Lightning Bug: « October Song »

4 décembre 2019

A l’autre extrémité du spectre de rayonnement, Lightning Bug propose une musique chaude, cotonneuse, cosy même. Quelque chose de lent et tiède qui vous englobe. C’est aussi agréable que de regarder tomber la neige depuis son fauteuil bien au chaud, avec son corollaire contemplatif et parfois triste. A l’image de « The Luminous Plane »  piste sans vitesse enregistré, semble t-il, avec un vieux truc à cassette qui crépite, piste mélancolique par excellence. « The Roundness Of Days » , à la structure plus classique, avec sa guitare sèche en boucle, se noie dans une vague de synthés à la fin du morceau.

 

Il y à deux forces dans cet album, celle de la voix de la chanteuse, d’une douceur et d’une fragilité abyssal, souvent ténue et derrière l’instrumentation, mais qui résonne comme du cristal, et l’autre vient clairement de la structures des morceaux eux même. Exit les codes, exit le rythmes, chaque chansons vie selon son tempo. Peu ou pas de batterie, sauf sur des titres comme « Visions Scraps » ou « The Lotus Eater » qui flirt » du coté du shoegaze et du grunge. C’est un très beau disque pop, fragile, et qui prend son temps, sans prétentions, ce qui le rend encore plus agréable et s’impose comme forcément écoutable.

***1/2


Animal Ghosts: « Animal Ghosts »

26 novembre 2019

Il fait nuit si tôt, c’est un délicieux mélange de mélancolie et de tristesse. L’humidité fait ressortir les odeur d’humus et de terres humides, tandis que le cœur est saisit de langueur dans la contemplation de ce ciel tout en nuance de gris. La nuit, les lumière orange de la ville forme des halos dans le brouillard qui tombe, et la ville n’est plus qu’une rumeur lointaine et incertaine.

Des murs de guitares fantomatiques, une batterie aussi discrète qu’un battement de cœur et une voix élusive, douce forme la structure de cet très bel album  qui navigue entre dream pop et rock shoegaze. Non pas qu’il soit tout à fait indispensable, il existe moult disques du même acabit, mais ma sensibilité penche vers celui ci, qui capte l’essence même de cette fin d’année. Il s’accorde avec pensées et émotions et plonge dans une torpeur tiède l’auditeur qui risquerait de s’y perdre. Un disque qui s’évapore comme la buée d’une bouche un matin d’hiver.

***1/2


Westkust: « Westkust »

24 novembre 2019

Le shoegaze est loin d’être mort et enterré ; on pourrait même dire qu’il survit à de beaux trépas. Preuve en est ce combo tout droit de Suède nommé Westkust. Biberonné au son de The Jesus & Mary Chain et de My Bloody Valentine, le quatuor de Gothenburg (qui a connu un line-up bien changeant comptant auparavant deux membres de Makthaversan) nous propose comme entrée en matière eun « debut album » éponyme bougrement efficace.

En l’espace de neuf morceaux, Westkust ira rendre hommage à l’âge d’or du shoegaze anglo-saxon avec ses sonorités noise-pop de façon incroyable. Entre lourdes distorsions de guitare, rythmiques lancinantes et interprétation vaporeuse de Julia Bjernelind (parfois accompagnée de Gustav Andersson), le premier disque est une sacrée poussée d’adrénaline et ce dès les premières mesures de « Swebeach ». On sent les trois années de travail autour de ce disque et les suédois lâchent enfin la bête avec les magmas soniques de « Rush » et « Daylight » entre autres.

Agrémenté de lignes de basse plutôt post-punk, le groupe de Gothenburg ne laissera personne indifférent. Que ce soit sur les anxiogènes « Cotton Skies » et « Do You Feel It » ou sur les plus libératrices « Junior » et « Adore », Westkust nous entraîne dans leur univers riche en contraste mais particulièrement attachant. Convoquant aussi bien les spectres de Ramones que de Ride tout au long de ces neuf titres, les Suédois ont réussi leur pari de nous envoûter sans tomber dans la redondance.

***


Russian Baths: « Deepfake »

13 novembre 2019

Un futur supergroupe 100% Brooklyn nommé Activity et composé des membres de Field Mouse, Grooms et Russian Baths s’était formé voilà quelques temps. Cest à ce dernier que l’on va s’intéresserpuisque Luke Koz (chant, guitare, électroniques) et Jess Rees (chant, guitare, synthés) évoluent dans l’ombre depuis plusieurs années. Ils publient enfin leur premier album intitulé Deepfake, un opus qui ambitionne de faire des malheurs sur la scène new-yorkaise.

