The Smoking Trees: « TST »

16 juillet 2015

La plupart des combos « psyche rosk » contemporains suivent deux voies. L’un est celle, frénétique et spacey et l’autre semble ne pas vouloir aller plus loin qu’une simple resucée de Tame Impala faite d’une esthétique paresseuse et désinvolte.

Avec un de ses membres nommés Sir Psy on aurait pu penser que The Smoking Trees penchaient plutôt vers la première option mais ils se siteuent de manière assez confortable au milieu avec un cocktail de soft rpck West Coast façon Byrds et des nappes ambient à la BJM qui occupent, dirons-nous, l’approche structurelle de leurs compositions.

TST sonne véritablement californien : les chansons étincellent et brillent comme si les rayons du soleil les baignaient sous des teintes déformées par sa réflexion sur nos perceptions. La plupart des titres sont mid-tempo ce qui sied bien à cette ambiance de défonce douce et tranquille.

La couverture de l’album est d’ailleurs fort indicative de ce « trip » vers lequel on souhaite nous emmener ; il est infiniment agréable et relativement exemplaire d’une Californie à laquelle on ne peut que rêver.

***1/2


White Hills: « Walks For Motorists »

17 avril 2015

Le 8° album studio d’un groupe psyche-rock peu ou prou underground n’augure, en général, rien de bon. Walks for Motorists va pourtant surprendre en sonnant ludique, engageant et, surtout, ne se prenant pas au sérieux. Si on considère que le combo a aiguisé ses dents depuis une décennie sur les riffs implacable su space-rock façon Hawkwind, ce disque est étonnamment dépouillé.

White Hills semblent plus intéressés ici à produire des grooves vigoureux plutôt qu’a délivrer un message ou une persona spécifiques et ils incorporent pour cela instrumentation et styles disparates sans idées préconçues.

Résultat des courses : des titres qui vous font opiner de la tête et qui, malgré leurs structures cycliques et répétitives d’une palette somme tout limitée, vpont laisse dans l’expectative du morceau suivant. Ce pourra être un simulacre du Stooges des débuts mais aussi des boîtes à rythmes façon Kraftwerk l’aboutissement sera suffisamment capricieux pour qu’on succombe à la tentation du « fun », surtout venant d’un groupe dont on attendait tout sauf ça.

***


Faith Healer: « Cosmic Troubles

13 avril 2015

Cosmic Troubles est le deuxième album solo de Jessica Jalbert et le premier sous son nouveau pseudonyme, Faith Healer. Le titre du disque est tout à fait approprié à ce qu’on y trouve ; du garage rock qui se mêle d’influences plus fraiches héritées du psyche-rock des 70’s. « Acid », « Again » et « Until The World Lets Me Go » en sont des exemples flagrants mais ce qui distinguera ces chansons d’être purement des redites sera le choix de les accompagner de textes traitant des relations humains, de la vie après la mort d’une manière presque caustique et cosmique donc.

L’art de la composition de Jalbert évoquera donc la fin des 60’s et le début des 70’s d’autant que le production édifie un espace sonique assez étourdissant. Le disque est censé être écouté au travers de casques et on comprend le pourquoi de cette intention. « Canonized » démarre de manière lente mais nous consumera peu à peu jusqu’à exploser dans un kaléidoscope de tonalités étayés par des guitares en fuzz et des vocaux rêveurs qu’il est dificile en général de concilier.

Cosmic Troubles nous étonnera sans qu’on s’y attende ; il est rare de trouver des réinventions musicales aussi soudaines et dramatiques que cela.

***1/2


Wand: « Golem »

3 avril 2015

Ce groupe rock de Los Angeles continue de tranquillement influencer la scène psyche-rock contemporaine avec Golem, son deuxième album. Wand va satisfaire ainsi l’appétit de ceux qui apprécient les paysages « heavy » et inspirés par le psychédélisme tout comme des riffs de guitares garage épais dont le cœur mélodique est basé sur l’énergie. Depuis leur « debut album», Ganglion Reef en 2014, il semble même que le combo ait très aisément bonifié son approche.

Cette formule combine des éléments de shoegaze, de psyche et de desert rock enrichie d’une « esthétique » metal très crasseuse et d’une production cinglante. Les titres mortifères et expérimentations sont ici contrebalancées par une prise de son sèche mise en œuvre par l’ingénieur du son de Sacramento Chris Woodhouse. Le son de Wand va rappeler Kyuss ou Ty Seagall par la façon assez fraîche qu’il tente de revitaliser la psychedelia en évitant toute nostalgie surannée qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui.

Avec des titres comme le « single » «S elf Hypnosis in 3 Days »et « Floating Head » Golem capture à merveille l’attitude garage basée sur la guitare de Wand tout comme l’empreinte rythmique des vocaux de Cory Hanon. Seul « Meleted Rope » adoptera une connotation plus douce et mélancolique voisine du Pink Floyd par son utilisation de la guitare acoustique qui va suggérer une que le groupe ne se sent pas étranger à des compositions plus émotionnelles.

Ce sera pourtant sans fausse honte que l’album privilégiera le volume tout en évitant de tomber dans la morosité grâce à des dynamiques sans cesse en mouvement et des textes hallucinés. Vers la fin du disque, le groupe s’orientera vers une démarche plus « desert rock » avec des morceaux comme « Planet Golem » ou « The Drift », paysages soniques qui rappelleront The Melvins et Dark Side of the Moon.

Golem va ainsi synthétiser influences metal et psychédeéliques combinant fuzz et et rythmes moteurs mais saura aussi montrer une sensibilité sous-jacente en termes de mélodie et de production ; bref une éclaircie dans la myriade de combos qui revendiquent l’étiquette psyche-rock.

***1/2


Medicine: « Home Everywhere »

2 décembre 2014

Durant un bref moment le Medicine de Brad Laner a semblé encapsuler les années 90 puisque d’abord signé chez Creation puis chez American Recordings du légendaire Rick Rubin. Son répertoire était shoegaze et dream pop et un des ses titres a même fait une apparition dans le film noir The Crow ayant pour vedette Elizabeth Fraser des Cocteau Twins.

Medicine s’est ensuite séparé puis regroupé à nouveau. Ses deux premiers albums (comme ceux de Tame Impala entre autres ont bénéficié d’une réédition et nous ont refait bénéficié de de ce rock aux mélodies tachetées et aux guitares en feedback en vogue au début du alt-rock des 90s.

Sur ce nouveau disque après 18 ans, le combo est désormais un trio avec Laner, Elizabeth Thompson et Jim Goodall et, après plusieurs concerts, il nous sort un Home Everywhere dans lequel la première impression est que le bruit qui définissait leur répertoire est toujours là, intact après deux décennies.Il n’est que d’écouter pour cela la manières dont les guitares prennent vie en rugissant sur « Move Along – Down The Road » pour s’en rendre compte.

Medicine, pourtant est également capable de laisser ce bruit tourbillonner légèrement et de le mouvoir aux franges de la pop à des instants inattendus. Le jubilant titre d’ouverture « The Reclaimed Girl » voit ses six cordes scintiller d’éclairs au milieu d’un piano avant de se répandre en white noise à son apogée.

De la même manière un titre lent et mené au piano comme « It’s All About Youé » va laisser le fuzz enter en déflagration pour permettre à la composition de passer à une vitesse supérieure alors que, quelque part, le drone un trombone est jeté dans le mix comme dans une fosse aux lions.

La chanson titre, une suite de onze minutes, verra la trie s’aventurer dans la musique la plus ambitieuse jamais commis. « Home Everywhere » contient des références à Big Star ainsi qu’à des cadences rythmiques brésiliennes en son ouverture avant que le hurlement d’un feedback et que des cloches n’envahissent le morceau avant que celui-ci ne retombe dans un chant choral léger fait de voix qui roucoulent. Surviennent alors des nouvelles rythmiques et des niveaux de fuzz jamais atteints faisant de « Home Everywhere » la composition emblématique d’un disque qui baigne dans un éther psychédélique.

Medicine peuvent être à des décennies de leurs débuts ; leur renaissance prouve qu’ils ne sont aujourd’hui atteint d’aucunes rides.

***1/2


Comet Control: « Comet Control »

23 mai 2014

Il y a un peu plus d’un an que ces héros du psyche-rock canadien que sont Quest For Fire se sont déparés. Le guitariste vocaliste Chad Ross et l’autre guitariste Andrew Moszynski ne restèrent pas in,actifs très longtemps et ils recrutèrent très vite trois autres membres (basse, batterie, claviers) pour former Comet Control dont le premier album, éponyme, semble prendre les choses là où elles en étaient restées et vouloir les pousser encore plus loin.

Le quintet a un art indéniable à mélanger l’agressif et le trippy, ceci même au sein d’une unique composition. Celles-ci courent donc le long de toute la gamme de ces explorations soniques fondées sur le délire et allant jusqu’au les explosions psyche-rock les plus lourdes. C’est cette habileté à le réaliser sans faillir qui fait de Comet Control un groupe spécial.

Comet Control s’ouvre sur « Black Magic », un titre épique de huit minutes comportant guitares fuzz appuyées alternant avec des parties plus douces et des solos qui semblent vouloir viser les cieux les plus inatteignables. « Future Forever » et « Century » sont des rockers arrogants avec une rythmique frénétique et toujours ces éternrelles guitares fuzz maniées comme s’il s’agissait de lancer des bombes.

Enfin, « The Soft Parade » sera un autre exemple de l’imagination du groupe avec des riffs noueux contrastant avec des solos toujours aussi aériens tout comme sur le boogie aveuglant qu’est le spacey « Ultra Bright ».

Les aspects les plus « trippy » du groupe se retrouveront sur « For The Haze » et « Hats Off To LIfe » ; le premier avec une batterie robotique accompagnant des guitares étincelantes et en fusion alors que le deuxième, lui, semble avoir pour mission de se diriger vers l’espace le plus éloigné.

Si vous voulez embarquer pour une telle destination, Comet Control est fait pour vous. C’est un disque exemplaire de dynamisme conjugué à des refrains accrocheurs. Il suffirait d’ailleurs de bien peu d’écoutes pour qu’on se mette à souhaiter ne plus jamais redescendre.

***1/2


Pontiak: « Innocence »

4 février 2014

Innocence est le 10° album de ce groupe de psyché-rock rugueux et prolifique venu de Virginie. Le début du disque demeure à leur image ; glapissement, martèlement des percussions et guitare la plus heavy qui soit.

Rien de surprenant dans cette soudaineté, les tros frères qui composent le combo ont toujours adopté cette démarche. Ici, pourtant, ils s’emploient à peaufiner leur musique et, enregistrant avec l’aide d’ordinateurs, ils font un voyage dans le temps ils nous emmènent vers ce rock monstrueux des 70’s puis le stoner rock des 90’s dont ils ont choisi les moments les plus doux et mélodiques.

Innocence parvient à équilibrer ces deux styles à la perfection ; la guitare fuzzy et hurlante de « Lack Lustre Rush » s’insérant avec aisance aux côtés de la progression harmonique d’un « It’s The Greatest » faisant agréablement ocsiller de la tête. Ce dernier titre, particulièrement, s’ouvre sur un orgue électrique dont l’intensité ira en crescendo jusqu’à l’introduction de la guitare et de la batterie. Après trois titres brûlants et primitifs, la lente consomption de « It’s The Greatest » offrira un répit judicieux et bienvenu.

Ce mode opératoire sera suivi par Pontiak tout au long de l’album ; titres heavy alternant avec des morceaux plus restreints et l’usage d’une guitare acoustique parsemée de ci de là de légères couches de distorsion.

L’intensité se retrouvera sur, le morceau phare, un « Surrounded By Diamonds » au riff imparable et dont on entend à peine les vocaux, composition qui sera égayée par des harmonies vocales qui lui apporteront une touche de légèreté.

On discerne ainsi la façon dont les morceaux ont été construits ; la plupart l’étant à partir d’harmonies vocales, cela permet au trio de les dépouiller et de produire des ballades teintées d’harmonie comme « Darkness Is Coming ».Le plus important sera pourtant cette habileté à partir d’un morceau dénudé pour y édifier ces couches électriques dont Pontiak raffole d’une manière qui sonne contrôlée mais aussi féroce qu’à l’habitude.

★★★½☆

Blank Realm: « Grassed Inn »

17 janvier 2014

La musique venue d’Australie est traversée par de multiples changements si on la compare avec celle se son âge d’or dans les années 80 avec Nick Cave, The Go-Betweens ou The Triffids. Depuis, tame Impala ou Cut Copy sont passés par là et, sur des registres différents, lui ont donné un nouveau verni sur lequel s’exprimer.

Blank Realm fait partie de l’école des psyche rockers ; et l’album précédent de ce quatuor de Brisbane les avait vus s’abandonner, parfois trop, aux délices du shoegaze et de la reverb.

Grassed Inn est leur troisième opus et ce groupe qui avait été comparé aussi bien à Sonic Youth qu’aux Zombies (sic!) ressuscite cette foisun univers plus mesuré, celui des 80’s indie avec le carillon en arpèges des six cordes d’un groupe comme The Weather Prophets ou de The Orchids, le psyche-rock « space » de War on Drugs ou les postures « rock » de Bobby Gillespie.

Le disque s’ouvre sur un titre assez saisissant, un « Back to the Flood » aux riffs irrésistibles contrastant avec des choses plus maladroites comme un « Baby Closes The Door » aux vocaux inaudibles et des tentatives à l’électronique intrigantes (« Violet Delivery »).

Il faudra néanmoins souligner quelques morceaux de chois ; l’indie-pop « Falling Down The Starirs », joyeusement chaotique et- un « Bulldozer Love » servie par les lignes de guitares krautrock aux stylisations sinueuses.

Grassed Inn est donc un album dont 50 % est remarquable et dont les autres 50 % reste intéressant. Il est nimbé de cette psychedelia légère d’autant plus efficace qu’on sent qu’elle est délivrée sans aucune distance ou ironie ; c’est un disque qui pointe un progrès notable par rapport au Go Easy qui le précédait.

★★★☆☆

TV Ghost: « Disconnected »

29 octobre 2013

Faudra-t-il que le «  revival » devienne un genre à part entière tant la plupart des styles musicaux semblent, en cette période, couverts par cette tendance  ? On a beau jeu de tacler ces artistes et de leur reprocher un manque d’originalité on ne peut que prendre en compte et accepter que, dans ce domaine comme dans d’autres courants artistiques, tout fonctionne en cycles.

Les modes y sont sujettes et, si le timing est correct, une étude de genre peut devenir un témoignage aussi valide que l’original. Ainsi peut apparaître la nouvelle contribution de TV Ghost avec son Disconnect.

Le groupe, comme en témoigne sa page Facebook, est parfaitement conscient du fait que les sons qui sortent de sa musique ont une tendance à agir comme des flashbacks d’un Ian McCulloch plus jeune et des heures heures glorieuses du post-punk britannique. Le vocaliste de TV Ghost, Tim Gick, adopte d’ailleurs cette même tonalité d’abandon mais il ne faut pas pour autant réduire Disconnect à cela.

L’album est une véritable ondulatione au travers de paysages gravés par des guitares en delay et en échos qui semblent ne jamais finir, de synthés subtils et de claviers fantomatiques qui ajoutent un substrat de musicalité quand les guitares envoient vers les cieux les vocaux profonds et acariâtres de Gick. Les percussions propulsent ce climat de manière continue aussi bien dans les refrains enlevés que dans ceux qui nous absorbent dans des atmosphères «  trippy  » qui frôlent le psyché-rock.

Le «  single  » qui ouvre le disque, «  Five Colors Blind  », est d’ailleurs un rocker à l’élan hypnotique dans lequel Glick se débat eu milieu d’effets de reverb passées à l’envers avant que le titre ne se termine sur des cris où voix et sonorités rivalisent de bruitisme anti harmonique. Les mêmes explorations psychédéliques accompagneront «  Placid Deep  » et «  Dread Park  » d’une manière suffisamment satisfaisante pour voisiner avec les morceaux plus «  pop  » et à dessiner ainsi avec Disconnected un voyage dynamique et riche dans les cavernes d’un Atlantis psychédélique.

★★★½☆

The Bevis Frond: « White Numbers »

27 mai 2013

The Bevis Frond est le projet de Nick Salomon, un artiste néo-psychédélique, qui mène en parallèle une carrière solo. Son ambition est de faire dans ses enregistrements un inventaire de tout ce que la garage rock et le psy rock a pu apporter. On retrouve donc chez lui un mix de Hendrix, des Byrds, de Mascis et des Wipers.

Après un Leaving for London qui conjuguait cette démarche, White Numbers se fait moins hésitant, plus ambitieux, voir exhaustif puisqu’il s’agit d’un double album. Ici, les titres sont plus vifs, plus rudes aussi et les solos de guitares plus féroces. Nick Salomon et son groupe collent de très près la formule d’un rock empli de riffs accrocheurs dont chaque composition sonne comme surchargée. Les solos de six cordes, (Salomon et Paul Simmons), se croisent, se décroisent, se combattent sur plus de deux heures sans que, pourtant, White Numbers n’apparaissent comme boursouflé. Il y a en effet suffisamment de morceaux captivants, gouvernés par une interprétation sans faille pour que l’intérêt ne faiblisse pas : « Cruel World », « Dead Weignt » et « Dream It » par exemple auraient ou, en d’autres temps, devenir des « classiques » et des compositions comme « Just Cause (Wins Wars) » ou « Major Crime » apportent également une diversité punk bienvenue. Pour compléter le tableau on aura droit à de la « sunshine pop » (« More Chalk ») et quelques interludes folk, plus tranquilles, du plus bel effet.

White Numbers se terminera sur une invraisemblable « jam session » (« Homemade Traditional Electric Jam ») avec une bataille de guitares tout bonnement épique et dont la surprise viendra qu’elle conserve sa dynamique tout au long de ses 42 minutes.

L’album est ainsi un bien bel assemblage de compositions comme artisanales et d’interprétations féroces dont la longueur ne doit surtout pas faire penser qu’elle est indigeste.

★★★½☆