Red River Dialect: « Tender Gold & Gentle Blue »

2 août 2015

Du début à la fin cet album de Red River Dialect nous transporte dans un temps où le folk psychédélique était fait de douceur et de langueur, un paysage sonore imbriqué uniquement dans notre propre système et nos émotions. Ainsi est Tender Gold & Gentle Blue un départ radical de ce qui était la caractéristique du groupe.

Ce disque n’avait pas pour vocation d’être le produit d’un groupe mais l’effort solo de David Morris. Le résultat en est un opus insistant sur la notion d’espace et lui donnant une qualité pastorale. La tristesse de « For Ruth and Jane » véhicule notule éthérée par son interaction piano, guitare, violoncelle où les textes développent une tapisserie semblable à cet entremêlement.

« Fallen Tree » insite sur cette synthèse et « Dozmary » nous entraîne vers ce mystère que sont les méandres qui qnuancent l’instrumentation.

Même effet de vertige avec l’hypnotique banjo de « Khesed » ou les instrumentaux (« Child Song », « Sceillic ») qui accentuent ce climat élusif. Avec Tender Gold & Gentle Blue Red River Dialect donnen une nouvelle facette à la musique folk, et les éléments qui la constituent possèdent une structure qui étincelle tendrement.

***1/2


Grimm Grimm: « Hazy Eyes Maybe »

4 juillet 2015

Meg Baird: « Don’t Weigh Down The Light »

21 juin 2015

Ceci n’est peut-être que son troisième opus solo mais Meg Baird a derrière elle une bonne dizaines d’année de diverses collaborations.

Elle a travaillé avec Kurt Vile et Will Oldham et a été un des éléments fondateurs de Espers, un groupe de psyche-folk.

Don’t Weigh Down The Light ne s’éloigne pas beaucoup des tonalités dans lesquelles œuvre son groupe : les vocaux sont assourdis et comme chuchotés, les harmonies véhicule un climat onirique où le tout est servi par une guitare acoustique à peine frappée.

Une slide guitar se mêlera par moments aux compositions pour y injecter une petite dose de psychédélisme nuancé (« Stars Unwinding » ou « Mosquito Coast ») et seul « Good Directions » impulsera un peu d’énergie par sa rythmique plus enlevée.

Si on ajoute que les vocaux de Blair sont souvent difficiles à décoder, y compris pour un « native », on considèrera que Don’t Weigh Down The Light est plus album sur lequel dériver qu’un disque propre à nous fasciner.

**1/2


The Coral: « The Cuse of Love »

5 novembre 2014

Quatre ans avant la sortie de leur dernier album Butterfly House en 2010, The Coral avaient décidé d’en enregistrer un autre, The Curse of Love, exercide d’équilibre entre la capture de l’esprit des vieux enregistrements sans se défaire de leur maturité nouvelle acquise.

Il y a donc quelque chose d’anachronique puisque perché il est entre des enregistrements antérieurs et postérieurs ; sommairement l’indie rock noir et la psychedelia, mais c’est également une indication de la tonalité qu’il possède : celle -si est sombre, mortuaire et hivernale.

Le disque s’ouvre sur « The Curse of Love (Part 1) » et il nous offre une bonne représentation de ce que ses prochaines 40 minutes vont fournir. Il y a en effet presque une qualité de mots récités sur cette plage, comme une narration psychédélique hérir-tée des vieux écrits sembleble à ce que King Crimson pouvait parfois véhiculer. On y trouve douceur et malheur mais aussi stimulation combattive qui vont faire de The Curse of Love un disque pour lequel il est aisé de tomber dans la fascination.

Ainsi sera le disque, médiéval psychédélique par moments, catatonique et dépressif en d’autres instants, mais toujours avec la même consistance en termes de ton et d’atmosphère.Même si les compositions sont variées, on retrouve en effet toujours cette même sensation de marcher à travers bis en Décembre par un froid matin et d’être figé dans un état rigide et onirique souvenir de nuits passées au dehors.

On notera « View From The Mirror » qui, étrangement, suscitera des échos du Simon & Garfunkel dans leurs échappées fantomatiques et leurs doux murmures psychédéliques, « Gently » qui doucement bouge le même concept avec un peu plus de vigueur, « The Game » ou l’acoustique « Dust In The Wind » bel exemple de folk atemporel.

On n’ose penser au fait que cet album aurait pu ne pas voir le jour, toujours est-il que surprenant il est, non pas seulement par son existence, mais aussi par le fait qu’il vaille tant la peine d’avoir été espéré.

****


Savaging Spires: « We Should Be Dead (Together) »

30 septembre 2014

La musique rock s’est toujours faite sous fond de transgression et, même quand elle semblait se policer, il y a toujours eu des ensembles pour jeter un pavé dans la mare, y compris quand l’indie-rock était devenu lui-même une marque déposée.

Savaging Spites est un collectif (délicieuse réminiscence de la contre culture) psyche-folk dont le répertoire voit bien au-delà et se situé au niveau de l’incongruité revendiquée et d’une démarche qui se résume à ne pas en avoir. Leur premier album éponyme avait impressionné et, si ce deuxième opus We Should Be Dead (Together) n’est pas selon eux un « follow-up » mais un EP, il y a suffisamment de matériel sur ces onze plages pour qu’il soit considéré comme un opus à part entière.

On y retrouvera le parfum mystique et sombre du disque précédent, enregistré ici plus ou moins « live » , des jam sessions dans lesquelles l’improvisation semble être la pièce maîtresse, une sorte de drone rustique encombré de brumes ou l’es expérimentation prend des tournures effrayantes.

Les percussions sont funèbres, les guitares acoustiques distantes et hantées et les mélodies s’élèvent puis disparaissent dans le mix. Le fuzz est là, également, mais il est comme étouffé par une gaine lo-fi, donnant l’impression que l’on s’avance vers une sorte de rituel païen dont on ne connait pas la finalité.

Une fois habitués à cette ambiance occulte, les titres prennent une consistance ; « Sunrises » flotte gracieusement entre délicatesse et effroi, « Tales of Pneumonia » réunit rock et madrigal et le spectral « Don’t Let Lorraine Get Much OLdere » rassemblera the Incredible String Band et le Eno de la période Low.

We Should Be Dead (Together) est un disque déconcertant mais, si il peut indisposer, il ne nous exclut jamais. Même si il ne s’adresse pas à un public non initié, ses soubresauts et entrelacs sont des modèles de fluidité. On n’irait pas jusqu’à dire que c’est un album fédérateur mais il est capable de développer des climats intimistes bien que brouillés ; en ce sens il est prodigue d’émotions qui peuvent aisément déclencher un « trip » au cœur de la béatitude.

***1/2


The Soft Walls: « No Time »

5 septembre 2014

Ce deuxième album de Soft Walls continue dans la mouvance psych folk de leur début mais sonne comme une machine beaucoup plus huilée et projetant des ombres plus sombres que le précédent. No Time est un de ces disques qui dérive dans le brouillard pour soudain vous saisir et vous maintenir dans un halo de plaisir auditif. Leur premier disque éponyme était jalonné par le krautrock, ici celui-ci a presque disparu en faveur d’une ambiance drone qui en fait le véhicule idéal pour un voyage musical.

Celui-ci sera agité, débutant normalement, c’est ici la plage la plus accessible, avec « Won’t You Remember My Name ». Ce calibrage permet d’entrer dans l’état d’esprit du groupe, de la reverb, un climat « baggy », avant de vous faire plonger dans l’inconnu sur « Never Come Back Again » et sa basse tempétueuse.

On a à ce moment conscience du projet mené par le leader du groupe Dan Reeves avec es titres remplis de bruits « ambient » permettant à maintenir son élan. « Sulmbering » est ainsi un crescendo de sons apaisants avant de laisser place à un « Foot of the Stairs » sale et méchant comme pour donner une perspective nouvelle par rapport à ce qui précédait.

L’engagement reste pourtant toujours le même, maintenir une qualité onirique à l’ensemble tout en poursuivant dans cette verve expérimentale. Le seul moment discordant sera « Guided Through » qui sonne comme une dmo mais qui sera très vite balayé par un « Traniisent View » de toute beauté qui termine l’album et nous achève sur un sentiment d’exaltation proche de la joie.

Alors que la plupart des albums psychédéliques semblent vouloir s’installer dans la longueur, il est plus que réjouissant d’écouter un disque qui va droit au but, qui parvient à enrober ses bribes krautrock dans une atmosphère de béatitude, chose qui est, après tout, i’objectif avoué d’un genre qui vise à élever nos esprits.

***1/2


Amen Dunes: « Love »

16 mai 2014

Love est le quatrième album studio de Amen Dunes le pojet solo conçu par Damon McMahon, un musicien basé à Philadelphie. Alors que son premier disque sous ce pseudonyme mystérieux était le résultat d’une isolation qu’il s’était imposée il apparaît qu’aujourd’hui il s’oriente vers une musique folk-rock rêveuse et légèrement psychédélique etune approche de l’enregistrement plus orthodoxe.

Cela peut ne pas être évident que les titres sont parsemés de dissonance, de reverb et de distorsion lo-fi dont l’exemple le plus flagrant sera le titre d’ouverture, «  White Child ».

L’essence de Love se voudra être néanmoins celle d’un album à écouter plaisamment et presque avec paresse. À cet égard, a voix haut-perché de McMahon se veut monotone, entrecoupée d’une guitare répétitive ou d’un riff de piano.

Si on excepte le choix étrange de « I Can Dig It », il n’y a aucune plage qui fera assaut à cette fluidité qui envahira le seconde partie du disque et qui s’exemplifiera au mieux sur « Splits Are Parted »; Dans le meilleur de ce cas, cela lui permet de distiller une certaine torpeur psychédélique, fruit d’un artiste qui semble vouloir se situer ailleurs.

Love, par conséquent, est un opus charmant et minimaliste. Resterait à Amon Dunes de libérer ce potentiel que l’on prescient ; et d’amalgamer de meilleure manière une discordance qui sonne encore un peu trop comme une un ajout rafistolé de bric et de broc plutôt que soigné. C’est alors seulement que son onirisme sera palpable et son sens de l’abstraction plus prégnant, audible en quelque sorte.

**1/2


Colourmusic: « May You Marry Rich »

28 mars 2014

Colourmusic se disent inspirés par Blade Runner et ils prétendent faire de la musique à partir d’une expérimentation à la Newton visant à transférer le musique en lui donnant de la couleur. Pour cela la quartet s’entoure de 2 bassistes, bref on ne peut que penser que l’on va avoir à faire à une resucée des Flaming Lips.

Ce ne sont pourtant pas des « replicants » ni des hippies au cerveau frit par l’acide se lançant dans un rock orchestral. Ils ont par contre choisi de nous asséner leurs morceaux à un volume maximum, et, si il y a quelque chose du savant fou chez eux, tout sera en place, méticuleusement testé et passé au prisme de la lo-fi. La perception sonique sera déformée certes mais parfaitement filtrée.

Le disque n’est par pour autant fait de boulons et de visses sonores que vous fixeriez à un mur. « Satyricon » et « Audacity of Hope » nous emmènent au long d’un sentier sombre plus propice à la méditation avec des piliers de lignes de basse plate à la Bowie qui voudraient s’en prendre et venir à bout d’un câble électrique. On retrouve ici, cette sorte de tourment existentiel tel qu’il aurait pu être généré par Brian Eno, une musique qui illustrerait à merveille une histoire de Ballard.

Tout n’est pas non plus vecteur sinistre sur cet album. Le groupe n’a pas perdu l’arrogance de leurs débuts et on y retrouvera des hymnes ensoleillés qui rappelleront Yes ! « Horse Race » pourrait même être un « hit » scintillant à condition de vouloir entrer dans une immense « party » qui excéderait les 24 heures.

Musique colorée donc mais aux teintes d’une lumière qui s’affaiblit et que temps est venu pour que, à l’instar de Blade Runner par exemple, on puisse ressentir l’effroi.

guitareguitareguitare1/2


Cate Le Bon: « Mug Museum »

26 novembre 2013

Cate Le Bon est une chanteuse folk galloise dont le relatif succès du premier album, Cyrk, lui a ouvert certaines portes y compris la possibilité d’enregistrer celui-ci en Californie. Mug Museum nous replonge dans une atmosphère onirique et soyeuse comme une gaze étendue par devers nous mais avec cette nuance qu’apporte le climat ensoleillé de Los Angeles. « No God » incorporera ainsi une basse assez puissante au roulis imposant ainsi qu’une guitare dont le grain est prononcé. « Mirror Me » flottera sur un clavier d’église à la fois fiévreux et à peine distinct ainsi qu’une batterie lente et visqueuse. La chaleur est palpable dans ces dix nouvelles compositions donnant plus d’intensité à l’album avec des arrangements à la forte dimension. Les instruments à vent tourbillonnent et se heurtent et les accords sont distordus et comme écorchés. Le ton général est d’ailleurs celui d’un psychédélisme démonstratif comme sur la guitare solo rampante d’un « Cuckoo Through The Walls » qui frôle le burn out, et l’ampli proche de la saturation de « Wild ». Sur le brûlant « Sisters » Le Bon invoquera des images de mains mises au feu et chante « Je suis une sœur / Je ne mourrais pas » saluant ainsi l’émergence du thème central de l’album : la façon dont ses relations familiales ont changé suite à la mort de sa grand-mère maternelle.

La cadence de Mug Museum va alors adopter un tempo plus mesuré et la tonalité se faire plus méditative. La chaleur est remplacée par une fraîcheur qui semble mijoter longtemps ; « Are You With Me Now ? » est clair et ensoleillé, parcouru par cette ambiance laid back propre aux dimanches matins et le titre phare de l’album en sera un duo interprété avec Perfume Genius et intitulé « I Think I KNew » . C’est aussi le morceau le plus calme, placé judicieusement au milieu du disque et permettant de reprendre sa respiration au sein de cette expérience frénétique et pleine de vibrance que nous offre Le Bon.

★★★☆☆


The Soft Hills: « Chromatisms »

22 février 2013

Originaires de Seattle, The Soft Hills sont un quatuor de psyche-pop dont la tendance serait de suggérer les choses plutôt que les accentuer. Ainsi, leur précédent opus, The Bird Is Coming Down The Earth, mêlait habilement le rural au spectral. Il s’agissait d’un disque partagé entre guitares appuyées, production « space » et douces harmonies vocales, à mi-chemin entre classic et indie rock.

Sur Chromatisms le groupe développe un peu plus cette mouvance, même si l’album se montre moins chromatique que son nom ne le suggère. Les titres vont, en effet, plus vers le spaced-out que le folky ne serait-ce que par les deux morceaux qui l’introduisent. « Riding High » et « Sweet Louise » voit la résurgence de « rockers » plutôt boueux annonçant la nature sinistre et réflexive que va prendre le disque.

Un titre comme l’acoustique « Marigolds » développera, par son dépouillement, une atmosphère endeuillée plutôt que champêtre et quand, le groupe se lance dans harmonies vocales à la Fleet Foxes, ce sera pour délivrer des histoires dont on devine la côté dépressif rien que par l’arrière-plan saturé projeté musicalement (guitares en boucles s’écrasant sur des percussions éclatées) et des vocaux neurasthéniques. La composition la plus emblématique à cet égard sera « Dear Mr. Moonlight » alternant subtilement psychédélisme façon Pink Floyd et mélancolie à la Neil Young.

Chromatisms est un disque perclus par l’isolation (« Un » évoque le meilleur des Walkabouts), celle qui est délivrée par des touches délicates dans lesquelles l’épique (« Mighty River ») est contrebalancé par la grâce. The Soft Hills parviennent à merveille à maîtriser tension et délivrance, un peu comme si le céleste ne pouvait être atteint que par un séjour dans les tréfonds.

★★★½☆