Blood Orange: « Negro Swan

Le quatrième album studio de Devonté Hynes, alias Blood Orange, est un pur délice. La délicatesse et le raffinement au programme de ce Negro Swan est tout simplement remarquable!

Autour de chansons pop, soul ou hip-hop à l’anglaise parfois aromatisées de jazz ou même de gospel, ce surdoué arrange et réalise des environnements texturés, enveloppants, très sensuels, fastes constructions mélodico-harmoniques, probablement trop complexes et trop subtiles pour fédérer le grand public.

On imagine déjà une scission dans les perceptions: ce que les uns considèrent comme une succession de parenthèses décousues et informes sera perçu par les autres comme de brillantes transgressions pop.

Choeurs, claviers acoustiques ou synthétiques, instruments à vent (saxos et flûtes), cordes électriques, extraits de conversations privées, bidules électroniques et logiciels sont au service d’un songwriter supérieur, contre-ténor de culture afro-britannique, habité par les esprits de la musique.

Chose certaine, tout féru de grande musique populaire ne peut plus ignorer le talent exceptionnel de Dev Hynes, esthète parmi les esthètes. Difficile de prévoir si cette approche idiosyncrasique fera école, les paris sont ouverts.

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Nicole Scherzinger: « Big Fat Lie »

La carrière solo de Nicole Scherzinger n’a pas été lisse et, après maints projets non aboutis, la voilà de retour avec Big Fat Lie son second album prsuit et écrit par The Dream et Tricky Stewart, claire indication du lien entre les trois acteurs.

Deux « singles » (« Your Love » et « On the Rocks » ont précédé l’album et sont inclus ici. Étant donné leurs qualités relativse, le disque est une surprise plus que plaisante. Il a d’abord un climat de cohésion inhabituel pour ce qui se veut une sortie « mainstream », chose que l’on doit à l’équipe aux manettes.

Cette cohérence se manifeste tout au long du disque par un midtempo urbain assez séduisant même si, dans le tracklisting, il semble ne pas être imbriqué de manière fluide. C’est à la fois une qualité et un défaut ; les plages ne font pas montre de climats consécutifs mais cela permet à chacune de briller en se distinguant des autres.

Le premier titre à nous mettre en humeur « groove » est « Electric Blue » un morceau que l’ex Pussycat Doll aborde parfaitement et de manière laid back. Il s’agit d’une jam urbaine dans laquelle apparaît le rappeur T.I., ce qui n’est pas une mauvaise idée. « Heartbreaker » sera la composition la plus imposante du disque, peut-être même celle où Scherzinger ne s’est jamais montrée aussi séductrice. Son phrasé y est lascif et irrésistible tout comme sur le ésingle » suivant, un « Run », ballade qui ne peut que nous forcer à être en félicité.

Dans un genre soul-pop un peu trop envahi par la surenchère et l’image, Big Fat Lie apparaîtra comme ce qu’il n’est pas ; un album qui ne repose pas sur le mensonge.

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André Cymone: « The Stone »

Comme beaucoup de musiciens R&B créatifs des années 80, André Cymone a d’abord tenté sa chance en essayant d’émuler Prince. Cela lui a même permis d’avaoir quelques tubes mineurs comme « Libvin’ In The New Wave » ou « Dance Electric », le dernier d’ailleurs écrit par son mentor. Depuis, il s’est recyclé dans la production et l’écriture, souvent pour son épouse Jody Watley.

The Stone va en surprendre beaucoup car ce premier album depuis 1985 va à l’encontre de ceux qui attendaient un retour au son « synth funk » qui caractérisait ses production précédentes.

L’artiste d’ailleurs annonce tout de suite la couleur avec le titre d’iouverture, intitulé de manière fort appropriée « Rock And Roll », direct et cash comme il se doit d’être. Le son mettre l’emphase d’ailleurs sur une instrumentation organique : guitares et véritables percussions. On notera sur ce registre un morceau plein de groove comme « Radio » ou de graisse comme « Naked » et, d’une façon générale, une atmosphère qui doit plus au soft rock traditionnel qu’à la soul.

Cymone est un excellent chanteur mais sa voix se veut plus ici « crossover » que typée comme elle aurait pu l’être. Dans ce répertoire de « adult-oriented rock », le compositeur sait se faire nuancé ; « One Day et « It’s Alright » sont des chansons contemplatives reposant sur un nid de guitares acoustiques et le rêveur « Mary Jane » creuse profondément dans la pop des 60s tout comme le plus électrifié « If Not For You ».

En tant que vétéran du « songwriting », Cymone n’a aucune difficulté à écrire des mélodies accrocheuses et il sait également parfaitement véhiculer ce qu’il chante au travers d’une voix dans laquelle l’émotion n’est jamais absente, même sur ces « rockers » surgis du cœur que sont « American Dream » et « Let Your Sunshine In ».

The Stone n’est en rien un album issu de la mouvance rétro-futuriste, mais une renaissance créative de la plus belle eau.

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