Ren Harvieu: « Revel in the Drama »

15 avril 2020

Revel in the Drama est le follow-up de Through the Night de l’auteure-compositrice-interprète britannique Ren Harvieu et il conserve la plupart des influences rétro pétillantes de l’opus initial. Mais comme cette sortie a eu lieu il y a huit longues années et qu’elle na ps véritablement déchaîné les passion, elle ressemble à un nouveau départ pour l’opulente vocaliste. À moins qu’elle ne soit une nouvelle introduction à un talent qui devrait faire tourner les têtes.

Harvieu a rencontré e frontman de Magic Numbers, Romeo Stodart, en 2015 et a passé la majeure partie de deux ans à co-écrire et à collaborer sur ces douzaines de chansons. À égalité avec Phil Spector, Dusty Springfield, Shirley Bassey, Duffy et Lana Del Rey, Harvieu travaille sur le territoire de la pop rétro sur grand écran servie qu’elle est par une voix étonnante, alternativement puissante, innocente et sexy. Ceux qui apprécient l’album Goodnight Rhonda Lee de Nicole Atkins, bien accueilli en 2017, graviteront autour de cette tranche de pop aux influences « torhy » des années 60 et à son registre similaire.

Leiber & Stoller ont dit : « Nous n’écrivons pas de chansons. Nous écrivons des disques », et cela pourrait s’appliquer à ces compositions. Tout comme ses influences, il y a peu de rock approximatif sur Revel in the Drama malgré l’ouverture martelée qu’est « Cruel Disguise ». Il s’agit plutôt d’une alternance de chansons mélodramatiques et fantaisistes, entièrement formées et arrangées de façon élaborée, qui auraient pu être incluses dans une comédie musicale de Fred Astaire ou une production de Shadow Morton Shangi-Las… ou les deux. La musique se gonfle et palpite d’orchestrations luxuriantes et de guitares occasionnelles, la voix d’Harvieu menant avec ses réverbérations quasi opératiques. Pensez à Roy Orbison tel que canalisé par K.D. Lang et vous aurez une idée de la pop étincelante qui se dégage de morceaux comme « Teenage Mascara » et « Curves & Swerves ». Sur ce dernier, elle chante d’une voix feutrée mais déterminée cette phrase emblématique : « Peut-être que je suis beaucoup trop pour un garçon comme toi ».( Maybe I’m much too much for a boy like you)

Comme les influences mentionnées il y a ici beaucoup de sexualité sous-jacente. De « My Body She Is Alive » à la sensuelle batterie de battements de cœur qui se propage dans « Yes Please » »avec des textes comme «  Nous pouvons jouer aux aveux les plus sombres/ Mais tu dois te mettre à genoux… Es-tu sûr de vouloir jouer avec le feu ? »(We can play out all your darkest confessions/But you gotta get on your knee…Are you sure you want to play with fire), un album qui, donc, permet d’occuper son esprit.

La somptuosité, la peluche et l’ambiance somptueuse de chansons comme « This Is Our Love » avec ses cordes chatoyantes, son vibraphone et sa pédale en acier rendent le style d’Harvieu unique, certainement dans la musique contemporaine, mais aussi comme une combinaison de styles plus anciens, généralement noirs, que l’on trouve souvent dans le catalogue American Songbook. Il faut espérer que cet album en peluche, magnifiquement arrangé et produit, obtiendra plus de visibilité que sa précédente sortie ; il serait frustrant de devoir attendre encore huit ans pour sa suite.  Ne reste plus qu’à suivre les conseils de son titre et de savourer le drame (Revel in the Drama).

****


City and Colour: « A Pill for Loneliness »

22 février 2020

Après six albums studio sous le patronyme de City et Colour, Dallas Green semble avoir tout compris. Pour ceux qui ont écouté City and Colour depuis sa création, la voix apaisante de Green, les visuels saisissants de ses paroles et les chansons relaxantes de A Pill for Loneliness ne surprendront pas. Mais même aujourd’hui, quatorze ans après la sortie de Sometimes et quatre ans après la sortie de son dernier opus, If I Should Go Before You, il parvient toujours à essayer de nouvelles choses et à expérimenter de nouveaux sons.

L’écriture douce et le style vocal caractéristique de Green sembleront très familiers sur ce nouvel opus, mais là où cet album se démarque, c’est dans les éléments orchestraux. Des guitares luxuriantes et un travail vocal époustouflant sont superposés sur des cordes éthérées et d’un autre monde pendant une grande partie de l’album, ce qui le distingue des précédents travaux de City and Colour sans aliéner les fans. Là où l’album manque de grands titres en matière de compositions, il le compense par une écriture magnifique et des visuels vifs et lyriques.

Le plus de cet album est qu’il est rarement ennuyeux ou édulcorér. Bien qu’il y ait beaucoup de chansons douces sur A Pill for Loneliness, et que les mélodies vocales puissent sembler un peu familières par rapport au travail précédent de City and Colour, aucun tite ne sonners exactement de la même façon. « Living in Lightning », par exemple, est une introduction étonnante à l’album qui donne vraiment le ton et renforce son écriture spectaculaire. « Astronaut » suit le même chemin alors que le troisième titre, « Imagination », accélère le rythme, porté qu’il est par un solide travail à la batterie et à la guitare. Alors que « Difficult Love » évoque un amour de jeunesse avec des sonorités douces-amères mais chaudes, « Me and the Moon » est très théâtral, porté principalement par des instrumentaux ambiants. Des chansons telles que « Mountain of Madness » et « Song of Unrest » sont très sombres et menaçantes, ce qui contraste fortement avec le grand et joyeux « Strangers » et le très beau et déchirant « Lay Me Down.

A Pill for Loneliness porte bien son intitulé ; a un peu de noirceur sous les magnifiques instruments, ce qui vaut la peine de l’écouter pour bien la saisir. A chaque écoute, on sera sûr de trouve run nouveau détail à apprécier. À ce stade de sa carrière, Dallas Green a clairement établi un son luxuriant très distinct avec City et Colour, principalement grâce à ses mélodies vocales instantanément reconnaissables, mais même sur cet album, il parvient à expérimenter davantage en jouant avec des arrangements plus orchestraux d’une manière qui donne toujours fraîche et agréable.

****


Bayonne: « Drastic Measures »

5 décembre 2019

En 2016, un jeune musicien multi-instrumentiste surnommé Bayonne est sorti des sentiers battus avec son premier album intitulé Primitives. L’artiste ne vient pas de Bayonne mais d’Austin et il nous avait délivré un disque riche en émotions. Il en est de même pour son successeur intitulé Drastic Measures.

Très vite, on se rend compte qu’on aura affaire à un disque pas comme les utres ; Il suffit d’écouter les premières notes de « QA » pour se rendre compte du talent du musicien et cela se confirme avec les arrangements orchestraux menés au clavier des morceaux touchants comme « Same » et « Enders ».

Avec Drastic Measures, Roger Sellers sait conjuguer pop baroque céleste et dream-pop synthétique sans jamais perdre une once d’inspiration. Que ce soit sur « Gift » mais également sur « I Know » et « Uncertainly Deranged », les synthés scintillent tandis que la voix du musicien d’Austin brille de mille feux et c’est à cela que l’on reconnaît la magie du bonhomme. C’est d’ailleurs pour cette raison que des titres comme « Kind » et la conclusion nommée « Bothering » illustreront somptueusement un opus qui laissera rêveur et perclus de sensations.

****


Blaenavon: « Everything That Makes You Happy »

25 novembre 2019

Deux ans après leur premier album, That’s Your Lot, reçu pas avec des louanges, Blaenavon reviennent avec ce deuxième opus,uUn disque qui aura été accouché dans la douleur car chanteur du groupe, Ben Gregory, est souvent hospitalisé pour dépression.
Nombre de textes de cet album, notamment ceux de « Fucking Up My Friends », font d’ailleurs référence à cet épisode. Cette crise vécue par le chanteur explique peut être pourquoi ce disque suinte en permanence la vulnérabilité et la sensibilité. Ces sentiments que l’on perçoit morceau après morceau et qui rendent l’album si précieux.
Produit au Studio Eve de Manchester par Catherine Marks qui a travaillé notamment avec Wolf Alice et Foals, cet album s’inscrit dans la grande tradition de la pop sophistiquée britannique. On pense à cet égard à « Skin Scream », titre sur lequel la voix de Ben Gregory fait des merveilles. L’excellent « single » « Catatonic Skinbag » n’est pas caractéristique de l’album avec un son très influencé par les Pixie alors que tout le reste du disque ne sera fait que de pop songs et de ballades.


On pourra être charmé par « I Want You » qui ouvre magnifiquement l’écoute, une popsong superbe et emphatique. Sur leur premier album, Blaenavon avaient montré à quel point ils étaient capables d’écrire de superbes morceaux pop à l’immédiateté évidente. C’est encore le cas ici avec « Fucking Up My Friends » ou « All Your Vanity », sublimes pop songs aussi efficaces que brillantes.
Le groupe se montrera également toujours aussi doué pour la ballade avec « Quiet In Your Heart/Alone In Love », titre acoustique et autre grand moment de l’album. Celui-ci s’achèvera sur « Everything That Makes You Happy », un morceau là encore un peu différent des autres puisqu’il sonne très lo-fi US. Même dans ce registre que l’on pourrait penser éloigné du leur, Blaenavon se révèlerint enchanteurs.
S’il est des groupes qui ne se remettent pas du passage dépressif d’un de leurs membres, Blaenavon sont sortis renforcés de cette épreuve pourtant difficile. Il en résulte un disque qui confirmera que les espoirs placés en eux n’étaient pas feux de paille.

***1/2


Sean O´Hagan: « Radum Calls, Radum Calls »

21 octobre 2019

Ce nouvel album de Sean O’Hagan est le deuxième en 29 ans sous son nom propre. Pour ce représentantde la ligne pop claire, décision a été prise de « Voyager léger ». Et sa production tend une nouvelle fois vers des sommets déjà touchés par les Grands Anciens de la Pop. Grands Anciens dont l’esprit est parfois resté embrumé, grisé par l’ivresse des cimes, Brian Wilson en tête. Épaulé par son vieux complice de Microdisney, Cathal Coughlan, le leader des fabuleux High Llamas, lui, a su rester l’esprit clair et ouvert. Les mélodies de ce nouvel LP relèvent aussi bien des canons pop que de l’electronica cher au groupe franco-britannique Stereolab, dans lequel le multi-instrumentiste a joué entre 1993 et 1994 et qu’il accompagne encore parfois lors de concerts.

Le ton de l’album tout entier est donné par le single « On a Lonely Day (Ding, Dong) ». Sean O’Hagan nous emmène dans un monde de bulles de savon que l’on se plaît à observer grossir et dont on ne sait où elles vont aller lorsqu’elles s’envolent, nous échappent et que l’on espère, en retenant notre souffle, qu’elles n’éclateront pas. La vie est ainsi vue à travers le prisme déformant de ces globes éphémères aux trajectoires aléatoires.

Du duo amoureux « Take My Steps (Nora Bramms) » en passant par « I Am Here » à l’atmosphère féerique ou encore l’instrumental « Better Lull Bear » jusqu’au presque easy listening « Clearing House », les titres nous entraînent dans le monde fantasque et ironique du chanteur où le temps qui passe est suspendu, le temps d’un album, le temps d’une bulle de savon…

Sean O’Hagan demeure depuis plus de trois décennies parmi les orfèvres pop les plus précieux de notre époque. Gageons que le garçon continue à se payer le luxe d’être toujours léger et à ne pas être avare de sa production (seul ou bien accompagné), afin que nous puissions le plus longtemps possible en profiter. Nous répondrons toujours présents à l’appel.

****


My Life Story: « World Citizen »

9 octobre 2019

My Life Story avait signé, dans les années 90, un opus mémorable, Mornington Crescent à une une période où la britpop avait le vent en poupe. Depuis, le groupe de Jake Shillingford a évolué dans un registre plus original où se mêlaient pop traditionnelle et musique de chambre et dans lequel la critique avait trouvé le chaînon manquant entre Blur et Divine Comedy, entre mélodicité et flamboyance.

Quelques albums plus tard, World Citizen, précédé par un « single » «  Taking on The World » qui avait séduit se compose ou se décompose par une série de chansons pop proches de la perfection, uptempo, sentimentales et globalement emballantes comme le classique « No Filter » qui ouvre le bal. Le ton est un brin nostalgique mais l’outrance contenue et l’émotion omniprésente. Ces retrouvailles sont belles, précises et parfaitement contrôlées. Ce qu’est tout autant le très beau « Broken » avec son attaque acoustique implacable et la voix de Shillingford en grande forme.

Les textes sont à l’encan ; posant la question de la confiance, de la sincérité, les grands sentiments qui nous éloignent d’un quotidien dont la côté prosaïques est considéré comme banal voire vulgaire.

Pour s’éloigner de la facilité que procure le côté « cheap » qu’aurait une démarche pop stricto sensu, le groupe a enregistré l’album avec un orchestre entier de plus de 40 pièces à Budapest et… via skype. Ce son naturel est un atout majeur pour le disque qui bénéficie d’une production ample et à la hauteur des ambitions toujours démesurées de Shillingford.

Le leader du groupe n’a rien perdu de son sens mélodique et de sa capacité à nouer des motifs pénétrants. « Sent From Heaven » est une chanson magnifique, simple et efficace avec cette retenue qui contrebalance les effets ampoulés et, dela même manière, « The Rose The Sun », transformera une chanson en apesanteur de façon subtile, élégante et poétique.

