Wax Chattels: « Clot »

23 décembre 2020

Si l’on considère que Clot a été enregistré en trois parties, composées seulement d’une guitare basse, de claviers et d’une batterie en deux parties, il possède une incroyable palette de sonorités et d’instruments. Le mélange de couplets punk mélancoliques, de murs sonores frénétiques et de la batterie complexe de Tom Leggett, inspirée du jazz, produit des effets fascinants. Leggett a adopté des breakbeats et des schémas de caisse claire habituellement réservés à des groupes comme Aphex Twin, dont l’utilisation de schémas similaires à haut tempo ne pouvait être fabriquée que par des boîtes à rythmes Korg.

Clot continue à établir Wax Chattels comme un groupe qui incarne non seulement les popularités de la musique punk moderne mais aussi un groupe qui travaille dur pour élargir les attentes de ce qui peut être communément un genre stagnant.

Alors que les synthés sur « Efficiency » peuvent initier le SSPT à l’époque de l’Internet par ligne commutée, son mélange caractéristique de voix à l’unisson, de basses graves et de rythmes dentelés produit un effet méticuleusement chaotique. En continuant à se fondre dans les royaumes de la lourdeur brumeuse, Cede ajoute une juxtaposition entre le punk et la musique de danse ; avec son refrain vitriolique chanté dans la langue maternelle d’Amanda Cheng, le Hokkien taïwanais, il porte l’un des moments les plus marquants de Clot. En s’opposant à son nom, « Less Is More » maintient l’attente frénétique de Clot, tandis que « An Ey »e et « Forever Marred » ajoutent une placidité inquiétante dont des groupes tels que Chelsea Wolfe et PJ Harvey ont été les pionniers.

Poursuivant les notions psychotiques de synth-punk que l’on retrouve sur les débuts éponymes du groupe 2018, Clot continue d’établir Wax Chattels comme un groupe qui incarne non seulement les popularités de la musique punk moderne mais aussi un groupe qui travaille dur pour élargir les attentes de ce qui peut être communément un genre stagnant.

***1/2


Landshapes: « Contact »

26 novembre 2020

La musique du quatuor londonien Landshapes n’est pas facile à classer. On y touve en effet des morceaux qui sont principalement percutants, et d’autres qui sont ancrés par la voix claire du leader Jemma Freeman. Mais dans l’ensemble, le nouvel album Contact est un disque passionnant, surtout si l’on considère les chansons prises une par une.

« Drama » adopte un contre-courant rythmique qui semble se balancer sous le chant de Freeman, tandis que « Siberia » est à la fois porté par les percussions jazzy de Dan Blackett et ponctué par les frappes des percussions. Le chant de Jemma Freeman rappelle ici à peine celui de Shirley Manson ou d’Alison Goldfrapp, mais la prestation semble plutôt improvisée, ce qui donne une sensation qui ressemble étrangement à ce que vous avez pu entendre lors du boom de l’art rock britannique il y a quelques décennies. Le jeu est impressionnant tout au long de l’album, mais les différentes sélections doivent leur succès à la performance de Freeman sur chacune d’entre elles.

Contact fonctionne mieux en mordant, car ces petits éclats de créativité donnent à l’auditeur l’impression d’entendre quelque chose de vraiment révolutionnaire. Au total, c’est plus difficile à discerner, bien que le rugissant et euphorique « Let Me Be » séduira certainement par une certaine puissance surnaturelle. Une grande partie du succès de ce groupe est due à Jemma Freeman, et c’est sa voix claire qui transperce ces morceaux, de ceux qui éclatent et claquent, à ceux qui se transforment en de formidables excursions post-punk.

***1/2


Molchat Doma: « Monument »

23 novembre 2020

Composé du frontman Egor Shkutko, du multi-instrumentiste Roman Komogortsev qui tourne à la guitare, aux synthés et à la batterie et enfin de Pavel Kozlov à la basse et aux synthés, Molchat Doma est un groupe new wave de Minsk. Leur son est complété par un chant fluide de Chouktko et un travail de synthétiseur idiosyncrasique façonné par Komogortsev et Kozlov.

Le vendredi 13 (sic!), le groupe a sorti son troisième album studio Monument sur le label Sacred Bones Records, nous y voyons Molchat Doma à son apogée, qui exploite au maximum ses tendances post-punk cryptiques dans les morceaux « Обречен / Obrechen », « Ответа Нет / Otveta Net » et le titre de conclusion « Любить и Выполнять / Lubit’ I Vypolnyat ».

Au cours des derniers mois, Molchat Doma a été acclamé par la critique avec « Судно (Борис Рыжий », septième titre de leur deuxième album studio Etazhi. Avec des millions de flux et des milliers de rediffusions sur le dernier album de Tiktok et Instagram, Molchat Doma a vraiment pris d’assaut l’Internet en dépit du (ou grâce au) COVID-19.

L’ouverture industrielle « Утонуть / Utonut » offre un aperçu du mystère qui s’ensuit tout au long de l’album. Les tendances post-punk mélangées à une électronique minimale tourbillonnent parmi les prestations du frontman et du chanteur Shkutko.

Tout au long de leur carrière, Molchat Doma a réussi à s’en sortir à maintes reprises grâce à ses compositions. Ils ont agrafé leur son de synth-pop alternative à la racine de leur musique et bien que chaque album leur donne une nouvelle direction, ils ne sont jamais très loin de leur son original.

Écrit et produit entièrement durant le premier confinement, Monumentse veut, et est, un projet impressionnant qui traverse l’une des périodes les plus turbulentes de ces deux dernières décennies. Et c’est un autre album, parmi tant d’autres, qui sortira cette année, suite à des mois passés loin des concerts.

Le titre « « Дискотека / Discoteque » est plein de sève, il est énergique, et parsemé de synthétiseurs chaotiques au service d’un refrain accrocheur. Alors que la plupart des morceaux de l’album sont des clins d’œil aux tendances électroniques, ce morceau est assez flottant dès le départ et il se singularisera pour, peut-être, préfigurer vers où Molchat Doma s’orientera.

Le septième titre, « Удалил Твой Номер / Udalil Tvoy Nomer », pourrait être, lui, le parfait complément d’une soirée de bal des années 80. C’est avec les oscillations de basse proéminentes et le travail de clé perçant que vous pouvez vous imaginer les boules de disco scintillantes, les mains s’agrippant au dans un environnement rouge et peuplé d’une foule hirsute. À cet titre, s‘il est une chose que Molchat Doma peut faire, c’est de créer une image vibrante avec leur son, une piste à l’intérieur et, soudain, cette capacité à propulser votre esprit ailleurs.

De bien des façons, Monument résume tout ce que Molchat Doma a à offrir : des influences de Kraftwerk et The Cure pour exsuder un climat décadent, frénatique etcaptivant.

***1/2


Optic Sink: « Optic Sink »

15 novembre 2020

Avec Optic Sink, Natalie Hoffmann (du groupe NOTS) crée un paradoxe musical : une entreprise qui ne semble pas vraiment appartenir à un temps ou à un lieu particulier, construite avec des sons qui sont synthétisés et dépouillés, mais qui sont chargés d’urgence et d’émotion brutale. Le projet a pris forme en 2018, lorsque NOTS a fait une pause pour écrire et mettre en bois la musique pour 3, et que Hoffmann a commencé à expérimenter sur son enregistreur à quatre pistes. Optic Sink a fait surface en tant que performance peu de temps après, apparaissant dans des bars, des salles et des festivals, dont Memphis Concrète et SXSW. Hoffmann conduit Optic Sink lors de performances live et sur le premier album éponyme, avec le percussionniste Ben Bauermeister (Magic Kids, Toxie, A55 Conducta) collaborant depuis le siège du copilote. S’installant du côté post-punk de la scène électronique minimale, Optic Sink évite les ordinateurs pour un paysage sonore plus chaud et résolument humain. La puissance d’Hoffmann, et la tension qu’elle génère entre l’humain et la machine, évoque Maria, l’enseignante rebelle devenue Maschinenmensch dans Metropolis de Fritz Lang, et Ripley, l’héroïne fanfaronne et sacrificatrice de la franchise Alien de Ridley Scott. Le dadaïsme et le mouvement Bauhaus peuvent être cités comme des influences, tout comme la philosophie existentialiste de Simone de Beauvoir et les sauts de Maya Deren.

Écrites sur une période de deux ans, les huit chansons qui composent Optic Sink sonnent comme si elles avaient dû être enregistrées dans une bathysphère ou sur une station spatiale. Au lieu de cela, elles ont été enregistrées sur bande analogique dans le studio Bunker Audio d’Andrew McCalla à l’été 2019. Le travail inventif de Bauermeister aux percussions et à la boîte à rythmes sert de toile de fond, tandis qu’Hoffmann alimente un fourneau proverbial au premier plan, revisitant et répétant sèchement des mots et des phrases jusqu’à ce qu’ils soient imprégnés de présage. Les synthétiseurs d’Hoffmann ajoutent de la texture avec des grognements et des cris, faisant souvent muter des rythmes dansants en murs sonores chatoyants. Optic Sink défie les catégories, passant de la vague de froid à la psychédélie et au rock noise déformé. Dans ce processus, qui se produit souvent dans une seule chanson, l’album revendique un territoire inexploré, car il fragmente et réassemble de manière cathartique des sons, des concepts et des constructions verbales. Le conflit qu’ils définissent est la vie en Amérique en 2020, trouvant la beauté dans le voyage malgré ce que la résolution finale pourrait être.

***1/2


Pabst: « Deuce Ex Machina »

8 novembre 2020

Ces post-punkers rockers berlinois sortent un Deuce Ex Machina qui fait suite à leurChlorine, aupravant acclamé par la critique.

Ce nouvel opus propose un autre barrage de post-punk viscéral qui ne cesse de s’accélérer de manière énergique et explosive,tout en demeurant toujours aussi audacieus et contagieux.

Deuce Ex Machina débute avec « Machina », une montagne russe d’ »morceau qui change plusieurs fois de tempo. Un riff qui se construit lentement culmine en un riff qui est incroyablement accrocheur.

Suit « Ibuprofen », un produit un peu plus mélodique qui met en valeur un chant impressionnant et des percussions irrépressibles. Le thème est contemplatif et le groupe s’interroge sur la consommation de drogues, en particulier les analgésiques en vente libre.

Les deux premières compositions donneront vraiment le ton de à un album album et nous prépare ainsi au un coup de pied post-punk/grunge à l’estomac qui, mplacablement, suivra. D’autres morceaux marquants comme « Legal Tender », « Fugative (Another Song About Running Away) » et « Hell » reprennent les meilleurs éléments de Pabst. Leur musique simple mais accrocheuse a un ton sérieux qui plonge dans la santé mentale, l’embourgeoisement, la toxicomanie et la contemplation de l’existence. Il s’agit d’un son grunge rétrospectif adapté à la génération moderne.

Deuce Ex Machina contient des moments inoubliables et, solide tel qu’il est, il exigera d’être écouté et méritera à Pabst de devenir un combo avec qui compter.

***1/2


Body Double: « Milk Fed »

20 octobre 2020

Ce nouvel album de Body Double est une agréable surprise. Ce n’est pas exactement « agréable », mais plutôt inattendu. Le groupe, dirigé par Candace Lazarou, fait une musique qui fait référence au meilleur alt-rock sombre d’une décennie ou deux auparavant, tout en offrant des itérations uniques de post-punk moderne. À cet égard,Milk Fed, le dernier-né, est vif et étrangement amusant.

« The Floating Hand » fait penser à Siouxsie, tandis que « Ready to Die » est superbement crépitant et plein de ces riffs que L7 maîtrisait auparavant. Lazarou parvient à rendre ce son frais et ceci, même si tant de choses ici semblent familières d’une manière ou d’une autre.

L’excellent « Prisonous Mind » rappelera Nina Hagen ou Lydia Lunch, tandis que le déferlant « Embrace the Bomb » sera tout sauf un numéro de Banshees. Si l’ensemble ressemble à des élémenats datant de de la classe de 1979, Lazarou en fait une libération énergique. Et si plus de choses avaient été aussi troublantes que « Head Axe » , on en aurait été encore plus plus heureux. Toutefois, comme c’est le cas ici, Milk Fed sait se saisir des points d’inspiration qui ont tant influencé nos habitudes d’écoute dans les années 80 que l’on se doit de se presque extasier sur cette sortie.

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