Bad Moves : « Untenable »

Ce groupe de power pop de la région de Washington D.C. avait déjà conquis ses fans avec son premier album contagieux, Tell No One, ainsi qu’avec sa participation à l’émission Craig of the Creek sur Cartoon Network et ses tournées avec des héros underground comme Jeff Rosenstock et The Hold Steady. La puissance pop du groupe, brillante, séduisante et pleine d’émotion, s’est un peu durcie au cours des deux années qui ont suivi ses débuts. Pourtant, bien qu’Untenable capture une agitation et une instabilité palpables, il garde aussi les crochets accrocheurs et l’attitude courageuse à un niveau égal, créant ainsi un album aussi amusant qu’intelligent. 

Tout comme Tell No One, Untenable est dynamique et divertissant tout au long de son parcours. Les chansons ici sont pleines de riffs de guitare percutants et de mélodies sucrées. Le groupe continue également à faire des compromis entre les tâches vocales de tous ses membres. Chaque membre a l’impression d’ajouter son propre caractère à sa voix, ce qui crée un sentiment de collaboration dans la musique. L’élément collectif se reflète également dans l’atmosphère ensoleillée du disque.

Des morceaux comme « Camp Henlopen » s’intègrent bien dans le karaoké improvisé de certains enfants. La chanson capture la joie simple d’une journée avec des amis sur une plage du Delaware. Ces mélodies toujours accrocheuses et ces performances énergiques maintiennent un délicieux noyau pop puissant dans la musique du groupe. 

Mais autour de ce noyau, les paroles du groupe examinent intelligemment les angoisses sociales et politiques contemporaines. « Party With the Kids Who Want to Party With You » prend le spectre de la guerre nucléaire ou de l’effondrement du climat et le transforme en un appel urgent à ignorer les banalités de la vie et à se rapprocher des gens. Ce sentiment d’agitation imprègne une grande partie des chansons, ajoutant à l’énergie rebondissante du disque. « Working For Free » prend une tournure plus dynamique et plus agressive lorsque le groupe montre ses références punk et s’attaque à l’exploitation des travailleurs des services. Aussi amusant que soit l’album, des lignes telles que « When the worlds run through the hands of unpaid labor excess income drikles up » (Quand le monde passe entre les mains du travail non rémunéré, les revenus excédentaires s’écoulent) montrent que le groupe est toujours capable de messages lyriques percutants. 

Il y a quelques moments où l’album perd un peu de son élan. « Fog is a Funny Thing » commence avec des synthés et des accents de cordes, se démarquant assez nettement du reste de l’album. Il finit par être repris dans un autre morceau pop punk, mais l’esthétique du début est assez peu flatteuse. De même, l’indie fainéant de « Settle Into It » n’a pas la force de caractère du reste de l’album. Cependant, même ces morceaux plus faibles montrent le penchant du groupe pour les mélodies bien construites et les performances vocales distinctives. 

Untenable s’adresse à un monde apparemment en perpétuel état de confusion et de bouleversement, trouvant finalement un réconfort personnel dans les amitiés au sein et autour du groupe. Il atteint un point final émotionnel semblable à celui de beaucoup de pop punk anxieux, comme Jeff Rosenstock ou PUP. Pour reprendre les mots du morceau de clôture, « We’re still having a good time/Maybe this all ends up fine » (On s’amuse toujours Ou peut-être que c’est la fin du temps). Pourtant, dans cette voie, Bad Moves parvient à donner au style sa propre tournure addictive et citadine. Les styles vocaux distinctifs, les sonorités de guitare ensoleillées et l’oreille pour les mélodies aiguisées distinguent le groupe de ses pairs et montrent un groupe qui ne fait que grandir en qualité.

***1/2

The Ashenden Papers: « Asphodel Meadows »

Jason Dezember est capable d’enrichir un impressionnant CV musical de 30 ans avec des sommités de la musique indie-pop comme Plastic Shoelaces, The Bright Ideas, Smog et Nar. Son dernier projet, The Ashenden Papers, se situe à l’épaule de ces « géants cool », avec une facilité déconcertante.

Au fil des deux albums de ce projet sporadique (le dernier étant le superbe album éponyme de 2011), on a toujours l’impression que Dezember a l’intention de découvrir simultanément la chanson indie-pop jangly parfaite et d’inventer un petit quelque chose de hors-normes pour brouiller les pistes. C’est presque comme si la beauté seule ne pouvait jamais être assez cool.

Fondamentalement, il a raison. C’est cette fraction qui fait que l’esthétique de The Ashenden Papers dépasse la norme. C’est ce que l’on voit le mieux dans Sea On Sound où l’encre qui tache parfaitement les eaux pop est l’invasion de guitares qui tintent comme dans The Umbrella Puzzles. De même, la véritable particularité de Companion to the Year est le « Felt tribute » le plus excentrique jamais réalisé, qui comprend des rythmes de batterie programmés et des pépins au point de distraire délibérément.

Même le sens de la sophistication pop douce que l’on entend dans le single Melodie Robin se perd derrière une accentuation de la voix de style The Bats et le genre de cuivres étonnants que Belle et Sebastian introduisaient parfois dans leur mix de la fin des années 90.

Bien sûr, tout ce qui contient Dezember dans le mix ne suivra jamais le même modèle d’album et, avec son sens de l’obturation typique, la sortie présente à l’auditeur un titre épique de 10 minutes qui surprend à la fois parce qu’il est libre et parce qu’il a simplement permis qu’il le soit. Un morceau vraiment époustouflant, à l’ambiance jangle et à la combustion lente.

Deux albums sur 9 ans pour ce projet n’est vraiment pas suffisant vu l’immense qualité des deux. Espérons qu’il ne faudra pas attendre encore 9 ans avant la prochaine sortie.

***1/2

Brendan Benson: « Dear Life »

Il est juste de dire que le bonheur domestique ne fait pas le plus séduisant des sujets musicaux – ce qui est ironique car, en gros, c’est la seule chose que nous avons tous en commun.

Depuis qu’il a formé The Raconteurs avec les Jacks White et Lawrence, et Patrick Keeler (la section rythmique des Greenhornes), Brendan Benson s’est fait l’avocat des petits plaisirs que permet la vie tranquille. Dans une interview accordée en 2009, il a vanté les vertus de la tonte de l’herbe (« aussi satisfaisant qu’écrire une chanson. Plus, parfois. »), et ses trois albums solo de cette période ont tous, dans une mesure plus ou moins grande, mis en évidence cette satisfaction. Il en va de même pour Dear Life, et bien que son septième album solo soit vendu comme un nouveau départ sonique, il est en fait ldu « business as usual ».

C’est ce qui ressort d’un simple coup d’œil à la liste des titres : « Richest Man Alive » (« J’ai deux beaux bébés et une sacrée belle femme »- ‘I got two beautiful babies and one hell of a good-looking wife’- ) se déroule bien et évite ainsi d’être trop mièvre, tandis que « I’m In Love est répétitif » sur le plan lyrique dans ses 90 secondes mais comporte des accords capricieux qui contredisent la teneur du sujet.

Il peut sembler évident de faire référence aux Raconteurs, mais comme ils ont été en grande partie responsables du crossover de Benson, cela est également valable. Dear Life est également un bon indicateur de qui fait quoi : « Half A Boy (Half A Man) » présente une guitare familière avec un grand refrain de jour, adapté à la radio, bien qu’avec un rythme plus léger. Mais on peut pratiquement entendre Jack White aux chœurs, et l’album dans son ensemble démontre qu’il est la force dominante de ce groupe.

Les percussions et les cuivres du groupe sur « Baby’s Eyes », qui est en pleine liberté, rappellent également l’instinct du super groupe de se lancer sans honte den un echo des Travelling Wilbury. Le morceau-titre comporte également des cuivres lourds, mais cela ne fait qu’ajouter une acclamation trompeuse à un récit sur la lutte contre la dépression, l’une des rares références au côté sombre de la vie « normale ».

Parmi les nouveaux sons qui sont promus, seuls quatre titres s’écartent de la formule éprouvée du rock aguicheur de Benson. Le premier morceau, « I Can If You Want Me To », propose un BPM accru via l’électronique, mais revient rapidement à la typographie avec un refrain explosif à la guitare qui ne comprend que la ligne de titre. « Good To Be Alive » ressemble à la récente production de Beck, car sa voix s’accorde automatiquement, mais conserve la mélodie familière à l’envers qu’il affectionne tant. « I Quit » mélange de nouveaux grooves avec un son acoustique traditionnel, et enfin le plus proche « Who’s Gonna Love You » possède des beats et des effets rapides et aussi un sample de ce que sont, vraisemblablement, ses enfants.

Quelque part, on peut dire bravo à un album qui fait avancer les choses, mais le meilleur morceau de l’album est aussi le plus simple : « Freak Out » fait exactement ce qui est écrit sur la boîte, un rocker rapide comme un morceau de la série des Nuggets avec un solo de guitare qui fait mouche et l’occasion de se lâcher dans le studio.

Selon les standards de Brendan Benson, il s’agit d’un album moderniste, qui se caractérise par sa brièveté et son caractère enjoué ; tout en lui permettant de s’épancher il devient un album fun à écouter.

***1/2

Psychic Flowers: « Jumbled Numbers »

Depuis la dissolution de Ex-Breathers, David Settle est resté prolifique et inspirant, avec d’excellents projets comme Big Heet, The Fragiles et Psychic Flowers (sans parler des groupes de musique pour le podcast, Under The First Floor). Il reste très occupé et la qualité reste élevée, qu’il s’agisse de faire du « egg punk » ou du lo-fi, chaque projet apporte un élément différent de ses inspirations et puise dans l’essence même de ce qui le rend si influent au départ. Après les débuts de The Fragiles, Settle travaille à nouveau sur Psychic Flowers se un dernier album, Gloves To Grand Air. Enregistré dans sa cave sur un magnétophone à cassette 8 pistes, l’album est une power-pop volontaire qui équilibre le fuzz lo-fi et le sifflement de la bande avec des mélodies incontournables. Il est plein de magie d’enregistrements maison.

Le single « Jumbled Numbers » reprend un lead de guitare perçant inspiré de Guided By Voices et le transforme en une chanson pop grouillante, enfouie dans un bruit déformé et des cymbales qui engloutissent presque tout le mix. La chanson, un message pour laisser vos sentiments s’envoler librement (« vos émotions ne sont pas un crime » – your emotions are not a crime – ), est secouée par le son de guitare à électricité statique de Settle, chaque accord se frayant son chemin dans la myriade detonalités. C’est la dureté de la power-pop qui vous rappelle que vous n’avez pas toujours besoin d’être aussi dur, et que, souvent, le laissez- aller est préférable. Psychic Flowers écrit des chansons qui vont du punk garage à la pop slacker et l’attention que porte Settle aux détails sonores de la variété 8 pistes pousse tout délicieusement dans le rouge des émois de songeries imaginaires ainsi exacerbées.

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Ratboys: « Printer’s Devil »

Pour la première fois de leur vie de groupe, l’auteure-compositrice-interprète Julia Steiner et le multi-instrumentiste Dave Sagan ont une certaine stabilité. Le duo a passé les dernières années à travailler avec un aéropage de membres qui les ont rejoints pour des tournées aux côtés de PUP, Foxing, Wild Pink et d’autres. Aujourd’hui, ils ont enfin pu se contenter d’une version à quatre musiciens de Ratboys, et ce soutien à plein temps a permis d’ouvrir le son de leur troisième album, Printer’s Devil, de manière passionnante.

Tout de suite, l’impresssion est qu’ils s’amusent beaucoup ensemble. « Alien With a Sleep Mask On » offre une retraite sonore tirée de films pour adolescents qui dateraient du tournant du millénaire comme American Pie et Road Trip – sans les hormones enragées et l’immaturité masculine -et avec un rebondissement de power-pop qui rendrait jaloux Bowling for Soup et Fountains of Wayne. Ce choc électrique se répercute sur » »Look To » et « An » » deux titres énergiques et touchante qui parlent de l’évolution de la vie et de certaines relations datées. Si vous êtes devenu adulte au début des années 2000, ces morceaux, en en effet risquent d’alimenter vos poussées nostalgiques

Ces chansons turbulentes ne sacrifient qu’une petite partie de la tendresse qui a rendu l’effort précédent des Ratboys aussi saisissant et enveloppant qu’il puisse être. Sur Printer’s Devil, l’esprit adolescent de Wheatus rencontre la béatitude adulte de Big Thief dans un charmant mélange printanier qui mêle une power-pop floue et confuse à une acoustique brillante et clinquante.

