A Winged Victory For The Sullen: « Invisible Cities »

11 mai 2021

En 2019, après 5 ans d’une présence continuelle sur la scène ambient Dustin O’Halloran et Adam Wiltzie s’étaient manifestés, avec un troisième album The Undivided Five. Et aujourd’hui, ils sont de retour dans l’actualité, et chaque fois que ces deux messieurs décident de produire quelque chose, il faut, pour eux, réécrire le mètre étalon et le déplacer de quelques centimètres supplémentaires.

Inspirés par l’artiste Hilma af Klint pour leur précédente production, cette fois-ci la source de créativité est l’œuvre de Calvino. En effet, cet album, titré Invisible Cities, tire son nom du livre éponyme du conteur italien du XXe siècle, et constitue la bande-son d’une production théâtrale multimédia de 2019 commandée par le Manchester International Festival et mise en scène par Leo Werner, pour une représentation théâtrale de l’œuvre de Calvino.

Les Villes Invisibles, publié en 1972 fait partie de la période combinatoire de l’auteur, la fiction combinatoire prévoit que la position centrale est celle du lecteur, qui « joue » avec l’auteur, à la recherche des combinaisons interprétatives cachées dans son œuvre et son langage. Chaque chapitre est un dialogue entre Marco Polo et l’empereur tatar Kublai Khan, qui demande à Marco Polo de décrire des villes de son empire, parfois réelles, parfois imaginaires.

Dans les descriptions faites par l’explorateur, les villes représentent la complexité et le désordre de la réalité, la sensation que nous avons en lisant ce que Marco Polo raconte est que son intention est de rétablir l’ordre dans le « chaos de la réalité ». Mais ces villes sont aussi des rêves, dont les fondements sont des désirs et des peurs, dans cette réalité décrite par les mots que Calvino a inculqués à Marco Polo, le défi du lecteur est de pouvoir saisir les règles et les perspectives trompeuses de ces histoires.

Comme toujours, les chirurgiens O’Halloran et Wiltzie parviennent dans leur production à rendre le sens de ce voyage à travers des villes invisibles, réelles ou simplement construites dans nos esprits. Nous devrions faire un exercice pour entraîner notre imagination, mettre les écouteurs, lancer l’album, pas en lecture aléatoire, et marcher dans les rues de notre ville, réelle ou imaginaire.

Cet album est un crescendo d’émotions, un rideau qui s’ouvre timidement aux premières lueurs des jours de mars, il semble demander la permission de nous prendre par la main pour nous accompagner là-bas, dans ces lieux de nos villes que nous aimons mais aussi et surtout dans ceux que nous détestons. Les accords de piano et les atmosphères douces et tourbillonnantes entraînent l’auditeur dans l’exploration, les sons de l’orchestre semblent se fondre, comme liquéfiés, derrière le rideau poussiéreux, de l’hiver tout juste passé, que nous avons déplacé au début de l’album.

Dès le premier morceau, bien qu’en quête de calme, Wiltzie et O’Halloran défient l’auditeur de la même manière que Calvino défie le lecteur. Ce voyage entre les villes de Marco Polo et les nôtres commence avec « So That The City Can Begin To Exist », dont le refrain est une combinaison de piano et de synthétiseurs, parfaite, simple et linéaire, comme les premiers horizons que nous voyons dès que nous commençons à voyager. Chaque piste de cette œuvre se lie à la précédente, comme pour rappeler la structure de l’œuvre de Calvino où chaque chapitre se termine par un dialogue entre les protagonistes, ainsi chaque son se lie à un autre, composant un nouveau son qui à son tour se décompose pour créer des nuances auxquelles l’oreille ne cesse de s’habituer.

C’est comme un fil rouge qui prend l’auditeur dès la première note et le conduit jusqu’à la dernière, en passant par des scénarios qui dérangent dans « Thirteenth Century Travelogue » et qui laissent place à des visions surréalistes sur « The Celestial City ». L’électronique ne manque pas et on ne peut qu’apprécier cette inflexion car, comme pour tout voyage qui se respecte, xhaque promenade dans nos villes est faite de moments de réflexion, d’écoute et de redémarrage.

