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Geoff Leigh & Yumi Hara: « Upstream »

Il y a des rencontres musicales duelles qui, bien que ponctuelles et sans antécédents, semblent marquées immédiatement par le sceau de la grâce, sans pourtant qu’elles aient été attendues de longue date par les protagonistes impliqués ni par leurs auditeurs. C’est le cas du duo en action sur ce disque.

Le multi-instrumentiste Geoff Leigh a participé aux débuts de l’histoire de Henry Cow avant de se commettre dans diverses protubérances de l’avant-gardisme britannique (Black Sheep, M.C.C.B.., Radar Favourites sans parler de ses participations à Hatfield & The North, Univrs Zéro et, plus récemment, Faust.

De son côté, Yumi Hara, claviériste et vocaliste japonaise qui s’est commise avec le groupe féminin de pop surréaliste Frank Chickens, a auparavant duettisé avec David Cross (ex-King Crimson et Hugh Hopper (ex-Soft Machine, Brainville), excusez du peu et elle! a aussi une autre vie musicale en tant que DJ…

Les deux protagonistes ont donc chacun un bagage imposant dans le domaine des « musiques autrement progressives » et, comme dirait le sens commun, hautement intellectuelles. Pourtant, Upstream ne tire pas son attrait de sa capacité à mobiliser les énergies seulement mentales.

Ce ne sont pas des pointures en mal de reconnaissance qui « égotisent » ici dans une course à l’exploit virtuose ou à la construction absconse, mais bien davantage deux échos d’une même trajectoire, deux sensibilités en phase déclinant un même horizon. Ce n’est pas d’étalage verbeux dont il est question, mais bien plus de fusion de deux esprits dans un mouvement vertical, ascendant.

À l’instar de sa pochette, Upstream nous invite sur un territoire de cimes rocailleuses et magmatiques où la contemplation paysagère est bousculée par les caprices des éléments aussi opposés que l’eau et le feu et où l’espace est creusé à la fois par des mises en abîme comme par des élans fulgurants.

Il transpire indubitablement de vibrations extrême-orientales, ne serait-ce que par la priorité accordée aux flûtes dont Geoff Leigh joue magnifiquement, usant de phrasés et de timbres parfois proches de ceux qui sont généralement explorés par la flûte japonaise traditionnelle shakuhachi. En fait, sa prestation ici s’inscrit dans le prolongement de son travail dans un registre jazzo-ethno-contemporain avec Colin Ewin (Porcupine Tree dans ExWise Heads)

De son côté le chant de Yumi Hara a des inflexions qui renvoient à un ancrage typiquement japonais, qu’il soit traditionnel ou contemporain. Certaines percussions de Geoff Leigh évoquent de même les plateaux de l’Himalaya.

L’Extrême-Orient est donc en ligne de mire, mais il n’est aucunement perçu à travers un filtre lénifiant ou new-agisant. La vibration spirituelle (et tant pis si le terme est galvaudé) activée conjointement par Leigh et Hara et Yumi HARA se forge au contraire à partir de diverses formes d’aspérités et de mutations sonores, qu’elles soient acoustiques, amplifiées ou électroniquement traitées.

Ainsi, avant de goûter au rassérénement qui se dégage de « The Siren Returns, » nos deux maîtres de cérémonie nous auront fait passer par plusieurs étapes qui sont autant d’épreuves sur un parcours existentiel.

Assortis de couleurs différentes, les tableaux sont très contrastés et habités de jets et de secousses intenses : flûte sinueuse et fines nappes de claviers déformées et étirées qui se transforment en notes basses de piano sur le morceau éponyme à l’album ; flûte diserte et vagabonde et orgue visqueux et sépulcral dans « The Mountains Laugh »s ; piano classique et soprano sax aux sonorités éraillées dans « The Strait », vocalises et didjeridoo vertigineux sur « Something about the Sky »…

« At the Temple Gate » contient tous les signes de la peur panique dissonante, avec ces bois spiraliques et contorsionnistes, ces ondes trafiquées et ce chant halluciné et possédé. « Dolphin Chase » trace lui aussi une voie escarpée et rugueuse avec ces manipulations électro et ces saccades vocales.

Voici un disque qui a été enregistré en deux jours sans que l’on sache s’il provient d’une session live ou d’un travail en studio (ou d’une session live en studio) et si les morceaux qu’il contient ont été librement improvisés sur le tas ou si des directions, des pistes avaient été tracées à l’avance (improvisations dirigées ?). En l’occurrence laisser l’auditeur dans le doute et l’ignorance ne peut que contribuer à rendre son écoute plus fébrile.

Mais le mystère d’Upstream ne se limite pas à son « making-of ». Quel que soit le mode opératoire mis à l’œuvre par les deux artistes impliqués, il est de toute façon acquis qu’il y a des forces en présence sur ce disque qui sauront infiltrer, voire habiter, l’âme de l’auditeur disponible à chaque écoute.

****1/2

9 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Opium Denn: « Embarkation »

Opium Denn, tel est le nom de ce groupe énigmatique qui se présente tête masquée sue la scène progressive art-rock. Les mystère ne fait que s’épaissir un peu plus avec leur nouvel al Demarkation.

L’opus est décrit comme un objet conceptuel à mi-chemin antre le Pink Floyd et le Blue Öyster Cult avec un petit zeste emprunté à Phantom of the Opera. Ces références sont ambitieuses et Opium Denn se montre plutôt prolixe quant à ses efforts.

Le son est, en effet, assez onirique comme si chaque titre avait été étiré jusqu’à son point de rupture donnant à l’ensemble un effet d’élaboration assez hypnotique. Les compositions sonnent comme des drones et sont, pour la plupart, accompagnées de vidéos musicales ce qui donne à l’ensemble un climat de grandeur même si la production est parfois comme réduite à une échelle plus réduite.

« Leaf » et « I Am A Feeling » forment un diptyque où le Floyd le plus baroque se reconnaîtrait et le tout va de pair avec une thématique qui se veut réservée à des initiés. Le Demarkation reste, toutefois, en équilibre entre compulsion à l’écoute et réserve cryptique. C’est en ce sens qu’il maintient notre notre fascination opium oblige sans doute.

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24 avril 2016 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire