Surface to Air Missive: « Shelly’s Gone »

1 mai 2020

Shelly’s Gone est la cinquième version complète de Surface to Air Missive, le projet principal de Taylor Ross, basé en Floride et dont le style vocal semble être un mélange masculin de Mitski et de Snail Mail, tout en étant joué sur une musique de type Car Seat Headrest avec une touche majeure de pop progressive et de folk. Dans l’ensemble, l’album a un son chaleureux, brillant et insouciant qui se veut et ne manquera pas de séduire.

Séduction dans le sens de progressivité car il ne charme pas à la première écoute ni aux Peut-être parce qu’il est un peu générique, ou peut-être que c’est le chant… Quoi qu’il en soit la raison pour laquelle cet album mérite quelques chances est qu’il est loin d’être générique et qu’il ne se révèle pas complètement tout de suite.

En continuant à écouter l’album, les différentes couches s’effilochent et on commence vraiment à apprécier comment tout fonctionne bien ensemble, surtout le chant, pour lequel on aurait pu être hésitant au départ.

L’album commence avec « Monster’s Mouth », où l’on entend des guitares qui s’agitent au galop, et Taylor qui chante avec un certain optimisme « Et je sais que ce cas n’est pas désespéré / Je peux apprendre qu’on peut le résoudre / Mais il doit y avoir un but / Je ne saigne pas juste pour le plaisir » (And I know this case ain’t hopeless / I can learn we can work it out / But there’s got to be some purpose / I ain’t bleeding just for fun). On a une forte dose de « dododoo doo doo doo dooo » sur ce morceau, qui peut souvent aller dans deux sens,différents mais qu’on pourra se surprendre à fredonner.

Ensuite, « Easy Way » nous offre un excellent travail à la guitare et un merveilleux petit chœur à la fin, qui serine « Non, non, je ne suis plus un enfant » propre à rester immédiatement en tête. Plus tard, dans « Stil », une section guitare et rythmique fera des siennes en mode drone et marquera une légère rupture par rapport au noyau de la chanson. Imprévue ,cette variation désarçonne mais ne nous aliène pas de l’écoute d’autant que,en parlant d’imprévu, « Swan’s Somme » récidivera avec une étrange petite chanson folk.

Les autres compositions sont assez similaires, un bon mélange de folk et de pop jangle/progressive, dhumeur généralement optimiste. Si on pense en termes de saisons, Shelly’s Gone est un album qui semble construit pour l’été ; un été sur lequel on aurait pu revenir de manière plus propice.

***1/2


Jan Akkerman: « Close Beauty »

4 novembre 2019

Close Beauty est le premier album de Jan Akkerman depuis 2011 et c’est, une fois de plus, avec une musique qui se suffit amplement. On rencontre ici douze pépites ciselées de guitares tantôt puissantes, tantôt caressantes.
Il sera difficile de mettre une étiquette sur ce disque tant les chansons sont différentes les unes des autres. L’orientalisant titre « Spiritual Privacy », la mélancolie de « Passagaglia » ou l’étrangeté de « Retrospection (Emotional Debris-The Power Behind The Throne-Hear The Trees Whistle For The Dog-Euridice) » marquée par des accents synthétiques et progressifs ; toutes ces compositions sont les facettes de cet ensemble protéiforme.

Une seule constante la guitare qui combine et conjugue tout cet opus en quelques accords. Du blues langoureux au rock plus classique (les premiers accords de « Reunion », à tomber de beauté et de maîtrise), Jan Akkerman nous propose un péventail de couleurs et d’émotions. Le très très progressif »“French Pride » est finalement le titre le plus difficile à appréhender. Tout comme « Fromage », trop lié au précédent pour avoir son propre univers.

Certes, le guitariste est mis en avant sur toutes les compositions mais n’oublions pas le reste du groupe ! Le soutien de la batterie, des autres guitares et de la basse est impeccable. On sent une formation soudée, habituée aux bœufs et aux improvisations du maître. Les musiciens savent en tout cas travailler autour de cela.

Là où nous pouvons être ébahis, c’est que Jan Akkerman semble toujours dégager une certaine fraîcheur et naïveté dans ses morceaux. La douceur groovy de « Don Giovanni » et le blues ensoleillé de « Meanwhile In St Trope” »sont de jolis morceaux que l’on s’imagine écouter sans que l’essentiel ne tourne à la démonstration de force.

Close Beauty n’est pas forcément un album facile d’accès mais la pureté des compositions et des techniques permettra à un néophyte comme à un familier du jazz d’apprécier le style. A réserver à un public averti ou à tout amateur de guitare et d’improvisation.

***1/2


Two Medicine: « Astropsychosis »

29 mars 2019

Two Medecine n’est ni plus ni moins que le projet de Paul Alexander, bassiste de Midlake, et ce disque se situe sensiblement dans la même veine, à savoir une folk pop légèrement progressifve très posée et faisant preuve d’une douceur et d’une mélancolie qui confine à la magie. D’ailleurs, plusieurs membres participent à cet opus qui ressemble presque à un side-project commun.

Le disque est sorti il y a quelques mois maintenant et il est splendide. Les influences psychédéliques et pop jouent un rôle particulier et on peut aisément y percevoir l’ombre des Beach Boys et du Floyd.

Concrètement pourtant, la musique de Two Medicine ne prend racine que dans son propre langage ; une voix caressante, une guitare sèche, des choeurs en écho, des claviers qui jouent l’emphase, une rythmique discrète, sèche mais pas trop percussive, et un format assez pop, qui ne va pas trop chercher dans l’expérimental et le psyché.

Astropsychosis est assez accessible, et peut s’adresser aux amateurs de Midlake dernière période comme à ceux que la pop sixties pas trop mainstream n’effraie pas. Quand on saura enfin que « Two Medicine » fait référence à une région du Montana, dont les montagnes, forêts et lacs auront probablement inspiré ce disque bucolique on saura tout et on écoutera Astropsychosis avec l’état d’esprit qui a résidé à sa conception.

***1/2


The Lemon Twigs: « Do Hollywood « 

29 août 2017

Que les têtes pensantes des Lemon Twigs, les frères Brian et Michael D’Addario, soient vêtus de vêtements «  vintage  » fleurant bons les sixties et qu’ils se considèrent comme des «  étrangers dans le monde moderne  » rappellent immanquablement ce titre de Brian Wilson, «  I Just Wasn’t Made For These Times  ».

Bien que de Long Island, le son du combo semble, lui, définitivement figé sur cette période certes, mais aussi sur certains de ses représentants issus de la Côte Ouest. La lignée Beach Boys y est évidente, mais aussi d’autres influences comme Tom Petty, les Beatles, la pop AM acide et Harry Nillson.

Sur Seine (Rock en Seine oblige) on pourra y découvrir les mânes théâtrales et bondissantes de Alice Cooper ou Sparks, mais aussi celles des Doors,de Janis Joplin, Tim Curry ou même des Mothers of Invention.

Spectaculaire et hypnotique, le groupe l’est indéniablement, mais c’est avant tout le talent mélodique du duo qui peut inciter à se plonger dans l’écoute de leur seul et unique album le bien nommé Do Hollywood.

Certaines des compositions sont, en effet, plutôt directes et instantanées («  Baby Baby  », «  These Words  ») mais un bon nombre d’entre elles se veulent passablement bizarres, par exemple «  Those Days Is Comin’ Soo  », un titre classic rock subverti par des codas étranges et des changements de tempo évoquant Brian Wilson ou Sgt. Peppers.

Sur « Haroomata » le même procédé burlesque évoquera, lui, une absurdité que ne renierait pas Benny Hill alors que « As Long As We’re Together » cultivera cette psychedelia qui sent bon le confort de l’ouvrage bien fait dans lequel on peut se claquemerer. C’est au détour de ces deux tendances que se révèleront l’habileté du combo à esquisser inventivité sans flagornerie aucune, bref à se montrer impressionants et originaux. La comparaison à Harry Nillson y est on ne peut plus évidente ne serait-ce que par des arrangements irrépochables ou des ballades au piano de type « How Lucky Am I ? » ou lesouriant « I Wanna Prove To You ».

Une bonne moitié de Do Hollywood est, à cet égard, réjouissante même si on y sent certaines lacunes en termes de cohésion. Il est, en effet, parfois difficile de pouvoir suivre un thème sans que les compositions ne soient pas affectées par des renversements drastiques comme si Lemon Twigs s’évertuaient à faire étalage de versatilité plutôt que de nous épargner le moindre ennui. Les variations des chorus deviennent alors forcées, peinent à nous accrocher et à soutenir notre attention.

Do Hollywood nous empêche, finalement, de nous installer non pas par manque d’inspiration mais par une déficience en terme de focalisation. L’album aurait pu être un fantastique EP s’il n’avait pas été grévé par sa nature schizophrénique ; voilà un opus qu’il est difficile d’aimer pleinement mais qui est suffisamment accrocheur pour qu’on s’autorise de multiples écoutes.

****1/2


The Inexperienced: « Too Inexperienced »

30 mars 2016

The Inexperienced sont un groupe basé à Londres dont le leader est Alex Meadows qui tenait la basse au milieu de Sir Tom Jones et jouait de ce même instrument sur l’album de Will Youg : Echoes.

Précédemment, il a travaillé avec Jamiroquai et a été membre d’un combo nommé Electrasy dont les influences comprenaient le Pink Floyd, Pearl Jam et The Bonzo Dog Doo Dah Band.

Se nommer ainsi et sonner à son second opus solo un tel titre révèle un sérieux sens de l’humour surtout qu’il se pare dans les habits de la légèreté.

Tout y est en, en effet, démonstration de confiance quant à l’interprétation, des harmonies à vous faire rougir et un délicieux mix entre brises estivales et impact que l’on éprouverait lors d’un coup de foudre :(« Something to Sing »).

Il y est même question de thérapie ; (« 528h ») ou du même remède que nous permet le blues sur « Microwaving » qui parviendrait à embarrasser The Alan Parsons Project.

Mélange d’audace et de second degré Too Inexperienced mérite son titre si on considère l’alliage très British dont il se réclame.

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