Comment décrire la musique de Russian Baths ? Et il n’est que d’imaginer Sonic Youth traînant du côté de Washington dans les années 1980. Deepfake est un subtil mélange de shoegaze hynotique, de noise-rock anxiogène et de hardcore sans retenue. Afin de bien appuyer leurs propos fatalistes par rapport à l’époque sombre de notre histoire que nous vivons actuellement, le groupe de Brooklyn mise tout sur le chaos et la destruction sur ces dix morceaux intenses (dont une interlude dronesque inquiétante intitulée « Detergent »).

Dès lors, les dés sont jetés avec ces martèlements de batterie menés par Steve Levine, ex-Grooms et futur membre d’Activity, et cette ambiance étouffante qui habille l’introduction nommée « Responder » (on le retrouvera plus tard sur le plus entêtant « Wrong ») mais également sur les expéditifs « Tracks » et « Scrub It » où Jess Rees et Luke Koz alternent le chant de façon vaporeux et en contraste avec cette atmosphère anxiogène et apocalyptique. Entre riffs noisy et synthés granuleux en passant par des rythmiques tapageuses sur « Tracks », « Ghost » et « Ambulance », il n’y a qu’un pas et Russian Baths l’a franchi avec brio. Il ne manquera plus qu’un « Guts » qui s’achève sur une dernière minute étrangement silencieuse pour se rendre compte qu’il y a toujours du bon dans la noirceur. Un premier album abouti, cohérent et bien sombre, en phase avec cette période où les températures avoisinent les négatives.

***1/2


Blankenberge: « More »

15 octobre 2019

Blankenberge est un groupe russe de St Petersbourg, sans prétention aucune et oeuvrant dans le silence le plus absolu. Du moins presque absolu car, mine de rien, le combo est en train de ressusciter un genre qu’on pensait mort. Précision, double ; un genre ne meurt jamais comme ça et il se réinvente si tant est qu’on y croit. More n’a peut-être pas écrit avec cet objectif en tête, il remplit quand même cette fonction de ressourcement. Il est vrai qu’on n’avait pas encore atteint ce niveau dans le genre, tout simplement; chant féminin diaphane emprunt de fragilité, une batterie bien présente qui vient rythmer une basse copine avec deux guitares brumeuses. La musique plane au dessus du lot, vraiment sereinement. 

On passe d’un titre comme « More » propice à l’introspection à un « Go » qui roule lourdement avec ses accents grunge. C’est le talent de ces cinq russes, d’avoir gardé une colonne vertébrale typiquement shoegaze et dream pop et d’y avoir greffé d’autre genres. Le mélange brise la monotonie dans l’œuf. On sera surpris au détours d’une chanson, par un saxophone, ou bien par les accent carrément post rock d’une piste comme « Wave » qui monte lentement avant de se libérer dans un final qui brûle les yeux sur la piste suivante « Until The Sun Shine » qui déploie un mur de saturation du plus bel effet.

Un album lumineux et bourré de talent, qui mérite vraiment qu’on y passe un peu plus qu’un de temps et qu’on ne peut que recommander vivement.

****


Dye: « Psychic Data »

1 septembre 2019

Pour un premier effort, on à fait pire. Le trio d’Oakland, Californie, dépense une bonne énergie sur cet trop court mini album, Psychic Data. La recette est assez simple, des guitares coupante, rasoirs, tout en bruit, sur lesquelles on à greffé ces voix murmurées typique d’une branche du shoegaze. Et ça marche. Entre rythmique punk et ballade triste, Post Punk et garage, le grand écart n’empêche pas que cet album possède une belle cohérence, une énergie rafraîchissante, et une indéniable honnêteté créative. 

Dans les chansons de Dye, il est plus question de tristesse et de sérieux que d’autre chose, mais malgré une certaine noirceur dans le texte, on sent quand même que l’espoir n’est pas loin lui, et qu’il suffit de tendre l’oreille ne serait-ce que pour en écouter la mélodie cachée et la beauté sous la noirceur.

***


Rose Dorn: « Days You Were Leaving »

29 août 2019

Dans les nouveaux venus de la scène indie pop californienne, on peut citer le groupe Rose Dorn. Bien que peu connuss, ils possèdent toutes les caractéristiques pour impressionner le public. Le trio composé de Jamie Coster, Joey Dalla Belta et de Scarlet Knight peut faire parler de luisi on tient compte, ici, de son premier album, Days You Were Leaving.

Sa particulité esr d’allier indie pop, surf, slowcore, shoegaze et dream-pop pour un résultat plutôt impressionnant. Dès les premières minutes lancinantes de l’introductive « Big Thunder, Rose Dorn lance la machine et nous envoûte comme il se doit lorsqu’ils nous apprennent à comment relativiser lorsque notre vie s’avère chaotique.

On appréciera également la fluidité de ce Days You Were Leaving où l’on passe du calme à la tempête selon les différents morceaux. Entre allures surf de « Shaking » et influences slowcore sur « Genius » et « Champ », Rose Dorn marque le pas avec ses reverbs de guitare et ses rythmiques bien tendues et complexes. Après l’enchaînement de « LRP » et de « HYC », les californiens font preuve d’une incroyable maîtrise et les derniers morceaux possèdent une allure plus rustique avec l’arrivée de l’harmonica sur « Heaven II » et « Wish » . Au total, ce « debut album », offre un voyage bien complexe et saisissant dans un univers où le chaos et l’harmonie cohabitent afin de ne former qu’un.

***1/2


Ride: « This Is Not A Safe Place »

13 août 2019

Ride semble explorer de nouveaux horizons. Weather Diaries avait été un album on ne peut plus roboratif mais le combo n’a pas l’intention de se reposer sur ses lauriers. Ici, il semble peaufiner un peu plus sa musicalité passant de shoegaze, à jangle (« Future Love ») ou versant onirique de la dream-pop  (« Clouds of Saint Marie »).

Cette nouvelle face se précisera sur « Kill SWitch » menaçant comme un nid de bourdons et, avec d’autres titres affichant la même nature comme « Eternal Recurrence » ou « Jump » qui approfondissent ce panorama et lui donnent plus grande ampleur.

This Is Not A Safe Place se conclura sur un morceau d’anthologie, « In This Room » qui, en dépit de son titre, ouvrira la porte sur autre chose qu’un sentiment de claustrophobie. Ride continue d’exister, et  c’est pour le meilleur.

***1/2


Haleiwa: « Cloud Formations »

3 août 2019

Cloud Formations se décrit comme « le seul disque shoegaze que vous pourrez emmener à la plage » et il est vrai que le troisième long-format du Suédois mêle effectivement formes un peu languides et accents plus pops.

Dans la première catégorie, on pourrait ranger le morceau-titre, avec son chant lointain, sa mélodie mise en boucle et laid-back et son orchestration diaphane, ainsi que le conclusif « Cold Concrete » avec ses petits arpèges et son grésillement façon mélodie venant d’un vieux 78-tours. De même, l’instrumental « Path Of Kalahu’u » installe progressivement ses composantes, partant d’une boucle de guitare acoustique pour intégrer ensuite une batterie et des développements plus conséquents.

Du côté des accointances pop, on rangera assurément la guitare électrique grattée en rythme de Swell, l’instrumentation (batterie régulière, ligne de basse bien distincte et accords de guitare) de « Crossroads », le dialogue basse-batterie de « Northern Celestial Hemisphere » ou l’immédiat (et opportunément mis en ouverture de disque) « HKI-9 »7.

Si le chant de Mikko Singh aurait gagné à être un peu diversifié, se trouvant trop systématiquement doté de réverbération et éloigné de l’auditeur, les neuf morceaux s’écoutent donc sans déplaisir, d’autant plus que, pour le coup, l’instrumentation évolue légèrement d’un titre à l’autre (avec même quelques percées plus recherchées comme sur « Ka’a’awa Surfin’) ». Comme plusieurs autres propositions similaires, il n’est pas du tout certain qu’on retourne régulièrement vers Cloud Formations, mais, une nouvelle fois, c’est un disque tout à fait adapté aux aux climats d’été.

***1/2


Spotlights: « Love & Decay »

26 mai 2019

Mario et Sarah Quintero ont su s’entourer des bonnes personnes pour sortir de l’ombre. Au moment de la sortie d’un premier album autoproduit, ce couple aimant et multi-instrumentiste s’est fait remarquer par Aaron Harris du groupe Isis et de son ami Chino Moreno, qui décide de les embarquer sur la route en première partie, ni plus ni moins, que des Deftones.Notoriété acquisee, le duo a pu sortir un premier album et un E.P. et tourner, entre autres, avec The Melvins.

Entretemps, il va s’adjoindre les services de Chris Enriquez à la batterie pour nous livrer, Love & Decay, un deuxième album aussi aérien que bourdonnant.

Le post-rock de Spotlights sonne comme très inspiré par les ambiances shoegaze, à la fois bougrement lourd et toujours sensuellement planant. En témoigne l’efficace « Far From Falling », qui n’est pas sans rappeler Isis, pour la virtuosité de ses lignes mélodiques et la tranquille montée en tension de ses guitares.

Toujours bouillonnantes, les cordes nous figent instantanément dans une transe grasse sur « Until the Bleeding Stops », en total contraste avec l’entrainant « The Particle Noise » aux mélodies majeures et chaleureuses. Encore plus frénétique, et fraîchement extatique, « Mountains are forever » est une petite pépite qui réussit à capturer l’essence du post-rock, dans toute sa dimension émotionnelle, en faisant osciller notre taux d’adrénaline telles des montagnes russes. « Love & Decay » s’achève par le magnifique « The Beauty of Forgetting », pièce majeure qui s’étale pendant 11 minutes d’un pur plaisir qui serait une fausse note si on le boudait.

***1/2