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Widowspeak: « Almanac »

Formé autour de la chanteuse Molly Hamilton, Widowspeak est un duo originaire de Brooklyn dont la musique est évocatrice d’un rock gothique brumeux et rêveur qu’on ne peut qu’apparenter à celui, narcotique, de Mazzy Starr.

Leur premier album, éponyme, avait vu Hamilton épouser les contours de la voix de Hope Sandoval dont l’ensemble avait voulu se différencier par une production qui visait à mettre en reliefle côté folky de leur musique.

Sur Almanac, le groupe semble aller plus loin dans un affinage de leur style et une plus grande appropriation des éléments soniques, bruts, auxquels ils croient. Sur des compositions qui semblent, thématique gothique oblige, égrainer le cycle des saisons, les transitions qu’il ménage dans la vie et l’idée de transcendance, Widowspeak sonne de manière assertive et moins nébuleuse que sur leur premier opus. La voix de Hamilton se veut beaucoup plus confiante et donne une tonalité brûlante aux facettes musicales dont elle s’inspire. L’ »americana » «devient ainsi combustible (« Locusts ») et tout ce qui, auparavant, était un shoegaze psychédélique retenu se transforme en martèlement monstrueux mais envoûtant (le menaçant « Sore Eyes »).

Hormis l’empreinte vocale, il faut aussi souligner la façon dont le groupe, sous la direction du guitariste Robert Earl Thomas, a évolué vers des schémas plus expérimentaux. Il donne à Almanac une tempo surmultiplié tout en subtilité qui permet à Widowspeak de maintenir un équilibre entre vigueur et nuance.

Ce nouvel album marque une belle étape ; il a permis au duo de peaufiner sa démarche en la redirigeant de manière moins prévisible. Comme quoi, un genre n’est jamais sclérosé quand on est capable de lui offrir de nouveaux territoires stylistiques.

★★★☆☆

25 janvier 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Esben & The Witch: « Wash the Sins Not Only the Face »

On pourrait dire de ce deuxième album de Esben and the Witches qu’il est la bande-son d’un monde macabre et austère, plus frigorifiant encore que celui de leur premier opus Violet Skies paru en 2011.

L’impression initiale qui vient à l’écoute est celle d’un shoegaze (un « Wash the Sins » elliptique ) d’où toute euphorie serait exclue. Du moins est-ce ainsi que le trio, mené par les vocaux d’une Rachel Davies sonnant de pus en plus comme les Cocteau Twins, semble vouloir annoncer quuant à la nature du disque. Il n’est pour cela que de considérer des titres comme « Deathwaltz », « Smashed to Pieces in the Still of the Night » ou les variations complexes et élégantes qui parsèment de leur intensité « When The Heads Split ».

Esben ne s’attachent pas en effet à nous offrir des riffs mélodiques, ils puisent de la monotonie de leur cold wave façon de provoquer l’intérêt. Pour cela, presque chaque plage est parcourue de moments plus tranchants cisaillés qu’ils sont par la guitare tumultueuse de Thomas Fisher. Seule excursion maximaliste, « Despair » avec ses chorus rocailleux à la six cordes et ses percussions électroniques qui impose de manière ostentatoire une vision nocturne plutôt qu’elle ne la suggère par les procédés itératifs de la psalmodie.

« Shimmering » sera, en quelque sorte, le morceau qui exemplifiera le tout : il parfume le disque de la glaciation qui était restée sous-jacent tout au long des autres titres. Sa lueur scintillante ne sera que le reflet de ces chutes de neige intérieures, qui donnent une dimension autre et bien éloignée des clichés habituels à ce rock dit « gothique ». Un album  dont la beauté se révèle presque inaccessible tant elle semble distante, difficile à atteindre et frigide.

★★★½☆

18 janvier 2013 Posted by | Quickies | , , , , | Un commentaire

Chelsea Wolfe: « Unknown Rooms : A Collection of Acoustic Songs »

Apokalypsis représenta une Épiphanie, pour Chelsea Wolfe déjà de par la nature de ses chants funèbres et sombres, pour le public qui lui permit de percer. Unknown Rooms : A Collection of Acoustic Songs n’est pas exactement une suite logique survenant un an après mais c’est peut-être ce qui rend l’entreprise plus intéressante. Le précédent disque était étonnamment dense, fait de cris distordus, de réverbeb, de chansons jouées sur sous une atmosphère sombre, pesante et saturée, cet opus voit Wolfe retrouver plusieurs de ses musiciens. Cette fois pourtant, elle et son groupe ont mis l’accent sur la fragilité et la versatilité de sa voix, éléments qui parfois se perdaient dans un Apokalypsis dominé par un vacarme low-fi.

Sur scène, Wolfe portait souvent des masques, volonté peut-être d’établir une distance avec son audience, ici on peut se dire que, priorité étant donnée à sa voix, l’approche sera plus directe avec une plus grande exposition de sa sensibilité.

Les cordes sont abondamment utilisées sur ce nouvel album, très souvent en complément de la voix comme sur « The Way We Used To » au point oque la finesse et la fluidité de son chant suggèrent un violon, et vice-versa. Cela n’empêche pas de laisser un véritable sentiment de mystère flotter autour du disque et de créer un monde de rêve et d’introspection assez nouveau.

Elle ne s’écarte pas loin de ses thèmes habituels – l’amour, la mort, la solitude, la terreur – mais elle les inscrit dans une perspective légèrement différent. Sur les chansons les plus marquantes, elle l’intensité prend alors une myriade de dimensions : « Flatlands » superpose une mélodie folklorique innocente en apparence que des cordes rendent peu à peu complexes, et « Spinning Centers » est un morceau de surréalisme folk où le cauchemar afflue à la conscience et dans lequel Wolfe évoque son bien-aimé avec une voix de soprano susurrante et effrayée. Pourtant, sur « Boyfriend », c’est elle qui à son tour tout aussi terrifiante donnant ainsi à la passion un terme quelle appelle « cancer ».

La plupart du temps, Wolfe utilisera la palette sonore du mieux possible vu les limites de l’instrumentation. L’intimité prendra alors un tour plus théâtral et hétérogène; « Appalachia » mélange guitares vives et cordes séduisantes, « Our Work Was Good » a un étonnant côté western spaghetti et « I Died With You » tout comme « Hyper Oz » sont de jolies petites vignettes au surréalisme étrange.

« Sunstorm », qui termine l’album, est lui marqué par un clavier au son bizarre se chevauchant à un chant, comme un duo entre les mémoires contradictoires.

Quand on sait que Unknown Rooms : A Collection of Acoustic Songs était, selon Wolfe, un recueil de « chansons orphelines », on ne peut qu’être charmé par l’intensité qu’elle sait faire vibrer dans un album la plupart du temps acoustique et dépouillé. On pense parfois à la rêverie mercuriale de Cat Powers ou à la crudité fantomatique de de P.J. Harvey ; il n’en demeure pas moins que cet album est d’une beauté tellement sidérante qu’elle peut parfaitement devenir obsédante. Petit prix à payer pour aborder les rivages du dérangeant et du méconnu quand on imagine que, quelle que soit la direction que Wolfe prendra prochainement, elle ne sera pas simple mais en voudra la peine.

9 décembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , , , , | Laisser un commentaire

The Luyas: « Animator »

Venant d’Arcade Fire, de Bell Orchestre et de divers formations de Montréal, les cinq membres de The Luyas produisent une pop aérienne et complexe depuis 2006. Complexe est aussi leur line-up dans la mesure où, outre les percussions, claviers et guitares, le groupe est également d’un joueur de cor, d’une violoniste et de la vocaliste Jessie Stein qui s’accompagne d’une cithare éléctrique en plus d’une guitare.

Animator est leur troisième album et il n’est pas étonnant qu’il incorpore des sonorités particulières d’autant que le groupe avait perdu un de ses proches peu avant l’enregistrement. L’atmosphère s’en ressent donc, faites de nombreuses strates musicales brouillassées et d’orchestrations toujours à la limite du classicisme (guitare folk) et de singularités atemporelles (cithare électrique).

Musique de chambre duveteuse donc, modulée par les vocaux de Stein toujours pointés obsessivement vers une vocation d’apparence hypnotique. Ainsi, « Fifty Fifty » va alterner électronique étouffée, bruits saccadés avec des lignes de guitare surf brouillées, le tout soutenu par la voix de Stein au tonalités familièrement éthérées ou « The Quiet Way » fait résonner instrumentation presque décharnée aux confins d’un folk-rock gothique véhiculant atmosphère sinistre propre à déclencher inquiétude et trouble.

On aura compris que The Luyas a un son qui correspond à un univers à la fois macabre et raffiné, et qu’il ne dédaigne pas prendre le risque du soporifique. Il est parfois difficile de s’accrocher à l’acoustique et vaporeux « Talking Mountains » et au minimalisme de « Face » qui peine à émuler Blonde Redhead.

Ce qui permet, en fait, à Animator de nous animer est quand les Canadiens renoncent un peu à leur cérébralité pour se pencher sur des climats plus organiques voire animistes. « Earth Turner » est un parfait mélange de percussions tribales, de vocaux ritualistes et d’arrangements à cordes qui nous plongent dans un univers chaotique percuté par un clavier désaccordé, et « Crimes Machine » est un plein de mordant avec des « samples » qui partent dans tous les sens avant de déboucher sur un « Channelling » déroutante mixture de berceuse mâtinée d’électro et de boîtes à rythme ne s’égarant jamais de son objectif, à savoir gratifier calme et sérénité de cette façon subiminale que les berceuses ont le dont d’agir.

C’est dans cette direction qu’il est agréable d’entendre The Luyas aller, plutôt que de se contenter de morceaux monocordes qui n’ont même pas la faculté d’être accrocheurs mélodiquement (« Traces » ou «  Your Name’s Mostly Water »). Introspection ne rime pas nécessairement avant intellectualisme forcené ; bref si The Luyas oubliait un peu sa cérébralité pour se lâcher, son monde ne serait certes pas transformé mais il serait certainement plus captivant.

5 décembre 2012 Posted by | On peut faire l'impasse | , , , , , | Laisser un commentaire