No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Mark McGuire: « Along The Way »

Mark McGuire présente ce deuxième album comme « une odyssée au travers des régions vastes et inconnues de l’esprit ». Cela peut sonner ambitieux voire ptétenteux mais pour ce prolifique guitariste expérimental venu de l’Ohio (il faisait partie auparavant du groupe « electro drone » aujourd’hui séparé, Emeralds) cette approche est presque aussi routinière qu’une journée au bureau.

McGuire édifie des paysages sonores mais avec des touches plus légères qu’avec son groupe précédent. Les nappes sonores sont taillées à partir de percussions digitales, des vocaux distants utilisant l’auto-tuning, un procédé permettant de jouer avec l’intensité sonore. Il les entoure avec son jeu de virtuose aux guitares, acoustique et électrique), lequel, peu à peu, se construit un crescendo où l’intensité se fera de plus en plus grondante jusqu’au milieu du disque, un monolithe sonore de 12 minutes nommé « Instinct ».

La deuxième partie de Along The Way se démêle quelque peu de manière plus fluide dans des climats plus personnels et touchant notre affect, (« The Human Condition (Song For My Father) » ou « For the Frienship (Along The Way) ».

Tout comme avec Emeralds, il y a un côté « new age » à la musique qui ne plaira pas çà tout le monde d’autant qu’il frôle souvent de très près unecomplaisance qui en ferait la parfaite bande-son d’une thérapie au yoga (certains passages de « In Search of the Miraculous »). Quand McGuire parvient à se préoccuper de l’éthéré, (« Ashtray », « The War of Cnsciousness ») il révèle alors un talent indéniable qui nous fait alors très vite oublier les vapeurs holistiques et le flou d’une partie de Along The Way.

★★★☆☆

 

10 février 2014 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Breton: « War Room Stories »

Breton est un collectif expérimental londonien ; le genre de personnes qui, ils s’appelaient Breton Labs auparavant, seraient comme des savants fous qui feraient des mixtures insensées et regarderaient les dégâts provoqués éventuels de loin.

Leur musique reflète cette attitude, bourdonnante qu’elle est d’énergie électrique. Leur album précédent, Other People’s Problems, contenait des titres aussi symptomatiques que « Electrician » et « Pacemaker », compositions aux lignes de basses palpitantes et percutantes. Sur War Room Stories, « National Grid » continue sur la même thématique électrique avec des synthés émulant des cuivres sur un groove colossal, des tempos et beats erratiques semblant tout droit sortis de boîtes à rythme et une basse qui demeure toujours aussi puissante.

Beaucoup des morceaux ont néanmoins suivi une direction légèrement différente. On y décèle un vernis plus subtil et contemplatif contribuant à la nature plus diversifiée et avancée du disque. « Closed Category » est, par exemple, un des titres les plus axé sur la guitare que le groupe ait composé. On y trouve pourtant un sample de voice-over vintage permettant de lui donner une conclusion cinématographique très belle et fort inspirée de Verve. Le « single », « Envy », fait preuve du même sens de la nuance grâce à un climat math rock accompagné de steel drums lui apportant un contrepoint original.

Tout ce ci tend à prouver que Breton ont, ici, réalisé un disque beaucoup plus ancré dans leur formation arty que le précédent. On y perd, certes, de l’immédiateté mais certains titres agissent comme de véritables charmes tels « Leg And Arms » et son chorus addictif et instantané ou « Search Party » et sa glockenspiel.

Au total, on y gagne certainement plus que ce qu’on a perdu ce qui décore ces War Room Stories d’épisodes plus riches et captivants.

★★★½☆

7 février 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Guardian Alien: « Spiritual Emergency »

Guardian Alien est le projet « avant psychédélique » (sic!) de Greg Fox ancien batteur du groupe de « art metal » (re-sic) Liturgy. Plutôt axé sur l’expérimentation, il vise à oblitérer le distance entre l’écoute et l’expérience d’écoute, bref Spiritual Emergency se veut cérébral et apte à susciter des états de conscience altérée.

Ce troisième album les voit s’échapper quelque peu de la frénésie sonique des jam sessions pour s’aventurer dans des territoires plus nuancés. Le thème de l’album est défini par son titre, une théorie mise en place par un psychiatre, Stanislav Groz, qui se veut un état initié par une expérience religieuse.

Le format du disque va donc être axé sur ce que la musique peut avoir d’hypnotique et de facteur favorisant la méditation. « Tranquilizer » fait montre d’une retenue notable tout en alternant les hauts et les bas tel un franchissement de pics et de vallées. Le paysage est onirique, piqueté de drones, de vocaux qui vont et viennent et d’une instrumentation proche de la cithare. La même atmosphère enfumée et embrumée se retrouve sur « Mirage »,qui, à l’instar de « Tranquilizer », est une longue composition en sandwich entre deux interludes (« Mirror » et « Vapour ») courtes esquisses dont l’existence a la nature et la composante d’une étoile filante.

« Spiritual Energy » est le titre qui soudera l’ensemble, cristallisation de pyrotechnies aux percussions et à la guitare s’ajoutant à des vocaux et à une utilisation de l’électronique qui évoque un lieu improbable où siégeraient des derviches tourneurs.

Le disque pris dans son intégralité peut sonner disjoint ; il est pourtant témoignage de la manière dont le groupe veut favoriser l’expansion de son expérimentation et de la mettre en rapport avec ses idées. Reste que le spectre dans lequel il se situe fait plus référence à l’abstraction qu’à autre chose ; Spiritual Energy sera réservé aux amateurs de l’id ou autres disciplines voisines. Le concept devrait être au service de la musique, ici c’est l’inverse qui se produit.

★★½☆☆

3 février 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

The Octopus Project: « Fever Forms »

The Octopus Project a autant de cordes à ses guitares qu’un poulpe peut avoir de bras. Technophiles consacrés sans pour autant faire de la techno, sorciers de l’électronique sans verser à fond dans l’electro, piliers du rock sans nécessairement en abuser  ; la musique du quatuor ressemble à un kaléidoscope qui, depuis 14 ans, a écumé une gamme insensée mais soigneusement organisée d’explorations visuelles et soniques hautement énergétiques.

Leur problème a été, jusqu’à lors, de parvenir à transférer sur disque la vibration que leurs concerts émettaient. C’est, en partie, ce que réussit à faire Fever Forms, leur cinquième album. L’entrée en matière, «  The Falls  », est significative avec son duel de guitares explosif se disputant la suprématie de leurs riffs respectifs et les 12 plages vont très vite nous entraîner dans un torrent de mélodies vocales tourbillonnantes, emplies de réverbérations et de textes psalmodiés. «  Pyramid Kosmos  » fait perdurer cette prédilection à la folie en y incorporant un synthétiseur entreprenant et agressif scandant le rythme des percussions toute les huit mesures avant que celles-ci ne s’envolent dans les hautes sphères.

Le «  single  » «  Whitby  », nous fera brièvement retoucher terre avant que le voyage intergalactique ne reprenne avec le bref «  Unspool  » puis «  Choi Signs  » et «  Perhap  », un instrumental chargé de théramine, le plus ancien instrument électronique inventé en 1919. « Death Graduates », « The Mythical E.L.C. » et « Mmkit », eux, s’évertueront à dépasser, un peu comme Hawkwind et leur « space rock », la vitesse de la lumière et, pour prouver son éclectisme ravageur, le groupe se paiera le luxe de frayer aussi dans l’univers d’un optimisme, débridé lui aussi, que ce soit sur leur second « single » « Sharpteeth » ou sur la « power pop » de «  The Man with the Golden Hand ».

The Octopus Project démonte, avec Fever Forms, qu’il n’est pas qu’un projet mais qu’il est passé au stade de la réalisation, de la concrétisation voire, peut-être, de la consécration.

★★★★☆

31 juillet 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Brokeback: « Brokeback and the Black Rock »

Brokeback n’a rien à voir avec le film puisqu’il s’agit du projet parallèle du bassiste de Tortoise, Douglas McComb. Brokeback and The Black Rock est le quatrième album du groupe, le premier depuis dix ans. Ben qu’affichant un nouveau line-up, la musique se situe toujours dans une mouvance « post rock » dont la basse à six cordes de McComb eymbolise bien la démarche. Le groupe a répété de manière intensiive pendant près de de deux ans ce qui a déjà abouti à une son extrêmement poli et une interprétation rigoureuse et soudée. Les huits compositions instrumentales sont prétextes à de longs titres où la guitare semble être le moteur mais Brokeback est parvenu à conserver un côté pastoral qui a toujours donné à Tortoise une image décalée moins austère.

Post-rock fracturé pourrait-on dire dans la mesure où l’abstraction semble ne pas se situer dans des limbes cérébrales mais porteuse d’une sensibilité rustique sise en des endroits poussiéreux.

Les guitares sont, en effet, rugissantes, presque animales et le combat qu’elles mènent contre des trémolos en « sustain » apporte cette touche organique si proche du spaghetti western à la Ennio Morricone comme « The Wire, The Rag and The Payoff » (titre composé de trois éléments, sic!). On peut noter aussi des humeurs moins statiques avec le dynamisme de « Gold » ou un « Don’t Worry Pigeon » qui semble être construit sur le mode du mouvement d’une vague.

L’attention au détail est proche de ce qu’on pourrait attendre d’un opus de jazz ; seule différence de taille l’épique « Colossus of Roads » qui clôt le disque en fait plutôt un « road album » dont les contrées seraient villes fantômes et « highways » interminables plutôt qu’élans improvisés dans la chaleur d’un club surpeuplé, la nuit.

★★★☆☆

7 février 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Pere Ubu: « Lady from Shanghai »

Tente-cinq ans après ses débuts, le groupe de Chris Thomas continue sa trajectoire sans compromis, plus subversive que celle affichée à l’époque par les punks. Dès le début Thomas vitupère sur fond de déluge sonre et électronique : « Vous pouvez tous aller en Enfer ! » Le ton est donné et cette densité restera rémanente tout au long de l’album.

Comme à l’accoutumée la construction du dique semblera irrationnelle mais elle n’est qu’une nouvelle façon de réactualiser le surréalisme. L’arbitraire n’a pas de place dans ce qui apparaît comme une logique structurée autour de ce qu’il pourrait être vu comme l’équivalent aural de la parole automatique. Le mode choisi sera celui de la dance qui lie les titres de façon cohérente. Le post-punk est alors poussé jusqu’au bout par, qui un bourdonnement de guêpes emprisonnées dans un pot(« Mandy »), qui une version dérangeante de « Mary Had a Litthe Lamb » sous la forme d’un «  Feuksley Ma’am, The Hearing » azimuthé ou la crachotement d’un CD rayé culminant sur un chaos de guitares qui seraient broyées par le son qu’elles émettent.

On trouvera ici traces d’un groupe comme The Fall, seul combo qui a toujours eu grâce aux yeux de Thomas dans la manière dont le rock est astucieusement subverti.

Le coté arty de Lady From Shanghai demeure volontairement obscur ce qui nécessitera(it) écoutes répétées et attentives. Une fois de plus Pere Ubu explore à la fois les clichés du rock et ceux du rock expérimental pour mieux les exposer et les faire exploser. Que ceci puisse encore fonctionner sera cependant une interrogation qui court depuis plusieurs albums : Pere Ubu n’est-il pas, à son tour, atteint par son propre formalisme ?

★★½☆☆

9 janvier 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Mono: « For My Parents »

Mono est un groupe expérimental japonais qu’on pourrait qualifier de post-rock et dont la particularité est de laisser de côté les vocaux pour se concentrer uniquement sur une musique atmosphérique dans laquelle rock et classique se mélangeraient.

Ils se sont, par conséquent, de plus en plus appropriés les instruments de ce dernier style en incorporant violes, violons, tympanis, contrebasse ou violoncelle.

Ce nouvel album, le onzième, les voit s’y plonger de manière de plus en plus profonde au point même que les arrangements englobent désormais toutes les facettes de ce que la musique contemporaine peut comprendre.

Les morceaux ne sont qu’au nombre de cing et sont composés de longues plages qui amalgame avec fluidité le répétitif, l’hypnotique, le dense et l’explosif, bref tout ce qu’on peut attendre d’un groupe post-rock.

L’intérêt de For My Parents est que l’album se structure à l’envers de ce à quoi on est habitué. Il se concentre en effet sur les détails, l’ambiance, les mélodies et des harmonies riches et pleines.

« Nostalgia » ne surprendra pas ceux qui connaissent déjà le groupe ; c’est le titre le plus conventionnel avec des cordes qui, peu à peu, laissent la voix à une guitare frappée de manière rapide, accords ouverts et vifs se conjuguant à des percussions qui prennent peu à peu leur essor.

Ce sera d’ailleurs  la seule entorse à cet ensemble en constant mouvement  à chaque enregistrement. « Legend » est un exercice assez impressionnant d’équilibre entre une tension qui s’élève à peine avec des orchestrations légères et une interprétation instrumentale comme en sourdine. « Unseen Harbour » la dissonance est contenue et presque contrecarrée par des mélodies plus traditionnelles qui se chevauchent comme en un méandre, des orchestrations visant à à la transcendance tant elles sont aériennes et de vifs éclairs rock.

La résultante en est une musique déconcertante mais c’est précisément grâce à ce chaos maîtrisé que l’auditeur maintient son attention. Celle-ci ne sera pas troublée par la coloration méditative de « A Quiet Place (Together We Go) » avec ses délicats arpèges à la guitare électrique et ses violoncelles délicats apportant touches bucoliques, tristesse et presque tendresse ; ce moment précieux où mélancolie se confond avec majesté

On sent que Mono se met au service de sa musique plutôt que le contraire et que c’est en visant ainsi à une abstraction de plus en plus prononcée que Mono réussit à susciter l’émotion. C‘est cet équilibre presque parfait entre épure et âpreté, entre Classique et Rock qui peut atteindre l’auditeur suffisamment doté d’ouverture d’esprit pour se montrer capable d’y trouver du cœur.

13 décembre 2012 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire