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Jessica Pratt: « Quiet Signs »

Le second album de Jessica Pratt, On Your Own Love Again, date de quatre ans. Elle effectue, ici, un retour sous le signe de la douceur avec son successeur, un Quiet Signs qui, à son tour, place la barre très très haut.

La chanteuse la plus british de San Francisco est remarquable pour sa folk psychédélique digne des années 1960 faussement présentée comme désuète. Désormais signée sur le prestigieux label Mexican Summer, Jessica Pratt prend son envol avec son nouvel album où elle baigne dans ces influences qui lui sont familières mais avec plus de grâce et de charme qu’auparavant. Dès l’introduction au piano sous une couche de reverbs intitulée « Opening Night », voilà que sa voix enfantine toujours aussi originale refait surface et nous envoûte sous ses très belles combinaisons guitare/voix comme « As The World Turns », « Here My Love » sans oublier le désormais incontournable « This Time Around ».

Avec toujours Vashti Bunyan comme principale source d’inspiration, Jessica Pratt n’hésite pas à s’élever au milieu de la concurrence fortement accrue avec des Angel Olsen, Aldous Harding et autres Julie Byrne en faisant appel à un charme infaillible et à une profondeur exceptionnelle. Au milieu de ces neuf compositions dépouillées et intemporelles, il arrive que d’autres instruments viennent s’y greffer pour plus d’émotions comme la flûte et l’orgue sur « Fare Thee Well » ou des influences brésiliennes viennent s’ajoute à l’atmosphère générale de l’opus comme les accents Laurel Canyon de « Poly Blue ».

On se laissera donc bercer par les paroles inintelligibles contrastant avec la sublime interprétation de la native de San Francisco comme sur « Here My Love », « Silent Song » mais également sur la magnifique conclusion nommée « Aeroplane ». Beaucoup plus lumineux que son prédécesseur, le charme infaillible de Jessica Pratt rayonne de nouveau sur ce Quiet Signs et arrive à rendre sa folk psychédélique des années 1960-1970 intemporelle, distinctive et remarquable.

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13 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Lisa/Liza: « Momentary Glance

La voix patiente et légèrement plaintive de Liza Victoria est enfin de retour. S’il y a eu le court Barn Coat au printemps, il y avait deux ans que la musicienne du Maine ne s’était pas lâchée en longueurs. Six pistes en 42 minutes : un format parfait pour sa construction mélodique lente, en volutes libres et imprévisibles. C’est ainsi que naît la grâce. Momentary Glance, enregistré à Montréal (à l’exception d’un morceau) dans le froid pénétrant de l’hiver dernier, fait entendre pour la première fois le groupe qui accompagne Lisa/Liza — la guitare est maintenant électrique, on entend des percussions, de la reverb, de le pedal steel, des bruits. Mais c’est toujours aussi fuyant qu’avant : comme une seule piste qui traverserait plusieurs paysages.

Lisa/Liza fait d’ailleurs souvent référence à la nature, aux oiseaux, à ce qui nous entoure pour poser sa contemplation. Et cette fois, sa voix vacillante a chanté malgré le deuil d’un ami, qui s’est suicidé peu avant l’enregistrement. Pour cela, et pour le talent qu’il recèle, Momentary Glance est d’une précarité grandiose.

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30 novembre 2018 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Miranda Lee Richards: « Echoes of the Dreamtime »

La pochette légèrement psychédélique et inspirée des 60’s de Echoes of the Dreamtime aurait pu faire croire que nous allions avoir devant une resucée de Pentangle ou autre réminiscence de l’ère hippie, ce n’est pourtant pas ce qui constitue l’inspiration de Miranda Lee Richards.

Bien sûr, évoquer des échos aux rêves ouvre la problématique suivant : ceux-ci ne sont-ils pas des reflets de quelque chose ? Des fragments musicaux de nos vies en veille médiatisés pendant le sommeil, des courants de notre conscient dont les formes ne sont jamais révélées, des espoirs ou des désirs.

