d’une telle référence puisqu’il s’agit, en son entames, d’un morceau rageur très rhythm and blues et aux vocaux teigneux. Redd Kross ne peut s’empêcher pour autant de sacrifier à ce qu’il si si bien faire, à savoir, deux solos de guitares saturées réminiscents de ce qui constitue sa marque de fabrique.

Le reste de l’album va donc ainsi pouvoir dérouler sur 10 compositions n’excédant pas 35 minutes, un joli packaging de riffs à la six cordes incendiaires, d’accords acérés, d’harmonies vocales survitaminées et d’un phrasé vocal aigu toujours à la limite du bellicisme.

Les seuls moments d’accalmie surviendront vers la fin de Researching The Blues comme si le groupe, qui n’est plus si jeune, peinait à suivre le rythme frénétique qu’il s’impose lui-même. Certes « Dracula’s Daughter » est un « slow-rock » digne du MC5 ou des Groovies quand ils s’y adonnaient, préservant ainsi une certaine étincelle, mais le ton sarcastique à la Westerberg des frangins semble s’être atrophié temps aidant hormis peut-être sur la ferveur adolescente de « Only The Good Ones ».

Au total, ce hiatus de 15 ans aura impacté le devenir d’un Redd Kross qui, précisément, ne s’est jamais posé la question d ‘un devenir. Les travaux de producteurs chacun de son côté des deux frères auront donné une patine plus nuancée et chatoyante à leurs arrangements. Ce savoir faire comblera facilement la mission power pop qu’il s’est assigné, ceci sans aucunement la dévoyer.


Jim Noir: « Jimmy’s Show »

1 décembre 2012

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Ce nouvel album de Jim Noir ne surprendra pas ceux qui ont déjà écouté le bonhomme tant l’inspiration de l’artiste reste fixée de façon monomaniaque sur ce qu’on pourrait appeler l’état de la musique pop il y a environ 45 ans. Au Royaume-Uni, le psychédélisme prenait naissanceet le son de Jim Noir s’articule autour de cette époque, celle des moogs, des drogues psychédéliques, et « trippy » et des musiques uptempo faisant appel à l’imagination et à la rêverie acidulée.
Comme d’habitude, les sucreries acidulées vont fuser vite et fort avec un « X Marks the Spot » emprunt de folies à la Beatles et elles continuent en toute logique avec un «  The Tired Hairy Man With Parts » évoquant des Gorki Zycotyc Minci ayant fréquenté The Zombieset les Pretty Things période Parachute. « Tea » est une somptueuse symphonie de pop rupestre à laquelle les délicats arpèges de guitare tout comme les ruptures de tempo apportent étrangeté et un soupçon de dérangement . Elle précèdera avec bonheur le bien nommé « Sunny », un refrain plein d’entrain où claviers et clavecin imprègnent des choeurs sur lesquels on aurait écrit « Beach Boys ».
Tout l’album se poursuit dans cette même veine avec des compositions immédiates, qui semblent délicieusement accessibles et inoffensives mais qui sont nimbées d’atmosphère d’où le crépuscule n’est pas loin. « Ping Pong Time Tennis » est une chevauchée d’apparence anodine mais dont on se demande au final si elle ne va pas aboutir n’importe où. On trouvera, par conséquent, ici et là l’éventail de tout ce que la pop « British » à pu produire de meilleur  ou d’allumé; les Kinks ou Cream mais aussi Super Furry Animals où les Géorgiens de Olivia Tremor Control.

Peu à peu Noir s’enfoncera, un peu comme la façon dont les sixties évoluent, vers une musique plus expérimentale avec d’abord des vibrations lysergiques, puis une tournure plus électronique avec « Old Man Cyril » et « Timepiece ». Mais là encore on reste avec les mêmes référents puisque, si on devait évoquer une influence, ce serait The Beta Band.

Jimmy’s Show cultivera néanmoins cette atmosphère ludique et insouciante qui le caractérise jusqu’au bout avec un « Under The Tree » où une reverb façon Beatles voisinera avec des harmonies à la Beach Boys avant que le disque ne culmine sur un « Fishes & Dishes » aux cascades instrumentales résumant à elles-seules Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era.

La palette des artistes explorés est, à nouveau revendiquée ; elle n’aura pour autre prétention que de nous permettre de les réécouter de manière « virtuelle » en nous immergeant dans leurs idiosyncrasies. Au demeurant Jim Noir couvre impeccablement toutes ces bases, perfectionnant encore mieux ses éclairs inspiration expérimentalo-ludiques. Jimmy’s Show est en effet un spectacle qui lui appartient, son meilleur opus jusqu’à présent : sans doute un qui lui permettra de compter dans le monde de l’indie pop.