On ne trouvera ici rien de fondamentalement audacieux ou de transcendant là-dedans mais une sincérité totale et une justesse dans l’émotion et une foi absolue dans le pouvoir de la pop qui font souvent frissonner. Shillingford a toujours été pleinement engagé dans cette pop sans double fond, à la fois naïve et complètement démodée, mais aussi immédiatement séduisante et fédératrice.

World Citizen profite du charme de la redécouverte pour s’imposer comme quelque chose de paradoxalement nouveau et… qui ne se pratique plus guère de nos jours. C’est beau, grandiose même, brillant à bien des égards. Shillingford joue la proximité jusqu’au bout en faisant le crooner désolé et pastoral sur « A Country With No Coastline », avant de délivrer une stupéfiante et hypnotique performance sur le magnifique final, « Overwinter ». Loin de sa caricature, le groupe enchante une dernière fois avec un titre sombre et sobre qui évoque la fin d’une relation d’une façon bouleversante. Ce morceau suffit à lui tout seul à justifier l’écoute de ce disque du retour.

World Citizen est un album glorieux et l’une des plus belles sorties du néant qu’on ait vue depuis quelques années. On ne sait pas s’il donnera lieu à autre chose mais retrouver My Life Story après tout ce temps interroge sur ce qui est moderne et ce qui ne l’est pas, sur la valeur des musiques conservatrices par rapport aux prétendues nouveautés qui nous agitent d’ordinaire.  On peut sûrement être d’hier et d’aujourd’hui avec la même innocence et la même intensité, et y trouver son compte. World Citizen prouve qu’on peut voyager dans le temps pour le plaisir.

****


Blueboy: « If Wishes Were Horses »

4 octobre 2019

Publié en 1992, If Wishes Were Horses des Blueboy était devenu un disqued’anthologie, un classique. Il ressort aujourd’hui et nous offre une excellente occasion de le (re)découvrir.
Ce chef d’oeuvre sorti en catimini est le premier disque des Blueboy, un trio composé de Keith Girdler, de Paul Stewart et de Gemma Townley. Après avoir publié une paire de « singles », ces trois Anglais originaires de Reading réalisent un coup de maître avec ce disque hors du temps et hors-sol, les chansons sont un régal absolu.

Les cordes des guitares de Paul Stewart et de Harvey Williams nous font quitter notre quotidien morose pour un paradis pop où la bossa nova des Pale Fountains danserait avec la pop des The Field Mice. La voix de Keith Girdler est le coup de grâce de cette affaire. Comment résister à « Sea Horses » quand on est normalement constitué ? Comment ne pas être hypnotisé par « Fondette »?

****


The New Pornographers: « In The Morse Code Of Brake Lights »

29 septembre 2019

Voilà daux ans, The New Pornographers avait effectué son grand retour avec Whiteout Conditions. Le légendaire groupe canadien avait beau être amputé d’un de ses membres phares, Dan Bejar, cela ne l’avait pas empêché pour autant eux de viser et d’atteindre le toujours plus haut. Le combo poursuit cette même volonté sur un huitième opus intitulé In The Morse Code Of Brake Lights.

Kathryn Calder, Neko Case, Carl Newman et les autres remettent la machine en route avec ce nouvel album qui se veut plus centré sur les crises sociétales qui, aujourdhui, reflète un malaise général grandissant et persistant. The New Pornographers parvient à retranscrire cette ambiance à travers des influences des plus baroques comme l’attestent des morceaux tels que l’introductif « You’ll Need A New Backseat Driver » mais également « The Surprise Knock » qui suit ainsi que un « Colossus Of Rhodes » aux cordes synthétiques au plus bel effet.

Ce sera Neko Case occupera le devant de la scène en nous offrant des prestations mémorables, à l’image de « Falling Down The Stairs Of Your Smile » et « One Kind Of Solomon » où son alchimie avec Carl Newman reste intacte. Ce sera à travers ces sujets morbides contrastant avec des arrangements plus élégantes que The New Pornographers arrive à tirer une fois de plus son épingle du jeu. On pourra citer, entre autres, les titres roiyaux ets glorieux que sont « Higher Beams », « Dreamlike And On The rush » ou bien encore un « Need Some Giants » qui montre que le gang américano-canadien n’a rien perdu de son inspiration même sans ses membres fondateurs.

Avec In The Morse Code Of Brake Lights, le combo reste égal à lui-même grâce à son indie pop teintée de power-pop aux arrangements toujours aussi riches en surprises, et, par ses considérations sur l’état du monde, il parvient à nous le révéler d’une manière toujours aussi velle même si ambiance n’est pas, et c’est un euphémisme, au beau fixe.

***1/2


Palace: « Life After »

3 juillet 2019

Ce trio londonien revient avec un second album onirique, qui ancre le groupe dans une pop harmonieuse à souhait.
Palace donne suite ainsi à un premier album So Long Forever qui avait suscité en l’intérêt et la reconnaissance des médias et du public anglais. Celle-ci s’intitule, presque logiquement, Life After et, forte de ses onze titres, vient confirmer le talent des jeunes londoniens dans un registre rock atmosphérique particulièrement rafraîchissant.
La voix du leader Leo Wyndham gagne encore plusen profondeur et son timbre glisse de façon habile sur des mélodies qui, au travers de la totalité du disque ,offrent un écrin tout en douceur.
Inutile de chercher envolées de guitare ou accélération du rythme, les titres suivent un fil conducteur basé sur la ballade douce et très romantique. Néanmoins, point d’ennui car l’orchestration des morceaux est très soignée. Les chansons se construisent autour d’un air de guitare qui est mis en exergue par la présence de violons ou par des mélodies synthétisantes aux sonorités très oniriques. La batterie est bien sûr présente mais reste subtile et tout en précision.


Le titre d’ouverture « Life After » pose le décor en évoquant la nécessité de sortir de l’ombre, de se relever à la suite de périodes difficiles : « I’m writing this song, help you breathe again ». Tel est le thème de ce disque exprimé au fur et à mesure des titres grâce à des sonorités pop particulièrement harmonieuses. On pourra, toutefois, regretter le côté linéaire de ce parti pris, car des morceaux comme « Younger » et « No Other » auraient mérité d’être poussés au-delà des limites que la tonalité du disque impose. Seul le « single » « Running Wild » sortira du lot avec son riff de guitare un peu plus dominant.
L’album se terminera avec le titre « Heaven Up Her »e qui, du long de ses sept minutes, offre un final où les différents sentiments ressentis tout au long de cette jolie odyssée musicale se mêlent et offrent une conclusion plus que convaincante malgré sa linéarité.

***


Elva: « Winter Sun »

3 mai 2019

Les opposés s’attirent et sont faits pour se rencontrer, dit-on. Winter Sun, le premier album d’Elva, groupe à deux têtes bien faites et bien pleines, en est une preuve.
Le duo, d’abord. Elizabeth Morris, déjà bien connue pour avoir fait partie des Allo Darlin’, dont l’album Europe notamment avait déjà été repéré par les radars de la pop, est australienne d’origine et son compagnon Olla Innset, a œuvré au sein de quelques groupes norvégiens. L’Australie / La Norvège, le nord / le sud, le chaud / le froid…
Le titre de l’album, ensuite. Winter Sun, ce serait presque un oxymore mais sont en fait deux termes que rien n’oppose mais qui, au contraire, rapprochent les esprits… et les oreilles.
La pochette, enfin. On retrouve, là encore, cette dualité dans l’illustration de l’album avec la verdure, la luxuriance de la nature qui enserre tel un écrin une bulle glacée de blancheur hivernale.

Et la musique, dans tout cela ? L’album a été enregistré à l’automne 2018 dans un studio en pleine forêt suédoise. On peut penser que la quiétude des lieux a dû grandement favoriser l’énergie créatrice du couple qui se partage le micro. Les arrangements vocaux sont cristallins comme l’eau d’un ruisseau de montagne. D’ailleurs, en Norvégien, « Elva » signifie fleuve.

C’est vrai, à l’écoute des dix morceaux qui composent cet opus, on est en terrain connu. On pense à Belle and Sebastian ou encore à Camera Obscura, entre autres. On pourrait dire que c’est du folk à la sauce norvégienne mais cela serait très réducteur. Car confort ne signifie pas facilité. Les paroles sont belles, intelligentes, profondes et empreintes parfois de mélancolie. Le couple est bien dans son époque, enjoignant l’auditeur à vivre le moment présent et à lâcher des yeux les écrans (« Dreaming With Our Feet) ». L’atmosphère se fait tantôt sereine comme sur le morceau « Harbour in the Storm », tantôt plus agressive avec la présence de guitares distordues qui apportent ce qu’il faut de punch à la mélodie très accrocheuse de « Airport Town. »

Winter Sun est album très plaisant à qui donne envie de se laisser porter par le délicieux flot de sa rivière quitte à en être submergé.

****