Green Diesel: « After Comes The Dark »

28 juillet 2021

Basé à Faversham, dans le Kent, le groupe folk anglais Green Diesel est composé d’Ellen Care (voix principale et violon), Matt Dear (guitare principale et voix), Paul Dadswell (batterie et voix), Ben Holliday (basse) et Greg Ireland (guitare, bouzouki, dulcimer, mandoline, claviers, percussions, voix). After Comes The Dark est leur quatrième album, leur premier en tant que quintet. Utilisant fréquemment la guitare à 12 cordes, il combine à la fois du matériel original et traditionnel. Leur approche électrique et percutante évoque souvent les premiers Steeleye Span et est teintée de prog-rock et d’influences tirées des premiers Genesis et de la scène psych-folk de Canterbury des années 70, avec des groupes comme Caravan et Kevin Ayres.

L’album démarre avec « Follow The River », un morceau de près de six minutes écrit par Greg Ireland, un incontournable de leur set live, inspiré par le pouvoir de l’eau et mené par un rythme de batterie circulaire et une guitare musclée derrière la voix résonnante et le violon de Care. Se terminant sur une coda en forme de mantra, elle est suivie d’une de ses propres chansons, « Northern Frisk », dont la ligne de basse grondante constitue la base sur laquelle le violon grave un air de cornemuse (une comparaison utile en termes d’urgence et d’intensité pourrait être « Thomas The Rhymer » ou « Blackleg Miner » de Steeleye Span) conçu pour évoquer des esprits morts-vivants tourbillonnant dans une frénésie dansante. Ce morceau mène de manière appropriée à l’instrumental de l’album, « Dusty Fairies », un pot-pourri du « King of The Fairies » (qui rappelle l’opus Slark de Stackridge) et des cornemuses 3/2, avec le père de Care au concertina.

Avec une note de troubadour médiéval, « Sea Song » composé par Ireland ralentit le tempo pour un rythme lent et roulant et un texte qui fait un clin d’œil à la ballade traditionnelle du cœur brisé et de la solitude. En revanche, avec ses signatures temporelles changeantes et son solo de guitare électrique, « I Wish My Love » possèdera la substance d’une véritable chanson traditionnelle, originaire du nord-est du pays et également connue sous le nom de « The Pitman’s Love Song », dont la lecture mélancolique est basée ici sur l’enregistrement de Lisa Knapp intitulé « I Wish My Love Was A Cherry ».

« Holliday » signea sa première composition pour le groupe avec « The White Hart », en se mettant à la guitare. Au même moment, Ireland prend la basse en charge, apportant un drone psychédélique et un rythme de marche à une chanson sur la résilience et la grâce face à l’adversité, inspirée par la lutte d’un ami contre une maladie mortelle, l’outro instrumental dominé par la guitare prenant, de son côté, sa source dans le travail d’Espers, Mellow Candle et peut-être une touche de Mike Oldfield.

La dernière recrue du groupe, Dadswell, anciennement du groupe de folk acide Galley Beggar, a écrit la marche lente, le balancement et le carillon de la guitare d’« Underworld », un morceau capiteux et lunatique inspiré de la bande originale de Koyaanisqatsi de Philip Glass, dont les paroles parlent de la nécessité de choisir entre rester cocooné dans un fantasme ou une dépendance et vivre dans la réalité du présent et du futur.

Le deuxième numéro traditionnel arrive avec une lecture vive de « Katy Cruel » qui met l’accent sur le défi de la Katy titulaire plutôt que sur son statut de victime et, bien qu’elle ait été apprise de Lady Maisery, elle a sûrement été influencée par le travail des premiers Steeleye Span sur Ten Man Mop et Below The Salt. En effet, le pont instrumental adopte le vieil air de danse « The Key To The Cellar » que Steeleye a emprunté pour sa version de « Cam Ye O’er Fae France » sur « Parcel Of Rogues ».

Un autre numéro de Ireland, soutenu par des touches de carillon, des clics percussifs et un motif de tambour tournant, la mélodie s’accumulant progressivement, « Never Reach The Dawn » s’inspire des chansons traditionnelles de visiteurs nocturnes du folklore avec le narrateur, chanté par Care, visité par un fantôme de leur passé. La série s’achève avec Dear qui chanteen évoquant sa propre tempête, les harmonies de Care qui s’entremêlent, un son de batterie militaire lourd et une guitare endiablée au service d’une chanson sur le désespoir mais aussi sur la résilience face à l’adversité. Le souffle de vent électronique sur lequel elle s’achève se superpose à l’intro de la chanson-titre de Ireland, avec ses battements de cœur, ses pulsations de tambour et son psychédélisme rural païen aux nuances tribales qui évoquent l’horreur folklorique emblématisée dans The Wicker Man, sur une chanson qui rassemble les thèmes de la mort, de la renaissance et du pouvoir ultime du monde naturel contre lequel l’humanité est impuissante à résister car, comme le dit le titre, « winter comes to every man ». Comme le biocarburant écologique dont ils portent le nom, en s’appuyant sur les composantes organiques de leurs influences, Green Diesel apporte une source d’énergie renouvelable au monde du folk traditionnel et progressif ; à cet égard on ne peut que conseiller d’en faire le plein.

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The Mountain Goats: » In League With Dragons »

1 mai 2019

Rien ne semble arrêter The Mountain Goats ; on avait laissé lle combo mené par John Darnielle sur un album rendant hommage à la culture gothique tout simplement nommé Goths ; deux ans plus tard, les voici de retour avec un nouveau thème avec leur 17ème album intitulé In League With Dragons.

L’opus est un disque concept basé sur le jeu Donjons et Dragons et, cette fois encore, The Mountain Goats articulent leurs compositions country-folk (pour ne pas dire « dragon noir » selon leurs dires) autour de ce thème de dragons et d’autres créatures fantastiques mises en oeuvre par Owen Pallett (officiant à la production et aux arrangements).

En partant de cela, John Darnielle et sa bande conservent verve et faconde lorsqu’il s’agit de nous offrir des morceaux allant droit au but comme « Done Bleeding », l’excellente « Passaic 1975 » ou les chœurs somptueux qui se taillent la part du lion sur « Clemency For The Wizard King ». Entre la pedal-steel qui se ballade sur le morceau-titre ou le solo de saxophone sur « Younger », il n’y a qu’un pas et le groupe de Durham tient honorablement à respecter la thématique de In League With Dragons avec d’autres trouvailles à souligner comme « Possum By Night », « Going Invisible 2 » et « Waylon Jennings Live! ».

Avec The Mountain Goats, on est toujours dans la peau de ces créatures surréalistes que ce soit sur « An Antidote For Strychnine » ou sur les allures prog audacieuses de la conclusive « Sicilian Crest » sans tomber dans la ringardise.

C’est ce qui fait la renommée du groupe de Durham ; explorer une thématique et la relier à la société actuelle de façon honorable. Dans ce sens, In League With Dragons est une autre véritable réussite d’un groupe qui n’a plus rien à prouver, et ce, après trente ans de carrière.

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