Connan Mockasin: « Caramel »

Connan Mockasin est le nom de scène de Connan Hosford,musicien de pop psychédélique néo-zélandais dont Caramel constitue le deuxième album. L’intégralité de celui-ci sonne comme enregistrée sous l’eau et avec des bandes passées à l’envers, justifiant ainsi le titre sirupeux et « coulant » du disque.

Il s’agit en effet d’un opus dont la psychedelia pop est à son stade le plus extrême, l’emphase étant mise sur la première partie du terme. Caramel est comme un chemin dont l’itinéraire est un gargouillis de textes imprégnés d’eau et dont la nature incompréhensible est compensée, voire étayée, par la tonalité générale de la musique. Ici, il ne s’agit pas d’être dans le réalisme mais plutôt dans un onirisme enfantin où la nature des textes ne serait pas la sincérité mais le baragouinage traitant d’histoires invraisemblables. Les instruments sonnent comme si ils étaient élastiques et l’enregistrement comme si il avait été fait sur une vieille cassette restée trop longtemps sous le soleil ; on arrive, de ce point de vue, à une forme de musique sérielle qui ne serait presque qu’effets sonores, « Why Are You Crying » par exemple où la rythmique est faite de halètements.

La moitié des plages sur Caramel sont nommées « It’s Your Body » et ne se distingue que par l nombre qui figure après le titre. Ces bribes de chansons sont lo-fi, tordues et bruitistes avec des textes la plupart du temps, incohérents et peut-être est-ce dû au fait que Hosford a passé beaucoup de temps à faire partie des musiciens de Charlotte Gainsbourg. Ce qui pourrait être pris pour un cri de baleine dérive, s’éloigne puis réintègre les compositions, leur apportant une vibration propice à la relaxation. Une guitare grinçante frottée contre un haut-parleur s’emploiera à déconstruire ces sensations et, quand Mockasin se décidera à interpréter une chanson « normale » elle sonnera comme du Roxy Music en plein naufrage (« I Wanna Roll With You »). « I’m The Man, That Will Find You » possédera, lui, un groove séduisant et intoxicant et « Do I Make You Feel Shy ? » sera la composition la plus conventionnelle de l’album, une douce chanson d’amour qui sera préservée de les élans bizarroïdes qui l’entoure et qui en prendra d’autant plus de poids.

★★★☆☆

Jacco Gardner: « Cabinet of Curiosities »

La pop psychédélique des années 60 semble être en fort revival avec des groupes comme Foxygen, Mmoss et aujourd’hui un jeune hollandais de 24 ans, Jacco Gardner et son album Cabinet of Curiosities. Ce disque aligne donc ce qu’on nommait à l’époque des pépites, écrites depuis qu’il était encore teenager, avec une assez forte influence additionnelle des Beatles et des Kinks.

L’album est véritablement « vintage » puisque enregistré en analogique et voit Gardner assurer tous les instruments. La question qui se pose logiquement pour ces artistes « vintage », est de savoir si émuler les groupes qu’on idolâtre est suffisant et s’il ne faut pas nom plus procurer un petite plus.

En vce qui concerne Cabinet of Curiosities, il s’agit de bien autre chose que pure imitation. Gardner fait preuve d’une imagination très vive, ne serai-ce que par la thématique féérique qui compose ses morceaux. Le titre de l’album fait, sans doute, allusion à Alice Au Pays Des Merveilles et c’est par rapport à ce contraste entre l’innocence de certaines chansons et les relents seffrayants que d’autres peuvent revêtir qu’il convient d’apprécier l’album.

La qualité onirique de ce monde trouve une transposition idéale sur des compositions à bas de mellotron ou de clavecin baroque comme sur «  The Ballad of Little Jane ». Les vocaux sont iambiques et résonnent en échos kaléidoscopiques, procédés répétés tout au long de l’album comme le carrousel d’une valse mélancolique. On pourrait alors gloser sur ce côté répétitif mais Gardner ne s’en montre pas satisfait. Le disque se termine en effet sur un « Chameleon » dont le titre parle de lui-même. À partir de cette fidélité à une certaine musique, il se pose la question de savoir vers où il va aller. Preuve s’il en est qu’il est conscient que maîtriser une musique qu’on adore ne représente qu’une étape, toute accomplie qu’elle puisse sonner.

★★★½☆