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Amp: « Entangled Time »

Duo basé à Londres, composé de Richard Walker et Karine Charff, Amp a déjà une belle carrière derrière lui avec une quinzaine d’albums au compteur. Ils sont de retour avec cinq longues nouvelles compositions où l’on découvre des climats brumeux avec un mélange de post-rock, de shoegaze et d’ambient music.

Evoquant tour à tour Windy & Carl, Sigur Ros ou Fennesz, la musique de Amp vous enveloppe tout doucement pour ne plus vous lâcher, développant au fil des minutes des motifs de guitares lents accompagnés de nappes de synthés, de cordes et de voix éthérées presque indistinctes.
Un disque convaincant, aux contours délicieusement flous, comme s’il avait été composé dans la brume hivernale londonienne.

***1/2

24 janvier 2019 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Bodega: « Endless Scroll »

Produit par Austin Brown (Parquet Courts), Endless Scroll transpire en 14 titres le meilleur de New York et de l’Angleterre, des années 80 à aujourd’hui : un large spectre que ce quintet de Brooklyn, majoritairement féminin, a semble t-il parfaitement digéré avant de le recracher au fil d’un premier album marqué par sa maîtrise et sa diversité.

On ne s’ennuie jamais ici. Pas plus qu’on ne dort à New York. Ainsi, Bodega affiche son parti pris : il y a chez lui cette volonté de faire danser chère à LCD Soundsystem (« How Did This Happen? ») ou Pylon (« Gyrate) », de francs clins d’oeil au patrimoine musical de la ville (ESG sur « Name Escape »), l’angularité de Parquet Courts (« Bodega Birth », « I Am Not a Cinephile », « Can’t Knock The Hustle »), et un minimalisme qui – renforcé par sa mixité – n’est pas sans rappeler parfois l’avant pop de Peter Kernel (« Margot »).

Mais si arty sera certainement l’adjectif que lui colleront rapidement les adeptes de l’étiquette, le groupe sait aussi s’en défaire en écrivant des mélodies aussi tendues qu’accrocheuses, mises au service de grands morceaux de pop (« Jack in Titanic »), parfois poussés jusqu’aux confins du genre comme ceux copiés collés à l’indie folk sur « Charlie ».

Exécuté en une grosse demi-heure seulement, c’est sans mal qu’Endless Scroll se fait pardonner pour les quelques exceptions passables qui le ponctuent (« Williamsburg Bridge) » tant, de lui, on retiendra surtout un puits d’inspiration sans fond, sa tendance récurrente à égratigner la société de consommation moderne et ses nouvelles technologies par le biais de l’humour. On devra à cet opus l’éclosion d’un groupe appelé, s’il ne se prend pas plus au sérieux à l’avenir, à devenir une référence.

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18 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Total Victory: « The Pyramid of Privilege »

Et si Total Victory demeurait à jamais un des grands méconnus de la scène post-rock ? C’est la question qui vient immédiatement à l’esprit alors que défilent les premiers riffs de The Pyramid of Privilege, réédition du premier album du groupe de Bolton qui, en laissant entrevoir l’inspiration et l’efficacité de son imparable deuxième LP National Service, affichait déjà au moins autant d’arguments que nombre de ses homologues britanniques haussés sur un piédestal par les bourrasques post punk du moment.

Car pendant que Shame, Idles, Cabbage ou Fountaines D.C., s’accaparent fort justement les lumières des médias d’outre-manche à la force d’un seul album ou d’une poignée de singles, Total Victory patine lui dans l’underground, malgré des concerts mémorables et un talent sans cesse décuplé depuis ses débuts il y a six ans. Manque de bol ou entourage déficient, toujours est-il que cette résurrection de The Pyramid of Privilege ne fera le bonheur que de quelques initiés plutôt que celui d’un plus grand public depuis peu éduqué aux répétitions progressives, aux incantations engagées, à ces mélodies qui prennent bien soin de ne jamais éroder la tension ambiante.

Tout ce que ces Anglais rassemblent ici en somme. Car, de l’introductif « Fiat Lux » au long final « The Singer » voguant tous deux au gré de leurs intensités à l’instar de « What The Body Wants The Body Gets » ou « National Service » en passant par le groove tendu de « Omnivictory » et « Conservative Girls », l’entrain festif de « Can We Cool Down Venus, » ou les puissants accords de « 1700 1703 » et « North of Here »offrant au chant de quoi s’égosiller et au groupe de quoi titiller le post hardcore, The Pyramid of Privilege rappelle qu’il possédait alors tous les atouts pour bousculer la hiérarchie du revival post punk secouant actuellement la scène rock. Encore tout en bas, Total Victory pourrait lever lui aussi les deux doigts de la victoire si le destin le ranimait de nouveau après quelques mois d’inactivité. C’est tout ce qu’on lui souhaite tant le mérite s’est rarement montré si injuste.

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16 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Gavin Miller: « Shimmer »

Gavin Miller avait été remarqué, en tant qu’artiste, pour un travail en collaboration avec Russel M. Harmon.

Aujourd’hui , c’est à part entière que l’Anglais est reconnu avec son album, Shimmer, aux tonalités mêlant le post-rock à l’ambient. Les plages sont accompagnées de guitares alanguies, de nappes de synthé et de rares interventions au piano.

Si on y ajoute quelques précieuses vocalises, on obtiendra, eu total, un opus qui montrera comment le voluptueux peut cohabiter harmonieusement avec le chirurgical

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13 janvier 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Colorlist: « Full Circle »

Full Circle se présente comme un hommage à la scène Post-rock de Chicago du début des années 2000 (Tortoise, Jim O’rourke….), fortement influencée par le free-jazz, mais aussi par la musique électronique avant-gardiste ou le krautrock.

A la tête du projet Colorlist, les deux membres, Charles Gorczynski et Charles Rumback reprennent le concept à leur manière, improvisant, enregistrant Live avec divers instruments (bois, guitares cuivres, percussions, synthés…) pour un assemblage musical assez impressionnant, fait de morceaux instrumentaux pour la plupart planants, à l’image du dernier titre « When The Time Is Right ».

Pour ce 4e album, le résultat est donc une fois encore très concluant, avec des constructions d’une grande richesse sonore, sur lesquelles ont collaboré Jeff Parker (Tortoise), Josh Eustis (Telefon Tel Aviv / Nine Inch Nails) et John Hughes). A ne pas manquer.

***1/2

10 janvier 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Eternell: « Still Light »

Eternell fait partie de ces projets « ambient » qui publient énormément (il s’agit de son onzième album depuis 2014), notamment grâce aux facilités offertes par la digitalisation de la musique. Au surplus, le Suédois Ludvig Cimbreliu masqué derrière ce pseudonyme compte, en parallèle, huit (!) autres projets solo même si celui dont il est question ici s’avère le plus prolifique.

Avec leurs nappes, leurs petites notes de guitare évanescente, leurs vocalises éthérées et leur atmosphère de demi-jour, ces compositions trouvent une place parfaitement indiquée sur le titre donné à l’album.

Trois morceaux pour soixante-treize minutes au total, Eternell fait , option probablement la plus pertinente pour permettre de se plonger dans ces entrelacs de post-rock-ambient et de se laisser bercer par ce qui reste de lumière permettant à l’imaginaire de divaguer.

Comme de coutume avec ce registre, la conjonction des nappes et des tremblotements de guitare génère un sentiment chaleureux et réconfortant qui nous conduit à considérer que la meilleure manière d’écouter Still Light est peut-être de s’allonger, façon « sieste musicale ».

Naturellement, la limite de ce répertoire réside dans le sentiment que chaque morceau pourrait identiquement durer huit ou trente-et-une minutes, dès lors que l’évolution se révèle, finalement, être assez contenue. La prolificité de Ludvig Cimbrelius accréditant également ce point de vue, on peut regretter une forme d’écriture automatique ou alors lâcher-prise et profiter sans arrières pensées de ce beau disque.

***1/2

9 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Colorlist: « Full Circle »

Full Circle se présente comme un hommage à la scène Post-rock de Chicago du début des années 2000 (Tortoise, Jim O’rourke….), fortement influencée par le free-jazz, mais aussi par la musique électronique avant-gardiste ou le krautrock.

A la tête du projet Colorlist, les deux membres Charles Gorczynski et Charles Rumback reprennent le concept à leur manière, improvisant, enregistrant lLive avec divers instruments (bois, guitares cuivres, percussions, synthés…) pour un assemblage musical assez impressionnant, fait de morceaux instrumentaux pour la plupart planants, à l’image du dernier titre « When The Time Is Right ».

Pour ce 4e album, le résultat est donc une fois encore très concluant, avec des constructions d’une grande richesse sonore, sur lesquelles ont collaboré Jeff Parker (Tortoise), Josh Eustis (Telefon Tel Aviv / Nine Inch Nails) et John Hughes (Hefty Records). A ne pas manquer !

***1/2

26 décembre 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Sandro Perri: « Polmo Polpo »

Polmo Polpo c’était un drôle de nom pour un groupe post-rock dans lequel oeuvrait le Canadien Sando Perri , un drôle de nom sous lequel on a découvert Sandro Perri à l’aube des années 2009. In Another Life n’est ni plus ni moins que son quatrième album solo : aventure qu’il poursuit ici sur un registre toujours aussi intimiste.

Stuart Staples, il n’hésite pas à étirer les morceaux, à se laisser embarquer dans des compositions aux allures folktronica ambient dont l’atmosphère rappellera à la fois les musiques de Brian Ferry ou David Sylvian.

Sandro Perri nous offre là quatre ballades amoureuses d’un raffinement absolu où la simplicité et sophistication se conjuguent avec talent. Un petit bijou miraculeux.

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23 décembre 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Alpha Strategy: « The Gurgler »

The Gurgler est le troisième album d’Alpha Strategy depuis un éponyme en 2014 et un deuxième a être passé entre les pattes de Steve Albini, à l’instar de leur Drink The Brine, Get Scarce de 2016. Avec leurs orchetrations précision d’orfèvre, ces Canadiens se montrent difficile à cerner : Ils sont quatre mais sonnent comme s’ils étaient deux fois moins, sonnent sèchement et comme indigents avec un album qui est parcimonieux en compositions mais dans lequel on est déboussolés.

Leur musique est faite de circonvolutions, causses trappes ou brisures qui segmentent un objet mélodique dès qu’on croit l’avoir identifié.On pense avoir identifié un motif, il mute immédiatement ou simplement, disparaît. La guitare n’en fait qu’à sa tête, la voix aussi. La rythmique ne vaut pas bien mieux. Elle montre une tendance assez étrange à s’évaporer sans crier gare pour revenir on ne sait trop comment ni pourquoi.

C’est assurément affligeant tant The Gurgler adopte le rythme d’un escargot exténué, qui ferraille avec l’énergie du désespoir. Le groupe aime s’appuyer sur la répétition des structures mais ce qu’il aime encore plus, c’est les dynamiter sans prévenir, en jouant sur l’épaisseur selon les interventions de chacun. La voix est omniprésente mais sûrement pas les instruments. On entend assez souvent la guitare mais beaucoup moins la basse et la batterie ; en revanche, quand ces deux-là arrivent, ensemble ou séparément, elles laissent une indéniable empreinte. Parfois, tout le monde se retrouve et la musique d’Alpha Strategy revêt alors un poids insoupçonné mais ça reste tout de même assez rare. L’autre grand truc des morceaux, c’est leur côté tribal qui confère une grosse vibration écorchée, très proche du blues, au noise-rock ultra-sec de The Gurgler et c’est vraiment ce qui en fait tout le charme. Ajoutez à cela la voix de Rory Hinchey coincée quelque part sur un segment qui relierait David Yow à David Thomas et vous comprendrez très vite que l’on est face à un disque plutôt singulier.

C’est vrai qu’on a parfois l’impression d’entendre Jesus Lizard reprendre quelques morceaux de Pere Ubu, les traits acerbes des premiers se confrontant à l’abstraction des seconds. On pense aussi pas mal à un Shellac sous Codeine concernant les équations rythmiques patraques. Toutefois, les compositions sont suffisamment racées et intéressantes pour envoyer valdinguer les réminiscences dans l’arrière-plan. Elles se suffisent à elles-mêmes et offrent largement de quoi explorer sans que l’on ait besoin de fantasmer. Dès l’entame, l’itinéraire fracturé de « I Smell Like A Wet Tent » accroche l’oreille. Ses vocalises étranges, son relief accidenté et tendu à l’extrême, sur le qui-vive permanent, ses emballements aussi brusques que brefs et sa façon de faire naître le silence quand on s’y attend le moins intriguent fortement. Le morceau mute en permanence et on a l’impression d’être passé au suivant alors qu’on est encore bloqué au même endroit. La suite est exactement du même acabit : des fractures partout, un chant aliéné alternant entre divagations titubantes et cris étranglés, des mélodies esseulées au milieu d’une forêt d’angles (« Pissed Out The Fire » ou le sublime « The Gargler) » et partout, ce blues éminemment personnel et déchirant qui électrise les tripes (« To The Woods That I Know) ».

Les morceaux étant bâtis sur les mêmes fondations, on a bien du mal à extirper quoi que ce soit de The Gurgler. Il faut réellement envisager l’album comme un tout en se disant que n’importe quel titre est représentatif du reste. Néanmoins, si l’un venait à manquer, il manquerait quelque chose. Sept déclinaisons pour un peu plus d’une demi-heure, c’est sans doute peu mais c’est pourtant largement suffisant puisque l’album possède le goût de l’errance et sait comment s’y prendre pour nous perdre dans ses méandres anguleux sans jamais nous mettre dehors. D’autant plus qu’il sonne bien, la captation de Steve Albini et le mastering de Bob Weston sont très naturels et on a vraiment l’impression qu’Alpha Strategy balance ses diatribes tendues là, juste à côté de nous. Merveille d’équilibre, la dynamique disloquée de The Gurgler n’a pas fini d’intriguer à l’image de sa pochette enchevêtrée qui dit tout.

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22 décembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Sons Of Alpha Centauri: « Continuum »

Ce groupe peu prolifique (deux albums et 17 ans) pratique un style quelque peu hybride entre post rock et post metal, entièrement instrumental, très souvent stellaire si ce n’est spatial. Les titres comportent une paire rythmique carrée et solide et des guitares dont l’âpreté est souvent contrebalancée par une ligne mélodique au clavier. Aussi, au sein de Continuum, ainsi que dans l’espace dont notre quatuor se dit très admiratif, tout est question d’équilibre.

Le contraste sera donc celui de la force et de la finesse, de l’évocation et de la démonstration, de la lumière et de l’obscurité. Une duplicité constante qui rend plus difficile l’entrée dans ce deuxième opus mais qui en augmente la valeur et la durée de vie.

On regrettera toutefois la présence de plans un peu trop classiques pour le genre, et d’une formule réduite à son minimum syndical (guitare, basse, batterie, clavier) ; parfois, un instrument exogène pourrait intervenir et transformer complètement le ressenti de l’auditeur réfractaire. Sons Of Alpha Centauri a fait son choix assuré, ne reste qu’à l’auditeur de savoir l’assumer.

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20 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire