Zuider Zee: « Zeider Zee »

Il y a des vieilles gloires qui valent le détour ; parlons, par exemple, du groupe Zuider Zee dont la seule gloire est d’avoir sorti un album en 1975… malheureusement pour eux passé totalement inaperçu à l’époque.

Ce groupe de Memphis Tennessee, a néanmoins droit à une session de rattrapage, en l’exemple la réédition de certains de leurs inédits censés permettre de faire connaissance avec le son du combo.

Le style du groupe n’est pas sans rappeler celui du Beatles des derniers albums et, par extension, celui de John Lennon ou Mac Cartney en solo ou en groupe.

Que conclure si ce n’est qu(il y a des indémodables et que inspiration et créativité n’ont que faire des instantanés dont se réclame la « culture pop » ou celle, incorruptible ; qui fait feu de tous bois sur des choses dont elle n’a eu connaissance que par procuration.

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Jacco Gardner: « Somnium »

Il y a trois ans, Jacco Gardner avait fait parler de lui avec son second album Hypnophobia contenant, entre autres, un tube « Find Yourself ». Le musicien hollandais s’était ainsi imposé comme un des fers de lance de la pop psychédélique et, trois ans plus tard, il vient d’en pousser les limites un peu plus loin avec son troisième disque intitulé Somnium.

Cette fois-ci Jacco Gardner se veut plus ambitieux avec un opus dans lequel il s’efforce de mettre à plat ses phobies, en particulier le sommeil.

L’instrumentation en est majoritairement analogique, ce qui lui donne la tonalité d’une bande-son rétro où alternent onirisme pur et démonstrations plus cauchemardesques.

C’est d’ailleurs sur cette humeur que s’ouvre le disque avec un « Rising » qui débute le bal. Ensuite, on est accueilli dans un univers parallèle avec des compositions mystiques comme « Langragian Point », « Past Navigator » et autres « Eclipse ».

Somnium bouscule dans la foulée alors les codes de la musique et se met à flirter avec des influences littéraires et cinématographiques comme pour composer une ode à la rêverie.

Ainsi se révèle l’univers du musicien ; que ce soit sur « Tain » , les sonorités orientales atypiques de « Privolva », la pop lumineuse de « Levania » ou celle, plus obscure, de « Pale Blue Dot ».

Toutes les sonorités sont mises à contribution pour faire du LP une bande-son immersive permettant au musicien hollandais d’alimenter et, peut-être, de conjurer des névroses, phobies dans lesquelles il ne sera pas inintéressant de se plonger.

***1/2

Swimm: « Sentimental Porno »

Le « debut album » de cet ensemble psyche-pop de Los Angeles est assez explicite ne serait-ce que par son titre.

Sentimental Porno fait suite à une longue attente (plus d’un an) nourrie par un buzz autour d’eux et se compose de 11 titres allant des climats les plus sereins et planants à une psychedelia totalement débridée.

Le trio ((Chris Hess, Adam Winn maîtrise Hany Zayan) à merveille un répertoire an parfait équilibre entre conception méticuleuse et envolées en roue libre.

Le titre phare de l’album, « Wasted », en est le passage le plus psychédélique, intensité et groove mariés à des riffs à combustion lente.

L’effet général sera celui d’un rock un peu tire-au-flanc et flegmatique, propice à une absorption qui se gorge insensiblement d’acides et se calant à une démarche où l’album est conçu comme un décor dont les « singles » sont à usage unique.

Le disque est censé avoir une valeur catalytique le sexe y servant de trame ; à cet égard il remplit son rôle puisque les morceaux se font tour à tour sombres, étranges et peu satisfaisants, un peu comme sur une scène de porno.

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Robyn Hitchcock: « Robyn Hitchcock »

Robyn Hitchcock est une icône excentrique aussi, à ce titre, sa carrière a connu maints rebondissements. La pop sur ce nouvel opus est teintée de psychédélisme mais elle conserve toujours son originalité facétieuse enrobée, ici, de tonalités plus sérieuses. Ceci est sans doute lié à une environnement musical plus posé, en particulier des « backing vocals » assurés par Emma Swift, Grant Lee Philips et Pat Sansone de Wilco.

Si on prend par exemple le savoureux «  Mad Shelley’s Letterbox » avec un chorus en « singalong » tout droit tiré de Underwater Moonlight et qu’on y considère ses textes lysergiques acidulés par une production moins fiévreuse, on retrouve un musicien en pleine forme, un artiste pour qui les mélodies, toujours aussi fortes, sont verrouillées par une forme de retenue.

«  I Want To Tell You About What I Want » nous présente un chanteur dont la voix navique sur plusieurs registres et « Virginia Woolf fascinera par sa joliesse familière et entraînante.Beatles et Stones sont également évoqués sur un «  I Pray When I’m Drunk » délicieusement et inhabituellement country et « Sayonara Judge » nous montrera tout le talent de Hitchcock à composer de merveilleuses ballades.

De ce panorama et ce savoir faire, on retiendra un exhaustivité qui vire à la nostalgie. Celle-ci sera encore plus prégnante avec « Raymond and the Wire », somptueuse composition baroque sertie de violoncelle en mémoire au père de Hitchcock. Les références aux notions de prise d’âge sont, alors, judicieusement sublimées comme pour, album éponyme oblige, enraciner et faire perdurer une aura, celle d’une époque où un titre psyche comme le « closer » « Time Coast » nous montrera que la passé n’est pas irrémédiablement figé.

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Astral Cloud Ashes: « Too Close to the Noise Floor, »

Sous le nom de Astral Cloud Ashes se cache Antony Walker, muiscien natif de l’île de Jersey. Son « debut album », Too Close to the Noise Floor, combine les mânes de XTC pour la pop alambiquée et des Pixies pour la constance à explorer l’extravagance. Cet appairage tout incongru en matières d’influences fonctionne ici de façon fluide et permet un amalgame sonique qui échappe à toute définition de genre et, plus intéressant, de période.

Les textes de Walker sont, en outre, singuliers, à égale distance ente le personnel et l’ésotérique. On, par moments, la sensation de lire un journal intime meurtri par le désespoir (« The Man I Had To Become ») alors que d’autres instances se singularisent par une collision de mots et d’images mis bout à bout. L’ensemble génère un tableau qui serait celui d’une dystopie guère dissemblable à la nôtre (« Lites ».)

Too Close to the Noise Floor s’entend comme le disque d’un musicien s’interrogeant encore sur la direction qu’il veut prendre mais dont les prémisses sont, ici,indéniablement porteurs de promesses.

***1/2

Jessie Jones: « Jessie Jones »

Ce premier album solo de Jessie Jones marque un changement radical par rapport à son groupe psyche-punk, Feeding People. Alors que ces derniers se concentraient sur des tonalités et des images sombres, Jessie Jones fait preuve de beaucoup plus de contrastes dans ses compositions ; que ce soit des titres plutôt lumineux, des jams pop et ou des moments plus calmes mais toujours influencés par la psychedelia.

Dès le premier titre, « Sugar Coated », Jones capte nos oreilles avec ce morceau accrocheur, carillonnant et acoustique cédant la place à un hymne pop où elle ose même avancer un « Kiss the ground that I walk on » plein de saveur.

Elle se lancera dans la musique « kleenex » avec une chanson propre à vous hanter, « La Loba » où les vocaux sucrés sont totalement oubliés et remplacés par une voix suintant d’un son plus obscur et étouffant. Le titre nous offre également un violon frénétique qui imprime une danse fascinante avant de plonger dans surf rock concluant le chapitre.

C’est en cela que réside l’attrait de l’album ; chaque composition parvient à s’juster à l’ensemble tout en gardant sa singularité. Nous avons désormais une image de Jones plus fragmentée et certainement plus séduisante.

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Talk In Tongues: « Alone With A Friend »

Talk in Tongues est un groupe de musiciens de Los Angeles dont on ne penserait pas qu’ils sont jeunes tant leurs compostions psyche pop semblent émaner de vétérans de ladite chose. Entendre des titres remplis de fuzz comme « Still Don’t Seem To Care » nous offre un bien joli voyage dans les 60’s ne serait-ce que par les vocaux et les séquences harmoniques.

Il en est de même pour le titre d’ouverture, « Times’ Still (For No One Yet) » avec ses guitares qui carillonnent , ses harmonies exceptionnelles et des percussions qui semblent infuser du mix. Ce qui étonne est qu’une musique d’une telle qualité viennent de types si jeunes ce qui ne fait que nous interroger sur ce que l’avenir leur réserve.

Ils ne sont en effet pas en reste en matière de subtilités, par exemple la basse funky façon Roxy Music qui sert d’entame à « While Everyone Was Waiting » avant de nous entraîner vers une psychedelia plus familière chargée de lignes de guitares à vous faire « tripper ». « Mas Doper (Love Me Probably) » affichera, lui, ce son californien luisant si reconnaissable en y ajoutant une côté joyeux qui le rend mémorable et « After Tonight » une tonalité aérée qui apportera à cet autre joyau psyché une connotation Love.

On notera également les bongos et la flute de « Call For No One Else », la guitare en fuzz de « She Lives in My House » ainsi que certains arrangements qui permettent d’ajouter quelques claviers discrets. Ceux-ci seront en évidence sur « Always All The Time » bien que sur un rythme plus lent et presque liturgique ou « Who Would’ve Guessed » et ses orgues trippy et ses colorations façon Beach Boys.

Ces derniers figurent, bien sûr, comme référence mais on peut, ça at là, reconnaître du Pink Floyd ou du Tame Impala ; bref tout ce qu’il faut pour qu’on se penche, une fois de plus, sur la différence prodiguées par ces tonalités singulières.

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Gengahr: « A Dream Outside »

Devant une certaine stagnation du « psyche revival » certains groupes comme Trame Impala ou Unknown Mortal Orchestra dont décidé de poser le pied dans des eaux moins familières, à savoir le funk et la disco alors que Slealing Sheep se « fourvoyait » dans la dance et Sarahan le folk.

A Dream Ouside, le « debut album » des Londoniens de Gengahr, n’adhère pas à ces formules aussi dramatiquement que les artistes précités mais il en offre des raffinements assez subtils.

On a droit à de la « psyche pop » dans laquelle l’insistance est mise sur la pop, ses mélodies usées étant à la fois déstabilisantes mais prêtes à affronter les festivals.

Le « lead single », « Powder », est bien cadencé et Felix Bushe nous délivre un falsetto affecté qui passe du mignon au dérangeant en quelques mesures. Cette qualité est reprise par le guitariste John Vicor qui navigue avec aisance entre des dynamiques calmes puis urgentes.

Le combo saura également manier un chorus façon MGMT en l’étayant de textes inquiétants sur une sorcière et ses cris et le tableau ne serait pas complet sur un titre freak-folk comme « Dizzy Ghost » qui annonce dès l’ouverture le registre « borderline » où se situe Gengahr.

***1/2

Vaadat Charigim: « Sinking As A Stone »

Il est rare de croiser des groupes issus d’Israel, il est encore plus rare d’être aussi impressionné par ce trio psyche-pop qui a séduit le public au festival SXSW avec ses énormes volutes de bruit mélodique tourbillonnant comme si ils se situaient dans nuages.

Les guitares du combo fonctionnent sur des nombreuses couches dont les textures rappelleront Slowdive, Ride, ou, plus proches de nous, Wild Nothing.

La sensibilité pop du groupe est un de ses atouts mais un des problèmes de Sinking As A Stone (leur deuxième opus) est qu’il manque de cette distinction qui le rendrait moins fuyant. La musique flotte et laisse peu de prise à celui qui écoute et, chantés en Hébreu, les textes ne peuvent pas non plus remplir une fonction dans laquelle on pourrait s’identifier.

Si on considère que le disque est dépourvu de mélodies frappantes on ne pourra considérer ce disque que comme une agréable toile de fond.

**1/

Sonny and the Sunsets: « Talent Night at the Ashram »

Talent Night at the Ashram, le nouvel album de Sonny and the Sunsets commence sur cette phrase : « J’ai rempli une demande pour être un être humain. » Tout est déjà dit dans la tonalité que va avoir ce nouvel album du combo de San Franciso. Il y a du détachement tranquille, une nuance d’espoir que la musique, un psyche-rock nuancé fait de nappes de synthés reposant sur des riffs de guitares confortables, complète en lui donnant à l’écoute un climat cool dont on a la sensation qu’ils existe depuis presque 50 ans. C’est charmant et désuet quelque part, c’est aussi étrange et intrigant tout en demeurant accessible.

Pour Sonny and The Sunsets, chaque album est une nouvelle aventure et non pas un élément d’une discographie. Talent Night at the Ashram était, à l’origine, conçu pour être un film qui suivrait des personnages marginaux et qui, assemblé, aurait formé un élement narratif complet. Reste ici, ces différents personnages, tous aussi intéressants et pottiresques, un joueur de bowling cherchant à faire un strike (« Icelene’s Loss), toutes les femmes que Smith a pu connaître (« The Secluded Estate ») jusqu’à Alice qui part à la montagne (« Alice Leaves for The Mountains »).

Si on cherchait un équivalent cinématographique, la première chose qui viendrait à l’esprit serait The Big Lebovski pour sa peinture de caractères aux limites de l’absurde mais pourtant fortement ancrés dans la réalité quotidienne.

Si on s’éloigne du concept, la musique est tout simplement incryable avec ses guitares qui donnent le vertiges sur la chanson titre, une « vibe » Ariel Pink sur la chanson titre, et ses sitares, orgues et claquements de main qui ne semblent jamais forcés mais apparaissent plutôt comme une entrée subtile dans un univers décalé.

Déroutant au départ au point qu’on se demande à quoi jouait Smith avec Talent Night at the Ashram, le disque devient plus simple au bout de plusieurs écoutes et s’avère un excellent album d’une indie-pop qui aurait fusionné avec du surf-rock psychédélique.

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