Mutuel Benefit: « Thunder Follows The Light »

Cela fait deux ans que John Lee a sorti son « debut album » Skip A Sinking Stone. C’était un disque à la beauté festoyante mais une joliesse délivrée avec retenue. Lee est de retour sous le nom de Mutuel Benefit, un ensemble où il est escorté d’une flopée de musiciens et l’ambition de sortir un opus encore plus ambitieux, tout en restant dans le registre de l’intimité.

Thunder Follows The Light mêle toujours Americana folk, instrumentations orchestrales et tonalités électroniques prodiguant une toile de fond sonique. Les thèmes demeurent toujours identiques ; l’amour, la perte la mort et la renaissance. Celle-ci s’exemplifiera par le schéma typique qu’est la destruction du monde externe et sa résurgence dans un autre univers plus intérieur.

Le titres reprennent ce « road album » émotionnel ; « Waves Breaking » et « Montain Shadow ». Le premier est construit sur une guitare nonchalante qui sonne peu à peu suite à un saxophone qui s’enflera et sera accompagné d’un piano et de percussions, le tout bâti en crescendo.

C’est là que l’on s’aperçoit en quoi le travail de John Lee a pris ampleur et souveraineté. Cette emprise sur le répertoire et les arrangements lui permet d’édifier quelque chose d’impérieux rendant somme toute logique la suite d’accords accrocheurs qui nourrira un « Mountain Shadow » où la steel guitar et l’électronique en filigrane feront ménage idéal.

Thunder Follows the Light est un opus qu’il faut prendre en pleine figure dont la délicatesse a besoin d’être réévaluée. Il conviendra de creuser sous la surface éthérée pour laisser l’album prendre vie et chair et gratifier celui qui aura la patience de s’y immerger.

***1/2

Natalie Prass: « Natalie Prass »

Natalie Prass est avant tout connue comme membre du groupe accompagnant Jenny Lewis mais c’est aussi un auteur/compositeur qui sort, enfin, son premier album, éponyme, marquant son arrivée talentueuse dans une soul injectant un parfum particulier dans la country mélancolique de l’artiste.

Stylistiquement en effet, Natalie Prass est une création intéressante mais aussi familière. La patine qui le définit a cet éclat soul qui apporte un support soyeux à une voix délicate et à des compositions aux arrangements parfois exagérés.Ceux-ci sont l àpour donner un peu plus d’ampleur à ces « torch songs » que sont ses récits d’amours brisés ou de romances non abouties y compris dans un trompeusement enlevé « Bird of Prey ».

La voix de Prass n’est pas de celle qu’on associerait immédiatement à ce type de répertoire car elle est plutôt cadencée et profonde mais son lyrisme est contrebalancé par un refus d’occuper trop de place et il permet d’offrir un contrepoint harmonieux aux éclats de cuivres brillants et colorés et aux shuffles lancinants du piano.

Sur la chanson phare, « Why Don’t You Believe In Me », Prass se montre à l’aise dans le soupir tout comme dans l’exaltation. Le résultat est cathartique plutôt qu’imprégné de nostalgie ce qui la rend plus proche de Rita Coolidge que de Dusty Springfield.

Le « closer », « Is It You », marque un tournant abrupt dans le territoire du théâtre musical ; ici les cordes sont explosives et enthousiastes et les flutes ont des trilles plaines de pétulance ; comme personnification de Judy Garland on est pas loin de la perfection mais le climax de l’album sera atteint par un « Violently » dont le titre capture à merveille la ferveur des cordes. C’est cet élément de regret asséné avec force qui donnera toute sa saveur à ce qu’une romance douloureuse peut véhiculer de douceur.

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