C’est un peu ce qui vient à l’esprit quand on écoute ce troisième nouvel opus de la chanteuse. Pas de pastiche à la Kula Shaker mais la détermination à créer une atmosphère et d’y résider. L’artéfact, le disque en soi, ne devient qu’adjacent et si le sonique y est présent, il ne l’est que par accident.

L’americana psyché rock à laquelle on peut s’attacher ne l’est que vaguement tangible. Cette invitation est désinvolte même si le soleil se lève, que le vent souffle et soulève les sables du désert .

La lueur ne peut qu’être sombre , un bar vaguement illuminé, une lumière de néon, et le trajet accidenté. Partout des images de « flower children » jalonnent les routes, de la mystique du troisième œil ou de pleine lune (« The Man »).

Nous sommes dans l’Amérique de Zabriskie Point, cette mythologie à moitié western dont l’existence n’est que balbutiée.

Le panorama est onirique, avec une focalisation minimale, son pinacle sera d’une brillance lustrée, « First Light of Winter » sis à la Nouvelle Orléans) et ses vocaux sont élégants et consumées comme si il était question se se fracasser sur des falaises. S’insinue alors la crainte permanente que le barrage ne tiendra pas , et ce sur plus de sept minutes, et que les guitares minimalistes se heurtent aux magnifiques arrangements à cordes.

Le moment ne dure pas, très vite nous avons affaire à un folk prosaïque (« It Was Given ») ou le passage obligé et dispensable de la cithare sur le peu mémorable « Julian ». Seul « The Colours So Fine » parvient alors à laisser une impression qui se conjugue à un onirisme agréable, tourbillonnant et propre à nous transporter.

Au travers de ce périple, The Cowboy Junkies viendront immanquablement à l’esprit tout comme les poèmes de Percy Bysse Shelley admirablement évoqués ici et la sensation que nous sommes arrivés à une oasis mais que celle-ci est aussi un mirage. Quid alors de nos repères si le bienveillant et le beau sont également maléfiques ? Il appartiendra à chacun de s’attarder à une telle destination.

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8 avril 2016 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Red River Dialect: « Tender Gold & Gentle Blue »

Du début à la fin cet album de Red River Dialect nous transporte dans un temps où le folk psychédélique était fait de douceur et de langueur, un paysage sonore imbriqué uniquement dans notre propre système et nos émotions. Ainsi est Tender Gold & Gentle Blue un départ radical de ce qui était la caractéristique du groupe.

Ce disque n’avait pas pour vocation d’être le produit d’un groupe mais l’effort solo de David Morris. Le résultat en est un opus insistant sur la notion d’espace et lui donnant une qualité pastorale. La tristesse de « For Ruth and Jane » véhicule notule éthérée par son interaction piano, guitare, violoncelle où les textes développent une tapisserie semblable à cet entremêlement.

« Fallen Tree » insite sur cette synthèse et « Dozmary » nous entraîne vers ce mystère que sont les méandres qui qnuancent l’instrumentation.

Même effet de vertige avec l’hypnotique banjo de « Khesed » ou les instrumentaux (« Child Song », « Sceillic ») qui accentuent ce climat élusif. Avec Tender Gold & Gentle Blue Red River Dialect donnen une nouvelle facette à la musique folk, et les éléments qui la constituent possèdent une structure qui étincelle tendrement.

***1/2

2 août 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Grimm Grimm: « Hazy Eyes Maybe »

4 juillet 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Meg Baird: « Don’t Weigh Down The Light »

Ceci n’est peut-être que son troisième opus solo mais Meg Baird a derrière elle une bonne dizaines d’année de diverses collaborations.

Elle a travaillé avec Kurt Vile et Will Oldham et a été un des éléments fondateurs de Espers, un groupe de psyche-folk.

Don’t Weigh Down The Light ne s’éloigne pas beaucoup des tonalités dans lesquelles œuvre son groupe : les vocaux sont assourdis et comme chuchotés, les harmonies véhicule un climat onirique où le tout est servi par une guitare acoustique à peine frappée.

Une slide guitar se mêlera par moments aux compositions pour y injecter une petite dose de psychédélisme nuancé (« Stars Unwinding » ou « Mosquito Coast ») et seul « Good Directions » impulsera un peu d’énergie par sa rythmique plus enlevée.

Si on ajoute que les vocaux de Blair sont souvent difficiles à décoder, y compris pour un « native », on considèrera que Don’t Weigh Down The Light est plus album sur lequel dériver qu’un disque propre à nous fasciner.

**1/2

21 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

The Coral: « The Cuse of Love »

Quatre ans avant la sortie de leur dernier album Butterfly House en 2010, The Coral avaient décidé d’en enregistrer un autre, The Curse of Love, exercide d’équilibre entre la capture de l’esprit des vieux enregistrements sans se défaire de leur maturité nouvelle acquise.

Il y a donc quelque chose d’anachronique puisque perché il est entre des enregistrements antérieurs et postérieurs ; sommairement l’indie rock noir et la psychedelia, mais c’est également une indication de la tonalité qu’il possède : celle -si est sombre, mortuaire et hivernale.

Le disque s’ouvre sur « The Curse of Love (Part 1) » et il nous offre une bonne représentation de ce que ses prochaines 40 minutes vont fournir. Il y a en effet presque une qualité de mots récités sur cette plage, comme une narration psychédélique hérir-tée des vieux écrits sembleble à ce que King Crimson pouvait parfois véhiculer. On y trouve douceur et malheur mais aussi stimulation combattive qui vont faire de The Curse of Love un disque pour lequel il est aisé de tomber dans la fascination.

Ainsi sera le disque, médiéval psychédélique par moments, catatonique et dépressif en d’autres instants, mais toujours avec la même consistance en termes de ton et d’atmosphère.Même si les compositions sont variées, on retrouve en effet toujours cette même sensation de marcher à travers bis en Décembre par un froid matin et d’être figé dans un état rigide et onirique souvenir de nuits passées au dehors.

On notera « View From The Mirror » qui, étrangement, suscitera des échos du Simon & Garfunkel dans leurs échappées fantomatiques et leurs doux murmures psychédéliques, « Gently » qui doucement bouge le même concept avec un peu plus de vigueur, « The Game » ou l’acoustique « Dust In The Wind » bel exemple de folk atemporel.

On n’ose penser au fait que cet album aurait pu ne pas voir le jour, toujours est-il que surprenant il est, non pas seulement par son existence, mais aussi par le fait qu’il vaille tant la peine d’avoir été espéré.

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5 novembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Savaging Spires: « We Should Be Dead (Together) »

La musique rock s’est toujours faite sous fond de transgression et, même quand elle semblait se policer, il y a toujours eu des ensembles pour jeter un pavé dans la mare, y compris quand l’indie-rock était devenu lui-même une marque déposée.

Savaging Spites est un collectif (délicieuse réminiscence de la contre culture) psyche-folk dont le répertoire voit bien au-delà et se situé au niveau de l’incongruité revendiquée et d’une démarche qui se résume à ne pas en avoir. Leur premier album éponyme avait impressionné et, si ce deuxième opus We Should Be Dead (Together) n’est pas selon eux un « follow-up » mais un EP, il y a suffisamment de matériel sur ces onze plages pour qu’il soit considéré comme un opus à part entière.

On y retrouvera le parfum mystique et sombre du disque précédent, enregistré ici plus ou moins « live » , des jam sessions dans lesquelles l’improvisation semble être la pièce maîtresse, une sorte de drone rustique encombré de brumes ou l’es expérimentation prend des tournures effrayantes.

Les percussions sont funèbres, les guitares acoustiques distantes et hantées et les mélodies s’élèvent puis disparaissent dans le mix. Le fuzz est là, également, mais il est comme étouffé par une gaine lo-fi, donnant l’impression que l’on s’avance vers une sorte de rituel païen dont on ne connait pas la finalité.

Une fois habitués à cette ambiance occulte, les titres prennent une consistance ; « Sunrises » flotte gracieusement entre délicatesse et effroi, « Tales of Pneumonia » réunit rock et madrigal et le spectral « Don’t Let Lorraine Get Much OLdere » rassemblera the Incredible String Band et le Eno de la période Low.

We Should Be Dead (Together) est un disque déconcertant mais, si il peut indisposer, il ne nous exclut jamais. Même si il ne s’adresse pas à un public non initié, ses soubresauts et entrelacs sont des modèles de fluidité. On n’irait pas jusqu’à dire que c’est un album fédérateur mais il est capable de développer des climats intimistes bien que brouillés ; en ce sens il est prodigue d’émotions qui peuvent aisément déclencher un « trip » au cœur de la béatitude.

***1/2

30 septembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

The Soft Walls: « No Time »

Ce deuxième album de Soft Walls continue dans la mouvance psych folk de leur début mais sonne comme une machine beaucoup plus huilée et projetant des ombres plus sombres que le précédent. No Time est un de ces disques qui dérive dans le brouillard pour soudain vous saisir et vous maintenir dans un halo de plaisir auditif. Leur premier disque éponyme était jalonné par le krautrock, ici celui-ci a presque disparu en faveur d’une ambiance drone qui en fait le véhicule idéal pour un voyage musical.

Celui-ci sera agité, débutant normalement, c’est ici la plage la plus accessible, avec « Won’t You Remember My Name ». Ce calibrage permet d’entrer dans l’état d’esprit du groupe, de la reverb, un climat « baggy », avant de vous faire plonger dans l’inconnu sur « Never Come Back Again » et sa basse tempétueuse.

On a à ce moment conscience du projet mené par le leader du groupe Dan Reeves avec es titres remplis de bruits « ambient » permettant à maintenir son élan. « Sulmbering » est ainsi un crescendo de sons apaisants avant de laisser place à un « Foot of the Stairs » sale et méchant comme pour donner une perspective nouvelle par rapport à ce qui précédait.

L’engagement reste pourtant toujours le même, maintenir une qualité onirique à l’ensemble tout en poursuivant dans cette verve expérimentale. Le seul moment discordant sera « Guided Through » qui sonne comme une dmo mais qui sera très vite balayé par un « Traniisent View » de toute beauté qui termine l’album et nous achève sur un sentiment d’exaltation proche de la joie.

Alors que la plupart des albums psychédéliques semblent vouloir s’installer dans la longueur, il est plus que réjouissant d’écouter un disque qui va droit au but, qui parvient à enrober ses bribes krautrock dans une atmosphère de béatitude, chose qui est, après tout, i’objectif avoué d’un genre qui vise à élever nos esprits.

***1/2

5 septembre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Amen Dunes: « Love »

Love est le quatrième album studio de Amen Dunes le pojet solo conçu par Damon McMahon, un musicien basé à Philadelphie. Alors que son premier disque sous ce pseudonyme mystérieux était le résultat d’une isolation qu’il s’était imposée il apparaît qu’aujourd’hui il s’oriente vers une musique folk-rock rêveuse et légèrement psychédélique etune approche de l’enregistrement plus orthodoxe.

Cela peut ne pas être évident que les titres sont parsemés de dissonance, de reverb et de distorsion lo-fi dont l’exemple le plus flagrant sera le titre d’ouverture, «  White Child ».

L’essence de Love se voudra être néanmoins celle d’un album à écouter plaisamment et presque avec paresse. À cet égard, a voix haut-perché de McMahon se veut monotone, entrecoupée d’une guitare répétitive ou d’un riff de piano.

Si on excepte le choix étrange de « I Can Dig It », il n’y a aucune plage qui fera assaut à cette fluidité qui envahira le seconde partie du disque et qui s’exemplifiera au mieux sur « Splits Are Parted »; Dans le meilleur de ce cas, cela lui permet de distiller une certaine torpeur psychédélique, fruit d’un artiste qui semble vouloir se situer ailleurs.

Love, par conséquent, est un opus charmant et minimaliste. Resterait à Amon Dunes de libérer ce potentiel que l’on prescient ; et d’amalgamer de meilleure manière une discordance qui sonne encore un peu trop comme une un ajout rafistolé de bric et de broc plutôt que soigné. C’est alors seulement que son onirisme sera palpable et son sens de l’abstraction plus prégnant, audible en quelque sorte.

**1/2

16 mai 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire