Dog Party: « Lost Control »

12 septembre 2013

Gwendolyn and Lucy Giles composent ce duo, dont la musique abrupte est surprenante quand on considère leurs âges respectifs, 17 et 15 ans. Ayant joué ensemble depuis le collège, elles ont évolué des légers chahuts qui composait leur premier album P.A.R.T.Y. All Night vers un troisième opus, Lost Control,qui les voit adopter (nouveau label aidant?) une maturité assez saisissante balançant entre l’excitation de pénétrer dans le monde adulte et la peur de s’y noyer. Cela se traduit par une musique pop punk pétillante rappelant The Soviettes, The Queers ou The Epoxies.

Alors que leur premier disque essayait laborieusement de se frayer un chemin à travers une mosaïque de tonalités lo-fi, Lost Control témoigne, au contraire, d’une approche sonique croustillante et pleine d’allant faisant de Dog Party un « power duo » dont les accords de guitares peuvent aisément revendiquer ce premier patronyme. Les riffs sont puissants et emplis de cette sève juvénile qui leur donnent toute sa saveur et les harmonies vocales, bouillantes, sont parfaitement en phase avec la façon dont ils sont assénés.Le jeu de cymbales de Lucy est, en outre, fracassant et écumant ; que ce soit sur des « rockers » percutants comme « Flamingo Go » ou des morceaux en crescendo de la trempe de « Lost Control ».

Des titres comme « Jet Pack » ou « Los Angeles » font fi de l’attitude blasée et puérile de leur premier disque et d’autres comme « Best Friend » et « I Can’t Wait » confirment leur maestria à domestiquer les procédés du genre adopté. L’amour et la perte qui jonchent leurs textes sont une affirmation d’indépendance mais aussi la conscience des aspects les plus graveleux du monde. Ces courants sombrent jalonnent la pop faussement « bubblegum » de Dog Party signe sans équivoque que les deux sœurs sont prêtes à affronter ce qui les attend.

★★★☆☆

Fist City: « I’ts 1983, Grow Up! »

6 août 2013

Avec des titres comme « Boring Kids », « Endless Summer » ou « Burn Burn Burn Burn » et un album culminant à 27 minutes, on pourrait penser que les Canadiens de Fist City continuent sur la même veine que sur leur premier disque. Il est certain que It’s 1983, Grow Up! ruisselle de verve et d’une énergie qui voit le quatuor ne jamais décélérer le tempo et constamment adhérer à la formule couplet-refrain.

Le groupe considère pourtant que l’opus est lo-fi ce qui peut sembler curieux sauf si on considère qu’il a été enregistré chez Ryan Grieve leur leader et que le son des percussions est totalement noyé dans le mix. Il s’agit donc plutôt d’un disque garage pop minimaliste avec, savamment distillées, quelques petits échos surf pop et new wave comme sur les claviers perçants de « Boring Kids » ou le vitalité estivale de « The Creeps ».

Malgré le chaos qui préside à It’s 1983, Grow Up ! et à ses compositions ultra-rapides, ces dernières sont délivrées avec une telle confiance et un abandon si insouciant qu’il est surprenant d’apprendre que le combo a subi des changements de line-up récents et autres désagréments. On peut même s’émerveiller que le disque ait vu le jour ce qui explique sans doute le caractère auto-produit de l’album tout comme son esprit viscéralement vivifiant. L’exemple le plus frappant est « Wet Freaks » au son délicieusement plein; il est preuve, s’il en est besoin, qu’une fois véritablement rééquilibré, il y a un futur pour cette bande de joyeux compères.

★★★☆☆

 


The Thermals: « Desperate Ground »

22 avril 2013
Cela fait 10 ans que The Thermals nous délivrent la même braise incandescente punk pop. Cela fait 10 ans que leur chanteur Hutch Harris continue à avoir pour cible la guerre et les politiciens de Droite. Aujourd’hui il s’attaque à notre propre complaisance et auto-satisfaction ça n’est pas pour autant que ce « concept album » d’un peu moins de trente minutes aura basculé vers un autre registre.Si on laisse de côté l’aspect moralisateur de Desperate Ground et sachant que l’on ne peut accuser Harris d’adopter une posture, on pourra être sensible à cette volonté de défier les autres, en particulier la foi aveugle qui les transforme en moutons de Panurge. Pour cela il use de métaphores intéressantes ; ainsi sur « Born to Kill » il évoque ce soldat programmé pour tuer et qui, devenu fou, se transforme en personnage prêt à verser le sang pour un oui ou pour un non. L’ironie sera atteinte quand il s’écrira : « On ne me privera pas de mon destin. »La plupart du temps pourtant, les compositions sont des brûlots polémiques dans lesquelles l’intensité fait force de loi. La musique demeure entraînante, roborative même parfois, mais, le plus fréquemment, on a la sensation d’entendre une resucée de leurs albums précédents.The Thermals, s’ils avient un peu plus visé le « mainstream », auraient certainement pu atteindre le niveau des Pixies. Tout en épousant ce pour quoi ils se battent, on se dit que c’est un groupe qu’il est facile de bien aimer mais dont on a décidément bien du mal à devenir fan.

★★½☆☆

Fall Out Boy: « Save Rock and Roll »

16 avril 2013

Save Rock and Roll un titre d’album assez provocateur pour un duo qui a fait une pause de quatre ans pour poursuivre deux carrières en solo qui ont eu un succès limité auprès de leur audience. Selon Fall Out Boy, il s’agit d’un disque qui a été réalisé pour eux et non pour leurs fans. Leur style pop-punk et emo-rock n’a pas été très en évidence durant leur hiatus ce qui peut augurer de bonnes choses pour eux. Ils se sont entourés de toutes les chances pour leur retour puisque on trouve sur le disque la participation de Courtney Love, Big Sean et ni plus ni moins que Elton John !

Puisque la profession de voix se veut grandiose, Save Rock and Roll démarre sur un « The Phoenix » qui ferait une excellente introduction à un « blockbuster » hollywoodien avec sa section à cordes dramatique et ses percussions jaillissantes. « Alone Together » sonne comme un démarquage de Rihanna mais Big Sean apportera une touche rbaine au « rocker » « The Mighty Fall ». Le « single » « My Songs Know What You Did In The Dark (Light Em Up) », « Rat A Tat » et la chanson-titre où intervient Elton John seront aussi à noter mais le reste des compositions, « Where Did the Party Go », « Just One Yesterday » ou « Death valley », demeurera assez générique et peu inspiré.

Au total,Save Rock and Roll ne parviendra pas à réaliser la mission qu’il s’est soi-disant assigné ; c’est un « come back album » plus ou moins réussi, donc plus ou moins anodin, propre à satisfaire les fans certes mais dans lequel l’étincelle de la brillance ne s’allumera pas.

★★½☆☆

Alkaline Trio: « My Shame Is True »

8 avril 2013

Alkaline Trio s’est très longtemps défini comme un groupe « dark punk » et ça a été assez souvent le cas que ce soit pour les textes ou pour la musique. À la suite d’un This Addiction graveleux, primaire et colérique en 2010, la trio de Chicago a poussé un peu plus la barre de la noirceur en s’enfonçant dans une pop-punk monochrome avec une occasionnelle touche d’humeur chagrine apportée par des accords pris en mode mineur. Cantonné dans et satisfait de ce registre, il a toujours été capable d’explorer artisanalement ce spectre étroit en conservant la même passion.

C’est une formule minimaliste qui marche la plupart du temps ; par exemple sur un « Kiss You To Death », composition au climat maussade parfaitement véhiculé par le phrasé type crooner de Matt Skiba et l’accompagnement aux claviers. « Only Love » brillera faiblement ; atmosphère à la Coldplay avec un peu de muscle et de distorsion et un tmorceau comme « The Torture Doctor » aura des relents on ne peut plus gothiques qui ne font pas mentir son titre. Les vociférations de « I, Pessimist » chanté en duo avec Tim McIlrath (Rise Against) complèteront de panorama de l’urgence dont My Shame Is True se veut porteur.

Pointent pourtant, par endroits, un certain ennue devant une formule rebattue. Skiba chante, sur un chorus : « Nous savons tout de cette histoire » , signifiant sans doute ainsi sa propre lassitude face à une formule rebattue ainsi que des riffs et des mélodies ultra classiques.

Restent néanmoins quelques moments qui témoignent encore d’une certaine verve ; « I Wanna Be A Warhol » est aussi habile que son titre ironique et Skiba conserve toujours son humour pince sans rire en singeant un titre de Costello, « My Aim Is True » pour nommer son disque. Reste à savoir si, quelque part, l’intitulé My Shame Is True n’est pas la traduction inconsciente de son embarras.

★★★☆☆

Kate Nash: « Girl Talk »

8 avril 2013

La chanteuse-compositrice Kate Nash a fait parler d’elle en 2007 quand, à à peine 20 ans, son album de pop-songs Made Of Bricks fut sorti en hâte par son label souhaitant capitaliser sur le succès de son « single », « Foundations ». Hormis 2 ou 3 titres, le disque n’était pas mémorable, l’artiste s’accompagnant au piano cherchait encore sa voix, mais il fut quand même disque de platine et obtint un Brit Award.

My Best Friend Is You était déjà plus rock et Girl Talk, auto-produit par Nash, la voit poursuivre son évolution vers un rock plus agressif et mercuriel. Des titres comme « Sisters », « All talk » ou « Cherry Pickin » sont tout bonnement des morceaux punk à es années-lumières de la pop lumineuse de Made of Bricks. La chanson d’ouverture, « Part Heart » donne d’ailleurs un ton avec Nash chuchotant presque sur une ligne de basse lo-fi de simplement trois notes, une batterie et une légère guitare en feedback. Celle-ci se manifeste pourtant de manière plus incisive au milieu du morceau et, peu à peu, celui-ci voit son intensité croître à mesure que la voix de Nash se fait plus agitée et dédaigneuse. « Fri-end ? », qui suit, est plus proche de son répertoire précédent mais ce type de répertoire (« O My God ! », « Conventional Girl ») sera minoritaire et contrebalancé par une attitude heavy metal désordonnée et bruyante (un « Death Proof » rootsy et fortement empli de reverb par exemple).

Nash déclare avoir épanché son cœur et son âme dans cet album et Girl Talk reflète effectivement cette véhémence. Quelque chose manque pourtant ; la chanteuse sait écrire des mélodies et moduler sa voix mais on se prend à regretter certains des riffs qu’elle composait avec tant de facilité. Ce disque est sans doute celui qu’elle voulait faire, il n’est pas certain que ce soit celui que ses fans auraient aimé entendre.

★★★☆☆

Green Day: « ¡Tré! »

5 janvier 2013

Voici donc la finale livraison de la trilogie de Green Day.¡Uno! Représentait leur côté « stadium rock »,¡Dos! leur facette « garage punk »,  ¡Tré! semble, lui, ne suivre aucune direction musicale précise et terminer ce triptyque sur une note de confusion. Rien n’est structuré dans cet album qui passe de la chanson pop aux riffs accrocheurs à des fragments plus relâchés, bref si il faut chercher une identité précise c’est du côté de l’humeur générale qu’il convient de se tourner.

Billie Joe Armstrong étant entré en cure de désintoxication de façon inattendue, il est certain que le projet du groupe a été chamboulé. Le résultat en est que ce dernier disque ressemble plus à un amalgame de chutes de studios même si l’atmosphère se veut pleine de jus et de joie.

Les rythmes sont insistants, le vernis plutôt jubilatoire et les riffs pleins d’allant mais manque à ¡Tré! cette consistance et cette force mélodique qui donnaient au groupe un certain syncrétisme. Cette déstructuration fait de ce disque une sorte de compilation de B-sides dont le groupe n’aurait jamais voulu avec un côté forcé dans une emphase qui se veut joyeuse. Hédonisme et artifice sont difficilement conciliables et n’ont, par conséquent, jamais fait bon ménage.

Peut-être qu’au vu des évènements traversés par Green Day tout au long de cette année, cet ultime album sera en un sens un chant du cygne, l’acceptation que certaines pages ont été tournées et qu’il est temps de ne plus essayer de capturer à nouveau une jeunesse dont l’ébullition est désormais évanouie.

★★☆☆☆

Games: « Games »

1 janvier 2013
Games est « le nom de musique » de Jeremy Thompson, ex-leader des Busy Signals groupe punk de Chicago. Ayant migré à New York, Thompson a opté pour un répertoire plus pop qui n’est pas sans évoquer The Raspberries ou Dwight Twilley. Cet album éponyme est un joli concentré de ce que la power pop peut accomplir quand elle est étayée par des refrains imparables (« It’s Just Impossible »), des riffs de guitares essentiels même quand ils ont été souvent explorés (« Take a Dare ») et de discrets arrangements de cuivres (« (Baby) Put That Gun Down »). À l’ aise sur tous les registres, y compris les tempos moyens d’un slow-rock comme « Sad And Blue » ou « When The Time », Thompson a ainsi su retenir une leçon essentielle en matière d’efficacité.
Celle-ci est, en effet, plus aisément construite quand les mélodies sont élaborées avec soin tout en restant simples, que les guitares sonnent de façon harmonieuse même si elles sont débridées et que les vocaux sont plus efficients quand ils sont modulés et exempts de morgue et de morve. L’album évoquera donc une période où le terme « power pop » ne sera pas devenu synonyme de « new wave » et où il se baladait avec allégresse au milieu de textures souples et nuancées dans lesquelles les murs de guitare savaient se fondre et se faire sobres. Cette mesure permettait alors aux vocaux d’explorer toutes les facettes de ce que sensibilité voulait dire, Games en est une resucée certes, pas de raison pourtant de bouder le léger plaisir qu’il apporte.
★★★½☆