Ceremony: « The L-Shaped Man »

26 mai 2015

Ce quintette de la Bay Area a commencé avec du post hardcore en 2004 avant de virer vers l’indie rock garage et la alt pop avec Zoo en 2012. Il semble, sur The L-Shaped Man, vouloir continuer son évolution avec un album qui, enfin, justifie son nom emprunté à un titre de Joy Division.

On ne peut pas néanmoins parler d’un hommage même si le disque n’en est pas loin. « Hibernation » ouvre l’album sur un piano morose et, tout en son long, jusqu’au « closer » « The Understanding », l’humeur sera à la mélancolie maussade.

C’est plus à l’esprit de Ian Curtis qu’à sa musique que Cermony s’adresse un peu comme Interpol le faisait sur Turn on the Bright Lights. L’humeur est aux guitares dentelées comme sut « The Pattern » s’élevant en titres anthémiques (« Bleeder »).

« Root Of The World » tout comme le militant « Your Life In France » conserveront le phrasé des débuts en l’enrobant d’un linceul obscur ; ce sont des morceaux aptes à réconcilier nouveaux et anciens fans du groupe.

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The Soft Moon: « Deeper »

9 avril 2015

Deeper est un album sombre, dérangeant mais qui, plutôt que de vous faire peur, vous procure une tension met en colère. Son intensité fait de lui un disque dont il faut capter l’expérience qu’il nous offre et qu’il ne suffit pas simplement d’écouter.

Dès l’abord, « Inward » applique à nos sens une quarantaine de secondes d’une atmosphère tirée d’un film d’horreur avec des influences allant du rock industriel, à la new wave, le post-punk et l’electronica.

Le titre nous prépare ainsi à ce qui va être une chevauchée aux confins de la folie torturée et des mélodies fiévreuses et dérangées. Les synthés engrangent leur cacophonie et les percussions martèlent avec application les 11 plages qui jalonnent Deeper.

« Wrong » atteindra la démence du chaos, electronica et bruits expérimentaux mais, plutôt que d’oeuvrer dans le monochrome, Soft Moon irise sa noirceur de teintes nuancées, allant des hurlement de lignes de synthés à une basse mélancolique comme sur « Wasting » ou « Far », un étonnant exemple de new wave sombre.

Si on devait faire une analogie entre ce disque et un autre, il faudrait se pencher sur le climat de désolation et de cauchemar qui imprègne le Pornography de Cure bien que le phrasé noyé du chanteur et leader de Soft Moon, Luis Vasquez, nous enfonce plus encore dans l’aliénation et le nihilisme.

Le dernier morceau, « Being », est probablement le plus anarchique de tous mêlant cris à bruits aigus, colère à sauvagerie. Le morceau titre, lui, mettra en avant des percussions tribales apportant une aura funeste supplémentaire aux drones des synthés et des guitares et à des vocaux qui ne pourront pas ne pas vous faire dresser les cheveux sur la tête.

C’est du moins ce que cette spirale vers la perte de contrôle veut nous signifier ; elle est définitivement en bonne voie de le faire  au plus profond si tant est que, comme pour les meilleurs albums, on est en humeur de le faire.

***1/2


The Twilght Sad: « Nobody Wants To Be Here And Nobody Wants To Leave »

2 décembre 2014

Nobody Wants To Be Here And Nobody Wants To Leave, voilà un disque qui a le mérite d’exister tout comme ses auteurs, The Twilight Sad dont il est certain qu’ils n’auraient pu se nommer « The Twilight Happy » Cet album est le cinquième de nos Écossais, un combo qui a toujours semble en décalage et qui, malgré l’immense base de fans dont il dispose, a toujours vu la notoriété le fuir.

Ce nouvel opus va comme former une congrégation de ce qu’on a pu entendre jusqu’à présent : le doux-amer, l’amour et la haine, le tout infiniment mêlé l’un à l’autre. S’ouvrant sur la colère torturée qu’est « There’s A Girl In The Corner », la composition marque un retour immédiat à ce qui avait rendu si ecxitants les débuts de Twilight Sad. : un construction instrumentale claire mais solide, les vocaux envoûtants de James Graham et un break au synthé sailli de la boue la plus sombre que le post-punk peut générer.

Le climat est à la béatitude, et le « single » « Last Januray » suit qui, même avec moins d’emphase et plus d’accessibilité (un chorus accrocheur), véhicule la même morosité. Même si Graham a toujours déclaré que The Twilight Sad n’écrivait pas de pop songs, cela ne s’avère pas totalement vrai à l’écoute.

Au moment où on arrivera à « It Was Never The Same » on s’apercevra que l’album a développé une identité qui lui est propre et que c’est elle qui en forme le noyau. Il s’agit d’un travail remarquable de pop subtile avec ses tonalités tragiques, émotives et douloureuses. Les textes sont puissants et évocateurs (« We tried to save them all / You didn’t have to kille them all ») et la chanson titre continuera cette tendance à intensifier ce qui git dans l’ombre avec une instrumentation rock traditionnelle mais lourde et des lignes de synthés mélodiques et sombres.

Ce sera une introduction fort appropriée aux glas qui ouvrent « Pills I Swallow » qui, malgré ne musicalité plus légère et agréable on retrouvera le phrasé de Graham toujours aussi inquisiteur et procutrant à celui qui l’écoute le parfum menaçant de ce qui doit être disséqué.

Le « closer », « Sometimes I Wished I Could Fall Asleep » atteint alors un sommet dans l’émotion, un échelon dont vous ne pouvez ensuite que descendre. Des notes de piano fortes et élégantes ponctuent le murmure réticent et lancinant que sont ces mots : « There’s nothing left for us ».

Nobody Wants To Be Here And Nobody Wants To Leave est un disque brut et joliment gorgé d’émotions désolées et maussades. Plutôt que d’agrémenter de légèreté la tristesse, ils s’empares des quelques bribes enlevées pout nous y plonger encore au plus profond. C’est un opus qui ne nous laissera aucune trêve en matière d’intensité et de fragilité ; un peu comme si Radiohead et Interpol s’étaient réunis sous la figure tutélaire de Joy Division.

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Cold Pumas: « Persistent Malaise »

12 janvier 2013

On pourrait citer toutes les influences de ce groupe de Brighton sans risque de se dire qu’il y  quelque chose de renouvelé dans cet inventaire: Pavement, Sonic Youth, un peu de Kraut Rock et enfin de la New Wave. Considérant les sus-nommés il n’est guère étonnant que ce premier album des Cold Pumas sonne répétitif que ce soit dans les refrains discursifs post-punk d’un titre comme « Sherry Island » ou dans l’atmosphère pleine de tension que constitue « Fog Cutter ».

Persistent Malaise est, dans ce sens, un titre approprié car le disque peut aisément prendre l’allure d’une jam session qui continuerait tout au long de ses quelques quarante minutes et, qu’aussi, il parvient à infuser cet inconfort qu’il prétend soulever.

Il y a en effet peu de lueurs tout au long des huit morceaux, juste un éclair souriant mais à peine esquissé dans « Variety Lights » , le reste sera implacable grâce à une section rythmique robotisée, des vocaux occultant toute émotion et une guitare monolithique dans l’âpreté de sa tonalité. On touche parfois le domaine de la « no age music » (« The Modernist Crown »). L’énoncé du titre tout comme le morceau résument à eux seul l’esthétique des Cold Pumas de façon paradoxale. Il n’y a rien de moderniste dans les artistes auxquels on pourrait les apparenter. Les chemins ont été suffisamment explorés pour qu’on adopte une autre démarche : The Cold Pumas pourraient peut-être s’attacher aux détails mineurs de ce sur quoi ils se promènent pour créer un vision moins méthodique et, sans doute alors, plus obsédante.

★★½☆☆