Babe Rainbow: « Changing Colours »

15 mai 2021

Ah, Babe Rainbow. Qui pourrait oublier nos chers garçons néo-psychiédéliques issus australiens ? Ce tout nouveau disque nous fait passer de Byron Bay cette Mecque du son et de la musique qu’était Laurel Canyon dans les années 70.  Ça fait un moment, ils nous ont manqué et on en presque envie de surfer. 

Nous n’avons jamais eu autant envie de plage ou d’agrumes qu’en écoutant « Zeitgeist ». Rappelant les Parcels plus modernes, c’est une brise tropicale d’un disque qui supplie l’auditeur d’être dans le présent, d’accepter cette étrange réalité pour ce qu’elle est, d’évoluer avec le temps et de savourer des agrumes rafraichissants. Ils vous invitent à vous détendre et à groover sur des rythmes latins classiques et vous ne pouvez vous empêcher de vous débarrasser de votre négativité, de pratiquer la pleine conscience et de surfer sur la vague avec eux. 

Nous entrons ensuite dans un territoire plus sombre. « The Wind » a été conçu dans des eaux beaucoup plus sombres, pendant la saison des feux de brousse en Australie, et est un hymne pour tous les bébés du bush et les animaux sauvages perdus. Cette chanson s’est vraiment démarquée pour nous ; une vibe de Donovan avec une ambiance de Simon & Garfunkel. Profondément profond, mélodique et évocateur, les chuchotements de l’appel parlent doucement : « accrochez-vous à moi et revenez à la vie » (hold onto me and return to life). Vous pouvez visualiser la scène, les flammes dans les cieux à travers l’horizon sans fin, alors que la flore et la faune commencent lentement à se restaurer et à revivre après la dévastation. C’est un morceau basé sur le retournement du monde et la magie impliquée dans le grand cercle de la vie – c’est une transe et tout simplement stupéfiant.

Il y a une telle gravité dans ce disque, qui se poursuit avec la collaboration pop lo-fi de Jaden Smiths sur « Your Imagination ». Détendu, exaltant et nostalgique avec une touche des modernité, il y a une touche Beach Boys qui vous fera sombrer dans les dunes de sable. Il y a une vibe nettement jeune et transitoire avec des touches de références à la culture pop qui l’amène au présent :  « Elle n’écoute que The Lonely Hearts Club Band » (She only listens to The Lonely Hearts Club Band ). En tout cas, c’est un signe que lesacolytes de Byron Bay s’emparent des esprits et des oreilles d’un public affamé et peu méfiant.

Nous passons ensuite à « Ready For Tomorrow », qui rappelle les anciens albums de psych pop des années 60 que nous connaissons et aimons. Lespercussions roulent de plus en plus vite et nous plongeons alors dans la soupe primordiale de la danse et du néo-psychédélisme.  « California «  est beaucoup plus fort et rappelle le magnifique songwriting d’autrefois de façon frappante mais sans effort et avec fluidité, « Quand vous voulez qu’ils changent, les gens ne changent pas) «(When you want ’em to change, oh people don’t change) . Nous voilà ainsi dans les légendes du présent et du passé,et c’est un sans faute. ce morceau est également presque une ode et un panégyrique à leur famille de Los Angeles et à leur second sanctuaire.

« Rainbow Rock «  remonte à la surface, rappelant le rock des années 90 avec un goût distinct de l’Hacienda Manchester. De son côté, « New Zealand Spinach » sera une joyeuse beach ballad, avec des harmonies à la Beatles. « Thinking Like A River «  est sinueux et apaisant, à la hauteur de son homonyme. Décrivant leur son comme « Dieu cueillant des tournesols » (‘God picking sunflowers’), nos flower childen aquatiques se montrenet alors « Relaxed » avec un R majuscule. 

« Curl Free » présente, par comparaison, un changement de rythme et un hommage à la culture pop surf des années 60. Cette chanson est simple et égalise l’album avec des samples de mouettes et de vagues qui se fondent dans les enceintes – c’est une expérience très viscérale et vous pouvez presque sentir le sable bouger entre vos doigts de pied en éventails. 

Sur Changing Colours, Babe Rainbow a fait des vagues et a plongé ses orteils dans tous les océans, ruisseaux et rivières. Ils nous montrent qu’ils sont loin d’être un dauphin à un seul tour, leurs sons sont immergés dans toutes sortes de sons et nagent de manière influente entre les mers Atlantique et Pacifique. Ce disque, ainsi que l’ensemble de leur opus, est un véritable voyage immersif qui permet d’atteindre le somnambulisme rêveur et décontracté ainsi que le cocktail disco-psych-pop pour lequel ils sont connus. 

****


Crumb: « Jinx »

17 juin 2019

Ce groupe de Brooklyn mené par la voix entraînante de Lila Ramani (sans oublier Brian Aronow aux synthés, aux claviers et au saxophone, Jesse Brotter à la basse et Jonathan Gilad à la batterie) a réussi à se faire un nom sur la scène indie rock expérimentale de cette décennie avec leur EP paru en 2016 suivi de Locket l’année suivante. Après un passage remarqué à l’Avant-Garde du Pitchfork, les voilà qu’ils présentent leur premier album intitulé Jinx produit par le toujours incontournable Gabe Wax.

Et croyez moi sur paroles, Crumb ne déçoit en aucun cas avec ce premier opus tellement ils étaient attendus au tournant. Cet opus nous entraîne dans des recoins plutôt originaux aussi bien oniriques qu’inquiétants renforcés par la voix de Ramani qui n’arrête pas de briller dès les premières notes de « Cracking » suivi du déchirant « Nina » aux réverbs bien senties, sa rythmique bien solide et sa mélodie pianotée où la vulnérabilité et l’honnêteté sont de mise.

La pop psychédélique que nous concocte le quatuor de Brooklyn emprunte plusieurs sonorités. Tantôt hallucinogène sur l’étonnant « Fall Down » aussi bien complexe que merveilleux ou encore sur le surf-rock jazzy fantasmagorique qu’est « M.R. » avec ses bandes inversées où on a l’impression de plonger dans le monde d’Alice aux Pays des Merveilles tantôt lumineux et éthéré avec les notes de clavier hypnotiques de « The Letter » sans oublier « Ghostride ». Imaginez une fusion entre Stereolab et Madlib en raison de ses rythmiques hip-hop jazzy hallucinées et bien vous obtiendrez des perles comme « Part III » aux ambiances de maison hantée et son final instrumental complètement jouissif ou bien même « And It Never Ends » qui sait nous bercer comme personne.

27 minutes de musique au total, c’est peu mais Jinx est un album complètement intense et inventif de la part d’un groupe qui n’a pas froid aux yeux. La pop psychédélique de Crumb est complètement impressionnante où on se laisse guider par cette ambiance digne d’une boîte de Pandore aussi bien lumineuse que cinématographique ainsi que les textes personnels qui font office de thérapie de Lila Ramani pour un résultat plus qu’éclatant.

***1/2


The Donkeys: « Midnight Palms »

29 avril 2016

Peu de choses ont changé pour The Donkeys sur ce nouvel album, un mini an fait, Midnight Palms. On peut noter le remplacement du guitariste Jesse Gulati par Steve Selvidge de Hold Steady ce qui n’a pas considérablement modifié le son du combo.

On retrouvera celui des premiers albums avec une accentuation du rock « slacker » initial naviguant entre le brumeux et le propulsif.

« Hurt Somebody » est énergique mais c’est quand il s’aventure dans des atmosphères plus onirique que le LP fonctionne le mieux.

« Day By Day » combinera psychedelia et pop accrocheuse avec subtilité ce qui représentera une nette exploration de nouveaux angles d’attaque annonciateurs sans dote du futur du groupe.

**1/2


Triptides: « Azur »

11 avril 2016
Azur nous propose une balade réconfortante dans les royaumes soniques des tonalités de guitares bien propres et de de vocaux qui vous bercent doucement. Bien sûr, on reconnaîtra ici une passion pour les rythmiques rock à deux temps, des cymbales caressées et de percussions dont la rapidité est comme un envol léger.

Le soleil de Californie a de toute évidence déversé ses rayons sur le psychédélisme de Triptides qui ont ici assemblé une bien plaisante collection de titres.

Malheureusement les riffs et accroches ne sont pas toutes à la hauteur et aucune composition ne se singularise particulièrement. Seul, « Tranlsucen » parviendra à nous entraîner dans un bain électronique un peu plus complexe ; c’est un peu tard car nous en sommes à l’avant dernier morceau.

*1/2


Axxa Abraxas: « Axxa Abraxas »

7 mars 2014

Axxa (Abraxas) est le nom de scène de Ben Asbury un natif d’Atlanta et le nom donné à son projet, rappellera immédiatement celui d’un album de Santana. Son répertoire ne dérogera pas à cette référence puisque qu’il émule, plutôt bien d’ailleurs, un répertoire où se mêle garage rock psychédélique, folk mélodique (tous deux de nature psychédélique) et une sensibilité indie pop plus contemporaine.

Tout au long de dix plages n’excédant pas quarante minutes, Asbury parvient à parcourir ces 50 dernières années musicales, s’inspirant surtour de la pop et du folk des 60’s et y greffant quelques appendices de post punk et d’indie rock, le tout sans faute de goût. Ce dont il est dépourvu en terme d’originalité il le compense en effet par un talent affirmé en termes de « songwriting » et de riffs comme le démontre par exemple le « single » de Axxa Abraxas, un « I Almost Fell » qui est de toute beauté.

On y retrouve, concentré sur un seul titre, cette capacité à mêler folk et pop avec un sens aigu tordu de la mélodie et de la production et de donner corps à une composition, ici au moyen de synthétiseurs délicats en arrière fond.

« Painted Blue » s(avèrera être une chevauchée au travers des 70’s, du Neil Young qui aurait été touché par la révélation lo-fi, « Beyond The Wire » démontera le côté folk de Asbury et « All That’s Passed » mariera le meilleur des deux sous une légère mélodie façon Byrds.

Chaque titre possède donc une qualité qui lui est propre, mais pris dans leur ensemble, ils ne font que mettre en lumière combien le « songwriter » de Asbury doit à ses pairs.

Ce qui importe pourtant est la désarmante honnêteté et la joie avec laquelle l’artiste interprète ces chansons. Axxa Abraxas est un « debut album » accompli, qui aurait bien pu s’égarer dans le piège du disque hommage mais parvient parfaitement à n’y pas tomber.

guitareguitareguitare1/2


The Sufis: « Inventions »

9 septembre 2013

Dans la liturgie musulmane, les Soufis étaient des penseurs en quête de la vérité intérieure de l’Islam par le biais de la transe tels des derviches tourneurs. On ne peut dire que The Sufis y soient apparentés dans la mesure où ce groupe de Nashville se revendique de musiciens plus « extrovertis » comme The Soft Boys, le Pink Floyd (période Syd Barrett et les Beatles quand ils versaient dans l’expérimentation psychédélique.

Le seul point commun serait donc une recherche de la transcendance par des biais différents, celle-ci se manifestant ici par de la très très bonne pop music.

La combinaison gagnante est ici un songwritng habile et accrocheur, un psychédélisme pop concis (pas plus de trois minutes) allant de refrains languides à des titres plus entraînants et ensoleillés, le tout véhiculé avec une urgence impeccable.

Bien sûr il n’y aura rien de nouveau dans ces vocaux proches du délire « trippy », servis par des guitares à douze cordes et des percussions qui évitent le simplisme mais le problème n’est pas là. La familiarité de l’approche constitue au contraire une bonne partie du charme de Inventions d’autant que tout est excellemment reconstitué. « Alone » sera un exemple de composition détendue et « No Expression » celui d’une pop song plus énergique et, entre cela, un « Most Peculiar Happening Cat » vous fera vous demander si Ray Davies ne figure pas comme invité sur l’album.

Finalement The Sufis représentent le prototype du combo qui pose en dilemme au chroniqueur. En se référant à des artistes iconiques, il risque de sonner bien pâle en comparaison ; en outre quand ceux-ci font partie du nirvana du dit chroniqueur, le challenge est encore plus appuyé. Qu’il soit réussi et concluant ne peut qu’inciter à faire chemine Inventions au travers de ses oreilles.

★★★★☆

Salvia Plath: « The Bardo Story »

21 juillet 2013

Beaucoup d’artistes, et ce dans différents genres, ont toujours été des tenants de cette volonté de retranscrire l’effet qu’ils imaginaient les drogues pouvaient avoir sur nous. Michael Collins, utilisateur notoire de certaines substances en fait partie avec et son nouveau projet psychédélique sous le nom de Salvia Plath, The Bardo Story, un disque dont la nature est si prégnante qu’il pourrait être considéré comme un exercice d’auto-parodie.

C’est sans doute l’intention de ce chanteur qui, depuis son premier nom de plume Run DMT, s’est spécialisé dans des chroniques plutôt narcotiques de ses supposées itinérances (il voyageait clandestinement en sautant d’un train à l’autre) à travers le pays.

La différence est, qu’aujourd’hui, Collins s’est affranchi d’une démarche technique aux mécanismes assez crus et qu’il se trouve désormais dans un mode qui continue à explorer les processus de l’inconscient et les réalités altérées mais le fait dans un registre plus traditionnel en termes de compositions.

Les interludes « ambient » ont disparu tout comme les instrumentaux qui semblaient chargés d’opiacés. « House Of Leaves » est un titre existentiel au psychédélisme poussiéreux et direct, « Bardo Sates » est un bredouillement aux brouillards en « reverb » multicolores et « This American Life » est un doo wop éraillé et désespéré rappelant Ariel Pink.

The Bardo Story emprunte donc des sentiers familiers, en particulier sur un « Salvia Plath » respirant les clichés du psychédélisme mais, même dans ces moements, il est clair que Collins s’emploie à explorer des univers beaucoup plus notables. Il y a, par exemple, cette tentative d’invoquer une sorte de psychedelia intellectuelle, de créer des états où l’esprit se transporte et se pose les grandes questions sur la vie sans pour autant s’aider de substances qui l’altèreraient.

Michael Collins aime sans doute les drogues mais il est capable, musicalement, de s’en affranchir. The Bardo Story est, en effet, un merveilleux album dont la vibration nous ramène rêveusement vers les années 60 avec les Beatles, les Byrds ou les Beach Boys (« Phases »). Il y a presque un nostalgie de cette époque où le psychédélisme avait encore un impact immédiat car bas » sur la « pop song ». Cet opus parvient délicieusement à recréer cet amalgame où mélodie et songerie ( « Stranded », « Pondering ») se mêlent ou s’éparpillent, et procurant ainsi un merveilleux état qui fait sourire intérieurement, non pas de béatitude puérile mais avec le bonheur que quelques accords proprement traficotés pouvait et peut encore véhiculer.


Beady Eye: « BE »

15 juin 2013

Les premiers mots prononcés sur le deuxième album du groupe de Liam Gallagher Beady Eyes, sont révélateurs du sens que va prendre BE : « Say what you believe ». Ainsi va débuter « Flick of the Finger », ainsi va se développer un disque dans le quel le combo va suivre ses instincts, donner libre cours à ses pulsions créatrices et mettre la barre un peu plus haut que les restrictions apportées par le rock and roll de base.

Les guitares en dents de scie et les cuivres solennels qui ponctuent ce titre d’ouverture sont comme une fanfare annonciatrice du spectacle que sera cet opus. Des nuances de clairs obscurs vont étaler leurs vaguelettes tout au long de BE laissant l’auditeur dans une anticipation de ce qui va arriver d’autant plus grande qu’on n’attendait pas grand chose d’un groupe dont le premier album avait tant déçu.

Le verbe va être empli d’une spiritualité qui va prendre tout son sens dans « Soul Love » le morceau qui suit. Celui-ci est le premier à être marqué par le sceau de David Sitek un producteur indie renommé pour détester sa nature parfois peu aventureuse et dont la patte « ambient » va s’approprier la deuxième partie de l’album.

Celui-ci va ainsi osciller entre abysses et transparence, fluctuations dont le précédent effort était si malheureusement dépourvu. « Second Bite of the Apple » navigue dans des tréfonds ténébreux et glauques, mais la mélodie à la Beatles de « Iz Rite » étincelle tout comme le rythme façon Bo Diddley halluciné de « Shine A Light ». Le disque va s’autoriser ces rêveries cardinales et va faire de BE une odyssée enchanteresse.

« Ballroom Figured » privilégiera une guitare acoustique sèche mais l’épique « Start Anew », plutôt que de s’envoler vers la grandiloquence s’enveloppera dans la tendresse. Chaque composition aura sa petite part de magie et ces deux derniers titres formeront un final psychédélique séduisant, non seulement par leur gracilité, mais par les méditations de Gallagher sur la vie, l’amour ou le futur. En chantant sur « Start Anew » : «  Got the whole world in our hands », il ne pouvait en dire plus ou mieux…

★★★★☆