Senses Fail: « Pull The Thorns From Your Heart »

2 juillet 2015

Senses Fail est un groupe de post-hardcore qui a toujours fait montre d’ambition y compris dans leurs efforts les plus lourds dont Pull The Thorns From Your Heart fait partie.

Un des éléments de cette appétence est lié à la personnalité cryptique de son leader, Buddy Neilsen, et de son désir de communiquer au-delà du support qu’est le disque. Celui-ci est commenté par la chanteur lui-même, plage par plage, sur youtube ce qui apporte encore plus de proximité aux schémas souvent intimistes et rageurs qu’ils nous propose.

 

Musicalement Senses Fail alterne avec habileté assauts soniques et moments de calme, textes poétiques et vecteurs d’émotions fortes, comme sur le titre d’ouverture, « The Three Marks of Existence » qui cumule rugosité et émotion ou « Wounds » qui commence tout doucettement, de fait explosif pour se terminer néanmoins sur un mode apaisant.

« Surrender » montera que le groupe est capable de tendresse avec un léger frappé de guitare et des vocaux emplis de nuances subtiles ; il encadrera un disque qui est un triomphe dans la mesure où il montre que le hardcore peut, lui-aussi, être capable de discours articulés.

***1/2


Coliseum: « Anxiety’s Kiss »

20 mai 2015

Le titre, Anxiety’s Kiss, de cet album du groupe hardcore de Coliseum parle de lui-même. À la différence de bien d’autres combos, la souffrance qui en résulte fait partie intégrante de leur vision esthétique aussi distordue que peut l’être leur musique.

Bien sûr, les deux ont évolué et sont passés, du hard-punk des origines, à des éléments de post-punk, de noise-rock, de goth ou de alt-tock, mais cette complexité musicale progressive n’a fait que renforcer l’humeur de disques semblant explorer toutes les facettes de l’angoisse.

Le résultat, ici, est un album constitué d’un songwriting à l’intelligence tranchante, de beaucoup de sang et de tripes dans les accroches vocales, et d’habileté pleine d’astuce au sein même des textures sales.

Le tout s’amalgame on ne sait trop comment tant il est difficile de s’attarder sur une humeur plutôt qu’une autre, l’endeuillé et lugubre phrasé narré façon Tom Waits sur « Driver At Dusk » ou la virulence décharnée de « Comedown ». C’est pourtant cet inconfort permanent qui fait tenir ensemble Anxiety’s Kiss, un disque qui serait difficile à vivre mais dont l’écoute pourra rasséréner.

***


… And You Will Kow Us The Trail of Dead: « IX »

29 novembre 2014

En dépit des critiques que l’on a pu adresser à Trail of Dead depuis Source Tags & Code, le groupe continue de nous pondre depuis dix ans du alt-rock expérimental à intervalles réguliers. Malgré des flux et des reflux en matière d’agressivité et des tendances au post-rock voire même des excentricités prog-rock, ils demeurent des personnages punks axés vers les franges de l’inspiration avec toujours autant de détermination.

Cela n’est pas toujours réussi car sur ce disque il y a des titres qui sont indiscutablement des bouche-trous (« A Million Randonm Digit » par exemple) mais c’est, fort heureusement, une exception. « The Ghost Witthin » fera penser à Mellow et « Like Summer Tempests Came His Tear » au Pink Floyd certes mais même un album de Trail of Dead a besoin de répit.

Passées ces réticences, « Lie Without A Liar » sonne comme le genre d’hymnes que l’on retrouvait sur Source Tags & Codes, et « Worls Apart » est empli de ces accroches percutantes et ce ces rythmes downbeat et mélodiques. « To Avoid Ships » est construit tel un énorme crescendo qui regorge de détermination imperturbable alors que « Lost In The Grand Scheme » parvient à nous faire perdre un fil sans qu’on y trouve à redire avec ce pont grinçant qu’on reconnaîtra immédiatement comme une de ces prouesses techniques dont ils ont l’apanage.

Le « closer » « Sound of the Silk » est sans doute une de leurs meilleures compositions, d’un point de vue instrumental déjà (un stone rock tempêtueux plein de drones et de percussions) mais aussi par les textes mélancoliques et infectieux de Conrad Keely. C’est une chanson typique de Trail of Dead avec une description on ne peut plus vive des paysages de l’esprit.

IX est, au final, un excellent moyen de découvrir ou redécouvrir Trail of Dead ; il nous ré-introduit à un groupe alternatif fidèle à lui-même et ce, quelles que soient les registres qu’il se plait à aaborder.

***1/2


La Dispute: « Rooms of the House »

25 mars 2014

 Jorden Dreyer, le leader de La Dispute, est un poète de la génération punk. Le combo n’est donc pas étranger et des poussées brusques d’émotions. Sur les deux albums précédents, ces musiciens du Michigan s’étaient tenus en équilibre entre la délicatesse d’histoires mélancoliques presque racontées et la dangerosité que pouvait conférer les mots presque crachés.

Sur Rooms Of The House, ils poussent encore plus loin le jeu à l’intérieur des frontières de ce concept et de cette cadence. Les textes, toujours emprunts de quotidienneté, sont encore plus sombres et les histoires sonnent alors plus tangibles et terrifiantes. Les objets du quotidien acquièrent une importance qui dépasse leur simple utilité de par l’excitation sonique dont ils sont revêtus. Les nuances (cri adossé à récitation) sont maintenus et permettent de desservir une immense palette d’émotions dans lesquelles s’envelopper.

Le mouvement en deux parties, « Woman (In Mirror » et « Woman (Reading) », est frappant par la manière dont la guitare se gonfle jusqu’à éclater au stade final de la reprise alors que « First Reactions After falling Through The Ice » ou « Stay Happy There » sont des modèles de compositions abrasives et urgentes.

La production elle aussi, est minutieuse donnant à chaque élément son plus bel effet. Chaque son a sans doute été placé volontairement, procurant un sentiment de fluidité naturelle à tout l’album.

Celui-ci pourrait se définir comme un disque de post-hardcore édifiant de par sa subtilité et son élan masqué ; il est aussi un bel aperçu de ce que peut signifier cette vie presque figée dans la région des Grands Lacs d’Amérique du Nord où seuls nous rattachent au mouvement ces petites objets de vie, comme le tic tac d’une pendule, le bruit d’une bouilloire sur le feu,interrompant par leur présence le calme trompeur où l’intensité ne demande qu’à affluer.

 

guitareguitareguitare1/2


Hawthorne Heights: « Zero »

4 juillet 2013

Hawthorne Heights est un combo d’« emo rock » venant d’Ohio et originellement appelé A Day In The Day. Différents changements de line up et de changements de style les voient aujourd’hui sur ce cinquième opus une musique post-hardcore qui, après qu’ils aient élaboré sur la notion de tragédie avec Skeletons, les voit nous proposer un « concept album » dystopique qui suit une bande d’adolescents atypiques et iconoclastes nommé The Zero Collective. Ceux-ci s’insurgent contre une corporation oppressive et omnipotente à une époque futuriste très proche de la nôtre.

Dans ce genre d’entreprise, la thématique est souvent rebattue et l’album est, en effet, rempli de grands riffs accrocheurs et de mélodies qui visent à emporter l’adhésion. Il y a, toutefois, une noirceur sous-jacente dont le but est de montrer combien le concept a pénétré l’essence-même de l’album.

Même divorcé de le narration, Zero sera un album solidement construit montrant comment Hawthorne Heights ont su évoluer par rapport à leur répertoire initial. Quelque part, l’hisoire de ce groupe de jeunes gens essayant de combattre une idéologie doucereuse et pernicieuse leur faisant croire que tout va bien malgré le chaos qui règne est pour le groupe une allégorie sur ses démêles avec son label initial, de faire revivre également les événements qui l’ont amené à composer Skeletons plutôt que de resservir une soupe froide et aussi une tentative de remettre au goût du jour des éléments de science fiction.

Zero est donc un commentaire sur le monde dans lequel nous vivons et la façon dont nous choisissons de faire face aux épreuves. C’est un album ambitieux et parfois trop pensé, mais il permet aussi au post-hardcore de montrer qu’il est capable de se sophistiquer et au groupe qu’il sait assumer les risques qu’il prend.

★★★☆☆