This Is Nowhere: « Grim Pop »

22 novembre 2020

Dans une interview datant de 2012, This Is Nowhere, une formation spécialisée dans la conception de mélanges personnalisés de drone, de psychédélie, de bruit et de heavy rock, avaient déploré le manque de soutien financier pour pouvoir produire leur tout premier matériel au moment opportun. Cette fois, c’est l’implication des membres du groupe dans divers projets, qui a retardé le nouvel album Grim Pop de 4 ans, mais la patience de ceux qui ont continué à fréquenter leurs publications sur les médias sociaux sera définitivement récompensée. En d’autres termes, le groupe fait un triple effort pour changer de point de mire dans le cadre de ses lignes directrices fondamentales. Le drone stoner atmosphérique qui a donné le ton à leur premier album, Turn On, Tune Down, Drop D, a été remplacé par Music To Relapse, qui a improvisé des morceaux de rock lourd et indépendant « à moitié terminés » s »lon leurs dires, ce qui a parfois donné lieu à des morceaux de rock n’ roll très cool et très rapides, dotés agalement d’un groovebien bruyant. Rétrospectivement, la rareté autant que le potentiel de ces segments en mode drone s’ils sont mis en boucle de façon semi-infinie, ont dû agir en tandem comme les noyaux primaires de ce qui bouillonne en réserve cette fois-ci.

Les drones Grim Pop autant que les Turn On…, sont toutefois beaucoup plus agiles, divers et immédiats. Comme ils l’admettent avec confiance dans les notes de la pochette numérique de l’album, This Is Nowhere n’a pas peur de tracer un sillon unitaire et de le perpétuer à un degré arbitraire, tant que cela a du sens et qu’il n’y a pas une seule image de l’album où il n’en est pas ainsi. C’est parce que si vous avez déjà fait une mix tape avec les parties les plus cool de vos chansons préférées et que vous avez répété chaque segment à l’infini, alors il n’est pas difficile de voir que la mix tape de Grim Pop est celle de This Is Nowhere, enveloppée d’un son extrêmement organique ; cela dit, plus certains producteurs aléatoires écouteront, plus les segments trouveront probablement leur place dans un remix électro imaginatif. En théorie, le fait d’avoir une portée progressive comme celle proposée dans Music To Relapse, déplacerait tout au pays du banal ; mais en tant que groupe de riders pas si faciles qu’ils sont, le groupe sait juste quand rouler (ouverture de l’album), ou ramper et traîner, même à la limite du funeste, à partir de son propre point initial (titre de l’album).

Ce nouvel opus contient de belles subtilités, comme les motifs de batterie/guitare post-punk dans « Void Rejects », le courant de surf rock omniprésent, le riff de clôture surun « Crystals » qui s’adapterait instantanément à une section rythmique black metal standard, ou encore la contribution globale du nouveau membre Duru Duru, en quelque sorte un ajout visionnaire au groupe et à sapproche du son. Même l’élément progressif susmentionné est conservé, développé et amélioré dans « Theme for Bluefluke », un long morceau d’un instrument dans lequel tout le monde improvise en done. Les interprétations de Nowhere sont énormes et l’album pourrait facilement être instrumental, mais les voix percent le plafond élevé de la musique et catapultent les décombres au-delà. Au fil des ans, leur chanteur a fait preuve d’une grande créativité, rappelant des noms connus comme Dave Gahan, Glen Danzig et Jim Morrisson, mais ici, il semble suivre sa propre voie, probablement parce que la musique le fait aussi.

Indépendamment de la forme, l’art est ce que son créateur lui donne forme, mais une fois terminé, son interprétation par les destinataires peut être tout aussi intéressante. Les photographies Grim Pop des membres du groupe en sont un exemple. Selon l’œil du spectateur, le groupe passe une longue nuit dans un coin d’une salle de rock minimal de Salonique ou dans une réunion spontanée à la maison, attendant le lever du soleil pour aller manger du bougatsa ou autre chose. Ou bien, chaque membre est habillé avec une grande classe, avec un air de prétention et de fraîcheur, et se tient dans ce qui est probablement un coin de maison ou de salle de répétition, et ne montre aucun besoin de partir, bien que l’ensemble du décor soit quelque peu claustrophobe, à part le minimal. La ville natale du groupe est actuellement mise en quarantaine parce qu’elle est l’endroit le plus brutalement battu et parcouru donc pour l’instant cette dernière interprétation est celle que privilégie l’auteur, car chaque fois que le tableau du monde est peint en gris, il sera impératif de toujours jouer à l’optimiste.

***1/2