No BS: Just Rock & Roll!

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Dark Thoughts: « At Work »

Avril 2016, Dark Thoughts faisait ses premiers pas dans le monde du punk-rock avec leur premier album. Le groupe américain nous a injecté une bonne dose survitaminée qui a de quoi rappeler le fantôme des Ramones et il récidive avec un successeur nommé At Work deux ans plus tard.

On ne change pas une recette gagnante et Dark Thoughts l’a bien appris à leur dépens. Voici donc douze nouveaux morceaux explosifs ne dépassant jamais les 2 minutes 30 (à l’exception de « Watch You Walk Away ») avec ses riffs bourrins et ses rythmiques rentre-dedans allant de la courte introduction « Gimme Soda » à « Little Thing » en passant par les expéditifs « Psycho Ward », « With You » et « Two Coffees ». Résolument euphorique de A à Z (« I Wish », « Don’t Wanna », « Hate This Song »), le groupe américain sait nous envoyer de bonnes ondes punk-rock en 19 minutes de musique sans en perdre une miette.

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14 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Ratchets: « First Light »

The Ratchets se font une joie de nous jouer du punk rock depuis pas mal d’années. De façon sporadique, certes mais il faut dire que First Light fait suite à un premier album sorti en 2006, opus qui avait bien fonctionné dans les mileux concernés. First Light c’est donc un punk plus rock qu’autre chose, un peu dans le veine qu’avait su si bien véhiculer Social Distortion.

Bon, bien sûr, Mike Ness n’est pas là, alors il manque à ce disque la touche de classe et d’authenticité qui transforme une œuvre sympathique et bien troussée de celles qu’on ne peut décoller du lecteur. Mais on y trouve des titres efficaces, directs et qui ont assez de potentiel pour mettre la pèche à qui les écoute. Résultat, un effort louable et appréciable par les amateurs de bon rock. Reste à en satisfaire d’autres, aux demandes tout aussi légitimes.

**1/2

7 janvier 2019 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Sleaford Mods: « Chubbed Up+ »

Cet album ne doit pas être pris pour un « follow up » de Divide and Exit, ce disque de Sleaford Mods sorti en début d’année. Clubbed Up+ est en fait une édition étendue de la première compilation rétrospective du groupe enregistrée, elle aussi, sur le label farouchement intransigeant de Mike Patton, Ipecac.

Avant Divide and Exit il y avait eu Austerity Dogs, preuve que le groupe est prolifique et capable d’enregister des titres plus vite que son ombre. Quid de l’intérêt de cet opus donc ? On note déjà une qualité sonore qui le rend proche d’un « bootleg » comme si le duo s’était attaché à travailler aussi vite qu’il le pouvait.

Le phrasé de Jason Williamson est toujours le même ; des éructations dénonçant l’injustice et l’inégalité sociale (« Routine Dean ») une plage qui symbolise à elle seule la démarche de Sleaford Mods : coller à P.I.L. et à Sonic Youth.

Douze titres du même acabit qui répondent à des questions politiquement punk mais que personne n’a en tête de poser aujourd’hui. Heureusement, la vindicte est tempérée par un sens de l’observation presque poétique façon Mark E. Smith ou John Cooper Clarke qu’ils ont choisi de marier à une couche lo-fi électronique proche de Sheep On Drugs.

Son amertume se retrouve dans « Jobseeker » dont le titre parlera de lui-même ou « Bambi » dans lequel on ne peut voir qu’une référence aux Sex Pistols. On a par conséquent droit à des refrains acerbes emplis de bile et d’agressivité débités avec une telle hargne qu’on arrive à se demander quelle peut être la pression artérielle de Williamson à la fin de ses performances.

Les claviers timides de Andrew Fearn apportent une certaine accalmie et une touche de nouveauté ; au total Chubbed Up+ revendiquera avec justesse une diatribe contre la culture pop à laquelle on est en droit d’adhérer ou non.

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2 décembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

The Bots: « Pink Palms »

The Bots est un groupe garage de Los Angeles dont Pink Palms est le premier disque . Celui-ci est empli de grunge rock accrocheur, de riffs sonic punk façon 70’s et de quelques ballades blues ; bref,c’est le « debut album » dans toute sa speldeur.

Mikaiah et Anajah Lei sont frères et sœurs (17 et 21 ans) et leur premier EP, Sinverely Sorry, leur a valu de figurer à l’affiche du Coachella 2014 et ce disque va vouloir élargir l’attention dont ils bénéficiaient au-delà de la scène locale.

L’opus démarre fort avec « Ubiquitous » : riffs séducteurs et sonorités punk rappelant Black Flag. Autre influence les guitares étouffées à la Black Sabbath omniprésentes dans le disque, montrant leur appréciation des techniques du metal des débuts.

Le deuxième morceau, « Blinded », pourrait très bien être un « single » : accrocheur, enlevé avec une structure similaire à celle des Arctic Monkeys. Tour le disque d’ailleurs semble être un écho du dernier des Monkeys AM.

« All I Really Want » prendra une direction plus avant-garde avec des vocaux volontairement fauxs et des riffs expérimentaux puis Pink Palms s’orientera vers des climats plus calmes avec « All Of Them (Wide Awake) » et « Alabama ». « Bad Friends » aura la même tonalité mais avec une légèreté plus appuyée et nuancée, prouvant la capacité du groupe à incorporer ce type de subtilitytés autant que des influences plus batailleuses.

Au travers de toutes ces atmosphères et d’un tracklisting qui sait à merveille alterner le chaud et le froid, The Bots montrent que leur musique peut être « fun » mais aussi diversifiée au point de prendre des virages inattendus. Si Pink Palms est une profession de foi, elle mérite d’être entendue.

***1/2

24 novembre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Black Wine: « Yell Boss »

Le nouvel album de Black Wine, Yell Boss, se conforme plutôt bien à la façon dont le groupe définit le son de sa musique, du « no core ». On peut y percevoir de nombreux styles mais les énumérer n’aurait pas beaucoup de sens surtout quand ses trois membres se partagent les vocaux. Disons que c’est tout bonnement un disque de rock and roll.

Ce quatrième opus s’ouvre sur « Komrades » frénétique pour nous mettre en train alors que le titre qui suit, un « Breaking Down » plus mélodieux, servira à montrer le versant plus pop du combo. « No Reason », un morceau blues qui ferait un « single » évident, sera farouche et accrocheur, avec des vocaux de Miranda Taylor qui ajuste ses percussions aux riffs assassins de Jeffrey Schroeck. « Familiar », impeccablement situé en milieu d’album est un titre presque nu, interprétée par Taylor accompagnée simplement d’une guitare solitaire qui rappellera Liz Phair.

Taylor montera sa versatilité vocale avec un phrasé plus doux émergeant d’un « Rime », doté d’une intro de guitare en distorsion de neuf minutes avant que Jason Nixon, le bassiste, ne prenne un relais plus virulent fait d’une six corde en surmultipliée et de textes prenant référence au Dit Du Vieux Marin, le poème de Coleridge.

Black Wine retrouvera un punk plus « fun » avec un « Solar Flare » excédant à peine la minute, apportant qu « sequencing » de Yell Boss cette touche supplémentaire qui en fait un album pétri d’influences 60’s et 70’s agréable à écouter. On terminera enfin sur les 80’s avec « Love Chain », composition intrigante dans laquelle le jeu de la basse et de la batterie feront penser à Cure.

Bien que bref, moins de 30 minutes, il se passe beaucoup de choses sur le disque. Utiliser trois chanteurs et ne pas se soucier d’appartenir à un genre pré-défini convient parfaitement à l’éthique « no core » du groupe qui rendra son écoute diverse, puissante et addictive.

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18 septembre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Naomi Punk: « Television Man »

Television Man est le deuxième album de, Naomi Punk, groupe punk de Washingtoopn et il possàde le même esprit « demo » que leurs disques sortis précédemment. Alors que le choix des accords et que les vocaux ténébreux et troubles évoquent le « grunge » (les progression de « Eleven Inches » rappellent Nirvana et « Linoleum Tryst#19 » évoquent The Smashing Pumpkins) l’esprit général est beaucoup plus déconstruit et s’apparente à une interprétation « no wave » de ce que peut être le punk.

Ce qui est important ici, ce sont les éléments qu’ils ne partage,net avec aucun autre groupe plutôt que ceux de combos auxquels on pourrait les rattacher. Le plus important ici est la dissonance et un gros appui pris sur le « sustain ». Les morceaux ne contiennent pas de « power chords » aux rythmes rapides en 4/4 et les giclées de guitares, de vocaux et de batterie sont mis en valeur par la manière dont ils remplissent les intervalles. Le résultat en est un son assez unique dans la manière dont il est comme sous entendu.

L’imprévisible ne dure toutefois pas bien longtemps . Après avoir écouté les titres d’ouverture (« Firehouse Face » et « Song Factory ») cet album anti-climax commence à sonner comme étant fait d’une seule pièce et on se prend à penser que Television Man aurait été plus efficace dans un format EP. Sans être inintéressant, l’album ne survit pas à l’impression initiale qu’il suscite : le « single » « Television Man » nous montre que le groupe est capable d’avoir un certaine sensibilité pop, les interludes minimalistes aux synthés de « Plastic World N° 6 » où la jam brumeuse (le rock « slacker » de « California Truth ») proposaient en effet d’autres points de départ.

Au fond, on ne peut que regretter que Naomi Punk se cantonne à ce qu’il sait faire, même si il le fait très bien.

**1/2

7 septembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Tyvek: « On Triple Beams »

Tyvek est un groupe de punk rock originaire de Detroit ce qui, en soi, a déjà valeur de référence On Triple Beams est leur cinquième album en trois ans ce qui est également indicateur de leur productivité et d’une certaine « éthique » propre au genre. Ce disque est censé être plus ouvert et plus optimiste que les précédents ; on ne sait si on doit être surpris ou crédule.

Le vocaliste, Kevin Boyer, a trouvé un segment auquel il ne déroge pas : note haute, note basse, note encore plus haute. Le tout asséné de façon monolithique, reflet sans doute de ce que la vie a Detroit a toujours été.

« Scaling » va donc ouvrir l’ « opus » sur un fo,d de guitares acérées et frappées comme s’il s’agissait d’en briser les cordes. Le reste des titre va suivre cette même structure rigide, avec son lot de phrases répétées ad nauseum (« Effeciency », . »Wayne County Roads »).

On Triple Beams ne recèle donc aucune mélodie, aucune notre, chorus ou refrain. C’est un album basique et revendiquant cette approche primale et primaire. Inécoutable hormis, peut-être, en concert. Il paraît qu’un disque enregistré comme dans une cave peut avoir un charme ; Tyvek ont au fond inventé un style qui leur est propre : le « low-fi » qui déchire. Cela ne peut intéresser que ceux pour qui ce minimalisme est un choix et non une obligation. On peut, à la limite s’attarder, sur une pochette crypto-Bauhaus façon A Different Kind Of Tension ou Another Music In  A Different Kitchen mais le verdict serait encore plus impitoyable: n’est pas The Buzzcocks qui veut…

★½☆☆☆

25 décembre 2012 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Interview de Bob Mould: Du Grain à Mou(l)dre.

2012 aura été une année assez intense pour Bob Mould. Il y a d’abord eu la réédition des albums de Sugar dans laquelle il a été impliqué et la sortie d’un disque solo, Silver Age, qui n’est pas passé inaperçu tant il y faisait preuve de vigueur (et de verdeur). L’ex leader du trio hardcore Hüsker Dü dévoile un peu ici de quoi sa carrière a été parsemée, et en quoi elle lui a permis de se réaliser.

Vous avez déclaré que, depuis quelques temps, vous vous « confrontiez à l’idée de faire un nouveau disque de pop agressive » en particulier depuis l’anniversaire de la sortie de Copper Blue. Silver Age semble être un alliage de tous les styles que vous avez abordés depuis vous débuts. Vous dites ne pas pouvoir remonter dans le passé mais il doit y avoir une certaine exaltation à jouer à nouveau des morceaux de trois minutes.

C’est certain. Il y a deux ou trois choses qui ont été importantes dans l’élaboration de New Age. Le 20° anniversaire de Copper Blue approchait et on parlait beaucoup de le rééditer. Puis, les choses se sont accélérées et il a été question de faire plus que simplement ressortir les disques. On a parlé de faire une tournée avec Sugar mais David Barbe (basses) et Malcolm Travis (batterie) travaillent tous deux à la fac et ils n’étaient pas disponibles. On a quand même essayé ; on s’est réunis mais ça ne fonctionnait pas. J’ai donc envisagé d’autres options. Ce qui me semblait le plus simple était de jouer le disque avec ma section rythmique actuelle.

L’autre raison est liée à ma rencontre et mes conversations avec Dave Grohl voilà environ deux ans. Il m’avait demander de travailler avec lui sur un morceau, « Dear Rosemary », puis il m’a suggéré de le rejoindre et de faire le DJ pour ces concerts en stades. Cela m’a remis dans cette humeur effervescente et m’a incité à faire un nouveau disque de pop agressive. C’est le « Disney Hall Tribute Show » avec lui, Ryan Adams, Hold Steady et Britt de Spoon qui a précipité cette décision. J’ai donc réécrit toutes les compositioons qui traînaient avec cette idée. Silver Age a, plus ou moins, été réalisé en un mois ce qui est étrange car dans les années 80 je travaillais de cette façon systématiquement presque.

Il y a même eu des moments où vous sortiez deux disques de Hüsker Dü par an.

Tout à fait : Zen Arcade, New Day Rising et Flip Your Wig en l’espace de treize mois. Donc, pour Silver Age, il y a eu cette combinaison de deux facteurs, Copper Blue et Dave Grohl. Je pense que la troisième raison en était le fait que, ayant pas mal réfléchi sur moi-même et écrit un livre, ça me semblait chouette de composer des titres de rock tout simples.

Qu’a représenté pour vous le fait d’écrire un livre ?

J’y pensais déjà depuis pas mal d’années avant de me mettre véritablement au travail avec Michael Azzerad (journaliste à Rolling Stone). Au début je me disais que ça allait être du style : « Regardez les trucs fabuleux que j’ai faits musicalement !Regardez aussi les deux ou trois albums plutôt quelconques que j’ai sortis ! » Puis nous avons commencé à explorer ma vie personnelle de façon plus profonde et ça m’a donné une perspective nouvelle qui m’a permis de comprendre ce que j’avais fait de ma vie jusqu’à présent.

Cette biographie a-t-elle eu alors une valeur thérapeutique ?

Peut-être bien. Mon idée initiale n’était pas que ça en soit une mais ça l’est devenu sans aucun doute. Il y a un aspect cathartique indubitablement ; un examen de soi, une compilation de ce que vous avez fait de façon à tout remettre en ordre. Ainsi, tout a soudain pris un sens nouveau et vous vous dites : « Sachant tout ça, il est temps d’aller de l’avant. » Je suis vraiment fier de ce livre mais je suis content de ne pas avoir à en écrire un autre l’année prochaine. (Rires) Je crois que je suis meilleur à écrire des chansons que des livres. Ça a été un grand soulagement que de pouvoir à nouveau composer en ayant conscience de tout cela. Tout me semblait correct, adéquat du style : « Bordel, j’ai fait ça pour mon livre ; je vais faire ce qui est le plus adapté à ma sensibilité ! »

Pensez-vous que Silver Age en est un résultat direct ?

Il faut que ça le soit… Sans doute pas directement mais le livre m’a permis de mettre à jour toutes mes particularités : vouloir contrôler, être hyper vigilant, tout savoir à l’avance. Rien que le fait de mettre le doigt dessus a fait que, au moment de l’enregistrer, je me disais : « Écoute, tous tes amis jouent tes compositions, tu traînes avec les Foo Fighters. Vas-y, fonce ! Suis ce qui se passe et n’essaie pas de trop le canaliser. Vis le moment et fais-en partie au lieu d’essayer de la diriger. » C’est ainsi que je vois les choses…

Vous avez déclaré que, plus qu’avec les autres, ce disque donne un véritable aperçu de l’importance que la musique revêt pour vous. En quoi ?

Il y a ce morceau, « Keep Believing », par exemple. C’est une coomposition assez bizarre car j’avais écrit un riff très rapide. C’était au tout début de l’année et on avait enregistré une « demo » très vive. Je ne la sentais pas du tout et me disais qu’il me fallait la réécrire. J’ai joué quelques riffs pendant cing ou six minutes, puis j’en ai soudain sorti un et Jason (Narducy, batteur) a levé les yeux et m’a dit : « Celui-là, il est vraiment bien ! » Je lui ai répondu : « Vraiment ? » et il a vraiment confirmé. J’ai dit : « OK, ça devrait pouvoir le faire » et j’ai écrit quelques paroles au dernier moment. Ça m’a montré combien le processus de création pouvait être « fun » quand je lâchais la bride. Et comme j’étais un peu perplexe à propos de ce sur quoi j’écrivais, je me suis dit : « Bon, je vais faire une chanson qui parle de ma collection de disques. »

Justement, de quoi est-elle constituée ?

Dans ce titre je mets une ou deux références à chaque vers. J’ai un gros cahier où je les note. On y trouve Revolver, In Color, Younger Than Yesterday… Les Mintemen, Pixies ou Nirvana… C’était assez « fun » de faire ça. 2012 est mon année de « fun » ; rejouer Copper Blue et enregistrer Silver Age et ne pas me prendre la tête avec thérapie et introspection.

Au sujet de Hüsker Dü, quand Grant Hart a été viré du groupe, avez-vous envisagé de continuer avec Greg Norton et ne pas vous séparer ?

Grant Hart n’a pas été viré. J’ai informé les membres que je quittais Hüsker Dü en janvier 88. Greg m’a demandé de continuer avec lui seul mais j’ai refusé. Donc Grant n’a pas été viré, je m’en rappelle très bien et en parle beaucoup dans mon livre. J’étais devenu conscient de sa situation, de dans quoi il se débattait et toute cette désillusion s’est accumulée. Mon intérêt s’était évaporé, tout comme ce que j’apportais au groupe : il «était temps pour moi de descendre du train.

Quand vous vous êtes réunis au Karl Mueller Tribute Show en 2004, pourquoi Norton n’était-il pas là ?

Grant avait eu mon téléphone grâce à mon avocat. Il m’a demandé de jouer 2 ou 3 trois morceaux avec lui et, comme c’était un hommage à Karl Mueller qui était un ami très cher, j’ai accepté. Ce ne fut pas une expérience mémorable ; ça m’a rappelé que, dans certains cas, vous ne pouvez jamais revenir en arrière.

Quelle a été la raison de ce brusque changement sonique sur Workbook  ?

J’essayais de m’extraire de pas mal de choses et de trouver un nouveau langage. Je crois que ça aurait été idiot pour moi de tenter de recréer ou de continuer avec mon son habituel. En effet, celui-ci, même si il reflétait mes idées, était celui de Hüsker Dü et je ne souhaitais pas le dupliquer. Je souhaitais un nouveau départ, rompre complètement et tout recommencer. C’était devenu une sorte de mantra pour moi et c’est ainsi que mon travail d’écriture a évolué tout au long de cet album en 88. J’étais à la chasse de sons synthétiques, je me suis aussi imprégné de groove et de folk celte, je me suis plongé dans l’écriture automatique et tout s’est ainsi peu à peu déployé tout au long de cette année. C’était tout sauf Hüsker Dü  !

Pouquoi avoir formé Sugar plutôt que d’entamer une carrière solo  ?

Je n’avais pas pour intention d’avoir un groupe. Mon plan était de faire un nouveau disque avec une nouvelle section rythmique. Il s’est avéré que c’était David et Malcolm et après quelques semaines où nous avons pas mal joué et traîné ensemble j’ai commencé à me sentir comme faisant partie d’un groupe. J’avais la sensation que je travaillais avec deux personnes qui étaient en harmonie avec mon esthétique, que ce soit au niveau des tournées, du business et de la composition musicale. On lui a donné un nom et on l’a appelé Sugar. On a eu un coup de fil juste avant que nous ne commencions à enregistrer en 92. C’était Barrie Buck qui cherchait un groupe pour jouer à son 40 Watt Club à Athens en Géorgie. Elle savait qu’on répétait dans les environs et elle nous a demandé si on voulait bien remplacer au dernier moment un groupe qui avait annulé son show. C’est ce jour-là qu’on a donné un nom à notre trio.

Pour quelle raison les sessions se sont-elles arrêtées lors de l’enregistrement de votre deuxième album ?

Sur File Under  : Easy Listening nous avions perdu notre concentration et n’étions pas content de la façon dont le groupe sonnait. J’ai donc stoppé, payé le studio, suis retourné au Texas et j’ai effacé les «  masters  ». J’ai tout recommencé en repartant de zéros. C’est là, de tourtes manières, que je faisais toutes mes expérimentations. J’ai ensuite fait venir David, puis Malcolm. On a fait les percussions en dernier et ça sonnait du tonnerre.

Quel rôle avez-vous eu pour les rééditions de Sugar  ?

Jim Wilson a fait tous les «  remasters  ». C’était mon ingénieur du son depuis File Under  : Easy Listening. Ensuite il a été mon bassiste. On a tout repris à partir du «  master  » initial. Une grande partie du remastering s’est faite en Europe. Chaque jour, mon manager m’envoyait un fichier et je le lui retournais en lui disant ce qui devait être changé. J’ai donc plutôt gardé la main. Je crois que ces rééditions sonnent beaucoup mieux et sont bien plus proches de ce que j’entendais en studio. Je crois aussi qu’en 20 ans, on a fait pas mal de progrès quant à notre approche d’une source analogue sur un support numérique.

Est-il vrai que votre intérêt pour la musique électronique s’est développé une fois que vous avez emménagé à New York  ou est-ce purement une coïncidence?

C’était début 99 et j’y étais déjà depuis deux ou trois ans et j’avais commencé à écouter un peu de hip-hop en 98. En vérité, j’avais pris la décision de quitter le groupe, de cesser de jouer du «  guitar rock  » et d’assumer mon identité gay. Cela comprenait en grande partie le fait d’aller dans des clubs ou des endroits où la musique était tout SAUF du rock. C’était de la house, de la dance, de la club music. Ça a été de pair avec cette nouvelle identité et lui a donné une bande-son tout à fait différente.

Avec une instrumentation électronique et des technologies plus contemporaines on peut se demander si Modulate n’était pas une façon de montrer votre motivation à enisager une nouvelles façon de faire de la musique…

C’est drôle, j’ai réécouté récemment Modulate pour la première fois depuis plusieurs années. C’était pour un ami qui ne l’avait jamais entendu. Il est resté sans voix et trouvait que c’était super et qu’il n’aurait jamais pensé que j’étais capable de faire des choses comme ça. Ce qui m’a contrarié c’était que le gens ne savaient plus très bien quoi en dire. Vous savez, j’avais une approche très naïve de la musique électronique ; je ne savais pas comment laisser de la place ou pas à toutes ces idées. Je continue à penser que les titres étaient assez cool et que c’est un bon petit disque.

Body of Songs était-il un moyen de donner à vos fans rock ce qu’ils voulaient alors que vous exploriez de toutes autres niches musicales ?

Oui, c’était un bon hybride. Je ré-enfilais ma peau de guitariste et je crois que, tout en utilisant encore des claviers et des synthés, c’était pour mes fans de la première heure un retour vers des choses plus familières pour eux. Vous savez, si vous le comparez à Copper Blue, vous verrez qu’il y a beaucoup plus d’électronica que dans Body of Songs. Je crois que notre perception est biaisée par la manière dont on nous présente les choses. Vers 2004, vous aviez Notwist ou Postal Service ; tout le monde était à fond dans l’électro. Et les gens avaient l’habitude d’entendre des ces tonalités dans le rock indie. Rétrospectivement c’est assez drôle…

Vous avez participé à un album hommage dédié à Richard Thompson  et vous en avez fait plusieurs reprises de ses morceaux. Comment qualifieriez-vous l’influence qu’il a eu sur vous ?

Quand on m’a fait part de certaines similarités, j’étais plutôt gêné. En 88, à l’époque où je tentais de me ré-inventer et que j’écrivais ce qui allait devenir Workbook, je parlais de me diriger vers le folk celtique en y ajoutant des trucs un peu bizarroïdes de type bourdonnements ou accords décalés. C’était des éléments que j’entendais dans ma tête et sur lesquels je souhaitais mettre l’accent. Quand on m’a parlé de Thompson, j’ai un peu écouté et je me suis dit : « Pourquoi ne pas faire une reprise ? » C’était pour moi, une façon de déclarer que j’étais conscient de cette similitude, toute accidentelle qu’elle ait pu être. J’ai, ensuite, commencé à creuser dans son catalogue et j’ai été totalement éberlué. Pour moi, c’est vraiment le plus grand guitariste existant. Comment dire ? Si vous ne l’avez jamais vu jouer, allez-y et amenez avec vous le meilleur guitariste que vous connaissez. Je suis sûr qu’après 2 ou 3 morceaux il vous dire$a : « Qu’est-ce qui se passe ? Faut que je sorte, ce type-là me donne la honte tant il est génial ! » C’est, de surcroît, un lyriciste hors pair. Je l’ai rencontré deux ou trois fois et il n’y a pas plus gentleman que lui. Il compte comme une force essentielle dans la musique aujourd’hui…

14 décembre 2012 Posted by | Conversations | , , , | Laisser un commentaire