Mylets: « Arizona »

Mylets c’est Hanry Kohen, un musicien d’une espèce bien rare car, outre le fait qu’il soit multi-instrumentiste, il est capable de reproduire des sonorités qui détrompent ses jeunes 20 ans tant elles sont abouties mais surtout il le fait tout seul.

Pas de musiciens de studio sur ce deuxième album, personne dans le studio d’enregistrement, juiste un oncle pour assurer les percussions. Arizona est un projet solo et, à l’écoute du bruit qui y est produit, on ne peut qu’apprécier le sens du détail et de l’engagement qui ont été mis dans sa réalisation.

C’est un disque accompli dans ses moindres compositions, beaucoup plus que son premier opus, Retcon, en 2013. On est ici dans du rock bien affirmé et n’ayant pas honte de dire qu’il l’est et il est, au détour de nombreux titres, des passages à la guitare, l’instrument clef, qui semblent issus d’un véritable génie, et non d’un virtuose, de la six cordes. La musique est tendue comme il se doit et l’effet de surprise perdure ; qu’un seul individu soit capable de ça laisse pantois et avide de vibrer encore plus.

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Rocky Votolato: « Hospital Handshakes »

Hospital Handshakes de Rocky Votolato a un son étonnamment positif quand on considère que, après Television of Saints, le chanteur avait envisagé d’abandonner la musique. Ce nouvel opus le voit, en effet, différents thèmes personnels ayant trait à sa santé mentale, la dépression et, conséquemment, la spiritualité censée lui apporter une réponse au sens à donner à sa vie.

On peut donc apparenter ce disque à une thérapie et une quête de renouveau et d’espoir. Produit par Chris Walla (Death Cab for Cutie) Votolato s’est entouré de son frère, Cody (The Blood Bothers) et autres musiciens amis pour enregistrer un opus viscéral tout en étant enlevé, un disque presque rock tout en restant très tactile.

Après une disette de près d’un an, Votolato a composé 25 titres en 3 mois et les onze morceaux choisis ici témoignent de ce don non perdu à écrire des mélodies attractives égayant la thématique maussade.

Hospital Handshakes parvient à évacuer des tensions et à les envelopper de manière harmonieuse. On a connu pire comme exutoire.

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Jesse Malin: « New York Before The War »

Le précédent album de Jesse Malin date de cinq ans ; entretemps il a rejoint et joué son groupe original, D Generation, fait quelques tournées avant ce retour en solo, un New York Before The War, signe, de par son titre, qu’il est imprégné de nostalgie pour la Big Apple d’avant.

Tout ancré dans le passé qu’il soit, le disque n’est pas victime d’une production datée. La variété de styles qu’il aborde ne verse pas pour autant dans la nostalgie dans la mesure où, à l’inverse de ses albums d’avant, celui-ci bénéficie d’une son plus ample et d’une vision plus panoramique (thématique aidant) des choses.

Si on considère ces 13 plages, on pourrait même dire que c’est également un album conceptuel du point de vue musical de part l’éventail sonique qu’il constitue. Adoubé aussi bien par des médias de « classic rock » que de « punk », il n’est pas étonnant qu’on trouve autant des titres qui rappellent Springsteen ou les Stones (« She Don’t Love Me Now »), les Ramones qui auraient fait des infidélités avec Wilco (« Oh Sheena ») et du rock stratosphérique («  Turn Up The Mains »).

Outre des références appuyées à Cheap Trick, « Addicted », Malin ne mégote pas sur les ballades de type « The Dreamers » qui évoqueront le Spingsteen de Nebraska ou même Joni Mitchell période Blue mais ce qui était habituel chez lui a ici plus de mordant que sur ses albums précédents.

New York suinte des pores de chaque mesure, un peu comme chez le lui aussi sous estimé Willie Nile auquel on pourrait l’apparenter. Tout comme lui, il revient de loin et de longtemps ; tout comme lui il demeure un chroniqueur hors-pair de ce qu’est la vie et ceci, Warren Zevon nous l’a montré ailleurs, n’a rien à faire du lieu et de l’heure.

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California X: « Nights In The Dark, »

Un riff ça peut être trompeur et souvent non peut se laisser prendre à des chorus puissants et à un son qui ôte tout esprit critique. Le premier album éponyme de Calfornia X avait tendance à mettre en avant ces procédés ampoulés et rebattus ; le second, Nights In The Dark, parvient à ne pas tomber dans ces clichés.

Ici, le guitariste Lemmy Gurtowsky et son groupe augmenté de nouveaux musiciens (le batteur Cole Lanier et le guitariste Zack Brower) ont accouplé le pouvoir fuzz de leur disque initial à un sens plus aigu de la mélodie et une soif plus prononcée pour les aventures soniques, créant ainsi un opus qui est tout autant de la power-pop sucrée mais bondissante que des circonvolutions complexes.

Les compositions ont toujours tendance à s’étaler et l’inclusion de deux instrumentaux (« Ayla’s Song » et « Garlic Road ») ne rend pas beaucoup service à un milieu d’album un peu flasque mais California X a su affuter les choses quand il le fallait.

En coupant à travers cette molasse de guitares épaisses formant un mur du son sculpté par l’ingénieur Justin Pizzoferrato on trouve des accroches qui mettent en avant de façon punchy les meilleurs moments, en particulier sur la chanson titre, « Red Planet » et la deuxième moitié de « Blackrazor » une épopée de 6 minutes conduite par une six cordes digne de Tony Iommy.

Le reste de l’album est moins immédiat mais il demeure gratifiant. « Summer Wall », composé de deux parties façon rock progressif, est une jam morose sur laquelle Gurtowsky semble ravi de dériver avant de se lancer dans un refrain qui vous harcèle et les comparaisons avec Dinosaur Jr. ne semblent pas prêtes de disparaître mais elles sont ici presque superflues.

California X ne sont pas les premiers à harceler nos tympans en quête de la perfection pop-rock, mais ils y parviennent plutôt bien. En effet, si on considère la force brute avec laquelle les morceaux sont délivrés, celle-ci est guidée par une songwriting habile et intelligent. On viendra sans doute d’abord pour les riffs, mais on restera pour les chansons.

***1/2

 

The Swingin’ Utters: « Fistful Of Hollow »

The Swingin’ Utters est un groupe dont la carrière s’étale sur plus de 25 ans ; il est donc malaisé de suivre un combo qui évolue constamment. Du street-punk ils sont passés à des influences foilk irlandaises puis à l’americana pure et dure comme, enfin, au rock and roll des origines.

Fistful Of Hollow confirme ces expérimentations mais maintient, néanmoins, un son orienté rock devenu leur depuis leur dernier album en 2013, Poorly Formed.

Comme dans chacun de leurs disques, il s’y passe toujours pas mal de choses et, sur ces 15 morceaux, on constatera une fois de plus que le résultat entier en est ien plus attrayant que la somme de ses parties. Pas de titre phare ni de « single » mais une qualité constante qui oblige à une attention soutenue.

Le punk est toujours un peu présent (« We Are Your Garbage », Tonight’s Moon ») : ils ont ce côté « classique » fait de notes parfaitement choisies et d’un esprit joueur qui commence à pointer le bout de son nez.

Comme d(habitude folk et americana seront représentés (« Napalm South » ou « End of the Weak ») mais ils seront saupoudrés de rock et de blues qui font partie du nouveau son que les Swingin’ Utters se sont appropriés.

Comme dans tout album aussi varié, le sequencing est l’élément clef. Celui-ci est parfaitement construit et ajusté avec des penchants plus marqués et lourds dans le répertoire folk ce qui donnera son unité sonique à Fistful Of Hollow.

On ne pourra qu’apprécier la confiance qui semble animer le groupe, d’autant qu’elle ne s’accompagne d’aucune tendance à la démonstration technique. Groupe et disque tous deux soudés, il est rare que des presque vétérans soient à même de garder la flamme et la qualité.

***1/2

Meatbodie: « Meatbodies »

Cet album éponyme de Meatbodies débute sur une longue exploration de l’espace, qui ne sert qu’à faire de la première réelle composition, « Disorder », une chanson parfaitement adaptée à son titre. C’est un morceau de punk-rock classique enthousiaste qui se termine en total chaos sonique ; tout cela nous révèle le spectre de la palette du groupe et préfigure ce dont le disque va être fait.

Ce dernier à un sens du flux inflexible, nous amenant au travers de déguisements faits de rockers périlleux de première ordre lacés à une psychedelia acoustique brumeuse vers quelque chose qui a une essence rock and roll authentique avec juste ce qu’il faut de punch pour être efficace.

Les compositions sont bien construites et contiennent une bonne dose d’accroches et de lignes instrumentales mémorables On peut citer par exemple »Two » et son colossal pont musical en huit mesures (façon « Hard Day’s Night ») dons lequel le chanteur Ubovich se distingue par un phrasé étonnant dans lequel les mots servent à révéler un côté vulnérable inhabituel dans l’image qu’on se fait d’un rocker.

On notera également des procédés atypiques comme des passages de scat jazzyt qui semblent surgis de démos et nous rendent encore plus proches du groupe et de son processus créatif. « Wahoo » sonne, ainsi, comme une supplique avec un pont frais et détendu mais, a contrario, ne déparerait pas également d’être l’accompagnement musical d’un produit à la mode grâce à son énergie et à son chorus vocal perçant. Le tout est délivré Par Chad Ubovich avec l’assurance d’un vieux briscard, climat confiant distillé sur tout l’album.

On pourra accorder une mention spéciale à « Tremmors » un des morceaux phares de l’album : solos de guitare étourdissants en interaction avec la section rythmique tout droit sorti du rock des 70’s ou « Off » qui ne sera pas sans évoquer Nirvana.

Meatbodies se révèle un disque qui nous enchante à chaque écoute ; c’est aussi gratifiant pour celui qui aura le temps de s’y pencher, volume au maximum, que pour son créateur

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Kevin Morby: « Still Life »

Kevin Morby a passé ces dernières années à être le bassiste du groupe psyche-folk Woods et à faire partie des Babies avec l’ancienne Vivian Girl Cassie Ramone. Il a quitté ces deux ensembles (peut-être provisoirement) pour démarrer une carrière solo avec un premier résultat plutôt concluant sur son « debut album » Harlem River.

Moins d’un an après, voici son huitième disque en six ans, le deuxième sous son propre nom : Still Life un opus sophistiqué et ayant du corps confirmant que Morby ne manque pas d’idées en matière sonique.

Le rock de Morby a ce côté doux et carillonnant que l’on trouvait chez The Babies mais il est nettement ralenti ici ce qui permet à l’instrumentation d’avoir plus d’espace. « The Jester, The Tramp & The Acrobat » est un rocker léger parsemé de synthé qui débute l’album sur une bien jolie note et « The Ballad of Arlo Jones » qui suit fait montre de punch avec une accroche impeccable et un énorme chorus chanté.

Le disque va ensuite adopter un tempo plus mesuré avec des plages apaisées comme « Drowing » et « Dancer » qui se singularisent par des mélodies pop mémorables. Ce changement de registre soudain n’obère pas, en effet, la qualité de Still Life : on y trouve des titres fantastiques comme un « Parade » qui nous gâte avec des cuivres et des choeurs en arrière plan imprimant une bien agréable touche de gospel ou « Amen », un titre de près de huit minutes, et son final triomphant à la trompette.

Ce que le disque perd en énergie et donc compensé largement par la manière dont l’artiste peaufine ses compositions plus lentes ; on notera enfin un « Jones » qui symbolisera à lui seul la méthode Morby, celle qui consiste à délivrer des rockers aux tempos médium mais de leur conserver toute leur saveur.

***1/2

Celebration: « Albumin »

Albumin est le quatrième album de Celebration ce trio de Baltimore mené par la vocaliste Katrina Ford. Jusqu’à présent sa musique était facile à définir de l’indie rock psychédélique), ce disque est beaucoup plus malaisé à appréhender. Il n’a, en effet, rien à voir avec un effort rock et d’électronique mais il va évoluer de façon permanente entre différents genres.

On y trouve bien sûr ce qui fait partie de leur registre mais Celebration aborde aussi la soul, des accompagnements au piano dignes de Frank Sinatra (« Only The Wicked » ) et quelques plages (« Razor’s Edge » ou « Chariot ») on même une tonalité industrielle et gothique menaçante enfouie sous les vocaux.

D’autres titres seront implacablement menés alors que d’autres ont pris l’option de ne pas se soucier de structures hormis des vocaux qui errent de manière morcelée (« I Got Sol »).

Cette caractéristique est d’ailleurs celle qui fédère tout l’album, Ford aménageant les morceaux de la façon qui conviendra le mieux à sa voix : le résultat est un disque où elle ne se répète que rarement et où elle n’essaie pas de nous offrir de mélodies auxquelles on pourrait s’accrocher.

La meilleure définition qu’on pourrait donner à Albumin est que c’est une sorte dee jam free-form ou post-moderne ; poste-électronique, post-soul, post-jazz mais aussi post-rock. La plupart des groupes composent de façon standardisée : musique, textes et chorus. Cela leur permet de se raccrocher à quelque chose quand une chanson véhicule un sentiment d’égarement ou d’expérimentation. Les vocaux ramènent le groupe et l’audience aux basiques mais, avec Celebration, cette formule est complètement réinventée. La structure musicale est bien chevillée et verrouillée et c’est la voix de Ford qui, débridée, procure cette sensation d’improvisation. Il est d’ailleurs difficile de savoir si ses textes sont improvisés ou pas et c’est ce qui rend Albumin intéressant.

En combinant un phrasé à la Grace Slick et une précision à la Fiona Apple, Ford aide à faire de ce disque un album post-moderne sans qu’on s’en rende compte. Il conserve en effet une instantanéité toute rock qui lui donne énergie et excitation. C’est en ce sens que, tout difficile à écouter qu’il soit, c’est un merveilleux opus à cheval entre rock et expérimentalisme. Albumin nous intrigue et nous fait réfléchir à ce qui se passe tout au long de ses dix plages, n’est-ce pas de cela que lout fan musique a besoin ?

***1/2

Black Wine: « Yell Boss »

Le nouvel album de Black Wine, Yell Boss, se conforme plutôt bien à la façon dont le groupe définit le son de sa musique, du « no core ». On peut y percevoir de nombreux styles mais les énumérer n’aurait pas beaucoup de sens surtout quand ses trois membres se partagent les vocaux. Disons que c’est tout bonnement un disque de rock and roll.

Ce quatrième opus s’ouvre sur « Komrades » frénétique pour nous mettre en train alors que le titre qui suit, un « Breaking Down » plus mélodieux, servira à montrer le versant plus pop du combo. « No Reason », un morceau blues qui ferait un « single » évident, sera farouche et accrocheur, avec des vocaux de Miranda Taylor qui ajuste ses percussions aux riffs assassins de Jeffrey Schroeck. « Familiar », impeccablement situé en milieu d’album est un titre presque nu, interprétée par Taylor accompagnée simplement d’une guitare solitaire qui rappellera Liz Phair.

Taylor montera sa versatilité vocale avec un phrasé plus doux émergeant d’un « Rime », doté d’une intro de guitare en distorsion de neuf minutes avant que Jason Nixon, le bassiste, ne prenne un relais plus virulent fait d’une six corde en surmultipliée et de textes prenant référence au Dit Du Vieux Marin, le poème de Coleridge.

Black Wine retrouvera un punk plus « fun » avec un « Solar Flare » excédant à peine la minute, apportant qu « sequencing » de Yell Boss cette touche supplémentaire qui en fait un album pétri d’influences 60’s et 70’s agréable à écouter. On terminera enfin sur les 80’s avec « Love Chain », composition intrigante dans laquelle le jeu de la basse et de la batterie feront penser à Cure.

Bien que bref, moins de 30 minutes, il se passe beaucoup de choses sur le disque. Utiliser trois chanteurs et ne pas se soucier d’appartenir à un genre pré-défini convient parfaitement à l’éthique « no core » du groupe qui rendra son écoute diverse, puissante et addictive.

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The Gaslight Anthem: « Get Hurt »

Quand vos premiers disques sont salués comme étant des chefs d’oeuvre et présentés comme un pied de nez aux messages de type message « Rock and Roll is dead » il est difficile de faire de la nouvelle musique. Si vous êtes un groupe underground qui va, ensuite, signer chez une « major » c’est quasiment mission impossible sous peine d’être accusé de vous vendre.

The Gaslight Antem, rockers tendance « blue collar » du New Jersey sont dans ce cas. Après The ’59 Sound et New Slang, puis un Handwritten moins débridé, Get Hurt n’est, certes pas, une compromission mais il n’ a rien à voir avec leurs débuts.

Le disque s’ouvre sur un « Stay Vicious » dont la production, bien trop polie, et les guitares aux riffs trop lustrés font mentir le titre et dans lequel la seule chose à laquelle on peut s’identifier est la voix grondante de Brian Fallon. La chanson est ainsi presque sauvée mais le côté brut est manquant, un peu comme si le groupe s’était orienté vers une trajectoire à la Bon Jovi (exemple « 1,000 Years »).

Heureusement il est toujours possible de prétendre que ces deux morceaux n’existent pas et de se concentrer sur la suite où The Gaslight Anthem semblent retrouver leur verdeur habituelle. Les compositions sont bonnes même si elles ne sont pas très inspirées ; seule la chanson titre rappelle ce dont le groupe était capable quand il a démarré. On peut apprécier le travail à la guitare sur « Selevted Poems » même si, une fois de plus, la production est un peu trop soignée.

On pourra par contre saluer une évolution vers une pop agréable mais restée tranchante comme sur « Underneath The Ground » et sa mélodie légère mais pointue ou « Red Violins » et ses chorus non maniérés.

The Gaslight Anthem évitent le piège qui consiste à embrayer sur toutes les « suggestions » d’une « major ». Ils parviennent ainsi à garder en vie un certain état d’esprit. Leur évolution n’a pas (encore?) trop entamée leur vista et leur volonté à continuer le combat est une nouvelle réponse aux prophètes qui estiment que le rock est genre qui a vécu.

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