Francisco Sonur: « Morning Trials »

29 mars 2021

Commençons par « l’éléphant dans le magasin de porcelaine ».  Cet album ressemble beaucoup à Sigur Rós, plus précisément à la période médiane mélodique du groupe.  Mais nous aimons Sigur Rós, et le groupe a depuis déserté ce son, tandis que Jónsi est devenu vocal avec une tendance à l’art-pop. Sigur Rós s’est séparé de son batteur, et Jónsi s’est séparé d’Alex, de sorte que nous n’entendrons peut-être plus jamais de tels sons… de leur part.  Aujourd’hui, l’artiste argentin Francesco Sonur, basé en Australie, a repris avec insolence ~ mais avec succès ~ le modèle abandonné et l’a fait sien.  Grâce à Time Released Sound, il a également obtenu un emballage de luxe, bien que l’album soit également disponible dans une édition standard (mais toujours assemblée à la main).

Le caractère intercontinental de l’artiste, associé à l’influence islandaise, alimente le thème des rêves de voyage.  Le monde entier a envie de se rendre ailleurs en ce moment, dans l’attente de la levée des restrictions, dans l’espoir de revoir des êtres chers et d’enrichir son expérience globale.  Les tickets de métro, les pages d’atlas, les cartes des étoiles et les instantanés de l’édition de luxe suscitent des associations, tandis que la musique est à la fois terre-à-terre et aérienne.  Les voix de la famille sont parsemées dans l’ensemble ; l’artiste admet que l’album a été enregistré entre deux périodes d’enseignement à domicile.  Combinez le fait main et l’enregistrement à domicile, et Morning Trials devient un album intensément personnel, chaleureux et engageant.  Si ce sont des « épreuves », elles ont été surmontées.

L’album commence par l’enregistrement sur bande d’une boîte à musique jouant  » »Jingle Bells » ~ une double forme de retrait qui sonne néanmoins intime.  La boîte à musique est rangée et le piano commence à jouer.  Des instruments qui tremblent et des jouets d’enfants entrent en scène ; nous lisons que Francesco est un père, et nous apprécions le fait qu’il ait fait de la composition une affaire de famille.  Lorsque les cloches, les sons aigus et les persussions apparaissent, nous sommes transportés dans le monde éthéré que nous appelions autrefois Hopelandic.  L’album entier ressemble à une évasion, ou au rêve d’une évasion, comme prévu.  C’est de la musique pour s’évader, en insistant sur l’évasion.  Pendant ce temps, Sonur a travaillé sur son bus Spirit, anticipant l’opportunité de faire une tournée dans son pays d’adoption.

Au milieu de l’album, un segment mère-fille-xylophone brise le troisième mur.  C’est l’équivalent auditif de regarder à travers un viseur la famille heureuse qui boucle ses bagages et prépare le bus.  Le titre « Sunflowerchild » est parfaitement choisi ; c’est l’été en Australie en ce moment, et Spirit sonne comme le « Magic Bus » des Who.

Alors que l’on pense que l’album a partagé toutes ses surprises, le cor de Juan Aout apparaît sur « Friend Like Oars », chassant le froid.  Bientôt, il y aura un feu, et des grillons, et « Medias De Lana ».  Les leçons ont été rangées.  Papa joue près du feu de camp.  Si nous ne pouvons pas partir tout de suite, il y a toujours moyen de faire d’un jardin une aventure, tout en rêvant à toutes les aventures que nous aurons, il était une fois, dans pas longtemps.

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Angel-Ho: « Death Becomes Her »

7 mars 2019

Artiste trans originaire du Cap en Afrique du Sud, co-fondatrice du collectif NON Worlwide aux cotés de Chino Amobi et Nkisi, Angel-Ho sort un premier album ébouriffant, Death Becomes Her, sur le très pointu label Hyperdub.

La musique expérimentale déployée par Angel-Ho, impose une personnalité hors-norme, qui confronte le hip hop et la post-pop avec une brutalité sans détour, faisant voler en éclat la poésie tordue d’un Arca, agrémenté de r’n’b glamour et enrobé du dancefloor avant-gardiste d’une Sophie.

La voix prend ici une dimension particulière, portant fièrement les mots d’une Diva en quête de reconnaissance, ne fuyant pas les extrêmes et cherchant à provoquer chez l’auditeur le questionnement de l’identité dans l’Art aujourd’hui.

Death Becomes Her s’affranchit des codes et fait tomber les barrières de par sa volonté et son exigence, s’extirpant brillamment des pièges de la provenance, pour sonner comme un opus aux frontières internationalistes, au corps élastique et à la plastique provocante. Un must.

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