Fearing: « Shadow »

4 mai 2020

Shadow et le premier album de Fearing, groupe post-punk/darkwave d’Oakland, en Californie, combo qui a aussi sorti deux précédents EP, A Life of None, et Black Sand en 2017 et 2018 respectivement. Le groupe combine des mélodies sombres, des synthés et une atmosphère pour créer un disque ténébreux, parfois très énergique et infectieux, et globalement agréable à écouter. En écoutant Fearing, des groupes tels que Sisters of Mercy du passé et Soft Kill du présent viennent à l’esprit. Le vocaliste James Rogers est un chanteur à la réverbération et à la distorsion qui résonne sinistrement sous la panoplie d’instruments que le groupe utilise, tout comme la bande démo de ses projets parallèles pour The Dissonant et, en son ensemble, Shadow est une suite de morceaux accrocheurs et d’ondes sombres qui ne manqueront pas de divertir.

Le morceau « Intro » crée ainsi une atmosphère effrayante avec moultes formes de sons ambiants qui débouchent sur « Catacombs », l’une des chansons les plus accrocheuses de l’album. L’utilisation d’un groove profond de basse et de batterie, mélangé à une ambiance post-punk/dark/cold wave caractéristique, est le moyen idéal d’apporter de l’énergie. C’est rapide et complexe, et une fois que le chant commence, c’est là que le disque prend sa varie ampleur. « Picture Perfect » démarre, quant à lui, lentement, puis les guitares éclatent dans un style shoegaze qui ouvre le morceau et change parfois de tonalité et d’intensité, passant de la dorce et l’abrasion à la douceur. « Still Working Hard » utilise un rythme similaire, mais ce qui ressort, c’est le jeu de batterie de Mike Fenton, qui solidifie et donne l’épine dorsale dont le morceau a besoin pour avancer. « Sherbert » est mélodique, comme « Catacombs », mais en mode plus joyeux et plus fluide, comme une chanson qui pourrait être jouée dans un club de danse. Il est intense et ferme la face A de l’album d’une manière puissante.

La face B commence avec « The Push », un morceau qui utilise de vastes tonalités sombres et des paysages sonores à la fois étranges et mystérieux. Les guitares font écho et créent quelque chose de spécial. Elles sont associées à la piste vocale. « Good Talks », qui a également servi de premier « single » de l’album, est sombre mais aussi optimiste et voit le groupe joue sur les forces de chacun pour créer un morceau véritablement grandiose. « Trail of Grief » est très différent des autres titres précédents ; le ton y est plus proche de celui de certains morceaux plus optimistes et nerveux, mais une octave plus haut. Le groupe fonctionne à plein régime, les guitares retentissent au sommet d’une section rythmique qui apporte l’énergie et une piste vocale sinistre. « Glow » poursuivra cette tendance à la hausse avec un morceau plus pop de rêve. Il conserve le son de Fearing mais ajoute des sonorités plus vives qui sont agréables à l’oreille et se fondent bien avec le reste du groupe avec, en particuleir un très beau travail à la guitare et au synthé. « Nothing New » est le morceau le plus proche et se concentre sur la création d’une atmosphère globalement sombre. L’utilisation de la voix et des synthés permet de terminer le morceau avec un lent déclin. 

Le premier album de Fearing est un must pour les fans de ce genre. Le groupe est capable de capturer une ambiance que la plupart des groupes aimeraient pouvoir, et ils le font parfaitement. De l’ouverture à la fin, chaque chanson est plus addictive que la précédente. Ce que fait Fearing, c’est créer une atmosphère qui aspire l’auditeur, et chaque chanson se fond sans effort dans l’autre. Elles combinent tellement d’éléments différents comme le post punk/dark & cold wave et le shoegazing qu’il y a vraiment quelque chose pour tout le monde sur ce « debut album »

***1/2


Audrey Burne: « S/T »

1 mai 2020

Audrey Burne ont présenté leur première production sur un E.P., Knifepoint, dorti en 2017. Ce petit disque présentait un rock gothique cool, pas encore mûr et venu tout droit du cœur. Les années ont passé avec seulement un autre maxi, Mother of Tears, avant que le groupe ne fasse paraître son premier album, S/T qui témoigne de leur progression rapidement et de manière concise. Les membres du combo sont des post-punkers avec une ouverture d’esprit qui leur fait aimee, au milieu d’autres choses, le rock gothique. L’équipe de Saginaw, MI, est composée de Jacqui Lou au chant, Piper LD à la basse, Walter Rayce Ribble à la guitare et Kal Welser à la batterie, avec une définition claire et distincte du groupe : l’intégrité.

Audrey Burne a sorti l’un des albums les plus honnêtes et les plus sombres de ces derniers mois, alors qu’ils ne cherchent pas à impressionner avec leurs « compétences gothique » » et autres. Leur album comprend 9 titres qui dérivent des courants gothiques de l’Americana (écoutez bien le style de chant de Jacqui Lou) et des talents de riffs de Mr. Ribble qui mélange ses idées post-punk avec des épices de l’héritage pas si accidentel des apôtres du « death-rock rules ». La basse et la batteries assurent un son compact avac un mixage qui permet au combo de mettre en valeur une sonorité cristalline dans la tonalits qui mérite d’être applaudie.

Audrey Burne a rassemblé trois chansons de leur passé, « Mother of Tears », « Say Hi » et « Witch Rider », en a ajouté six autres et est entrée en studio pour les enregistrer toutes pour l’album. Ces trois chansons sont des titres phares, mais il y a plus.! Les deux premières pistes du disque « Don’t Get Comfortable » et « Sagittarius » permettent d’avoir un autre aperçu du caractère de Audrey Burne. Le groupe joue, en effet, de la belle musique dans un style moderne sur le nerf goth/post-punk classique, comme en témoignent « V », qui rappelle et refléte le nihilisme féminin, et « Colossus », qui a déjà été diffusé comme il se doit dans les émissions de radio consacrées à la musique alternative du courant dark. « Ticket Out » pourrait très bien lui succéder sur les mêmes ondes alors que nous arriverons au « closer » de l’albumet nous arrivons ici au morceau de clôture de l’album, un « Cities, Proximities » : une valse rock sombre apparaissant comme l’air le plus cinématographique de l’album. S/T est un opus plutôt joli et très bien soigné pour un combo qui a pu professer une attitude « négligée ».

***1/2


Junk Drawer: « Ready For The House »

27 avril 2020

Junk Drawer est un combo de Belfast qui se prépare à sortir son premier album studio Ready For The House. Composé des frères Jake et Stevie Lennox, du bassiste Brian Coney et du claviériste Rory Dee, le quartet oscille entre les instruments en en jouant chacun une variété tout au long du disque. Il contient de solides lignes de basse, des textes vindicatifs et des riffs rythmiques, et y empile sept pistes d’un chaos qu’on pourrait qualifier de mélodique.

L’ouverture en est le menaçant « What I’ve Learned / What I’m Learning », un morceau rétrospectif qui aborde les nombreuses leçons que nous apprenons alors que nous essayons désespérément de nous frayer un chemin à travers nos vingt ans. Chanté par les frères Jake donne la tonalité de ce Ready For The House avec une introduction sans fausses excuses

« Year Of The Sofa » est une ballade tranquille et nonchalante, plus douce que le morceau d’introduction du disque. C’est un titre sombre, mais gracieusement tenu par des chants de fausset et des instrumentaux atmosphériques. « Mumble Days » s’élèvera grâce à des accords de puissance tourbillonnants, une juxtaposition intéressante pour une chanson qui parle ouvertement de luttes au sein d’un groupe et de santé mentale.

Jusqu’à présent, Junk Drawer nous a donné une poignée d’énergies, tout en exploitant leur son lo-fi, le rock alternatif de base. Cinquième constat, les glissades sereines de la guitare et les courbes déformées d’ « INFJ » laissent présager un scénario mystérieux. Tel un surfeur, ce morceau fait resurgir le blues-rock des années 70, sur une durée stupéfiante de huit minutes.

L’avant-dernière composition, » »Temporary Day », renforce ce thème rock classique – si cet album devait représenter une époque, ce serait les années 70. Conduit par des instruments, ce morceau hallucinogène ressemble à une berceuse ondulante alors que les paroles de Jake murmurent sur une solide œuvre clé. Chanson de soulagement, elle met l’accent sur les efforts déployés pour essayer de reprendre le contrôle de son état mental, ce qui est souvent difficile pour la plupart d’entre nous. 

Pour conclure avec « Pile », Junk Drawer emballe plusieurs morceaux multicolores et vous fait glisser sur leur voyage spirituel avec des instruments déformés et une voix paresseuse. Les guitares sont à la traîne, tout comme les voix. Lent avec un refrain colossal, ce morceau est vraiment percutant et ne pourrait pas mieux exploiter leur son de base. 

Tout au long de l’album, le quatuor raconte une multitude d’histoires terrifiantes, illustrant les difficultés rencontrées par les malades mentaux et les jours meilleurs. Co-écrit par les frères Jack et Stevie Lennox, Ready For The House est une image très réelle et intacte de leurs propres combats, et est parfaitement illustré par des riffs kaléidoscopiques et lune voix décalée.

***1/2


True Body: « Heavenly Rhythms for the Uninitiated »

19 avril 2020

True Body est un combo post punk et new wave avec une influence gothique originaire de Richmond, en Virginie. Il a passé la majorité de son temps en tant que groupe à sortir quelques singles et EPs et, actif depuis 2015, c’est la première fois qu’il sort un album d’une telle dimension. Le disque est composé de dix titres de chansons très profondes et puissantes qui sonnent comme une expérience originale tant la voix d’Isabella Moreno-Riaño est obsédante et aussi belle que les mots qui résonnent dans un opéra.

Le premier titre et « single » est « Spirit City » ; c’est une chanson qui montre une combinaison de différents types de genres, qui se veut optimiste et est véritablementt addictive. « Holy Child », avec son ouverture au synthé obsédante et son instrumentation sombre, porte un regard lugubre et intense sur l’image que peut véhiculer le groupe quand il commence à monter le volume. Cette composition est marquée par un changement de rythme et d’ambiance par rapport à la précédente, et elle possède un vrai climat façonJoy Division comme pour souligner combien True Body est capable de le faire sien. Les guitares tourbillonnantes qui résonnent et le chant d’Isabella se combinent bien pour ce morceau au son sauvage et anarchique. « Chain » évolue vers un son plus doux, en phase avec le morceau d’ouverture. L’ambiance est plutôt sombre, avec des instruments et des chants si vicéraux qu’ils sonnent sincères.

« First Thing » commence de la même manière, mais cette fois avec un clavier qui met en valeur le travail vocal et se transforme finalement en titre dream-pop. La combinaison du synthé et du chant permet d’ induire en l’auditeur une vraie transe, car la chanson est à la fois angélique et incroyablement atmosphérique, lorsque le chant se fait entendre et que le reste du groupe se joint à lui pour ajouter à ce qui est une très belle conclusion. « Glitter » s’appuie fortement sur l’ambiance et l’humeur générale pour porter la conclusion en face A. C’est profond, et l’instrumentation est agréable à écouter. Il est optimiste et sonne comme un morceau classique du post punk des années 80 avec une influence darkwave/goth. La palette vocale sur ce morceau est à couper le souffle, comme le combo se montre capable de se fondre sans effort de groupe.

« Sympathy » utilise une ligne de synthétiseur pour ouvrir le type d’instrumentation intense et claustrophobe qui suivra. « Youth Hotel » s’ouvre sur des bruits ambient qui rappellent un cimetière sombre et brumeux dans un film d’horreur. Les synthés sont bruyants et pulsent tout au long du morceau, et le groupe se présente comme une sorte de piste d’ondes sombres. Les synthés dominent le mixage et sont bruyants et abrasifs, avec un son presque industriel lorsque les voix se réverbèrent. « Television » utilise un son de synthétiseur plus doux et le style du morceaus era plus dans le ton du titre d’ouverture. C’est une composition romantique, sincère, et elle puise à bon escient dans un semblant de nostalgie pour créer un titre dream-pop véritablement inspiré.

« Ariel » suivra sur le même ton instrumental que « Television », à savoir créer un morceau dream-pop atmosphérique, lourd d’ambiance et de sentiments alors que l’album commence à atteindre sa conclusion. « Phone Off » sert de titre final et son utilisation d’une instrumentation simple est une manière parfaite de terminer le disque. Il s’ouvrira sur rien d’autre que des voix et un synthé qui ajoutera un élément véritablement obsédant. Vers le milieu de la chanson, les synthétiseurs retentissent pendant un moment ou deux et la chanson au rythme lent continue de bourdonner. Alors que les dernières paroles « Drifting Away » sont chantées à voix basse, tous les autres bruits retentissent lentement et paisiblement et l’album se termine sur cette note apaisante.

On remarquera la voix obsédante et emblématique d’Isabella Moreno-Riañoqui contribue à placerle groupe à part des autresformations du genre. L’un des aspects les plus significatifs du disque est sa production et son utilisation de l’instrumentation. Le groupe a joué sur la voix et a ajouté des éléments de synthétiseur et d’autres instruments qui ont créé une expérience sonore vraiment obsédante et éthérée. Piste après piste, l’auditeur est plongé dans un monde de rêve et, une fois le disque terminé, ce monde a été totalement intégré en nos sens.

***1/2


Audra: « Dear Tired Friends »

18 avril 2020

Ceci fait partie de ces cas particuliers où le temps devient le meilleur allié d’un groupe. Le groupe en question a complètement disparu pendant une décennie, laissant ses fans se demander ce qui s’est passé. Cependant, c’est le temps lui-même qui a fait de ses membres un groupe culte qui a beaucoup manqué.

Audra, originaire de Mesa, en Arizona, a récemment réussi à se ressusciter sur les mêmes rails que leur célèbre locomotive. Leur LP Dear Tired Friends est la première sortie du combo depuis l’album Everything Changes de 2009. Auparavant, il avait fait ses débuts sur scène en 2000, puis avait sorti l’album Going To The Theatre en 2002 et le mini-album sur cassette Unhappy Till The End en 1996.

Audra a toujours joué cette musique post-punk poussiéreuse, orientée vers le desert-rock si typique de l’Arizona, avec beaucoup de passion et de grands récits musicaux. Créée en 1991, Audra est principalement composée de Bart et Bret Helm – deux frères originaires de Chicago – rejoints par le batteur Jason DeWolfe Barton. Le LP comprend 10 chansons et il inclut également une apparition de Mike VanPortfleet de Lycia à la guitare pour la chanson « Planet of Me ».

Nous avons droit ici à un collage post-punk avec une intégration de riffs de guitare qui rendent des morceaux comme « Tired Friends » et « Wish No Har » » vraiment éblouissants. Ce qui a commencé comme une session d’enregistrement d’un EP de 4 chansons s’est rapidement transformé en quelque chose de beaucoup plus grand pour Audra. En assemblant les démos pour cette sortie, les frères ont découvert une capsule temporelle virtuelle (la chanson « Wish No Harm »), qu’ils avaient enregistrée sur cassette avec un magnétophone 4 pistes Fostex en 1993. Bret Helm a finalement complété la chanson, en ajoutant des paroles et une mélodie à la démo originale. 26 ans plus tard, c’est le premier « single » de ce nouvel album dont la sortie ne pourra que réjouir.

***1/2


Sorry: « 925 »

28 mars 2020

Venu du Nord de Londres, Sorry est un duo féminin composé de Asha Lorenz et Louis O’Bryen et dont 925 est le premier album. Ses membres ont travaillé avec le coproducteur James Dring pour créer une variété de chansons dream-pop lynchiennes inspirées par Tony Bennett et Aphex Twin.

En parlant de David Lynch, l’ouverture de l’album « Right Round the Clock » ressemble à un morceau de la partition de Twin Peaks avec des bribes de cuivres, des moments jazzy, une voix double et éthérée et des phrases de type « She rolls around with an entourage, she’s all dolled up like a movie star » (Elle se roule avec un entourage, elle est toute habillée comme une star de cinéma). Ensuite, passage à un son qui se situe quelque part entre Ian Dury et Dry Cleaning alors que le groupe parle de « fuck me eyes » et discute de mettre une fille dans un film personnel pour tenter de la rendre réelle. « In Unison » a des tons plus mystiques et des paroles plus sombres : «  They fall asleep and drop like flies and it makes me cry; ‘One day we’re here and one day we die »(Ils s’endorment et tombent comme des mouches et ça me fait pleurer : Un jour nous sommes ici et un jour nous mourons). « Snakes » sera plus séduisant et sombre, dans un style similaire à celui de Nadine Shah – et là encore, il contient des paroles qui ouvrent les yeux sur une référence à des baisers et lau sexe en pleine confusion : « I never thought about you in your underwear because I didn’t really care what was under there ». ( Je n’ai jamais pensé à toi en sous-vêtements parce que je ne me souciais pas vraiment de ce qu’il y avait là-dessous).

« Starstruck » s’ouvrira sur des riffs de guitare à la manière des Stones et des vibrations britpop, tandis que le morceau central de l’album « Rosie », arborera un ton conversationnel qui s’échauffe rapidement (« I love you, Rosie », « I need you, Rosie », « Fuck you, Rosie ») et « Perfect » se transformera, lui, en un hymne indie à l’américaine avec des éléments de Sleater-Kinney et de Pavement – mais avec plus de jeu vocal : «  t’s your choice, you know where the door is… You know I adore you’; ‘I’m perfect… You’re not worth it » (C’est ton choix, tu sais où est la porte… Tu sais que je t’adore ; « Je suis parfaite… Tu n’en vaux pas la peine).

Il y aura, également, des vibrations de chamber-pop cinématographique sur les inflexions vocales de « As the Sun Sets », tandis que « Wolf » délivrera un son pop anxiogène avec une basse apocalyptique et que « Rock ‘n’ Roll Star » donnera un peu comme du Nina Simone d’avant-garde, alors que le groupe parle d’une expérience avec une « rock ‘n’ roll star délaissée » : «  We fucked all night, stayed up late, felt my assets fall away ». (On a baisé toute la nuit, on a veillé tard, on a senti mes atouts s’effondrer). « Heather » ressemblera aux Carpenters qui jouent des chansons de Moldy Peaches, tandis que les guitares sse montreront enflammées par le grungey et déformées par « More » : « Give me something to look at » ; « Don’t give me too much, just give me enough » (Donne-moi quelque chose à regarder, Ne me donne pas trop, donne-moi juste assez).

Le groupe se transforme ensuite en twee indie-pop sur l’avant-dernier « Ode to Boy » at une phrase emblématique du tandem : « This is an ode for you, my boy. This is an ode for joy because there’s no joy «  (C’est une ode pour toi, mon garçon. C’est une ode à la joie parce qu’il n’y a pas de joie) et que le disque se terminera par « Lies (Refix) » – une chanson intense et expérimentalement sombre avec des paroles façon courant de conscience : « Life feels like it’s just based on the weather and I make lies like we should be together » (La vie semble être basée sur le temps et je fais des mensonges comme si nous devions être ensemble).

On ne sera donc pas déçu (sorry) si on prend le « risque » de rencontrer les demoiselles à l’heure sans doute indiquée sur ce 925.

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Mother: « Cold Beat »

13 mars 2020

« Flat Earth » et « Prism », les deux premiers « singles » de Mother, le nouvel opus du groupe post-punk Cold Beat de San Francisco et le quatrième album en tout, ont établi un standard assez élevé. Sans être trop enfumés ni trop groupés, ils dégagent une sorte de pop onirique comparable à celle des Cocteau Twins. Ecrit alors que la batteuse et chanteuse Hannah Lew était enceinte, l’album contemple ce monde dans lequel nous vivons et les idées qui viennent avec l’arrivée d’une nouvelle personne.

« Prism », le deuxième titre de l’album, donne le ton. Il est facile d’imaginer un accompagnement visuel avec des plans d’une voiture qui tourne dans les virages de l’autoroute de Big Sur ainsi que des flashs du guitariste qui gratte sur ses cordes. Il y a aussi un joli son électronique qui se superpose à la voix froide de Lew. Le « single » capture un retour fascinant à la pop-pensée des années 80 et début 90, Eurythmics ou Depeche Mode. L’ambiance rétro est un goût acquis, mais il fonctionne vraiment bien.

De nombreux morceaux comme « Paper » ou « Smoke » ont un effet de paroles étouffées, ce qui n’est pas inhabituel pour ce style de musique. Parfois, cela devient ennuyeux parce que les paroles sont primordiales par rapport à la musique elle-même, mais là encore, l’effet d’echo produit n’est pas déplaisant. Ces deux morceaux s’accordaient bien avec « Pearls » et « Gloves » » qui prouvent que le groupe intègre des aspects de la techno. L’application d’une interprétation « technologisée » du processus de fabrication de la musique (car l’industrie est parfois comparée à une usine plutôt qu’au fonctionnement organique plus lent de vrais artistes humains) est rendue créative et poignante par les bruits électroniques plus lourds. Elle offre un contraste solide et s’éloigne des sons instrumentaux plus aériens en brandissant un bord plus dur.

Le morceau-titre revient à ce que « Prism » a commencé avec son beat plus dur et sa basse. L’ambiance spatiale est de retour, tout comme le manque de clarté des paroles. Et Cold Beat tire le meilleur parti de longueurs de chansons relativement courtes. Ainsi, « Mother » n’est qu’à 2:34 et donne à l’auditeur suffisamment de puissance sans pour autant épuiser son attention Le dernier morceau, « Flat Earth », est une douce berceuse à l’instrumentation câline. La composition est empreinte de tendresse et de réflexion, de petits riffs de sons carillonnants qui ajoutent une texture intéressante au rythme et aux paroles répétitives. Bien que la répétition puisse avoir ses limites, la chanson semble une fois de plus s’achever bien avant d’être exagérée au point qu’on souhaiterait presque que « Flat Earth » continuat.

Mother est un ensemble de chansons captivantes et rejouables avec un malande de tempos et d’arrangements . C’est unalbum plein de surprises sans perdre sa cohésion ; me mélange de pop, de techno et de new age est bien géré et donne ainsi à chaque composition son propre espace.

***1/2


Spectres: « Nostalgia »

10 mars 2020

Le label torontois Artoffact a trouvé danse son pays d’origine un combo, Spectres, qui s’intègre parfaitement à son registre. Le groupe s’oriente vers le rock alternatif et indie de la fin des années 1980 en y traitant des préférences plus jeunes qui ont pu se développer surtout lors du renouveau post-punk de ces derniers temps.

Ainsi, certaines des compositions du quatrième album rappelleront divers combos de shoegaze issus de la plongée lente des pionniers, l’atout le plus précieux du groupe étant d’entrelacer des gestes pop hymniques avec des paroles qui s’opposent à la convenance de masse et que le chanteur et fondateur Brian Gustavson utilise pour régler ses comptes avec la société contemporaine.

Dès le premier morceau, le frontman s’avère être le pivot du groupe. Ses mélodies simples, tour à tour exubérantes et mélancoliques, sont faciles à chanter. Le dessous instrumental oscille entre la teinte des Smiths, la froideur de Joy Division et le brouillage naïf des débuts de The Cure, qui servent également de comparaison valable pour Spectres en raison du timbre de Gustavson.