« There Is One Of Which You Never Speak » ouvre le bal avec des cordes et un piano, imaginez une longue avenue bordée d’arbres, dont vous ne voyez pas la fin, vous la longez et à chaque pas à côté de vous il y a des maisons, des magasins, des musées, des théâtres, des gymnases et des parcs, tout ce que vous aimeriez, tout ce qui pourrait faire de votre ville la vôtre, le tout accompagné par un crescendo d’électronique qui construit chaque mur de votre ville.

A Winged Victory For The Sullen est le duo dont le précédent album était un traité musical sur la notion de quinte parfaite, nous ne pouvions, ni n’imaginions, nous attendre à mieux. Leur musique rassemble drame et douceur dans chaque note, arrangement, distorsion et fusion. Accompagner une œuvre de Calvino sur une scène de théâtre est un pari à fort enjeu, mais malgré la délicatesse de l’œuvre, leur production est infaillible, presque éthérée, tout comme l’album précédent. Il serait agréable de pouvoir profiter pleinement de son intégralité dans un théâtre où les voix des protagonistes d’aujourd’hui représentent un chef-d’œuvre, d’hier certes, mais plus actuel que jamais.

****


Eydis Evensen: « Bylur »

9 mai 2021

Le pianiste et compositeur islandais Eydis Evensen a le don de créer des mélodies absolument magnifiques qui vont et viennent comme des vagues. Bylur », tempête de neige en islandais, est comme un voyage à travers les éléments naturels, notamment l’eau et l’air. La fluidité des treize morceaux donne un aperçu fantastique de la vie dans une petite ville d’Islande.

Bylur est un album extrêmement romantique et féminin. La façon dont Eydis joue du piano fait que chaque morceau a un roulement constant. Comme un tourbillon de neige ou un jet d’eau constant, chaque morceau se déroule devant vous. Evensen se lance rarement dans une foulée puissante – elle n’en a pas besoin. Au lieu de cela, elle associe son piano à des cordes évocatrices qui soutiennent parfaitement le piano. « Deep Under », « Northern Sky » et « Wandering I & II » présentent tous cet équilibre délicat où les deux côtés travaillent en tandem. Ajoutez à cela quelques cuivres discrets et une utilisation très subtile du synthétiseur et vous obtenez une riche tapisserie post-classique.

Vers la fin de l’album, Eydis Evensen commence à introduire d’autres éléments dans le mélange et à déployer ses ailes. L’un des rares morceaux de piano solo, « Nturdogg », est l’un de mes préférés sur l’album. Il s’agit d’une spirale de piano complexe et descendante qui déborde d’émotion et de passion. Le seul morceau vocal avec l’invité GDRN est « Midnight Moon ». Il s’agit d’une belle ballade qui permet à la voix douce et grave de GDRN de briller dans ce morceau lunaire. Ce sont d’excellents ajouts à ce qui est un album aux sonorités largement romantiques et sentimentales. Le dernier morceau est également le titre de l’album et il englobe tout ce que Eydis Evensen fait si bien. C’est un morceau qui balaie, qui est discrètement cinématographique et qui suinte du cœur et de la chaleur.

Bylur n’est pas seulement son premier album, c’est aussi un nouveau sous-label pour Sony. Baptisé XXIM Records, il est destiné à promouvoir la post-musique instrumentale. C’est une excellente façon de démarrer avec une déclaration d’intention, car Eydis Evensen est une vraie affaire. Emmenez-le en promenade dans la nature et vous aurez une bande-son fantastique avec laquelle vous pourrez vous perdre.

****


Eydís Evensen: « Bylur »

20 avril 2021

Le premier album de la compositrice islandaise Eydís Evensen, Bylur, est sorti sur XXIM Records, le nouveau label de Sony dédié à la musique post-classique ets divers post-genres. Elle vient de la ville islandaise reculée de Blönduós, cadre qui a laissé son empreinte sur sa musique. Evensen a grandi en écoutant un large éventail de musiques, allant de Tchaïkovski à Led Zeppelin. Alors que les tempêtes faisaient rage à l’extérieur, elle trouvait la paix et la connexion dans la musique. Après avoir suivi une formation classique, ses projets de devenir pianiste professionnelle ont été mis en suspens lorsqu’elle a déménagé à New York pour poursuivre une carrière de mannequin. Mais malgré cela, le piano est resté l’amour de sa vie, et un piano n’était jamais loin de son côté. Bylur a été écrit en grande partie pendant cette période de sa vie.

Bylur signifie « tempête de neige » en islandais, et les notes du piano ressemblent à un tourbillon de neige. Chaque note est suspendue dans l’air blanc, quelques secondes avant de toucher le sol. Composé de treize pièces, auxquelles s’ajoutent des cordes, des cuivres et de l’électronique, Bylur est une évocation de la maison islandaise d’Evensen. Bien que New York soit à des milliers de kilomètres, le piano l’a ramenée une fois de plus, et sa musique douce et émouvante place la maison au centre de son cœur. Cela est également dû au fait que le disque a été enregistré et produit aux Greenhouse Studios de Reykjavik, ce qui confère à la musique la gravité de la nation et son essence.

Les tempêtes de neige peuvent être un sanctuaire magnifique et tranquille, mais elles peuvent aussi être synonymes de blizzards tourbillonnants, qui peuvent rendre les environs aveugles et empêcher de voir le reste du monde. La musique de Bylur est largement paisible et sereine, blottie à l’intérieur, son monde dans un état de quasi-silence alors que la neige continue de tomber. Le piano est capable de rester léger et agile, même en présence de cordes, qui, au lieu de peser sur le piano et d’ajouter une atmosphère plus lourde à la musique, aident en fait à soulever le piano plus haut, en inversant presque la chute de ses notes, comme si elles étaient prises dans une rafale soudaine, balayant ses flocons de neige vers le haut et les emmenant vers un autre endroit, inattendu. Sa musique est jouée avec amour et attention, ce qui est particulièrement évident lorsque les voix émergent sur « Midnight Moon ». Chantées en anglais, mais contenant toujours les profondeurs d’une tempête de neige islandaise, les voix s’intègrent parfaitement aux notes de ballet. Bien que la musique soit aussi froide que janvier, les notes légères sont capables d’offrir des lueurs d’un soleil plus chaud.

***1/2


Ian Nyquist: « Endless, Shapeless »

11 avril 2021

Endless, Shapeless crée sans effort un paysage électronique, ambient et post-classique, où des fragments mélodiques tourbillonnants et chargés d’émotion sont rencontrés par une douce brise ambiante. Au début, des noyaux électroniques sont doucement insérés de temps en temps, mais un son électronique trouve bientôt une plus grande présence, faisant avancer certains des morceaux sans rien d’autre pour le soutenir. Cependant, il y a toujours une sorte de pause mélodique après une tempête électronique, où un piano fait son entrée, ou une orchestration plus douce passe au premier plan.

Ce qui pourrait ressembler à une collection désordonnée de sons ressemble en fait à un ensemble connecté, car tous ses sons se rejoignent en un seul. Les styles de musique électronique, ambiante et post-classique partagent déjà des similitudes, de sorte qu’il n’y a rien d’incongru ou de déplacé ici.

Bien sûr, cela est également dû à l’habileté considérable de Ian Nyquist à mélanger ces éléments. Un expert dans n’importe quelle entreprise artistique sait quand ajouter et quand enlever, quand le moment est venu d’augmenter et quand de diminuer, et la musique de Nyquist est presque un ballet dans son mouvement de va-et-vient.

Comme la soie qui danse dans la brise, Endless, Shapeless est né d’un élan magnifique et fluide, et il est rendu encore plus puissant par ses mouvements calmes et discrets. Réservée par ses influences classiques et expansive par son caractère ambiant et électronique, la musique palpite dans l’air comme les ailes d’un papillon, les éléments musicaux de tension et de relâchement se rapprochant magnétiquement puis s’éloignant. Dans certains cas, la tension est telle qu’on peut presque entendre la musique se déchirer, son atmosphère pulsant sauvagement avant d’être ramenée dans sa coquille électronique. Mais toute pression est relâchée avec « Sanctuary (Epilogue) », un morceau d « ambiance » apaisant. À la fin, tout est comme il se doit.

***1/2


Martina Bertoni: « All The Ghosts Are Gone »

18 février 2021

Un changement total n’est possible que par l’effacement du formulaire actuel. Il ne peut pas être ajouté à l’entité existante. Les anciennes formes doivent être décomposées et utilisées à nouveau comme matière première, réduites à une poudre de pure possibilité, libérées des structures qui forcent la création d’une manière ou d’une autre. Le violoncelle est le sujet de cette transformation sur All The Ghosts Are Gone, et le processus semble donc particulièrement physique : bois déformé et courbes fracturées, éclats poussant vers le haut à travers le vernis comme des dents. Des piles de bruit s’amoncellent sur les bords comme des monticules de débris balayés, des morceaux de carcasse de violoncelle sont visibles au milieu des fragments de distorsion et d’électronique. Mais au centre, il y a un tremblement de couleur : une corde solitaire courbée qui s’élève comme une fleur en herbe. Les premiers signes de renaissance apparaissent au milieu des ruines.

Il n’est pas surprenant que All The Ghosts Are Gone soit ressenti comme une entreprise douloureuse. La mélodie est rare et sa manifestation est soit fanée, soit naissante, frôlant la mort et la vie comme une fissure dans un cheveu. Ailleurs, les grincements des cordes de violoncelle creusent l’interstice comme les fantômes du titre, rendus sans abri par la transition. D’une certaine manière, Bertoni parvient à capturer à la fois une misérable physicalité – des cordes arrachées au corps, du bois bouclé en bois d’allumage – et une déprimante absence de forme, qui sème l’action en écho, encadrant cette destruction matérielle dans un contexte d’incertitude existentielle. Souvent, nous constatons que la liminalité est représentée dans des nuances d’aquarelle pâles, flottant au-dessus du domaine physique tout entier ; la musique de Bertoni réimpose ce processus avec un travail émotionnel et un corps brisé.

***1/2


James Murray & Mike Lazarev: « Suññata »

17 novembre 2020

Suññata est le fruit d’une collaboration onirique et exploratoire de James Murray et Mike Lazarev. Avec une compréhension, une expérience et un amour profonds de tout ce qui touche à l’ambient (les deux artistes étant des amoureux de la musique en général), le duo est capable de faire de la musique céleste, en utilisant leur expérience et leurs connaissances musicales et en les mettant en pratique.

Construite sur une base solide de piano et d’électronique subtile, Suññata décrit en détail « l’expérience de la rencontre avec le non-soi ». Les auditeurs reconnaîtront en Lazarev l’homme derrière le toujours excellent Headphone Commute un magazine electronique online), mais en plus de son dévouement, de son énergie et de son engagement envers le site, il joue également du piano et, à l’occasion, du violoncelle. Murray et Lazarev ont déjà collaboré, ayant retravaillé « Living Treasure » »de Murray, tirée de son disque Falling Backwards. D’une durée de vingt-trois minutes, Suññata est courte et douce, et se situe dans un monde post-classique, où les tons fragiles semblent être suspendus dans un espace infini. Le piano de Lazarev, paisible et déterminé, est soutenu par un assortiment de textures ambiantes délectables, mais elles ne sont en aucun cas secondaires par rapport au piano. Au contraire, les deux sons sont traités comme des égaux, et la musique ne bénéficie que du mariage.

Sur le titre et les morceaux de l’album, Lazarev déclare : « Ils proviennent de la langue Pali, une langue très ancienne dans laquelle sont écrites certaines des écritures bouddhistes Theravada. Suññata est l’expérience de la rencontre avec le non-soi, d’un son et de son reflet qui se rencontrent dans le vide ».

Les titres des morceaux peuvent également être traduits comme étant libres de tout désir, atteignant (ou poursuivant) la transcendance et dépassant les conceptions du monde, dépassant la poursuite des plaisirs sensuels et les considérant comme des expériences impermanentes et finalement creuses, s’écartant de la dimension actuelle et des perceptions individuelles de la réalité et recherchant des vérités plus profondes. Certains de ses morceaux évoquent un aspect méditatif, comme « Animitta », qui se traduit par l’absence de perception, où toute forme d’entrée par les cinq sens n’est pas reçue ou enregistrée. Il est facile de s’isoler à l’écoute de ce magnifique album, mais paradoxalement, le disque est aussi très concentré. Murray et Lazarev se concentrent sur la recherche du vide et de la paix, sur la recherche d’un univers intérieur plutôt que sur le monde extérieur, physique. La musique est le grand médiateur entre les deux, et elle ne dit rien d’autre que la vérité.

****


Eva Lindal & Anna Lindal: « Bäver »

23 avril 2020

Les frères et sœurs suédois Eva et Lindal sont entrés en studio à l’été 2019, armés seulement de quelques titres de chansons, et de quelques discussions sur leur amour et leur ambivalence envers la tradition de la musique artistique occidentale. Au-delà de cela, tout a été improvisé à partir des deux violonistes (Eva passant également à l’alto).

Le résultat est un ensemble d’une heure qui vagabonde sur un large spectre de ce qui est possible à partir d’un violon – adoptant souvent une familiarité old school assez traditionnelle et mélodique, bien que sinueuse, tout en étirant parfois quelque peu l’instrument, l’utilisant de manière percussive et impulsive pour élargir la palette sonore.

Il est cependant assez puriste, sans artifices de post-production ni effets en direct pour étendre vraiment cette abstraction, et ce que vous entendez reste deux personnes, dans une pièce, qui jouent l’une contre l’autre et conversent, en longueur et en détail, en utilisant leurs violons plutôt que leurs voix.

Il y a parfois un décalage intéressant entre la mélodie et la discorde. Dans la chanson titre, on a l’impression qu’un instrument dessine une mélodie romantique assez simple qui conviendrait à un drame d’époque de Jane Austen à la télévision, mais l’autre violon est effronté, joue contre lui, se moque presque de lui avec ses courtes expressions spontanées et sautillantes. La tension est forte mais constante dans la plus longue composition « Olivier ».

En revanche, dans « Hjul », il y a un vide et des égratignures qui sont d’une stérilité engageante et assez audacieuse – ce qui évoque peut-être les dents du castor du titre de l’album . Ce morceau marque le début du dernier tiers de l’album qui est nettement plus épars que ce qui le précède – pas sans relief, et toujours avec des rafales occasionnelles, mais qui finit par déboucher sur le grincement du bois du dernier morceau « Knust » qui est étrangement évocateur du son d’un bateau pirate abandonné grinçant sur la mer.

C’est une œuvre curieuse et très expressive dans laquelle on se surprend à constater qu’elle montre des interprètes travaillant en synergie et, et si cela est vrai pour de grandes parts ici aussi, c’est en fait le contre-jeu et les contradictions mélodiques des premières pièces qui donnent les résultats les plus intéressants. Une forte dose d’expérimentation post-classique.

***1/2


Maike Zazie: « Seismopsychollage »

21 avril 2020

Le titre de l’album de la pianiste Maike Zazie pourrait impliquer un tremblement de terre (seismo) ou une angoisse mentale (psycho, selon votre interprétation), mais aucun des deux ne serait vraiment exact. Cet album offre une forme d’intimité musicale réfléchie et en grande partie très romantique. De douces ballades et des tintement occasionnels, presque ambiants, sont complétés par une combinaison de chants, de poésie à mots doux (en allemand, français et un peu d’anglais), et une poignée de sons atmosphériques.

Bien que décrite comme « minimale », une grande partie de l’œuvre pour piano n’est pas ce qu’on pourrait décrire comme telle. Les accords riches et fermement capitonnés de « Sehnsucht » remplissent la pièce. L’audace et le drame de « Erdbeben », avec ses fracas et ses notes basses martelées, font que cet album est loin d’être plat. Mais il a aussi sa part d’œuvres romantiques, dont la plus évidente est le « Lieben ». Il y a même une poignée de morceaux que l’on pourrait légitimement appeler des chansons – « Kind » »en étant une.

Le résultat est un ensemble de portraits qui s’inscrit parfaitement dans le style d’illustration de Giulia Pex que l’on retrouve dans l’œuvre et dans le livret qui l’accompagne. C’est l’équivalent musical du pastel doux, doux et introspectif, réfléchi et largement non conflictuel, conscient de l’obscurité mais se déplaçant autour d’elle plutôt qu’à travers elle.

***