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Lightning Dust: « Fantasy »

Lightning Dust est le projet parallèle de Amber Webber et Joshua Wells qui voulaient explorer un aspect plus tranquille de leurs sensibilités, chose que Black Mountain ne leur permettait pas. Les deux artistes de Vancouver sont partis d’une musique folk fantomatique et on peu à peu évolué vers des éléments lui donnant plus de nerfs. Fantasy est leur troisième opus et il les voit s’orienter vers l’électronique tout en maintenant un côté étrange permis par des boîtes à rythmes et des synthétiseurs de la première génération et des restes exsangues d’instrumentation accentuant le tonalité lugubre de leurs compositions.

La première sensation qu’on éprouvera pourtant sera celle d’une accélération. « Diamond » se caractérise par un tempo vif et des synthés touffus mais, en dessous, on trouvera très vite un deuxième loop plus mesuré, évocateur d’un vaisseau spatial prenant de la vitesse dans un univers tordu. C’est un « sample » qui annonce l’immersion du duo dans des sonorités « spacey », celles-ci servant de carburant à l’album.

Fantasy sera donc un album calme, même si la voix de Webber et ses vibratos soyeux commandent urgence et insatisfaction.  L’amour tâche » se lamente-t-elle d’ailleurs à mi-chemin entre résignation et ironie et c’est précisément ce dernier élément qui est la clé de l’esthétique du duo.

Les passions sont excisées et balbutiées avec précaution et le jeu de Wells est en phase avec cette approche. Chaque rythme, chaque pincée de synthé est abordée de manière dépouillée comme si’il était question de les accueillir un peu un, tels des invités. « Agatha » est est l’exemple le plus affectant avec la voix douloureuse de Webber s’élevant au-dessus d’un Wurlitzer et des cordes larmoyantes qui s’effondrent dans la dissonance à la fin du morceau. « Moon » sera, lui, un chef d’oeuvre de minimalisme qui, pour une fois, aura la préséance alors que des plages comme « Fire Me Up » ou « Loaded Gun » seront deux incursions disco en la partie centrale de l’album.

Lightning Dust s’est donc débarrassé progressivement de tout ce qui pouvait être synonyme de rusticité et d’intimité au sein d’un feu de camp pour nous délivrer avec Fantasy un disque presque désinfecté de tout élément organique. Le son demeure néanmoins frais, la mélancolie, toute passée aux synthés qu’elle soit, demeure présente ; simplement elle se présente désormais sous des néons et des dance-floors qui la rendent encore plus frappantee. En définitive elle fait presque tâche dans un univers qui ne semble pas fait pour les humains.

28 juin 2013 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

The National: « Trouble Will Find Me »

The National jouissent d’un consensus général, ils sont considérés comme un des groupes les plus consistants et constants de la scène musicale indie d’aujourd’hui. Depuis leur premier album éponyme plutôt inégal jusqu’à High Violet qui a constitué leur percée ils semblent avoir poursuivi une carrière dont la courbe est inéluctablement dirigée vers le haut.

Sa sortie date de trois ans et ce délai a, du coup, entraîné impatience et un assez haut niveau d’espérances mâtinées d’interrogations.

Voici, enfin, Trouble Will Find Me et il s’agit ici du disque qui voit le groupe s’installer avec aisance dans son propre univers. Ça n’a rien à voir avec le fait de s’installer dans l’espoir d’atteindre les mêmes sommets que High Violet ; en fait, cette renommée qui les a chatouillés les a plutôt incités à changer leur trajectoire et, ce faisant, leur a permis de réaliser un nouvel opus de référence, peut-être même leur meilleur album depuis Boxer.

Ce disque date de six ans et les choses ont été incroyablement depuis. Cela n’a pas, pour autant, autorisé Matt Berninger à se secouer de sa mélancolie. Cette sorte de spleen pour laquelle The National s’est fait connaître a même pris une nouvelle ampleur dans le titre d’ouverture, « I Should Live In Salt », avec une phrase qui semble inviter à apprécier le vide. De la même manière, le « single » « Demons » est une véritable plongée dans les ténèbres avec un Berninger méditant sur son impuissance à s’élever vers l’amour et son choix de rester enfouis avec ses démons.

On peut s’interroger sur l’efficacité d’un tel titre comme « single » mais il faut avouer qu’il fonctionne à merveille dans le contexte d’un album. Le même vaut pour « Don’t Swallow The Cap » qui va déboucher sur la première composition faisant preuve de délicatesse, un « Fireproof » et ses lignes de guitare sophistiquées. Par contraste, l’atmosphère et les textes du morceau sont emplis d’un défaitisme que Berninger n’avait jamais atteint car, jusqu’à présent, le vocaliste parvenait toujours à distiller une nuance d’espoir. Comme pour entériner cette facette, les arrangements vont imprégner la chanson par leur amplitude et leur majesté.

On aurait tourt, néanmoins, de parler de complaisance. Sur l’air de valse que constitue « Heavenfaced », le climat va se faire légèrement enjoué et c’est à ce moment que Trouble Will Find Me semble prendre son régime de croisière en nous réservant plusieurs surprises. Citons le coda orchestral de « This Is The Last Time » qui s’enorguieillit de la présence de Sharon Van Etten ou la floraison instrumentale qui orne « Graceless », sans doute un des meilleurs morceaux du groupe. Les arrangements demeurent contenus néanmoins, pour ne pas verser dans la grandiloquence mais au contraire imprimer poids et direction à la composition.

En parcourant les textes emplis de « je » et de « tu » on est amenés à se demander à partir de quelle perspective il faut appréhender ce que chante Berninger. Cela ne change pourtant pas l’impact émotionnel qui abreuve les treize morceaux du disque. Sur « Slipped » il fait part, au piano, de son incapacité à se conformer à l’image (amoureuse ? artistique?) qu’on a de lui et sur ‘I Need My Girl » ou « Pink Rabbits » il multiplie les images de personnages en état de manque et de déperdition.

Il est certain que Trouble Will Find Me n’est pas le disque le plus aisé et h-guilleret qu’il soit donné d’entendre. Malgré sa thématique il a le mérite de rester réservé et contemplatif et c’est un équilibre qui apparaît comme idéal pour The National. Soniquement, les arrangements sont touffus mais demeurent clairs et bien segmentés. Le dernier morceau, « Hard To Find », aura ainsi des nuances qui inciteraient l’auditeur à une ré-écoute mais on sera tout autant tenté de se replonger dans la nature morose de Trouble Will Find Me. Voilà, en conclusion, un titre d’album qui mérite bien son nom tant les tourments qu’il évoque nous paraissent inéluctablement faire partie de notre destinée.

4 juin 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire