Finger Eleven: « Five Crooked Fingers »

Il y a de fortes chances pour que un groupe comme Finger Eleven soit parvenu à vos oreilles si vous écoutez du rock depuis une quinzaine d’années. Certains de leurs titres (« Paralyzed », « One Thing » ou « Living In A Dream ») ont fait suffisamment parler d’eux pour qu’un nouvel album suivant un hiatus de cinq ans fasse partie du genre de sortie qu’on ne souhaite pas manquer.

Five Crooked Fingers témoigne d’un son direct et brut, véridique pourrait-on dire, et les compositions occupent l’éventail assez large du rock US allant du soft rock à des tonalités plus pleines.

C’est un disque qui fait sentir à quel point le combo est capable d’évoluer en particulier sur des compositions comme « Not Going To Be Afraid », « A New Forever » et surtout ce titre phare qu’est « Criminal ».

Five Crooked Fingers tient ce qu’il promet ; c’est un opus bien balancé et qui envoie ce qu’on est en droit d’attendre de Finger Eleven. Rien de plus mais rien de moins non plus.

**1/2

The Satellite Hearts: « Desire Forces the Flow »

The Satellite Hearts de Philadelphie continuent sur ce deuxième opus, leur exploration du rock électrique and roll avec de forts penchants pour les années 70.

Desire Forces the Flow rappelle l’esthétique pop dramatique de baby Teeth ou Tommy Wallach avec un vocaliste, Justin Pellecchia, au phrasé étrangement similaire à celui d’un Marc Bolan qui aurait pris la direction de Muse pour nous déverser un freakout glam des olus tordus.

The Satellite Hearts de Philadelphie continuent sur ce deuxième opus, leur exploration du rock électrique and roll avec de forts penchants pour les années 70.
Desire Forces the Flow rappelle l’esthétique pop dramatique de baby Teeth ou Tommy Wallach avec un vocaliste, Justin Pellecchia, au phrasé étrangement similaire à celui d’un Marc Bolan qui aurait pris la direction de Muse pour nous déverser un freakout glam des olus tordus.


Les ombres de Bowie et Lou Redd flottent librement au travers de apysages sonores marqués de la présence de Lennon ou de Roxy Music et la guitare subtile nous gratifiera de solo façon Phil Manzanera. Quant aux claviers on n’ira pas très loin en citant Eno.
La ssection rythmique, elle, est explosive comme pour émuler Iggy & The Stooges ou The Grand Funk Railroad dans ce qu’il pouvait délivrer de plus lourd. I vous désirez entendre une cavalcade musicale frénétique Desire Forces the Flow ; c’est un excellent exemple de véritable rock qui n’est pas passé par le filtre nauséeux de l’édulcoration.
***1/2

The Vaccines: « English Graffiti »

Ces cinq dernières années The Vaccines ont capturé le coeur et l’esprit de bien des fans de rock, au-delà des générations, grâce à une guitar indie pop énergique vectrice d’abandon et d’innocence. Après leur deuxième opus, Come of Age, et son « hit single », « Teenage Icon », le groupe est de retour avec un troisième album qui ne surprendra que peu de monde. La plupart des groupes prennent un disque ou deux pour assoir leur son avant de se lancer dans une aventure plus expérimentale et English Graffiti ne fera pas exception à la règle.

Le disque se permet ainsi des incursions dans des titres où les synthés sont plus accentués, avec des tonalités plus riches où les textures oniriques sont plus amplement mises en avant. Les sons de guitares familiers se sont transformés pour aller vers un véritable barrage de riffs fuzzy et abrasifs, une surmultipliée qui ne serait pas déplacée sur un groupe de garage rock. Ces deux éléments se mélangent de manière étonnamment fluide, par exemple sur « Denial » et la tonalité incroyablement drue de sa guitare et un arrière-fond de synthés fastueux.

Le titre d’ouverture, le « single » « Handsome », démontre à quel point, sous la houlette de Dve Fridman à la production, The Vaccines assument le fait d’être un groupe de rock qui pousse les choses à leurs limites en s’exemptant de synthés. La thématique sonique du disque est bien la distorsion, exmplofiée par una attitude joyeusement punk telle qu’on la percevait dans les précédents « singles » : enlevée, simple et bienheureuse.

La ligne de basse est intense, souvent en surmultipliée, les six cordes carillonnent ; le tout construit une énergie en profusion comme sur « 20/20 » ou « Radio Bikini » qui adhèrent à cette sorte de mantra axée sur l’accroche qui apporte un tranchant supplémentaire à ce qu’on connaissait de le formule du groupe.

« Dream Lover » et « Want You So Bad » enfonceront encore plus le clou en y greffant cette once de séduction qui fait partie de l’image du combo mais celle-ci se lézardera sur les passages les plus lents. « Maybe I Could Hold You » pourrait concourir au titre du meilleur classique de remplissage d’autant qu’il semble inspiré du AM des Arctic Monkeys.

Pour le reste, English Graffiti est le disque le mieux produit des Vaccines. Mérite en revient à Fridman bien sûr ; ceux-ci continuent à se montrer fédérateurs sans pour autant viser à toucher le mainstream. Leur rock conserve cette acuité qui ne peut que plaire aux aficionados de la chose indie adolescente et cette construction suffisamment bien agencée pour satisfaire un public plus âgé qui en a déjà vu d’autres mais qui ne perdra pas son temps en se plongeant dans English Graffiti. Leur premier album s’intitulait What Do You Expect Fom The Vaccines ? Celui-ci est une réponse circonstanciée : on ne peut s’attendre qu’au meilleur de leur part tant qu’ils produiront de telles pop songs.

****

Mylets: « Arizona »

Mylets c’est Hanry Kohen, un musicien d’une espèce bien rare car, outre le fait qu’il soit multi-instrumentiste, il est capable de reproduire des sonorités qui détrompent ses jeunes 20 ans tant elles sont abouties mais surtout il le fait tout seul.

Pas de musiciens de studio sur ce deuxième album, personne dans le studio d’enregistrement, juiste un oncle pour assurer les percussions. Arizona est un projet solo et, à l’écoute du bruit qui y est produit, on ne peut qu’apprécier le sens du détail et de l’engagement qui ont été mis dans sa réalisation.

C’est un disque accompli dans ses moindres compositions, beaucoup plus que son premier opus, Retcon, en 2013. On est ici dans du rock bien affirmé et n’ayant pas honte de dire qu’il l’est et il est, au détour de nombreux titres, des passages à la guitare, l’instrument clef, qui semblent issus d’un véritable génie, et non d’un virtuose, de la six cordes. La musique est tendue comme il se doit et l’effet de surprise perdure ; qu’un seul individu soit capable de ça laisse pantois et avide de vibrer encore plus.

****

Rocky Votolato: « Hospital Handshakes »

Hospital Handshakes de Rocky Votolato a un son étonnamment positif quand on considère que, après Television of Saints, le chanteur avait envisagé d’abandonner la musique. Ce nouvel opus le voit, en effet, différents thèmes personnels ayant trait à sa santé mentale, la dépression et, conséquemment, la spiritualité censée lui apporter une réponse au sens à donner à sa vie.

On peut donc apparenter ce disque à une thérapie et une quête de renouveau et d’espoir. Produit par Chris Walla (Death Cab for Cutie) Votolato s’est entouré de son frère, Cody (The Blood Bothers) et autres musiciens amis pour enregistrer un opus viscéral tout en étant enlevé, un disque presque rock tout en restant très tactile.

Après une disette de près d’un an, Votolato a composé 25 titres en 3 mois et les onze morceaux choisis ici témoignent de ce don non perdu à écrire des mélodies attractives égayant la thématique maussade.

Hospital Handshakes parvient à évacuer des tensions et à les envelopper de manière harmonieuse. On a connu pire comme exutoire.

***

Jesse Malin: « New York Before The War »

Le précédent album de Jesse Malin date de cinq ans ; entretemps il a rejoint et joué son groupe original, D Generation, fait quelques tournées avant ce retour en solo, un New York Before The War, signe, de par son titre, qu’il est imprégné de nostalgie pour la Big Apple d’avant.

Tout ancré dans le passé qu’il soit, le disque n’est pas victime d’une production datée. La variété de styles qu’il aborde ne verse pas pour autant dans la nostalgie dans la mesure où, à l’inverse de ses albums d’avant, celui-ci bénéficie d’une son plus ample et d’une vision plus panoramique (thématique aidant) des choses.

Si on considère ces 13 plages, on pourrait même dire que c’est également un album conceptuel du point de vue musical de part l’éventail sonique qu’il constitue. Adoubé aussi bien par des médias de « classic rock » que de « punk », il n’est pas étonnant qu’on trouve autant des titres qui rappellent Springsteen ou les Stones (« She Don’t Love Me Now »), les Ramones qui auraient fait des infidélités avec Wilco (« Oh Sheena ») et du rock stratosphérique («  Turn Up The Mains »).

Outre des références appuyées à Cheap Trick, « Addicted », Malin ne mégote pas sur les ballades de type « The Dreamers » qui évoqueront le Spingsteen de Nebraska ou même Joni Mitchell période Blue mais ce qui était habituel chez lui a ici plus de mordant que sur ses albums précédents.

New York suinte des pores de chaque mesure, un peu comme chez le lui aussi sous estimé Willie Nile auquel on pourrait l’apparenter. Tout comme lui, il revient de loin et de longtemps ; tout comme lui il demeure un chroniqueur hors-pair de ce qu’est la vie et ceci, Warren Zevon nous l’a montré ailleurs, n’a rien à faire du lieu et de l’heure.

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California X: « Nights In The Dark, »

Un riff ça peut être trompeur et souvent non peut se laisser prendre à des chorus puissants et à un son qui ôte tout esprit critique. Le premier album éponyme de Calfornia X avait tendance à mettre en avant ces procédés ampoulés et rebattus ; le second, Nights In The Dark, parvient à ne pas tomber dans ces clichés.

Ici, le guitariste Lemmy Gurtowsky et son groupe augmenté de nouveaux musiciens (le batteur Cole Lanier et le guitariste Zack Brower) ont accouplé le pouvoir fuzz de leur disque initial à un sens plus aigu de la mélodie et une soif plus prononcée pour les aventures soniques, créant ainsi un opus qui est tout autant de la power-pop sucrée mais bondissante que des circonvolutions complexes.

Les compositions ont toujours tendance à s’étaler et l’inclusion de deux instrumentaux (« Ayla’s Song » et « Garlic Road ») ne rend pas beaucoup service à un milieu d’album un peu flasque mais California X a su affuter les choses quand il le fallait.

En coupant à travers cette molasse de guitares épaisses formant un mur du son sculpté par l’ingénieur Justin Pizzoferrato on trouve des accroches qui mettent en avant de façon punchy les meilleurs moments, en particulier sur la chanson titre, « Red Planet » et la deuxième moitié de « Blackrazor » une épopée de 6 minutes conduite par une six cordes digne de Tony Iommy.

Le reste de l’album est moins immédiat mais il demeure gratifiant. « Summer Wall », composé de deux parties façon rock progressif, est une jam morose sur laquelle Gurtowsky semble ravi de dériver avant de se lancer dans un refrain qui vous harcèle et les comparaisons avec Dinosaur Jr. ne semblent pas prêtes de disparaître mais elles sont ici presque superflues.

California X ne sont pas les premiers à harceler nos tympans en quête de la perfection pop-rock, mais ils y parviennent plutôt bien. En effet, si on considère la force brute avec laquelle les morceaux sont délivrés, celle-ci est guidée par une songwriting habile et intelligent. On viendra sans doute d’abord pour les riffs, mais on restera pour les chansons.

***1/2

 

The Swingin’ Utters: « Fistful Of Hollow »

The Swingin’ Utters est un groupe dont la carrière s’étale sur plus de 25 ans ; il est donc malaisé de suivre un combo qui évolue constamment. Du street-punk ils sont passés à des influences foilk irlandaises puis à l’americana pure et dure comme, enfin, au rock and roll des origines.

Fistful Of Hollow confirme ces expérimentations mais maintient, néanmoins, un son orienté rock devenu leur depuis leur dernier album en 2013, Poorly Formed.

Comme dans chacun de leurs disques, il s’y passe toujours pas mal de choses et, sur ces 15 morceaux, on constatera une fois de plus que le résultat entier en est ien plus attrayant que la somme de ses parties. Pas de titre phare ni de « single » mais une qualité constante qui oblige à une attention soutenue.

Le punk est toujours un peu présent (« We Are Your Garbage », Tonight’s Moon ») : ils ont ce côté « classique » fait de notes parfaitement choisies et d’un esprit joueur qui commence à pointer le bout de son nez.

Comme d(habitude folk et americana seront représentés (« Napalm South » ou « End of the Weak ») mais ils seront saupoudrés de rock et de blues qui font partie du nouveau son que les Swingin’ Utters se sont appropriés.

Comme dans tout album aussi varié, le sequencing est l’élément clef. Celui-ci est parfaitement construit et ajusté avec des penchants plus marqués et lourds dans le répertoire folk ce qui donnera son unité sonique à Fistful Of Hollow.

On ne pourra qu’apprécier la confiance qui semble animer le groupe, d’autant qu’elle ne s’accompagne d’aucune tendance à la démonstration technique. Groupe et disque tous deux soudés, il est rare que des presque vétérans soient à même de garder la flamme et la qualité.

***1/2

Meatbodie: « Meatbodies »

Cet album éponyme de Meatbodies débute sur une longue exploration de l’espace, qui ne sert qu’à faire de la première réelle composition, « Disorder », une chanson parfaitement adaptée à son titre. C’est un morceau de punk-rock classique enthousiaste qui se termine en total chaos sonique ; tout cela nous révèle le spectre de la palette du groupe et préfigure ce dont le disque va être fait.

Ce dernier à un sens du flux inflexible, nous amenant au travers de déguisements faits de rockers périlleux de première ordre lacés à une psychedelia acoustique brumeuse vers quelque chose qui a une essence rock and roll authentique avec juste ce qu’il faut de punch pour être efficace.

Les compositions sont bien construites et contiennent une bonne dose d’accroches et de lignes instrumentales mémorables On peut citer par exemple »Two » et son colossal pont musical en huit mesures (façon « Hard Day’s Night ») dons lequel le chanteur Ubovich se distingue par un phrasé étonnant dans lequel les mots servent à révéler un côté vulnérable inhabituel dans l’image qu’on se fait d’un rocker.

On notera également des procédés atypiques comme des passages de scat jazzyt qui semblent surgis de démos et nous rendent encore plus proches du groupe et de son processus créatif. « Wahoo » sonne, ainsi, comme une supplique avec un pont frais et détendu mais, a contrario, ne déparerait pas également d’être l’accompagnement musical d’un produit à la mode grâce à son énergie et à son chorus vocal perçant. Le tout est délivré Par Chad Ubovich avec l’assurance d’un vieux briscard, climat confiant distillé sur tout l’album.

On pourra accorder une mention spéciale à « Tremmors » un des morceaux phares de l’album : solos de guitare étourdissants en interaction avec la section rythmique tout droit sorti du rock des 70’s ou « Off » qui ne sera pas sans évoquer Nirvana.

Meatbodies se révèle un disque qui nous enchante à chaque écoute ; c’est aussi gratifiant pour celui qui aura le temps de s’y pencher, volume au maximum, que pour son créateur

****

 

Kevin Morby: « Still Life »

Kevin Morby a passé ces dernières années à être le bassiste du groupe psyche-folk Woods et à faire partie des Babies avec l’ancienne Vivian Girl Cassie Ramone. Il a quitté ces deux ensembles (peut-être provisoirement) pour démarrer une carrière solo avec un premier résultat plutôt concluant sur son « debut album » Harlem River.

Moins d’un an après, voici son huitième disque en six ans, le deuxième sous son propre nom : Still Life un opus sophistiqué et ayant du corps confirmant que Morby ne manque pas d’idées en matière sonique.

Le rock de Morby a ce côté doux et carillonnant que l’on trouvait chez The Babies mais il est nettement ralenti ici ce qui permet à l’instrumentation d’avoir plus d’espace. « The Jester, The Tramp & The Acrobat » est un rocker léger parsemé de synthé qui débute l’album sur une bien jolie note et « The Ballad of Arlo Jones » qui suit fait montre de punch avec une accroche impeccable et un énorme chorus chanté.

Le disque va ensuite adopter un tempo plus mesuré avec des plages apaisées comme « Drowing » et « Dancer » qui se singularisent par des mélodies pop mémorables. Ce changement de registre soudain n’obère pas, en effet, la qualité de Still Life : on y trouve des titres fantastiques comme un « Parade » qui nous gâte avec des cuivres et des choeurs en arrière plan imprimant une bien agréable touche de gospel ou « Amen », un titre de près de huit minutes, et son final triomphant à la trompette.

Ce que le disque perd en énergie et donc compensé largement par la manière dont l’artiste peaufine ses compositions plus lentes ; on notera enfin un « Jones » qui symbolisera à lui seul la méthode Morby, celle qui consiste à délivrer des rockers aux tempos médium mais de leur conserver toute leur saveur.

***1/2