Alkaline Trio: « Is this thing cursed ? »

Alkaline Trio est constant dans l’effort. Depuis 1996, il continue à proposer sa vision du punk rock, à savoir des chansons assez poppy mais bien rythmées, aux paroles sombres, et au look emo–goth. Le groupe a commis de beaux albums, mais a mis un stop dans son évolution musicale depuis un moment. Pas de révolution donc ici malgré les cinq ans d’absence du groupe. Is this thing cursed ? peut donc se ranger à côté de ses aînés sans qu’on y trouve à redire.

La question qui se pose alors est la suivante : Sommes-nous encore disposés à suivre la formation sur cette route déjà bien balisée ? Avant que l’on puisse avoir le temps d’y répondre les 39 minutes de ce neuvième album sont terminées. Est-ce que ça signifie que Alkaline Trio a gagné son pari ? Peut-être, pour l’instant du moins !

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Bloods: « Feelings »

Depuis quelques années les Australiens de Bloods développent un punk pop garage qui s’avère à la fois énergisant, fun et frais. Ce deuxième album confirme tout le bien qu’on pensait du premier en enfonçant bien le clou. 31 minutes et 10 chansons d’un genre qui doit autant à Elastica qu’à Bikini Kill. Entre la pop de l’un et la puissance abrasive de l’autre, Bloods ne choisit pas. et ce n’est que bénédiction.

Alors bien sûr, les grincheux diront que le combo n’a rien inventé, que tout ça, y compris les légères influences shoegaze, a déjà été entendu. Mais ça n’empêchera personne de profiter du potentiel de ce disque sautillant en diable, à part une « Slow break » qui nous permet de respirer avant la dernière petite bombe pop « Part of me ».

Feelings est un chouette disque, de ceux qui traversent votre vie comme une comète et laissent de petites traces discrètes dans votre esprit, traces qui deviennent des stimuli et qui vous poussent, si ,ce n’est en boucle, à le réécouter !

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The Sonder Bombs: « Modern Female Rockstar »

La scène pop-punk américaine regorge aussi pas mal d’originalité et The Sonder Bombs en est un des ses manifestations. Il s’agit d’un quatuor de Cleveland formé par la charismatique Willow Hawks au chant, à la guitare et au ukulélé (sic!). Ça peut sembler surprenant au départ mais, pourtant à l’écoute de leur premier album, Modern Female Rockstar, l’idée s’avère plutôt bien trouvée.

Avec une interprétation des plus flamboyantes de la part de notre hôtesse, la musique ukulélé punk (parce que c’est le cas ici) de The Sonder Bombs fait plutôt effet à l’écoute des titres bien emballants comme « Atom » en guise d’introduction mais encore « Pot & Kettle » et « Wild ». Ici, Willow Hawks se montre autoritaire et en a gros sur la patate comme l’atteste la chanson « Title » où elle prône pour l’égalité des sexes et l’équité dans le milieu de la musique mais encore sur le très court mais explosif « Shoot 2 Kill » où elle s’imagine un acte de vengeance sur un ex.

Avec ces neuf titres que composent ce Modern Female Rockstar, The Sonder Bombs fourmille d’idées pour les moins originales et arrive à nous convaincre que l’ukulélé dans le monde du pop-punk peut être sympathique. Chapeau à Willow Hawks et ses sbires pour cette idée ingénieuse.

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Antarctigo Vespucci: « Love In The Time of E-Mail »

Sous le patronyme de Antarctigo Vespucci on trouve un duo atypique et incorrect composé de Jeff Rosenstock et de Chris Farren dont le second opus Love In The Time of E-Mail honore ici nos oreilles.

Après une introduction calme nommée « Voicemail » interprétée par Chris Farren, Antarctigo Vespucci envoie la sauce avec des brûlots à mi-chemin entre bedroom-pop et pop-punk. Allant des énergiques « Kimmy » à « Another Good Thing » en passant par « White Noise », « The Price Is Right Theme Song » et « Freakin’ U Out » avec un solo de guitare des plus rayonnants, le duo explore le thème des relations amoureuses à l’ère du digital.

Les nouvelles technologies affectent ainsi notre notion de l’amour à travers des textes qui incitent à réfléchir comme sur « So Vivid », les sonorités noise-pop de « All These Nights » et sur « Not Over ».

C’est à coup de riffs bien incisifs, de boîte à rythme intrépides et de fuzz ambient comme sur « Breathless On DVD » et « Not Yours » que l’on arrive à déceler une vision articulée qui regorge de sublimes perles comme la ballade pop qu’est « Do It Over » ou la plus ambitieuse « Lifelike ».

Antarctigo Vespucci est de retour là où on l’attendait et arrive à nous montrer la bonne voie sur les relations à distance et les réseaux sociaux addictifs.

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Iceage: « Beyoundless »

Depuis leur sortie des confins de la scène underground de Copenhague, autour de 2011, les quatre garçons d’Iceage ont souvent été décrits (entre autres par le grand parrain du punk Richard Hell) comme les « sauveurs du punk ». Une définition bien traditionaliste — quatre jeunes mecs blancs, à l’allure de mauvais garçons — pour une telle position messianique… Mais voilà, Iceage a réellement pondu trois très bons albums sur lesquels les Danois affirment tour à tour leur amour du post-punk, de la no-wave, du hardcore.

Pour ce quatrième titre en règle, le quatuor explore ce qu’on pourrait appeler son côté americana (Thieves Like Us). Banjo, cuivres, accordéon, violon s’ajoutent au mix, autrement déjà plus « épique » qu’à leur habitude. On entend Titus Andronicus, Bruce Springsteen, Nick Cave, au travers d’une guitare qui demeure mordante et rauque (« The Day the Music Dies »). Le titre « Catch It » est d’ailleurs particulièrement catchy. Beyondless est un album rock bien ficelé qui ne regarde pas en arrière, et ça, c’est plus important que les questions d’image.

***1/2

Shame: « Songs of Praise »

Le poète punk britannique Mark E. Smith, meneur du mythique groupe The Fall, s’est éteint voilà quelques semaines. Son oeuvre, narquoise, baveuse, finement écrite mais livrée dans le chaos, a inspiré plusieurs générations de groupes. En voici un autre : Shame, jeune quatuor du sud de Londres qui lance un torride et pertinent premier album. On trouve dans la prosodie pesante du fantastique chanteur Charlie Steen matière à comparaisons avec le style de Smith, surtout sur les brillantes « The Lick » et « Friction, » les deux moments calmes de cet album aux guitares enragées.

Passé l’étrange hard rock de « Dust on Trial, » les chansons plus explosives « One Rizla », la brève « Donk » ou encore « Lampoone empruntent autant au post-punk anglais qu’au rock alternatif américain des années 1980 et 1990, tiraillé entre la mise en valeur du talent mélodique du groupe et l’envie de tout casser à coups de pied en studio. C’est cependant dans le regard oblique qu’il porte sur le monde que Shame se démarque, dans le pur style The Fall.

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AFI: « AFI (The Blood Album)

Davey Havok et ses complices ont survécu à l’apocalypse « emo » et sortent ici, avec le même line-up, leur 10° album en 19 ans. Il faut dire que leur carrière a été erratique après de multiples avanies (un compte Instagram piraté, des informations contradictoires au compte-gouttes) et c’est pour ces raisons que AFI (The Blood Album) était attendu avec circonspection.
Le disque est sans doute un de leurs plus viscéral et d’un attrape-tout qui ne peut que réjouir. Que ce soit les refrains « antnémiques », les « slow burners » et les sentes gothiques les 14 morceaux sont incontournables.

On retiendra l’ « opener » « Dark Show » avec ses vocaux anguleux, l’urgence véhiculée par « Still A Stranger » ou un taciturne « Aurelia » sont les accords en écho nous font parcourir des montagnes russes émotives.
On retiendra aussi le stadium-rock épique de « Beneath You » et, sur un autre registre, le tempo égal de « Feed From The Floor » pour avouter à cette liste de morceaux-phares qui conjuguent le disque.
***1/2

The Wonder Years: « No Closer To Heaven »

The Wonder Years ont permis au pop-punk de se réinventer avec The Greatest Generation en 2013 en apportant au genre une crédibilité dont il vait besoin. Avec No Closer To Heaven le processus continue ; le disque est plus sombre, plus substantiel en particulier grâce à Dans Campbell dont les vocaux conservent cette qualité émotionnelle qui ne peut que nous toucher.

Les titres sont le plus souvent anthémiques et se font aussi cathartiques qu’on pourrait le souhaiter et c’est cette complexité qui fait de No Closer To Heaven un opus dans lequel on a envie de se plonger.

Là encore ça n’est pas la nature des récits (l’amour, la perte) qui importe mais plutôt l’urgence sobre avec laquelle ils sont véhiculés. « Brothers & » est lugubre à souhait, « Cardinals » remue le coeur et « Stained Glass Csiling est tout bonnement venimeux.

Ici la colère est d’autant plus éloquente qu’elle est rentrée de manière crédible ; No Closer To Heaven est à la fois accessible et foncièrement privé. C’est de cette complexité que la vitalité doit naître, et non pas de l’éthique skate-punk qu’elle a trop souvent véhiculée.

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Royal Headache: « High »

Originaire de Sydney, ce quatuor australien semble se ressourcer dans la punk/pop qu’il pratique et qui accentue encore ses influences sur ce deuxième album.

Le premier, éponyme, était fermement planté dans le garage rock et si, son atmosphère évoquait avant tout une promenade sereine dans les quartiers branchés, le tempo s’est encore passablement accéléré.

Les dix plages qui composent High continuent ici sur une cadence moins soutenue mais le tempo reste régulier, voire imposant. Le résultat en est un opus qui avance en ligne droite avec d’évidents clins d’oeil au punk rock anglais engagé avec une conscience de classe encore prégnante dans les années 70.

On retiendra de ceci des titres comme « My Own Fantasy » « Wouldn’t You Know » et « Electric Shock » qui rappelleront The Buzzcoks, The Stranglers ou The Skids.

Ces compositions sont, en tous cas, faciles à aimer même si on ne peut échapper de les comparer aux originaux qui sont si caractéristiquement empruntés.

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Neck Deep: « Life’s Not Out To Get You »

Le fait de haïr la ville dans laquelle on a grandi va de pair avec le pop-punk. Il est donc surprenant que Neck Deep prennent l’approche inverse tant leur deuxième album, Life’s Not Out To Get You tout comme le « single » « Can’t Kick Up The Roots » lui sont dédiés avec humour et ces chorus repris en choeur qui semblent être le signe d’une démarche festive.

Les riffs sont accrocheurs, semblant dédiés à faire le bonheur des « teenagers » mais les textes sont soigneusement encadrés pour que ce qui sonne comme un cri de rebellions puisse bénéficier de l’accord parental.

Les incriminations, « Kali Ma », n’ont rien à voir avec la vindicte et Neck Deep semblent se contenter du plus grand commun dénominateur, celui qui vise à trouver terrains d’entente plutôt que conflit.

Neck Deep manient cet art jusqu’au bout des doigts hormis sur un titre acoustique (!), « December » qui évoque le futur de manière si sombre qu’il ne peut que représenter qu’une chose allant au-delà de la simple simple crise générationnelle.

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