Citizen: « Everybody Is Going to Heaven »

1 juillet 2015

Citizen fait partie des ces groupes produits par Will Yip qui tentent de se détacher de leurs racines hardcore/punk pop, celles-là même qui leur avait permis de rencontrer le succès avec Youth. Everybody Is Going to Heaven les voit donc endosser une tonalité sise vaguement entre emo, grunge et shoegaze. Les années 90 ont donc supplanté les années 2000 en matière d’inspiration au travers de titres ponctués par une basse puissante (« Cement ») ou des mélodies conduites en trémolos (« Ring of Chain »).

Ce faisant, le groupe sonne beaucoup comme Brand New au point de sembler le mimer et semble avoir ainsi perdu de son originalité. « Yellow Love » peine à émuler le mode « emo », « Stain » vise l’approche menaçante et le tout paraît vouloir, soit nous déstabiliser, soit chercher la catharsis.

Le problème est qu’à trop vouloir se référencer par rapport à un autre artiste, Citizen ont oublié d’apporter leur propre singularité et c’est, précisément, cet élément qui donnait toute la saveur à leur « debut album » ; un goût qu’on ne peut que regretter de ne pas retrouver ici.

**1/2


Kinski: « 7 (or) 8 »

8 juin 2015

Les dernier album de Kinski, Cosy Moments en 2013, était plus direct et emphatique que leurs productions précédentes. 7 (or) 8 confirme cette tendance souligné qu’il est par une « vibe » alt-rock héritée des années 90.

Ainsi, « I Fell Like a Fucking Flower » développe des tonalités intéressantes si ce n’est originales avant de s’orienter dans une direction plus fuzzy évoquant un sdchmé mis en place par Stone Temple Pilots. De la même manière « Detroit Trickle Down » développera un même climat brouillé façon My Bloody Valentine.

Quand arrivent les vocaux, ils semblent délivrés avec négligence et souplesse, qui a pour effet de rendre le son plus « cheap » par exemple sur un « Flight Risk » qui sonne presque négligé.

Ce sera paradoxalement sur un « Operation Negligee » que ces derniers se monteront le plus satisfaisant et feront bon ménage avec une guitare grungy proche de la mélancolie. En se faisant moins ampoulé, ce morceau plus discret sera le titre phare du disque et devrait pointer dans une direction vers laquelle Kinski pourrait s’engager, ne serait-ce que pour ne pas faire mentir la pochette de 7 (or) 8.

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Drenge: « Undertow »

28 avril 2015

Il a fallu un certain temps avant que la magie du premier album de Drenge se matérialise ; ça n’est qu’après s’être cimentés lors de nombreux festivals que les frères Eoin et Rory Loveless trouvèrent cette confiance qui donna un nouvel allant à des titres comme » Bloodsports » ou « Fuckabout ». Le duo devint une force avec laquelle il fallait compter ; leur « sophomore album », Undertow, est est le produit.

Celui-ci se présente comme un voyage, celui qui parcourt des étapes comme la révélation de ce que l’on est, la croyance en celle-ci au point que Drenge semble vouloir ne se fixer aucunes limites. Que le disque comporte un titre comme « Running Wild » en est le symptôme tant il exxprime désir d’indépendance et de faire coïncider ses pas vers nulle autre horizon que le ciel.

Assistés par un nouveau bassiste et un ami d’enfance, Rob Graham, les deux frères hissent leurs barres un peu plus haut ; Eoin avec des vocaux crachés comme jamais . Ainsi « We Can Do What We Want » est mené à un train d’enfer, gardant les caractéristique de leur « debut album » mais avec chacun de ses effets multiplié au centuple.

« Favorite Son » nous présente la facette la plus extrême sous-jacente chez eux, grâce un tempo accéléré juste pour le fun de l’être, « The Snake » est sinueux comme l’indique son titre, transpercé qu’il est par des guitares crissantes et développe ainsi un climat vicieux à l’image de l’animal qui donne son nom à la composition et prend alors l’allure d’un monstre au coeur froid et palpitant.

La deuxième partie de Undertow poursuit la tradition de Drenge qui est d’aller de l’avant. Le grunge se fait plus tordu et sombre à l’image d’une « Have You Forgotten My Name ? » qui est une manière de terminer l’album sur un sinistre augure.

Ce que le groupe a produit ici prouve qu’il n’a pas abandonné ses visions dérangeantes et qu’il les a façonnés. Quoi qu’il puisse arriver par la suite, Undertow sera pour eux un album phare.

***1/2


Wolf Alice: « Creature Songs »

19 avril 2015

Creature Songs n’est que le deuxième EP de Wolf Alice et il met admirablement en valeur un style beaucoup plus disparate que le label grunge qu’on serait tenté de lui accorder.

Le titre d’ouverture, « Moaning Lisa Smile » nous offre un début tempéré et acoustique avant de nous entraîner dans les riffs plus tapageurs qu’on était habitué à entendre sur leur précédent opus Blush. Mais ce qu’on peut noter avant tout c’est la façon dont les vocaux de Ellie Roswell sont capables de ménager une transition entre les différents registres abordés.

En concert, ce pourrait être un titre anthémique tout comme « Storms » qui offre un contraste entre la cadence tranquille imposée par les lignes de basse et des chorus plein d’autorité. « Heavenly Creatures » apportera ensuite ces ballades si souvent négligées quand on évoque Wolf Alice : vocaux éthérés et plaisamment rauques qui annonceront le délicat « closer » qu’est « We’re Not the Same ».

Dans « wolf » il y a « alice » ; si Wolf Alice a une approche grungy, celle-ci est fermement ancré dans les années 2014 ou 15.

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Violent Soho: « Hungry Ghost »

5 novembre 2014

Violent Soho est un combo australien que l’on pourrait qualifier de « post grunge ». Leur premier disque était auto-produit, leur second, éponyme, contenait des titres rock solides et s’inspirait des Pixies ou Mudhoney.

Sur Hungry Ghost, on a à faire à un « concept album » (dans la religion chinoise un fantome affame décrit un être uniquement mu par les besoins émotionnels de manière animale) consacré à notre culture consommatrice ; pourtant, ironiquement, le groupe va s’aventurer dans des territoires plus pop ou punk-pop amalgamant ces sensibilités légères à leur son grunge.

Dans certains cas, le mélange fonctionne bien (mélodies en plein envol, riffs aériens par opposition à l’énergie plus agressive des débuts). « Dope Calypso » ouvre ainsi l’album sur un riff à la Sonic Youth puis « In The Aisle » fait montre de plus de sentimentalisme alors que « Goald Coast », « Eightfold » (qui continue la thématique bouddhiste) ou « Covered in Chrome » offrent plus de nappes sonores en parfaite cohabitation avec des riffs bien cinglants.

On terminera sur une note psychédélique, « Saramona Said » où est dénoncé la façon dont certains adultes ont abandonné leurs principes humains pour des gratifications matérialistes dérisoires pour évoquer un album ambitieux qui fait comme édifier un pont entre Génération X et Y utilisant les sons de deux décennie pour mettre en scène la morne perspective qui s’offre à nous et nous incite à nous insurger contre la passivité et cette mentalité d’évitement si récurrente chez certains groupes d’aujourd’hui.

***1/2


Embrace: « Embrace »

12 mai 2014

Après un hiatus de huit ans, Embrace reviennent avec un sixième album qui sonne comme celui d’un groupe qui est retombé amoureux de la musique.

Un disque éponyme est souvent synonyme de renaissance et il est certain que Embrace a eu abondamment le temps de reconsidérer son approche.

Certaines choses ne changent pas pourtant, en particulier la voix de Danny McNamara, toujours aussi reconnaissable dans sa façon de monter haut sur des titres comme « Quarters » ou un « Protection » dont la vigueur rappellera la passion des débuts (en particulier la profondeur de sa ligne de basse).

Ceux-ci ont été marqués par le succès de The Good Will Out et sa pop assez ampoulée dont ils tentent de se débarrasser ici avec une approche plus synth-pop. Il leur sera alors assez simple en ajoutant quelques rythmiques dance sur leurs hymnes pop mais ce sera, en quelque sorte, un retour à une formule plus qu’autre chose. Ainsi les beats de « Blue Monday » vont suggérer quelque chose de nouveau avant de retomber dans des chorus prévisibles et une morceau comme « In The End » tombera même dans le « middle of the road » avec McNamara sonnant comme Bernard Summer et un tempo qui, tout vif qu’il soit, demeure indéfinissable.

« Refugees » trouvera un équilibre assez accrocheur avec des sons dance éthérés propres au milieu des 90’s et « I Run » empruntera, lui, à U2. Le résultat est, par conséquent, mitigé avec comme effort notable un « Follow You Home » où The Killers seront invoqués avec bonheur et, dans un autre registre, l’assaut sonique de 6 minutes que sera « Thief n My Island ». Bref, en ne jetant pas totalement par dessus bord ses premières amours, Embrace nous offre un retour dont le côté éponyme se justifie par le fait qu’il pourrait presque être le « debut album » d’un groupe venant de se former.

**1/2


Nine Black Alps: « Candy For The Clowns »

30 avril 2014

 

Nine Black Alps est un groupe de alt-rock dont les racines sont fermement plantées à Manchester. Leur dernier opus, Sirens, faisait preuve d’une énergie post grunge et Candy For Clowns s’emploie à répéter la formule réussie pour ce combo .

« Novokaine » ouvre l’album sur diverses couches d’instruements qui sont légèrement désaccordés les uns des autres mais l’ensemble est plutôt réussi. Leur style est sombrement psychédélique qui est complémenté par la voix grave de Sam Forrest qui enchaîne très bien sur «  Blackout » lisse, suave et captivant sans perdre pourtant de son impact un peu comme si les grungers avaient endossé un smoking.

En termes de vêtements, « Supermarket Clothes » sera beaucoup plus enlevé et ferait un parfait « single » : il est accrocheur tout comme « Something Else » avec une rguitare rythmique excellente et d es percussions qui apportent puissance et engagement à la composition.

Ces titres semblent moins excessivement travaillés que le plupart des autres plages, par exemple « Patti »,qui offrira des pauses dramatiques dont on ne voit pas l’intérêt avec des notes traînantes et superposées comme pour donner profondeur et signification à un un son qui aurait gagné à être resté consistant.

Le reste des composition est, en effet, correct mais n’apporte rien de particulier et de significatif. Sur « Morning After » les vocaux sont assez bien mis en valeur, et « Come Back Around » ou « Destroy Me » n’apportent rien si ce n’est l’impression que Nine Black Alps s’est évertué à reproduire Sirens d’une manière trop besogneuse.

Le groupe a pourtant beaucoup à offrir, ainsi  « Clown », qui clôt l’album,  en est une excellente preuve ; il serait temps qu’au bout de onze ans d’existence nos mancuniens sachent quelle direction ils souhaitent prendre.

**1/2

 

 


James Durbin: « Celebrate »

13 avril 2014

James Durbin est relativement inconnu en France puisqu’il a joué, dans l’émission American Idol, le rocker qui y figure à chaque saison. Celebrate est son deuxième album et il s’emploie à donner crédibilité au chanteur en le débarrassant déjà de son image « destroy » à la télévision.

Le disque produit par Scott Stevens, est, en fait, à califourchon entre deux genres, l’un que l’on pourrait apparenter à One Direction, l’autre à Daughtry. Les guitares sont moins lourdes, les sons moins rocailleux et il incorpore des rythmes électroniques, des synthétiseurs pour assurer la basse, et un groove de dance-pop moderne pour accompagner des mélodies accrocheuses dont les thèmes seront l’amour et les relations personnelles dont aucune n’est véritablement mauvaise, ni mémorable.

Musicalement donc, nous avons droit à une collection éclectique de chansons pop-rock avec des combinaisons d’accords visant la « mainstream » et la radio. Notons, par exemple, « You Can’t Believe » ou « Children Under The Sun ». Les ballades y sont solides (« Issues », « Real Love ») voisinant avec les hymnes pop comme « You’re Not Alone » ou « Celebrate » qui est une parfaite illustration de ce qu’est un « party song ».

Assez décevant dans sa démarche, célébrer ce qu’il y a de mieux dans la pop-rock, comme dans son exécution on peut se demander ce qui a piqué Durbin pour délaisser un répertoire plus rock similaire à son premier opus assez réussi, Memories of a Beautiful Disaster. Accordons lui néanmoins la grâce de ne pas être trop produit et de maintenir une certaine « vibe » organique et de ne pas avoir oublié d’atteindre les notes les plus hautes sans pourtant le faire de manière ostentatoire.

**1/2


Bleeding Rainbow: « Interrupt »

4 mars 2014

Selon leur label, ce premier album du trio de Philadelphie voit Bleeding Rainbows embrasser les influences qui ont été les leurs quand ils étaient teenagers. Quand il s’agit de certaines références évidentes, par exemple The Foo Fighters, le résultat .semble avoir été source de vitalité pour eux comme en témoigne l’urgence et l’énergie des riffs qui accompagnent « Tell Me » ou « Images ».

Si on ajoute des compositions de la trempe de « Time & Place », « Start Again » et « Dead Head » on aurait pu dire que Interrupt aurait été un disque phénoménal et spectaculaire pour un « debut album » tant il combine à merveille la vaillance de la guitare et les vocaux éthérés de Sarah Everton.

C’est sur cette juxtaposition entre Everton (soupirs féminins) et Rob Garcia(approche plus heavy) qe le disque est le plus intéressant.Malheureusement ce fonctionnement devient rapidement ennuyeux : « So You Know » est une réflexion sur la solitude et la perte de contrôle qui reprend le même schéma entre accroche agressive et douceur des chorus mais on trouve dans cette redite quelque chose de complaisant et auto-centré. On retrouve cette même utilisation du grunge des nineties sur un « Start Again » qui n’agit pas comme un hommage et, pire, des compositions inrospectives (« Out Of Line », « Images » ou « Monochrome ») qui manquent cruellement d’inspiration.

« Phase » clôturera un Interrupt sur quelque chose qui s’emploie à véhiculer la menace mais qui n’est au bout du compte qu’une lamentation ; le paradoxe étant que en se réclamant d’influences de façon aussi ostentatoire l’album aboutit à un résultat aussi nombriliste. Interrupt aurait été un E.P. parfait ; il suffira seulement d’y dénicher ce qui mérite cet épithète.

guitareguitare


Skillet: « Rise »

1 juillet 2013

Dire qu’à ses débuts le rock était voué aux gémonies par les tenants de la « Christian majority ». Aujourd’hui, tout au moins aux States, les groupes de rock chrétien abondent et trencontrent une audience importante. Skillet en fait partie mais, à l’inverse de la plupart de ces combos, son optique musicale est délibérément post grunge ce qui le distingue de cette mouvance.

Rise est son premier album de puis 5 ans et se veut un « concept album » voir même un rock opera. Du premier il s’empare d’une histoire assez stéréotypée (la passage d’un adolescent à l’âge adulte) qui sera fort heureusement débarrassée de tout prosélytisme ; du second il empruntera une musique solide et grandiloquente oscillant entre Queen, le rock symphonique et le hard FM.

« Rise », « Sick of It », « Goode to be Alive » mettent en place le tempo et celui-ci ne variera que très peu (un freak out bienvenu sur « Circus for a Psycho », « une rock ballad » comme « American Noise ») et Rise se terminera sur un « rocker », « What I Believe », qui, pourrait-on dire, emballe le paquet.

Le problème de ce disque est que, si les morceaux ne sont pas mauvais en soi, ils sont trop interchangeables. L’album donne l’impression de se reposer sur une formule dont le groupe ne veut pas bouger. Les seules variations seront des vocaux partagés entre John Cooper et Jen Ledger ; ils ménagent des transitions fluides mais, elles aussi, sont trop systématisées pour engendrer la surprise.

Restent une interprétation sur laquelle il n’y a rien à redire si ce n’est le manque d’imagination, un produit soigneusement bouclé et formaté et la perspective que, comme sur ses opus précédents, Rise sera disque de platine (sic!).

★★☆☆☆