La puissance lyrique explosive de Nostalgia n’est cependant pas négligeable, comme nous l’avons déjà mentionné, surtout en ce qui concerne « Pictures from occupied Europe » et « Insurrection » – deux titres qui valent presque uniquement pour leur contenu.Le groupe se montrera toutefois plus subtil dans « When Possessed Pray » (musicalement, un vrai gyme à la joie) ou « The Call », qui évoquera les meilleurs disques deTalking Heads.

On pourra donc aisément lire entre les lignes, mais pour ceux qui ne veulent pas approfondir les paroles de Brian, qui sont influencées par l’ethos hardcore et DIY, il y aura à chercher ailleurs pour que l’art de la composition n’occulte pas la profondeur politique et sociocritique.

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Mush: « 3D Routine »

19 février 2020

Avec leur approche ironique sur l’état du monde, qui se veut indie-punk et « DIY », le premier album de Mush, 3D Routine, est un très bel effort. Depuis leur apparition au cours du second semestre 2018, le groupe post-punk basé à Leeds s’est progressivement forgé une réputation en combinant des commentaires sociaux avec un sens de l’humour sec, puis en les mélangeant avec des guitares désinvoltes, lo-fi DIY indie et parsemées, inspirées de The Fall, Pavement et Sonic Youth.

3D Routine est certainement plus expansif que ne le laissait entendre leur précédent opus, le EP Induction Party en abordant des thèmes plus larges et en profondeur. Le ton est donné dès le départ avec « Revising My Fee », qui s’intéresse aux années d’austérité et à l’impact financier que cela a eu sur les jeunes, par exemple les prêts étudiants. On le retrouve également dans « Gig Economy », l’un de leurs plus vieux « singles » datant de la fin 2018 et visant des contrats à heures zéro.

« Island Mentality » est exactement qu’elle dit, l’idée que la Grande-Bretagne se porte bien toute seule et qu’elle est toujours aussi puissante et importante qu’à l’époque de l’Empire britannique. « Hey Gammonhead » est une référence évidente à la belligérance politique des hommes plus âgés, de droite et majoritairement blancs. Un thème prédominant de Routine 3D est, à vet égard, l’attaque de la « politique du bon sens » et la désinformation qui semble l’accompagner. Ce thème est soutenu par des morceaux tels que le mur sonore brutal de « Eat The Etiquette », ainsi que par des titres de chansons hargneuses comme « Alternative Facts » et « Coronation Chicken », qui se moquent tous avec sarcasme de la nature élitiste des pouvoirs en place et de l’establishment en Grande-Bretagne. Un disque salutaire et à saluer.

***1/2


Bambara: « Stray »

18 février 2020

Ce que fait Bambara, combo d’Arhens en Géorgie, il le fait très bien. Un voyage implacable et froid dans les recoins les plus secrets de la musique, leur version du The Birthday Party de Nick Cave est une version traqueuse et noirâtre, constamment parsemée d’éléments de danger et de violence. Sur leur quatrième LP, l’engagement du trio envers le côté obscur n’est pas remis en question ; même les titres des chansons (« Stay Cruel », « Machete », « Death Croons ») ressemblent aux thèmes des méchants de cinéma. Mais si, isolément, la lenteur du premier morceau « Miracl » », ou le récent « single » « Serafina »», donne un puissant coup de marteau, sur dix morceaux, vous n’avez plus qu’une envie, c’est celle d’un peu de lumière.

Le chanteur Reid Bateh a un ricanement claustrophobe qui donne un sens parfait de cruauté aux produits du combo, mais encore une fois, c’est le genre de voix qui a tendance à tout faire sonner pareil. Il y a un léger accent de western sauvage dans « Heat Lightning », quelques guitares qui s’écrasent dans « Ben & Lily », mais à part les chœurs féminins roucoulants de « Death Croons », on en vient à se demander ce qui a bien pu se passer. Une grande partie de Stray pourrait suivre ses propres conseils, à savoir s’égarer; au lieu de cela, Bambara reste fermement ancré sur une voie, forte certes, mais assez prévisible.

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