No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Polar: « Nova »

« Intime, cathartique, thérapeutique », tels sont les adjectifs qui décrivent le mieux le message de ce nouvel opus post-hardcore par Polar, qui livrent leur disque le plus personnel à ce jour.
Après 3 ans d’un silence brisé le temps du « single » « Breathe » en 2017, les Anglais de Polar sortent cette année leur 4ème album : Nova. Un nom sobre et impactant derrière leur opus le plus intime à ce jour, un nouveau chapitre post-hardcore entre ombre et lumière explorant des thèmes et des combats très personnels et qui représente pour le groupe un retour à l’introspection, cette fois-ci dans sa forme la plus brute et nue.
Nova succède à No Cure No Saviour (2016), un album engagé abordant différents problèmes de société, en particulier la tragédie vécue quotidiennement par les SDF.
Cette fois-ci, le groupe souhaitait dès le départ adopter une écriture plus personnelle et se confier grâce à la musique, confronter leurs démons intérieurs et effectuer une sorte de…thérapie de groupe si l’on peut dire. Les paroles, principalement écrites par Adam – Woodie – Woodford (chant) et Fabian Lomas (guitare) prennent ainsi une valeur cathartique, chacune étant associée à des évènements ayant marqué l’un ou l’autre, dans une forme qui permet à la fois de rentrer dans leur intimité tout en étant suffisamment universelles dans leur message pour toucher un large public.
« Drive’ » le premier « single », au refrain très efficace, nous parle de laisser sa chance à une relation sentimentale initiée au premier regard. L’ambiance y est quelque peu dérangeante mais le ton laisse place à l’espoir sur un refrain fédérateur.


Bien plus sombre dans ses textes et sa composition est le second single : « Midnight’ » qui relate une expérience traumatisante de relation sexuelle non consentie subie par Woodie alors qu’il n’avait que 15 ans.
L’ensemble de l’album comprend des morceaux d’intimité empruntés à chacun des membres du groupe, en faisant ainsi un opus très spécial pour Polar qui souhaitent que Nova encourage ses auditeurs à effectuer le même travail d’introspection afin d’idéalement parvenir à vivre en paix avec eux-mêmes.
Musicalement, l’alliance entre riffs agressifs et mélodies qui fait la signature de la formation est toujours présente dans une forme exacerbée. Ellie Price, que Woodie et Fabian qualifient de « 6ème membre du groupe » et qui prête sa voix à la plupart des refrains des morceaux précédents, revient en force sur Nova avec deux titres qui la mettent particulièrement en valeur : « Amber », un titre aux accents sentimentaux et « Dusk » un interlude ambiant très pop qui surprend immanquablement sur un album de hardcore. Le parti-pris est osé mais force est de reconnaître que ce moment de douceur dans un ensemble bien agressif est le bienvenu.
Dans son ensemble, Nova est un album efficace et plutôt bien construit, avec ce qu’il faut d’ incursions pop pour faire de Polar un combo capable d’afficher une signature originale.

***1/2

14 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Cursive: « Vitriola »

Groupe précurseur des sonorités emo / post-hardcore, souvent décrit à ses débuts comme proche des d’At The Drive In, Cursive a multiplié les pains tout au long de sa carrière, qui débuta au milieu des années 90s, à Omaha, dans le Nebraska. Un hiatus entre 1998 et 1999 permis à la troupe emmenée par le talentueux Tim Kasher de revenir plus inspirée que jamais, mettant un peu de piment dans ses compositions en y incorporant un violoncelle électrique. Bien que l’instrument ne soit pas au cœur des ambiances tourmentées que Cursive déploie avec brio sur un album tel que Ugly Organ (2003), il retient l’attention de l’auditeur curieux. La dernière décennie fut plutôt terne pour Cursive, incapable de livrer un album convaincant depuis Happy Hollow, sorti en 2006, ce huitième album, Vitriola, redore le blason d’une formation dont on attendait plus grand chose…

Quelle bonne nouvelle, l’inspiration est de retour ! Vitriola est un album sincère, franc et qui fait mouche, contant volontiers les malheurs du monde sur des compositions dissonantes et volontairement brinquebalantes. Le violoncelle un temps disparu, reprend sa place, pour donner un peu plus de relief aux complaintes de Tim Kasher. A la croisée des chemins entre emo et post-hardcore, Cursive livre des morceaux efficaces, à l’image de « Pick up the Pieces » ou du massif « Under the Rainbow », et réussi le pari de nous surprendre avec « It’s Gonna Hurt ». Les envolées de violoncelle, et de ce qui semble être un thérémin, nous transportent dans un univers tout à fait original.

Cursive joue de sa palette pour rompre la monotonie et dessiner des ambiances variées. Elles se font parfois lascives (« Remorse ») poussant l’auditeur à l’introspection. ou totalement contrastées par la rigueur hypnotique de riffs dissonants (« Ouroboros »). Vitriola fini par nous convaincre par un ultime brûlot indie rock (« Life Savings ») au refrain franchement entêtant, avant de s’éteindre après 7 minutes d’une complainte progressive résonnant comme un point d’orgue irréductible et quasiment pérenne (« Noble Soldier / Dystopian Lament »).

****

12 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

At The Drive-In: « In•ter A•li•a »

Relationship of Command fut l’album qui permit à At The Drive-In de faire école et d’inscrire son opus comme référence de la mouvance post-hardcore. Après une séparation et diverses tentatives en solo, le combo est de retour 17 ans plus tard avec un In•ter A•li•a qui le voit renouer avec un répertoire dégraissé de toute incursion expérimentale.

Avec leurs riffs contorsionnés et leurs textes cryptiques des titres comme «  Governed by Contagions » ou «  Incurably Innocent » nous remettent en mémoire les meilleurs moments du combo. Manque pourtant cette impression de première fois qui faisait que le manque de précision dans l’exécution offrait en matière d’adhésion à l’esthétique du groupe.

Dans l’ensemble, on ne peut s’empêcher d’avoir le sentiment que le groupe s’essaie à re-capturer le son de sa jeunesse mais qu’il s’y emploie de manière forcée et manquant de spontanéité. La férocité est toujours là, toute comme les riffs addictifs mais le tout semble être lissé par une production domestiquée et une exécution qui manque singulièrement de coeur. AtThe Drive-In avait une âme, In•ter A•li•a peine à la raviver.

***

11 mai 2017 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Senses Fail: « Pull The Thorns From Your Heart »

Senses Fail est un groupe de post-hardcore qui a toujours fait montre d’ambition y compris dans leurs efforts les plus lourds dont Pull The Thorns From Your Heart fait partie.

Un des éléments de cette appétence est lié à la personnalité cryptique de son leader, Buddy Neilsen, et de son désir de communiquer au-delà du support qu’est le disque. Celui-ci est commenté par la chanteur lui-même, plage par plage, sur youtube ce qui apporte encore plus de proximité aux schémas souvent intimistes et rageurs qu’ils nous propose.

 

Musicalement Senses Fail alterne avec habileté assauts soniques et moments de calme, textes poétiques et vecteurs d’émotions fortes, comme sur le titre d’ouverture, « The Three Marks of Existence » qui cumule rugosité et émotion ou « Wounds » qui commence tout doucettement, de fait explosif pour se terminer néanmoins sur un mode apaisant.

« Surrender » montera que le groupe est capable de tendresse avec un léger frappé de guitare et des vocaux emplis de nuances subtiles ; il encadrera un disque qui est un triomphe dans la mesure où il montre que le hardcore peut, lui-aussi, être capable de discours articulés.

***1/2

2 juillet 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Coliseum: « Anxiety’s Kiss »

Le titre, Anxiety’s Kiss, de cet album du groupe hardcore de Coliseum parle de lui-même. À la différence de bien d’autres combos, la souffrance qui en résulte fait partie intégrante de leur vision esthétique aussi distordue que peut l’être leur musique.

Bien sûr, les deux ont évolué et sont passés, du hard-punk des origines, à des éléments de post-punk, de noise-rock, de goth ou de alt-tock, mais cette complexité musicale progressive n’a fait que renforcer l’humeur de disques semblant explorer toutes les facettes de l’angoisse.

Le résultat, ici, est un album constitué d’un songwriting à l’intelligence tranchante, de beaucoup de sang et de tripes dans les accroches vocales, et d’habileté pleine d’astuce au sein même des textures sales.

Le tout s’amalgame on ne sait trop comment tant il est difficile de s’attarder sur une humeur plutôt qu’une autre, l’endeuillé et lugubre phrasé narré façon Tom Waits sur « Driver At Dusk » ou la virulence décharnée de « Comedown ». C’est pourtant cet inconfort permanent qui fait tenir ensemble Anxiety’s Kiss, un disque qui serait difficile à vivre mais dont l’écoute pourra rasséréner.

***

20 mai 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

… And You Will Kow Us The Trail of Dead: « IX »

En dépit des critiques que l’on a pu adresser à Trail of Dead depuis Source Tags & Code, le groupe continue de nous pondre depuis dix ans du alt-rock expérimental à intervalles réguliers. Malgré des flux et des reflux en matière d’agressivité et des tendances au post-rock voire même des excentricités prog-rock, ils demeurent des personnages punks axés vers les franges de l’inspiration avec toujours autant de détermination.

Cela n’est pas toujours réussi car sur ce disque il y a des titres qui sont indiscutablement des bouche-trous (« A Million Randonm Digit » par exemple) mais c’est, fort heureusement, une exception. « The Ghost Witthin » fera penser à Mellow et « Like Summer Tempests Came His Tear » au Pink Floyd certes mais même un album de Trail of Dead a besoin de répit.

Passées ces réticences, « Lie Without A Liar » sonne comme le genre d’hymnes que l’on retrouvait sur Source Tags & Codes, et « Worls Apart » est empli de ces accroches percutantes et ce ces rythmes downbeat et mélodiques. « To Avoid Ships » est construit tel un énorme crescendo qui regorge de détermination imperturbable alors que « Lost In The Grand Scheme » parvient à nous faire perdre un fil sans qu’on y trouve à redire avec ce pont grinçant qu’on reconnaîtra immédiatement comme une de ces prouesses techniques dont ils ont l’apanage.

Le « closer » « Sound of the Silk » est sans doute une de leurs meilleures compositions, d’un point de vue instrumental déjà (un stone rock tempêtueux plein de drones et de percussions) mais aussi par les textes mélancoliques et infectieux de Conrad Keely. C’est une chanson typique de Trail of Dead avec une description on ne peut plus vive des paysages de l’esprit.

IX est, au final, un excellent moyen de découvrir ou redécouvrir Trail of Dead ; il nous ré-introduit à un groupe alternatif fidèle à lui-même et ce, quelles que soient les registres qu’il se plait à aaborder.

***1/2

29 novembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

La Dispute: « Rooms of the House »

 Jorden Dreyer, le leader de La Dispute, est un poète de la génération punk. Le combo n’est donc pas étranger et des poussées brusques d’émotions. Sur les deux albums précédents, ces musiciens du Michigan s’étaient tenus en équilibre entre la délicatesse d’histoires mélancoliques presque racontées et la dangerosité que pouvait conférer les mots presque crachés.

Sur Rooms Of The House, ils poussent encore plus loin le jeu à l’intérieur des frontières de ce concept et de cette cadence. Les textes, toujours emprunts de quotidienneté, sont encore plus sombres et les histoires sonnent alors plus tangibles et terrifiantes. Les objets du quotidien acquièrent une importance qui dépasse leur simple utilité de par l’excitation sonique dont ils sont revêtus. Les nuances (cri adossé à récitation) sont maintenus et permettent de desservir une immense palette d’émotions dans lesquelles s’envelopper.

Le mouvement en deux parties, « Woman (In Mirror » et « Woman (Reading) », est frappant par la manière dont la guitare se gonfle jusqu’à éclater au stade final de la reprise alors que « First Reactions After falling Through The Ice » ou « Stay Happy There » sont des modèles de compositions abrasives et urgentes.

La production elle aussi, est minutieuse donnant à chaque élément son plus bel effet. Chaque son a sans doute été placé volontairement, procurant un sentiment de fluidité naturelle à tout l’album.

Celui-ci pourrait se définir comme un disque de post-hardcore édifiant de par sa subtilité et son élan masqué ; il est aussi un bel aperçu de ce que peut signifier cette vie presque figée dans la région des Grands Lacs d’Amérique du Nord où seuls nous rattachent au mouvement ces petites objets de vie, comme le tic tac d’une pendule, le bruit d’une bouilloire sur le feu,interrompant par leur présence le calme trompeur où l’intensité ne demande qu’à affluer.

 

guitareguitareguitare1/2

25 mars 2014 Posted by | Quickies | , | Un commentaire

Hawthorne Heights: « Zero »

Hawthorne Heights est un combo d’« emo rock » venant d’Ohio et originellement appelé A Day In The Day. Différents changements de line up et de changements de style les voient aujourd’hui sur ce cinquième opus une musique post-hardcore qui, après qu’ils aient élaboré sur la notion de tragédie avec Skeletons, les voit nous proposer un « concept album » dystopique qui suit une bande d’adolescents atypiques et iconoclastes nommé The Zero Collective. Ceux-ci s’insurgent contre une corporation oppressive et omnipotente à une époque futuriste très proche de la nôtre.

Dans ce genre d’entreprise, la thématique est souvent rebattue et l’album est, en effet, rempli de grands riffs accrocheurs et de mélodies qui visent à emporter l’adhésion. Il y a, toutefois, une noirceur sous-jacente dont le but est de montrer combien le concept a pénétré l’essence-même de l’album.

Même divorcé de le narration, Zero sera un album solidement construit montrant comment Hawthorne Heights ont su évoluer par rapport à leur répertoire initial. Quelque part, l’hisoire de ce groupe de jeunes gens essayant de combattre une idéologie doucereuse et pernicieuse leur faisant croire que tout va bien malgré le chaos qui règne est pour le groupe une allégorie sur ses démêles avec son label initial, de faire revivre également les événements qui l’ont amené à composer Skeletons plutôt que de resservir une soupe froide et aussi une tentative de remettre au goût du jour des éléments de science fiction.

Zero est donc un commentaire sur le monde dans lequel nous vivons et la façon dont nous choisissons de faire face aux épreuves. C’est un album ambitieux et parfois trop pensé, mais il permet aussi au post-hardcore de montrer qu’il est capable de se sophistiquer et au groupe qu’il sait assumer les risques qu’il prend.

★★★☆☆

4 juillet 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire