The Monochrome Set: « Fabula Mendax »

26 octobre 2019

Depuis leur reformation au début des années 2010 à la suite de la grave crise de santé de l’auteur-compositeur et chanteur en chef Bid et de son retpur à la vie, le Monochrome Set pparaît comme un phénix dans le petit monde du rock british. Deux splits et deux reformations successives ont permis au groupe de monter en puissance tant dans son environnement musical que dans son écriture, nous offrant à chaque disque un univers bien particulier dont on se demande à chaque fois où il puise toute cette inventivité.
2019 n’échappe pas à la règle et
Fabula Mendax nous propose ainsi de pénétrer le monde d’Armande de Pange, fausse contemporaine de Jeanne d’Arc au 15ème siècle.
Les dix titres de l’album nous entrainent au travers de contrées plutôt sombres et mystérieuses, où la musicalité se veut baroque et très orchestrée de par l’usage de cordes, instruments à vents divers et variés, et de chœurs féminins tout en subtilité prenant place dans cette pop 60s acidulée et colorée.
Le titre d’ouverture « 
Rest, Unquiet Spirit » avec son intro à guitare digne d’un troubadour en goguette plante le décor. Les premiers instruments exotiques font leur apparition, les chœurs à la tonalité empirique donnent une patine déjà très majestueuse alors que nous n’en sommes qu’au tout début.
C’est ainsi que titres atypiques emplis de musique à l’inspiration gothique voir mystique cohabitent avec petites perles pop typiques du son du groupe depuis ses débuts. Guitares folk, petites mélodies au synthé et percussions faisant la part belle aux cymbales rappellent que The Monochrome Set sont là pour nous faire voyager, et la cohérence dans l’enchaînement des morceaux nous permet de nous laisser guider en toute confiance.


« 
Throw It Out The Window » et « My Little Reliquary « nous replongent dans la nostalgie des tubes pop parfaitement calibrés qui passent tous seuls. « Eux Tous » et « Darkly Sly » s’ancrent quant à eux dans cette mystique étrange et terriblement romantique portée par la thématique de l’album. Le timbre de voix profond et pur de Bid sur ce dernier titre nous évoque une prière, glissant sur une mélodie dénudée qui frôle la sacralité.
Sur « 
Summer Of The Demon », Bid conte une aventure qui nous entraine dans des contrées vierges et sauvages, les envolées orchestrales ainsi que les chœurs féminins donnant de la grandeur au tout.
Le blues prend le dessus sur les titres
I » Can’t Sleep » et « Sliding Icicle », toujours avec cette mélodie au synthé si délicieusement 60s. Le périmètre d’action de The Monochrome Set ne connait aucune limite, offrant une diversité qui ne sonne jamais incohérente.
Le titre « 
La Chanson De La Pucelle », belle référence à notre héroïne nationale morte sur un bucher du fait des anglais, clôture le disque de façon particulièrement mélodieuse, le chant tout en justesse et en puissance proclamant que le matin s’annonce clair et brillant et qu’après les ténèbres viendra forcément la lumière.
The Monochrome Set, malgré une discographie très fournie depuis leur rereformation en 2010 (six albums studio), ne souffrent nullement d’un quelconque syndrome d’essoufflement, réussissant à nous offrir à chaque opus des petits bijoux, toujours sous l’influence majeur de cette pop-folk sophistiquée à l’orchestration très riche.

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Siskiyou: « Not Somewhere »

31 mai 2019

Siskiyou n’en est pas à un coup d’essai avec sa folk hybride qui avait peine à choisir entre une certaine tendance au contemplation et une propension à l’expérimentation. On y trouvait parfois son compte, suffisamment en tout cas pour que le combo remette le couvert avec sa pop-folk un peu bricolée telle qu’il nous la propose sur Not Somewhere.

L’album opère un virage vers un style plus épuré, apaisé, presque en apesanteur. Les éléments les plus équivoques ont été fondus dans l’ensemble, et sont donc plus digestes.

Une atmosphère beaucoup plus bucolique et élégiaque habillera ainsi l’ensemble du disque. Homogène et agréable, il s’écoulera et s’écoutera alors comme des jours tranquilles au sein d’un petit cocon préservé des affres de la civilisation. On peut aimer au point de trouver charme à la monotonie générée tant que, comme ici, elle ne rime pas avec ennui.

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Bibio: « Ribbons »

30 mai 2019

Après une parenthèse ambient en 2017, avec Phantom Brickworks, Bibio revient à quelque chose de plus naturel pour lui, à un format chanson pop folk tel qu’on le connait et qui se trouve être un nouveau motif de bonheur et de plaisir absolu.

L’aspect bucolique qui caractérisait ses précédentes productions se décline encore une fois dans des chansons où la nature semble présente à chaque instant ou presque, avec en plus ici des influences irlandaises ou écossaises, matérialisées par la présence presque surprenante de flûtes et de violons aux accents celtiques sur « Curls », « Watch The Flies » et d’autres titres encore.

D’une tonalité globalement mélancolique, et même si l’on pourra danser sur « Old Graffiti », Ribbons n’en reste pas moins un album chaleureux et dans lequel on se sent bien à observer, au travers des carreaux d’une petite maison, la nature et les animaux.

***1/2


Best Girl Athlete: « Carve Every Word »

15 mars 2015

Best Girl Athlete se nomme en vérité Katie Buchan, une jeune (15 ans) écossaise vivant à Aberdeen. Son environnement ne semble pas avoir d’influence sur un musique indie-folk assez chaude et contrastant avec l’innocence qu’on aurait pu attendre de quelqu’un de son âge. Il fait dire que son père, Charley, est un folk-singer assez connu (c’est d’ailleurs sur son label que sort Carve Every Word).

Ce « debut album » porte en effet la marque d’un professionnalisme conséquent et bien avancé avec une production stylisée apportant substance à des récits assez forts comme le sont « Leave It All Behind » ou « Talk » , superbes ballades pop inclinant vers le folk.

Les arrangements sont simples et minimalistes ce qui donne un climat organique à son répertoire et les backing vocals et orchestrations à cordes utilisées avec la discrétion qui se doit à un tel registre. Les mélodies sont attentivement construites même si elles reposent encore sur une certaine timidité ; on notera plutôt le milieu du disque (« All That » et « On My Own ») où Buchan se révèle plus confiante et où se musique se fait assurée.

En revanche, la chanteuse ne se départ pas d’une thématique qui est celle de la vulnérabilité, chose qu’elle n’a, par contre, pas peur de faire partager à son public comme sur le touchant « He’s Calling Me Over ».

Au total Carve Every Word est un album scrupuleusement réalisé, peut-être un peu trop et semblable au travail d’une élève bien appliquée. Buchan possède un talent évident à composer des mélodies où se mêlent pop et folk, et on sent ici une personne qui s’affranchit peu à peu d’une adolescence. Si cet album est un avant-goût, il en est d’autant plus prometteur.

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Ólöf Arnalds: « Tema »

6 novembre 2014

Jusqu’à présent, ce qui distinguait Ólöf Arnalds était son incroyable talent vocal, chose dont elle savait fort bien user. Sa voix, excentrique, faisait penser à une marmité toujours sur le point de bouillir, mais ici elle prend des tonalités délicates, surprenantes pour ceux qui la connaissent, qui fournissent un contre poids idéal à des back beats funky et solides; le tout formant ainsi une fort jolie structure.

Il ne faudra pas néanmoins se leurrer sur la nature qu’elle a décidé de donner à son registre ; le contexte lyrique ainsi que les textes ont, en fait, tendance à vous aspirer plutôt qu’à vous effleurer. Sous ces climats oscillants, la vocaliste a, en effet, une façon de vous faire contempler l’existence d’une manière beaucoup moins fragile ou éthérée qu’en apparence.

« Defenfing Gender » voit d’ailleurs l’entrée d’une voix masculine mais, tout en apportantt un joli contraste, sonne tout à fait plate à côté de celle de Arnalds. Ce qui fait que, au lieu d’amplifier le timbre de cette dernière, elle rend l’exercice maladroit et presque laborieux.

Ses tonalités, vacillant entre amour et haine, ne deviendront alors le facteur décisif qu’au fur et à mesure que Palme progresse ce qui fait que, au bout de plusieurs écoutes, le charme semble disparaître.

On peut néanmoins souligner la parfaite harmonie entre production et voix, laissant les choses en état et relativement simples. À l’inverse de beaucoup de disques de ce type, Arnalds a résisté à la tendance d’en trop rajouter ce qui permets à certains titres, « Gipping » par exemple, d’être particulièrement saisissants.

On regrettera quelques incursions bruitistes (les jeux vidéos sur « Half Steady ») tout en pensant qu’avec un « sequencing » autre et des mélodies plus fortes, l’album aurait été plus intéressant voire passionnant.

**1/2