Des chansons comme « My Hands Grow » et « A Vision » sonnent comme une profonde bouffée d’air frais par un matin d’été idyllique, avec de jolis arrangements qui utilisent l’espace à bon escient. « Listening » adopte un joli rythme de croisière entre alt-country et indie rock, « Victorian Slumhouse»  est un petit air noueux et groovy, et « Printer’s Devil » sera un petit morceau de stratification qui remplit et vide l’espace autour de sa boucle lo-fi composée d’une simple mesure mais fatalement addictive. Seul un final sans grand impact, leméandreux « Clever Hans », empêche ce très bon album d’être vraiment génial.

 D’une certaine façon, Printer’s Devil ressemble à l’équivalent musical de l’ami d’enfance que votre mère a toujours aimé – doux, agréable, poli et, surtout, il vous fait sourire. Il est difficile de développer davantage cette analogie, mais si vous voulez avoir une meilleure idée de ce que sont les Ratboys, pensez brièvement à savoir si vous et cet ami êtes toujours en contact.

Printer’s Devil tourne autour d’un mantra de David Byrne et Brian Eno : « I’m lost, but I’m not afraid. » (Je suis perdu, mais je n’ai pas peur). Si vous vous absentez assez longtemps, les choses peuvent vraiment changer et vous reconnaîtrez peut-être de moins en moins l’endroit que vous appelez chez vous. Il y a aussi une étrangeté innée à grandir, car les gens eux-mêmes commencent à prendre de nouvelles formes et significations. Avec leurs chansons, Ratboys témoignent d’une recherche permanente de stabilité au milieu d’un sentiment de mouvement et de bouleversement imparable – que cela signifie trouver une épaule sur laquelle s’appuyer, un souvenir à revivre ou un endroit qui ressemble vraiment au vôtre, une bonne compagnie à avoir pour un voyage sonique cristallin.

***1/2

Roomtones: « So Long (Shadow) »

Exsudant un climat power-pop mélodique et contemplatiif, So Long (Shadow) est un délicieux morceau sorti aujourd’hui par roomtones, un groupe formé en 2017 et basé à Brooklyn, NY. Des rythmes acoustiques luxuriants et un tendre vibrato de guitare constituent un départ facile. Les voix émergent avec un charme mélodique peu après, le ton général et les moments de chorale comme « 00:57 » rappellent affectueusement Teenage Fanclub. Le riff de « station on your radio « station de votre radio » est attachant et mémorable, comme une supplique à la redifusion. So Long (Shadow) » est une tranche de nourriture réconfortante et audible.

On peut attendre avec impatience le premier album de Roomtones, Beginning to Begin. Le disque a été produit par Martin Bisi (Sonic Youth, Swans, Herbie Hancock) dans son célèbre studio Gowanus. Selon le groupe, on peut espérer un concept album libre composé de souvenirs étincelants de la vie à New York au début du 21e siècle, Beginning to Begin tourne autour des thèmes de la perte, de la mémoire, du vieillissement et du regret. En termes d’influences, le groupe cite The Modern Lovers, Alex Chilton, Scott Walker, The Zombies, Field Mice et Pavement. À suivre donc.

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Ali Barter: « Hello, I’m Doing My Best »

Avec son premier album A Suitable Girl sorti en 2017, Ali Barter semblait bien partie pour devenir l’un des plus beaux secrets trop bien gardés de la scène australienne. Son nouveau disque peut espérer dépasser les frontières de son pays puisqu’il bénéficie aujourd’hui d’une distribution internationale.

Son panel musical s’est, de ce fait, élargi et pas seulement d’un point de vue géographique. On pourrait, en effet, parler de montée en puissance car, si son premier album revisitait avec brio l’indie rock des années 90, avec une vision très féminine et affirmée façon Liz Phair, Hello, I’m Doing My Best fait exactement la même chose, mais en plus grand et plus fort. A programme : distorsion et gros riffs de guitares accompagnés de sa voix plus haut perchée que jamais. Peu d’artistes prennent, de nos jours, le parti de se référencer à une musique qui n’est plus dans l’ère du temps ; les solos de « History Of Boys » voudront, à cet égard, nus ramener à la période du le premier album de Weezer.

Hello, I’m Doing My Best va naviguer en plein power pop, ce qui, en outre permettra de nous gratifier de chansons addictives mais, cerise sur le gâteau, de nous présenter pune collection de titres au ton très autobiographique qui retracent ses différentes relations. On aura droit ainsi à des allusions pertinentes et matures à son corps, à ses instincts, à la sobriété et ses anciens vices, ainsi qu’aux personnes qui lui sont chères. On pourra, à ce sujet, mettre en exergue le très tranchant « Ur A Piece Of Shit » qui se déploie sans filtre et qui est comme une illustration significative de la moue désinvolte qu’elle affiche sur la couverture du disque.

On ressent d ’ailleurs comme une envie d’en découdre et une ambition décuplée. Chaque morceau est très direct et marche à l’instinct, celui d’une sensibilité musicale de singer songwriter sous un costume de rockeuse enragée. Cette formule lui permet de faire mouche à de nombreuses reprises. C’est certain, elle n’a pas besoin de dire qu’elle fait de son mieux pour arriver à ses fins et séduire son audience. Ce nouvel album lui offre l’occasion de s’exprimer haut (« January ») et fort (« Big Ones ») et d’attirer sur elle une attention plus que méritée. En bref, un vrai disque de rock comme on en entend trop rarement et dans lequel elle fait bien plus que son mieux.

***1/2

Allah-Las: « LAHS »

Allah-Las a réussi à se faire une place sur la scène indie rock américaine. On les avait quittés en 2016 avec leur album Calico Review toavant d’effectuer une mini-pause pour retrouver son inspiration. Après un album solo du guitariste Pedrum Siatadan qui a officié sous le pseudonyme PAINT, le groupe californien prolonge la saison estivale en octobre avec leur nouvelle livraison intitulée LAHS.

Une fois de plus, Allah-Las nous séduit avec ce qu’il sait faire de mieux, et ce, cette fois-ci, grâce à l’aide de Jarvis Tarveniere de Woods aux commandes pour élargir un peu plus la palette musicale du combo. Ce seront donc des compositions sentant toujours les années 1960 comme le titre introductif « Holding Pattern » qui annonce sans réelle surprise la couleur mais également le guilleret « In The Air » et le gentiment mélancolique « Star ».

La véritable nouveauté sera le virage psychédélique qu’entreprend Allah-Las. La fusion entre folk psychédélique et jangle-pop fait effet sur des pièces toujours aussi nostalgiques que sont « Electricity » aux faux airs de bossa nova et « On Our Way ». Mais le groupe californien ne tournera pas le dos à ses origines surf notamment avec « Light Yearly » et « Polar Onion » qui raviront les fans d’antan face à un panel de nouveautés comme les instrumentaux prenants de « Roco Ono » et de l’hypnotique « Houston ».

La dernière nouveauté est également son côté cosmopolite où des morceaux chantés en espagnol (« Pleasure ») et en portugais (« Prazer Em Te Conhecer ») sont à souligner. Force est de constater qu’Allah-Las a décidé de ne pas tourner en rond même si les vibes ensoleillées de Californie sont toujours mises en avant mais avec une pointe de psychédélisme en prime. Un opus en phase avec avec d’où vient le groupe et avec les vibes dont ll peut nous gratifier.

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Susan: « As I Was »

Ce trio féminin vient de Los Angeles, féministe comme il se doit désormais mais ce qui compte est son approche de la musique et, sur ce plan-là, elles démentent le stéréotype qui range Susan du côté du sxe faible.

As I Was est un album de ce que l’on pourrait qualifier de « Power Pop » , cette musique est à cheval entre la chanson pop et un idiome aux guitares plus rock. Cet équilibre demande une belle dose de doigté et, à cet égard, il est parfaitement respecté.

Sa brièveté (un peu moins de trente minutes) est un adjuvant qui permet de déployer énergie et nervosité sans que As I Was ne s’englue dans la mélasse.

Les compositions sont, d’ailleurs, dignes d’un talent naissant en particulier grâce à des arrangements particulièrement bien travaillés. Sans réinventer le genre, Susan propose une relecture agréable, jamais ennuyeuse et jamais trop clinquante ; une sobriété don aloi pour un  « debut album » prometteur.

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Beach Baby: « Songs From The Limbo Lounge »

Beach Baby serait-il le groupe le plus sous-estimé du Royaume de Sa Majesté ? Ils viennent en tous cas de signer une perle pop-rock qu’il serait dommage de voir filer tout droit vers la case oubliettes. Déjà, sur No Mind, No Money, son premier album, le groupe enchaînait les pépites énergiques devant autant aux Strokes qu’aux Smiths. Et pourtant, Beach Baby demeurait largement confidentiel. Que reste-t-il aujourd’hui de ce talent à pondre des pop songs ignorées de tous ?
Songs From The Limbo Lounge explore de nouveaux territoires sonores. Les guitares passées au chorus laissent la place à un son très seventies avec orgue vintage, percussions et cuivres. Les mélodies ensoleillées se font tortueuses. Dans ce grand chambardement, reste le don d’Ollie Pash et Lawrence Pumfrey à pondre des chansons aux mélodies mémorables et musicalement ambitieuses. Pas sûr pour autant, hélas, que cela leur ouvre les portes des charts.

L’amateur de pop bien troussée serait en revanche inspiré d’y laisser traîner une oreille curieuse. Car, à l’écoute de ces chansons échappées du Limbo Lounge, on pense à des cousins anglais de Twin Peaks ayant croisés la route d’Elvis Costello en costumecintré (« Human Remains » et « Lovin’ Feeling »). Cette power pop excentrique propulsée à coup de riffs lourds fait aussi penser à Supergrass période In It For The Money (ce riff sur  « Lonesome Jim « qui n’est pas sans rappeler Cheapskate, la bluesy Big Wow, la soul-pop de « Cherries For My Sundae »). Les ballades ne sont pas en reste, comme la nostalgique « Big School », dont la mélodie colle au cerveau comme un chewing gum sous un bureau de bois. Ou cette « Candy Thunder « qui évoque les tribulations nocturnes new-yorkaises de Lou Reed. « Babe Rainbow » est une autre réussite dans une veine 1980ies chère à Mac DeMarco, quand la bastringue « Limbo Lounge » rappellera The Coral.

Pourtant, l’album n’a pas été enregistré dans les meilleures conditions. Bien loin des prestigieux studios de Maida Vale où avait été mis en boîte No Mind, No Money en tous cas. C’est que, après avoir tourné pendant de longs mois, le groupe s’est trouvé largué par son label puis par son bassiste. Sans le sou, enchaînant les boulots alimentaires, Ollie Pash, Lawrence Pumfrey et Josh ‘Shep’ Hodgson ont donc improvisé un studio de fortune dans l’abri de jardin du dernier nommé, avant d’être rejoint par Kit Jennings à la basse. Les quatre anglais y ont imaginé un lieu, le Limbo Lounge, peuplé de freaks et autres beautiful losers entre crise existentielle et dérive amoureuse. Ils livrent aujourd’hui cet album hors du temps, bourré de chansons tordues, entre glam, cabaret, power pop et new wave.
Le charme capiteux de Songs From The Limbo Lounge n’est pas sans rappeler celui de Len Parrot’s Memorial Lift de Baxter Dury, en bien plus énergique. Celui d’une pop un peu étrange, décantant avec le temps mais restant toujours tapie derrière des volutes mystérieuses. Pourtant, bien qu’à l’aise dans ce clair-obscur, les chansons de Beach Baby mériteraient de recevoir la lumière tant le groupe défend avec ferveur une certaine idée du pop-rock où la poésie et la mélodie priment. Chaudement recommandé aux amateurs de ces plaisirs désuets.

***1/2