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Mercury Rev: « Bobbie Gentry’s The Delta Sweete Revisited »

Au départ, ce disque ne devait même pas voir le jour. Il y a quatre ans, parallèlement à la sortie de The Light In You, Jonathan Donahue et son acolyte Grasshopper entreprennent de rendre un petit hommage sur cassette à Bobbie Gentry, icône de la « southern country″ »américaine. Comme ça, juste pour le plaisir. D’abord en souvenir d’un disque – The Delta Sweete – acheté par Donahue parce que (dixit) la ″pochette était cool″. Et aussi parce que le Ode To Billie Joe qui propulsera Bobbie Gentry tout en haut des charts US en 1967, avait marqué son enfance. Tout simplement. L’enregistrement n’était d’ailleurs destiné qu’aux amis et à l’entourage proche du groupe, parmi lesquels on retrouve Simon Raymonde, le patron de Bella Union. Et c’est en grande partie grâce à ce dernier que l’on doit ce Delta Sweete Revisited. En tout cas, c’est lui qui a convaincu le duo de Buffalo de passer par la case « studio » et d’en faire un disque.

Mais très vite, un problème se pose. La voix de Jonathan Donahue ne colle pas avec les chansons de Bobbie Gentry. Il s’aperçoit surtout qu’aucune voix masculine ne pourra faire l’affaire. D’où l’idée de faire appel à quelques-unes de ses homologues féminines. Et non des moindres. Le casting est flamboyant. Hope Sandoval (Mazzy Star), Rachel Goswell (Slowdive), Laetitia Sadier (Stereolab), Vashti Bunyan, Marissa Nadler, Margo Price, Norah Jones, Phoebe Bridgers, Beth Orton, Susanne Sundfør, Carice Van Houten… Une véritable procession à laquelle s’ajoute Lucinda Williams, le temps d’un Ode To Billie Joe qui au départ, n’apparaît pas dans le tracklising de Delta Sweete. Aux côtés de son équipe « all-stars », les Mercury Rev avaient de quoi réaliser leur super-production. Et porter sur grand écran ce qu’ils considèrent aussi comme « un chef-d’œuvre oublié » de la culture américaine.

Si elle avance masquée, la cavalerie psyché-pop Mercury Rev (qui compte un nouveau membre, Jesse Chandler du groupe Midlake) galope le mors aux dents. Les orchestrations, les arrangements – grandes forces du disque, avec les interprétations – nous replongent régulièrement dans l’époque Deserter’s Songs (Mornin’ Glory avec Laetitia Sadier, « Refractions « avec Marissa Nadler, « Penduli Pendulum » avec Vashti Bunyan). Avec ce côté western et bottes Stetson en plus. Car ici, tout est fait pour que les esprits se tournent vers les horizons du Grand Sud américain. En compagnie de Rachel Goswell (« Reunion »), Mercury Rev parvient même à nous gratifier d’une chanson dream-pop shoegaze… avec un harmonica et quelques cordes. Chose rare pour un remake, force est de constater que tout est réussi. Tout est pertinent, précis et dénué de l’opulence qui a pu contrarier certaines œuvres de Mercury Rev.
Parmi les grandes réussites, on retiendra aussi Hope Sandoval et son « Big Boss Man », Margo Price et son « Sermon », Phoebe Bridgers et sa « Jessye’Lysabeth », ou encore Beth Norton sur « Countyard ». Quoique Suzanne Sundfør, au début d’une nouvelle vie sur la « Tobacco Road », se débrouille tout aussi bien.

Aujourd’hui, Bobbie Gentry a 76 ans. Si personne ne sait véritablement où elle vit, elle restera pour toujours cette artiste venue bousculer l’univers patriarcal de la country américaine de la fin des 60’s. Elle restera celle qui aura réussi à se faire une place avec ses propres chansons, avant de peu à peu disparaître après la parution de Delta Sweete en 1968. Vie de famille, vie d’église, vie domestique… En tant que femme libre elle y apportait sa vision de l’existence au sein de l’Amérique profonde. L’hommage contemporain et « cinq étoiles » de Mercury Rev, si l’on peut le qualifier ainsi, pourrait aussi inciter les plus aventuriers à s’intéresser de plus près à l’histoire et à l’œuvre de la dame du Mississippi.

****1/2

10 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire