Unknown Mortal Orchestra : « II »

6 février 2013

Unknown Mortal Orchestra n’est plus le projet solo de Ruban Nielson tel qu’on le découvrait sous le premier album éponyme de ce multi-instrumentiste néo-zélandais psyche-rock-soul vivant désormais à Portland mais un trio dont la vocation sera d’explorer encore plus avant cet habile brassage qui constituait Unknown Mortal Orchestra.

Nielson ne s’est jamais caché de puiser son inspiration dans la période si bien référencée dans l’album Nuggets et d’y ajouter cet autre produit « vintage » qui voyait la « soul » se métisser avec le rock comme sur les disques de la série Eccentric Soul.

De ce point de vue, quelques artistes viennent spontanément à l’esprit par le biais de l’oreille : Sly & The Family Stone pour le « shuffle » qui conclut l’album, « Secret Xtians », une tendre ballade où la guitare aurait été tenue par Hendrix, The Kinks qui jammeraient sur « The Opposite of Afternoon » avec une six cordes stellaire et cette ambiance si particulière qui leur est propre ou le Georges Harrison psychédélique avec le morceau d’ouverture, « From The Sun » ou un surf pop détonant et sublimé avec « So Good At Being In Trouble ». Les vocaux ne seront pas en reste non plus, avec de merveilleuses modulations de falsetto sur « Swim And Sleep (Like A Shark ») rappelant Colin Blunstone des Zombies.

Là, où l’influence dépasse pourtant le simple hommage, sera la façon dont Nielson parvient à circonvenir et à dépasser ces maîtres en y apportant des touches inédites. Ce qui pourrait être, par exemple, une pâle copie des Zombies sera transcendé par un tempo et des arrangements « northern soul » et, il puise généreusement dans les pépites qui constituent son inspiration, pour composer des titres qui pourraient aussi bien convenir aux années 80 où régnaient cocaïne et reverb qu’aux nineties pour le purisme indie qui traversait cette décade. Ce qu’on veut dire par là est que les morceaux de Nielson sont façonnés de manière viscérale, loin de tout pastiche, et qu’ils auraient pu ainsi traverser ces générations sans qu’on y trouve à redire.

S’il fallait prendre pour exemple un titre phare qui symboliserait la dextérité de Nielson, ce serait le déjà cité « Secret Xtians ». Bien sûr il y a cet indubitable côté « soul », mais qu’en aurait-il été de Sly et de Hendrix si les Beatles ne les avaient pas précédés ? Sur cette composition, entre autres, le compositeur s’aventure dans ce territoire défriché par les Fab Four avec malice et aisance, un peu comme le feraient Tone Impala ou d’autres exégètes.

Les Beatles. Le mot est lancé comme si cet historien musical de la chose pop avait, sur II, exécuté un cercle qui le ramènerait au début du cycle. Il nous ramène aux temps bénis où les influences se croisaient et se mêlaient sans exclusive, une période où le « sample » n’était pas de rigueur, une période où il était possible de faire cohabiter des refrains pop lumineux et des climats doux-amers ; bref une époque où le monde ressemblait à ces « nuggets » compilées par Lenny Kaye, ces pépites pour lesquelles il suffisait de se baisser pour pouvoir les ramasser. II en est plus qu’un héritier, il en est le porte-voix, immortel devrait-on rajouter!