Shapednoise: »Aesthesis »

Shapednoise est l’alias du  musicien sicilien Nino Pedone, et, si son album arbore une figuration rouge flamboyante sur la couverture, l‘ouverture de son opus Aesthesis « Intriguing (In The End) » mettant en vedette Mhysa dans un phrasé à moitié chantée est autrement plus sinistre. Ce bourdon incandescent persistera jusqu’à « Blaze », une composition qui ronronne ou plutôt, rugit de techno cassée avec des penchants hip-hop limités. Et cela ne s’arrêtera pas là :

« Elevation » est un de ces morceaux qui sonne comme si l’auditeur était miniaturisé et ensuite physiquement placé dans le gadgetry du rêve d’un flipper magicien. Les gadgets ronronnants s’entrechoquent et donnent naissance à une fusion sonore aussi vivante que possible.

La façon dont Pedone manie les éléments percussifs est l’endroit où ses agitations les plus profondes sont intensifiées et retenues par une tension tordue. Au lieu d’un barrage pur, vous vous retrouverez putréfiés dans un mirage psychédélique d’électronique.

La vidéo confirmera cette dérive sensorielle et, avec son côté proto-industriel intact, Shapednoise prendra le côté sombre de la techno où elle peut aller, ce qu’elle fait mais n’ose pas souvent – et elle le fait en neuf titres en trente-six minutes seulement. « Moby Dick » affichera un sens aigu de la corrosion, des émissions gazeuses et une attitude en dents de scie. Et même si certains peuvent entendre que c’est le côté le plus hardcore de la musique électronique on pourra arguer que c’est de la sculpture sonore dans toute sa splendeur.

***1/2

Peter Mannerfelt: « Daily Routine »

Peut-être est-il nécessaire de présenter Peder Mannerfelt producteur entre autres pour Fever Ray, Glasser ou Blonde Redhead, moitié du duo Roll The Dice aux cotés de Malcolm Pardon et auteur de quatre albums solo, en incluant Daily Routine.

L’artiste suédois est un véritable forcené de travail, déblayant constamment la scène électronique sans se prendre au sérieux, avec la volonté de repousser les genres et de ne pas s’enfermer dans une quelconque forme de mélancolie ou d’hommage.

Daily Routine est un album de post-techno avant-gardiste, qui sait prendre des tangentes anguleuses et rieuses sous les mains d’un artiste semble connecté à un futur rempli de données fractionnées, composant des ambiances multiples aux connections pas toujours évidentes et qui prennent tout leur sens une fois l’album terminé.

Daily Routine est un voyage chaotique dans notre monde d’aujourd’hui, prémices d’une sortie de route dont nous serions les témoins impuissants mais fascinés par un monde sombre, cynique et pourtant fondamental.

****