Ai Aso : « The Faintest Hint »

La voix d’Ai Aso est accrochée à une seule voyelle, frémissant comme des ailes d’oiseau qui s’ajustent au vent. Chaque pincement de sa guitare acoustique est encadré par le bout des doigts qui arrêtent prématurément les notes ou grincent la touche pour préparer l’accord suivant. Chaque geste sur The Faintest Hint (l’allusion la plus légère) se voit accorder l’espace nécessaire à l’existence. Chaque syllabe lyrique, chaque résonance de corde. Ils émergent dans l’air, accrochés au silence comme des mobiles en porcelaine, partageant un moment d’intimité avec leur entourage avant de disparaître, offrant l’espace entier à la prochaine proclamation d’Aso. Ce sont des chansons pop lorsqu’elles sont considérées dans leur intégralité. Il y a des couplets et des refrains. Il y a des sentiments manifestes de solennité, de doux espoir, des inclinaisons de nostalgie ensoleillée. Pourtant, là où tant de pop s’effondre dans une explosion de présent, cet album montre clairement l’enchaînement des actions individuelles qui culminent d’une manière ou d’une autre dans le temps qui passe. Chaque morceau est un paradoxe de Zeno ; Aso est tellement envoûté à chaque instant que l’écoulement d’un morceau entier semble être une erreur logique.

L’album aurait facilement pu être réduit à une seule guitare et une seule voix. Lorsque Aso s’étire pour les notes aiguës chuchotées sur « Floating Rhythms », vacillant de la manière la plus exquise, la présence d’instruments supplémentaires aurait été ressentie comme une distraction. La décision d’orner occasionnellement ces chansons de synthétiseurs, d’harmonies ou de boîtes à rythmes n’est jamais prise à la légère, chacun révérant la quiétude exigée par la configuration de base. Les carillons s’égouttent sur les bords de « Move », disparaissant aussi vite qu’ils viennent. La guitare de Stephen O’Malley trace un berceau fantomatique autour du refrain mélancolique de « Gone », qui, de même, refuse de résider plus longtemps que nécessaire. La principale aberration est « Scene » : une ballade dans laquelle Aso est soutenu par les membres de Boris, avec des motifs de brosses comme une pluie légère et des guitares qui se déploient comme des fleurs à l’horizontale. Elle illumine brièvement le terrain qui, autrement, se résigne à l’ombre, agissant comme un dépôt pour l’inclinaison vers l’excès afin que le reste de The Faintest Hint puisse se libérer, sans être gêné par des tentations divergentes, dans le calme.

***1/2