Dana Jessen: « Winter Chapel »

1 décembre 2020

Winter Chapel, un album de performances en solo de la bassoniste de musique nouvelle Dana Jessen, s’annonce par une fluctuation sonore de type shakuahchi, dans le registre supérieur. Cette ouverture donne une idée du reste de la musique qui suivra cette étonnante rencontre entre la technique contemporaine du basson et l’architecture physique. L’album a été enregistré en janvier dernier dans la chapelle Fairchild à Oberlin, où Jessen enseigne la musique contemporaine et l’improvisation. Le précédent album solo de Jessen, Carve, a démontré la polyvalence du basson solo ; Winter Chapel continue dans cette veine en poussant l’instrument plus loin aux limites de ses possibilités, aidé et augmenté par l’environnement profondément résonnant de l’espace de représentation.

L’espace devient en fait une sorte de partenaire de duo, en particulier lors de la deuxième partie, où ses réverbérations doublent les nappes sonores en cascade de Jessen ; la salle ne donne pas seulement l’impression qu’un deuxième instrument joue, mais confère également au son du basson le côté acerbe d’un saxophone baryton joué à la dure.

La quatrième partie, plus réfléchie, est un essai de phrasé et de dynamique, dont les lignes langoureuses et non écrites ont permis de faire écho et de s’éteindre dans un silence épais. La longue improvisation de la cinquième partie, qui comprend des passages délicats de technique conventionnelle ainsi que des incursions agressives et denses dans une technique étendue, capture en miniature l’esprit de l’ensemble de l’album. Un album remarquable d’une beauté dérangeante.

***1/2