Sorry: « 925 »

28 mars 2020

Venu du Nord de Londres, Sorry est un duo féminin composé de Asha Lorenz et Louis O’Bryen et dont 925 est le premier album. Ses membres ont travaillé avec le coproducteur James Dring pour créer une variété de chansons dream-pop lynchiennes inspirées par Tony Bennett et Aphex Twin.

En parlant de David Lynch, l’ouverture de l’album « Right Round the Clock » ressemble à un morceau de la partition de Twin Peaks avec des bribes de cuivres, des moments jazzy, une voix double et éthérée et des phrases de type « She rolls around with an entourage, she’s all dolled up like a movie star » (Elle se roule avec un entourage, elle est toute habillée comme une star de cinéma). Ensuite, passage à un son qui se situe quelque part entre Ian Dury et Dry Cleaning alors que le groupe parle de « fuck me eyes » et discute de mettre une fille dans un film personnel pour tenter de la rendre réelle. « In Unison » a des tons plus mystiques et des paroles plus sombres : «  They fall asleep and drop like flies and it makes me cry; ‘One day we’re here and one day we die »(Ils s’endorment et tombent comme des mouches et ça me fait pleurer : Un jour nous sommes ici et un jour nous mourons). « Snakes » sera plus séduisant et sombre, dans un style similaire à celui de Nadine Shah – et là encore, il contient des paroles qui ouvrent les yeux sur une référence à des baisers et lau sexe en pleine confusion : « I never thought about you in your underwear because I didn’t really care what was under there ». ( Je n’ai jamais pensé à toi en sous-vêtements parce que je ne me souciais pas vraiment de ce qu’il y avait là-dessous).

« Starstruck » s’ouvrira sur des riffs de guitare à la manière des Stones et des vibrations britpop, tandis que le morceau central de l’album « Rosie », arborera un ton conversationnel qui s’échauffe rapidement (« I love you, Rosie », « I need you, Rosie », « Fuck you, Rosie ») et « Perfect » se transformera, lui, en un hymne indie à l’américaine avec des éléments de Sleater-Kinney et de Pavement – mais avec plus de jeu vocal : «  t’s your choice, you know where the door is… You know I adore you’; ‘I’m perfect… You’re not worth it » (C’est ton choix, tu sais où est la porte… Tu sais que je t’adore ; « Je suis parfaite… Tu n’en vaux pas la peine).

Il y aura, également, des vibrations de chamber-pop cinématographique sur les inflexions vocales de « As the Sun Sets », tandis que « Wolf » délivrera un son pop anxiogène avec une basse apocalyptique et que « Rock ‘n’ Roll Star » donnera un peu comme du Nina Simone d’avant-garde, alors que le groupe parle d’une expérience avec une « rock ‘n’ roll star délaissée » : «  We fucked all night, stayed up late, felt my assets fall away ». (On a baisé toute la nuit, on a veillé tard, on a senti mes atouts s’effondrer). « Heather » ressemblera aux Carpenters qui jouent des chansons de Moldy Peaches, tandis que les guitares sse montreront enflammées par le grungey et déformées par « More » : « Give me something to look at » ; « Don’t give me too much, just give me enough » (Donne-moi quelque chose à regarder, Ne me donne pas trop, donne-moi juste assez).

Le groupe se transforme ensuite en twee indie-pop sur l’avant-dernier « Ode to Boy » at une phrase emblématique du tandem : « This is an ode for you, my boy. This is an ode for joy because there’s no joy «  (C’est une ode pour toi, mon garçon. C’est une ode à la joie parce qu’il n’y a pas de joie) et que le disque se terminera par « Lies (Refix) » – une chanson intense et expérimentalement sombre avec des paroles façon courant de conscience : « Life feels like it’s just based on the weather and I make lies like we should be together » (La vie semble être basée sur le temps et je fais des mensonges comme si nous devions être ensemble).

On ne sera donc pas déçu (sorry) si on prend le « risque » de rencontrer les demoiselles à l’heure sans doute indiquée sur ce 925.

***


Aneurysm: « Awareness »

8 février 2020

Ce combo de Boston fait du bruit depuis des années. Avec une pochette de Mark McCoy (Youth Attack) et enregistré aux God City Studios, Awareness est l’évolution d’un groupe qui avance férocement et exemplifie parfaitement la notion de chaos contrôlé ; à savoir s’attacher sur le bord d’un escalier, mais ne jamais tomber complètement dans le sous-sol sale et humide. Aneurysm apporte des rythmes de conduite solides qui vous frappent implacablement en plein visage et vous écite la rupture d’anévrisme

Si vous n’avez pas votre compte de tires aux intros sinueuses, Aneurysm saura remédier à cela à grands renfort de frappes dures et précises, fortes et vrapides. La prise de conscience est une punition, tout comme le BDSM consensuel est une punition. Vous serez en sueur, fatigué et peut-être blessé, mais c’e sera bon, bruyant, grunge et pourtant complètement efficace. Il n’y a pas de moments perdus et tout se concentre sur une chanson qui durera deux minutes maximume ; juste assez pour pouvoir les mettre sur un disque.

La musique et les voix sont toujours soutenues et se construisent de manière à provoquer une réaction vraiment viscérale. Aneurysm est un incroyable mariage de noise rock et de grunge précoce ; des rythmes crasseux et épais avec des guitares qui déchirent ainsi que des voix qui sont plus Mark Arm que David Yow et sont vraiment le moteur de Awareness

Le premier morceau, « Sorry Dad », est un véritable banger qui préfigurera ce dans quoi vous allez vous engager. « National Embarrassment » et » »Handbook for the Recently Diseased » contiennent tous deux certaines des meilleures lignes de basse entendues depuis longtemps et « Newpor » » est un numéro de grunge rebondissant qui aurait pu être trouvé sur une des premières compilations de Sub Pop. Si vous aimez le côté bruyant et sale du punk, vous ne pouvez pas vous tromper avec Awareness. Il n’y a pas un seul mécompte sur cet album, juste vingt-cinq minutes de bonheur total.

****


Pop .1280: « Way Station »

15 décembre 2019

En 2016, le groupe new-yorkais Pop .1280 avait marqué le coup avec leur album Paradise. À mi-chemin entre rock industriel et post-punk noisy, la formation a fait forte impression. Trois années se sont écoulées et ils nous prouvent qu’ils n’ont rien perdu de leurs atouts avec Way Station.

Pour ce nouveau disque, Pop .1280 opte pour un changement drastique et s’assagit quelque peu sur des titres plus intimistes comme « Boom Operator » en guise d’introduction mais également « Under Duress » et « Doves » qui synthétisent cette ambiance bien froide.

Avec les machines qui prennent une place prépondérante dans des compositions synthétiques et hypnotiques à l’image de « Hospice », « Empathetics » ou bien même de « Leading The Spider On », Pop .1280 reste droit dans ses bottes en nous proposant une palette musicale des plus diversifiées. Entre deux instrumentaux (« The Deserter », « The Convoy ») et rythmes martiaux (« Home Sweet Hole »), les new-yorkais font parler leur univers anxiogène et ce Way Station ne déroge pas à la règle. Varié et intimiste, ce nouvel album les affiche sous un nouveau jour.

***


Buildings: « Negative Sound »

26 novembre 2019

Buildings mise une fois de plus sur la sobriété de son rock frontal, et dépose avec Negative Sound un quatrième album inquiet, et inconfortable, un inconfort nourri d’observations sociétales et de sombres expériences intimes, ici lâchées dans la puissance originelle des amplis avec, en ligne de mire, la volonté de susciter l’angoisse.

Aussi noise qu’abrasif, le trio de Minneapolis s’expose sans faux-semblants, au fil de riffs toujours aussi bien sentis et de sombres déflagrations, sans pour autant s’enliser dans le pessimisme. Musicalement, les dix titres de Negative Sound ne laissent place à aucun hasard, cherchent plutôt l’immédiateté d’une musicalité instinctive.

Les cordes tremblent, on ressent la robustesse du propos dans une énergie distillée aux bons endroits, laissant tour à tour place à des dissonances obstinées et des rythmiques imparables (« A Good Hill To Die On », « Felt Like A Perfume », « Piss Up A Flagpole », « Human Filter »). : ça marche plus que bien tant ça respire le noise rock pur et dur, la frénésie destructrice.

§

On ne manquera pas de souligber la voix rageuse de Brian Lake finissant d’embellir le tout, et ce même lorsque le groupe joue mid-tempo (« Dying Nasa Scentist », « Thumb In The Eye) ».

Buildings n’étant pas né de la dernière tendance, quelques influences de jeunesse refont surface lorsqu’il alourdit ses accords tranchants (« Sit With It », « Bear The Dog », « Certain Women »). Sans singer pour autant, ces relents nineties n’ont rien de ces pétards mouillés que l’on tente en vain de rallumer, mais s’exposent de façon honnête et légitime jusqu’à permettre au groupe d’asseoir, au passage, son identité unique.

Voilà un disque à la production parfaitement équilibrée, où derrière l’apparente facilité se cache tout un panel de subtilités à découvrir. Selon les états du moment, il devient un jeu de pistes qui, au fil des écoutes, révèle nos dualités intérieures. Il ne reste donc plus qu’à explorer ses propres pôles, et voir de quel notre inclinaison penche le plus.

***1/2


Russian Baths: « Deepfake »

13 novembre 2019

Un futur supergroupe 100% Brooklyn nommé Activity et composé des membres de Field Mouse, Grooms et Russian Baths s’était formé voilà quelques temps. Cest à ce dernier que l’on va s’intéresserpuisque Luke Koz (chant, guitare, électroniques) et Jess Rees (chant, guitare, synthés) évoluent dans l’ombre depuis plusieurs années. Ils publient enfin leur premier album intitulé Deepfake, un opus qui ambitionne de faire des malheurs sur la scène new-yorkaise.

Comment décrire la musique de Russian Baths ? Et il n’est que d’imaginer Sonic Youth traînant du côté de Washington dans les années 1980. Deepfake est un subtil mélange de shoegaze hynotique, de noise-rock anxiogène et de hardcore sans retenue. Afin de bien appuyer leurs propos fatalistes par rapport à l’époque sombre de notre histoire que nous vivons actuellement, le groupe de Brooklyn mise tout sur le chaos et la destruction sur ces dix morceaux intenses (dont une interlude dronesque inquiétante intitulée « Detergent »).

Dès lors, les dés sont jetés avec ces martèlements de batterie menés par Steve Levine, ex-Grooms et futur membre d’Activity, et cette ambiance étouffante qui habille l’introduction nommée « Responder » (on le retrouvera plus tard sur le plus entêtant « Wrong ») mais également sur les expéditifs « Tracks » et « Scrub It » où Jess Rees et Luke Koz alternent le chant de façon vaporeux et en contraste avec cette atmosphère anxiogène et apocalyptique. Entre riffs noisy et synthés granuleux en passant par des rythmiques tapageuses sur « Tracks », « Ghost » et « Ambulance », il n’y a qu’un pas et Russian Baths l’a franchi avec brio. Il ne manquera plus qu’un « Guts » qui s’achève sur une dernière minute étrangement silencieuse pour se rendre compte qu’il y a toujours du bon dans la noirceur. Un premier album abouti, cohérent et bien sombre, en phase avec cette période où les températures avoisinent les négatives.

***1/2


Lightning Bolt : « Sonic Citadel »

14 octobre 2019

Le nouvel album de Lightning Bolt se nomme Sonic Citadel et il porte cet intitulé à bon escient. Accorsd en distortion, ferveur du mitraillement des décibels et débauche d’énergie. Mais on y retrouve aussi autre chose, un sens de l’humour totalement absurde et punk que l’on retrouve en de trop rares occasions. Chez Hüsker Dü par exemple témoin en est un titre comme « Hüsker Dön’t ».

La fureur de Brian Chippendale derrière sa batterie semble insatiable. Brian Gibson à la basse nous lance de brusque poussées de distorsions évoquant autant Shellac que Iron Maiden. La nappe de bruit est immodérée ; de cette guérilla sonore on ne sort pas indemne. C’est un beau disque à écouter, oreilles sensibles ou pas.

***12


Lungbutter: « Honey »

2 octobre 2019

Un album noise-rock comme Honey est unique, abstrait et assuré, sans compromis, créé par un groupe comme le trio montréalais Lungbutter. Honey n’a pas l’air d’un album qui est surgi à partir de rien, sur un coup de tête. Lungbutter s’affaire depuis des années, joue dans des espaces DIY à Montréal et ailleurs en Amérique du Nord et cultive son approche particulière. La cassette Extractor, lancée à l’été 2014, démontrait déjà le style et la méthode du trio: une guitariste (Kaity Zozula) à la technique simple mais bourrée d’idées qui utilise plusieurs amplis à la fois pour pratiquement s’accompagner elle-même, une joueuse de batterie (Joni Sadler) qui frappe fort et en communion avec sa partenaire à cordes, et une chanteuse/réciteuse (Ky Brooks) qui crache sa symbolique nébuleuse comme si c’était la vérité la plus directe et la plus importante qui soit.

Même si le groupe œuvre dans un style qui ne remplira pas les stades, il a fait de l’effet à quelques personnes qui peuvent faire bouger les choses au point de permettre enfin ce premier album après plusieurs années d’existence en tant que groupe.

Ce n’est pas une réinvention ni un nouveau départ, mais plutôt l’occasion de présenter l’essence du groupe dans un format un peu plus long et plus soigneusement enregistré. Honey comprend d’ailleurs une nouvelle version de « Vile », qui était aussi sur Extractor cinq ans auparavant. 

Cet opus est situé stylistiquement quelque part entre Melvins et The Raincoatset on ne peut qu’être ravi qu’il se matérialise enfin. C’est le genre d’album dont il faudrait parler plus. C’est le genre d’album qui donne le goût d’arrêter de perdre son temps, à gloser et à être autre chose que créatif.

****


Yeesh: « Saw You Up There »

23 août 2019

Yeesh a décidé de tirer sa révérence après une décennie de bons et loyaux services mais le trio de Chicago a choisi de rempiler une dernière fois avec un troisième album nommé Saw You Up There faisant suite à un Confirmation Bias enregistré trois ans plus tôt.

Pour cette donc dernière fois, Yeesh a décidé de se faire aussi véhément que possible avec des titres post-punk menaçants sentant l’urgence à tout prix. Et c’est parti avec un « Inherit The Earth » où Alex Doyle, Pete Reale et Greg Obis emploient leur dernier tour de force tout comme sur les noisy « Bled Out » et « Collective Sin ».

À l’écoute d’autres morceaux comme « Shahogad » où le chant hurlé et débridé Alex Doyle fait corps avec sa guitare criarde ou encore « Had In Mind » et « Escape Plan », un sentiment de nostalgie se fera jour tout au long du disque. Sachant que ce sera l’ultime fois que l’on assistera à cette alchimie impalpable que l’on retrouve aussi chez Fugazi ouLysistrata, il sera urgent d’en profiter car « Soft Left » et le judicieusement bien nommé « Victory Lap » iront marquer le clou et clôturer le chapitre que fut Yeesh ; un post-punk noisy incontrôlable et hors du commun qui aura duré neuf années.

***1/2

 


Cherubs: « Immaculada High »

2 août 2019

Cherubs est un trio noise-rock originaire d’Austin, Texas, qui a rendu l’âme en 1994, dans des circonstances encore aujourd’hui nébuleuses (consommation de drogues dures, dissensions à l’interne, etc.). Mais en 2016, à la grande surprise des fans, la formation renaissait de ses cendres en lançant une véritable bombe sonore : 2 Ynfynyty, un disque qui a reçu plus que sa part d’approbations.

Trois ans se sont écoulés et Cherubs revient à la charge avec Immaculada High; album réalisé par Erik Wofford (Explosions in the Sky, The Black Angel, My Morning Jacket)u et l’apport du réalisateur n’est pas étranger aux incursions dans le psychédélisme lourd (« Old Lady Shoe ») et le shoegaze (« IMCG) » que le groupe propose sur cet album studio, le quatrième de sa carrière.

Si sur 2 Ynfynyty, la formation misait sur sa naturelle force de frappe – évoquant parfois l’explosivité de Nirvana– sur Immaculada High, Cherubs est nettement plus subtile, et en l’occurrence, plus intéressant.

La voix du chanteur-guitariste Kevin Whitley est plus inharmonieuse que jamais en plus d’être mixée dans les catacombes et le son de guitare, excessivement saturée, est une mixture réussie du son de Buzz Osbourne des Melvins et celui de Kevin Shields ( My Bloody Valentine) avec une section rythmique aussi impeccable que martiale.

De sa voix haute perchée et un peu nasillarde, Whitley nous balance des références à des porcs vautrés dans la crasse, à des insectes stridents et menaçants ainsi qu’à des serpents voraces, avides de chair humaine : une nature qui reprend ses droits en punissant sévèrement la démesure consumériste de l’humanité.

Parmi les brûlots qui vous écorcheront les oreilles, on peut avoir un faible pour la mélodie de Whitley dans « Sooey Pig », pour cette fureur martelée dans « Tigers in the Sky, » pour le rythme dance-punk dans « Cry Real Wolves », pour l’influence punk dans « Pacemaker » de même que pour les guitares imprécises et dissonantes dans « Full Regalia ».

Immaculada High ne plaira pas au commun des mortels, mais ceux qui sont familiers avec la musique de combos comme le MC5, Shellad, Melvins, Metz ou Nirvanane pourront que mettre un « like » sur ce disque, une des meilleures réalisations du genre de ces dernières années.

****


Hey Colossus: « Four Bibles »

19 juillet 2019

Hey Colossus est un combo, non pas difficile à cerner ou à appréhender, mais à apprécier. Entre son chrurgical, In Black And Gold, et domestiqué il est parfois délicat de faire la part des choses et c’était d’ailleurs le cas le cas sur The Guilottine, le précédent opus du groupe.

Four Bibles nous ménagera ce même itinéraire en dents de cie. Pour exemple, un disque qui est capable de faire se succéder un morceau plein d’emphase avec force piano et violon qui frôle le trop-plein sans jamais l’atteindre (« It’s A Low) » et un instrumental complètement bizarre, faussement inachevé, qui emmène le groupe loin des stades qu’il semblait convoiter l’instant d’avant (« Decompression »).

Sur he Guilottine, on naviguait déjà allègrement entre îlots de désespoir et vagues tendues et bruitistes. Four Bibles conservera cette dynamique qui fait que l’on ne saura jamais trop à quoi s’attendre lorsqu’un morceau s’achève et que va débuter le suivant. Surtout, on a de plus en plus l’impression d’être face à un humanoïde à la peau translucide sous laquelle on pourra lire les conflits émotionnels et telluriques qu’il abrite son enveloppe, véritable moteur du groupe depuis ses débuts, il y a onze ou douze disques. C’est pour çette raison qu’on ne peut pas taxer Four Bibles d’album fondamentalet encore moins de ratage complet. C’est pour cela aussi que tout ce qu’il sort est approximativement plus intéressant que n’importe quoi d’autre.

Four Bibles, c’est d’abord une poignée de morceaux grande classe où le spleen érode et consume une éradication qui égratigne le spleen à son tour dans un va-et-vient ininterrompu : « Memory Gore », « Confession Bay », « It’s A Low » ou encore « Babes Of The Plague » sont autant de petites saletés qui ne paient pas de mine de prime abord mais finissent par révéler leur potentiel hautement addictif sans qu’on n’y prenne garde. D’autant plus que la production massive fait briller leurs chromes de mille feux

On pourra préférer le Hey Colossus un peu dégueulasse, recouvert de rouille et de boue amère, cherchant une mise au point approximative où le flou est aussi important que la netteté mais force est de constater que ces morceaux – au cordeau et bien peignés désormais – sont tout simplement imparables. Peut-être pas autant, toutefois, que le fabuleux Carcass – l’indépassable sommet dont il s’avère très difficile de ne pas succomber à son écoute.
Four Bibles, ce sont aussi les onze minutes de « The Golden Bough », un morceau tout mou, légèrement invertébré au regard de ce qui l’entoure, mais qui lui aussi finit par se frayer un chemin vers l’encéphale pour y déverser des endorphines à grande eau. Pourtant, fondamentalement triste et mal foutu, rien ne le prédestine à faire naître autre chose qu’un ennui renfrogné chez l’auditeur mais dans ce cas-là, ce sera tout l’inverse qui se produira.
Four Bibles, ce sont enfin « Palm Hex/Arndale Chins » et le titre éponyme, deux trucs un peu anecdotiques qui peinent à s’imposer mais dont le disque ne pourrait se passer. Le premier permet au groupe de recouvrer tous ses muscles après avoir joué au mollusque et le second emmène rlentement et brusquement Four Bibles vers le silence définitif.
C’est vrai qu’Hey Colossus a changé et qu’il touche aujourd’hui au dernier élément qu’il n’avait pas encore touché et faisait jusqu’ici le lien entre tous ses albums – le son crade, le gros grain – mais il reste néanmoins ce qu’il a toujours été : un groupe colossal.

****