The Black Watch: « Fromthing Somethat »

9 octobre 2020

Il est difficile de suivre le flux constant de la production du Black Watch. L’année dernière, le groupe dirigé par John Andrew Fredrick a sorti deux albums : la compilation 31 Years of Obscurity et le tout nouveau Magic Johnson. Ceux-ci ont été suivis de peu par Brilliant Failures, parus en avril. Nous ne sommes qu’à l’automne, et nous voici avec un autre ensemble, les dix chansons de Fromthing Somethat.

Oui, c’est difficile, mais cela en vaut la peine. Fromthing Somethat n’est que le dernier d’une série de superbes albums. L’esthétique shoegaze-meet janglepop qui définit le son de The Black Watch est ici en pleine floraison ; des morceaux comme « Saint Fair Isle Weather » ont l’atmosphère de Cure, en moins lugubre, ou une version d’un autre antipode que celui de The Church. Fredrick s’y connaît en mélodies accrocheuses et fait preuve d’une capacité apparemment sans effort à créer mélodie après mélodie mémorable. Et bien qu’il y ait une sorte de signature sonore pour le groupe, la musique du Black Watch n’est jamais la même. Un élément qui distingue légèrement cette dernière sortie de ses prédécesseurs est le travail vocal obsédant de Julie Schulte ; il ajoute un autre ingrédient intrigant au mélange déjà captivant. Écoutez « The Lonesome Death of Many Hansen » – un titre de chanson typiquement littéraire, soit dit en passant – pour en avoir la preuve.

D’après les calculs, Fromthing Somethat est le 18e ou 19e album du groupe ; cela n’inclut pas les compilations ou les nombreux EPs sortis depuis les débuts du groupe à la fin des années 1980. (Et il n’inclut pas un autre EP, The Nothing That Is, dont la sortie est prévue rochainement). On reste étonné que le groupe n’ait pas obtenu le moindre succès commercial ; tous les éléments sont là, et aucun n’est négatif. On ne peut donc que recommander vivement n’importe quel opus de leur récent catalogue, sachant que ce dernier est aussi bon qu’un point d’entrée dans le monde de The Black Watch.

***1/2


Medecine: « Scarred For Life »

1 novembre 2019

Medicine revient avec un album de reprises. C’est un moyen comme un autre de ne pas mettre réellement fin à un groupe peu productif et qui a passé son apogée, mais conserve de beaux restes pour la sortie de To The Happy Few.
Tout comme le Through The Looking-Glass de Siouxsie And The Banshees, et d’autres avant ou après, cette compilation-hommage rend grâce aux amis de cœur et donne à entendre un son et une approche à travers l’exercice périlleux de la reprise. Les morceaux sonnent différemment, les compositions laissant voir d’autres aspects que ceux déjà connus et sifflotés. Bob Welch et les Monkees se retrouvent mazoutés sous des couches de guitares noires et grasses, collantes et viciées. Les lointaines années folk sont ressuscitées dans une veine plus garage cabossée, non dénuée de finesse (« Dead Time Bummer Blues »), quand bien même « Sally go’ round to Roses » reste anecdotique ou que le jazz free de Miles Davis se mue en final noise no-wave assez éreintant. Les chansons les plus psychédéliques prennent un vernis shoegaze qui sonne naturel (pour le titre du Buffalo Springfield, c’est frappant !).


Brad Laner et sa troupe regroupée pour l’occasion (Jim Goodall, Annette Zilinskas au chant, Matt Devine) défouraillent et s’amusent des possibilités sans souci de l’homogénéité (qui peut faire sonner un titre de Zappa et l’assagir comme les autres ? Pourquoi ne pas mettre un clavier en avant sur « The Green Country » et assumer la notion d’interlude ? Et puis, pourquoi pas du Codeine au milieu des dinosaures ?). Sous une pochette en lien avec les anciennes compilations K-Tel (Philip Kives, spécialisé dans le Television Advertising) qui sélectionnaient des titres de la bande FM américaine, le groupe de Los Angeles lance un album sympathique, comme un retour sur soi et une ouverture vers les fans.

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