Cosines: « Oscillations »

5 septembre 2014

Imaginez un groupe composé des membres de Kraftwerk, New Order et de Debbie Harry aux vocaux. Nommés d’après le backing band du Carole King des 60’s, Cosines apportent une intéressante fusion de sons venus d’une époque où guitares brouillées et synthés rétros paraissaient futuristes.

Leur versatilité leur permet d’ouvrir avec deux pop songs alternatives craquantes (« Out Of The Fire » puis « Nothing More Than A Feeling ») tout en conservant une certaine crudité et un côté bidouilleur rappelant la Blondie ou la New Wave des tous débuts.

Les morceaux semblent avoir été interprétés « live » avant d’être produits par le groupe lui-même ce qui donne à leur « math rock » un côté punchy et une respiration qui semble habiter le disque du début à la fin.

Un voix mâle sur « Lookout Mountain Drive » apporte une nouvelle corde aux métaphores qu’on pourrait appliquer au groupe. Ce sont des vocaux brillants dans leur aspect ordinaire, sans complication et avec pour but de nous rafraîchir d’une manière qui n’a rien d’orthodoxe.

Oscillations est un disque qui fait comme nous dire : « Détends-toi et ferme les yeux », chose d’autant plus aisée qu’un instrumental (« Pop-In Court »  ou des morceaux gorgés d’humour (« Binary Primary » et ses errances hypnotiques) nous offrent des incursions dérangées, manière peut-être pour transcender ce que le combo pourrait avoir de lisse.

Nous voilà devant un disque démodé donc hors-mode, traversé par des idées et de sons inhabituels et nouveaux et qui donne un l’album qui ne semble jamais en repos (la fuzz étouffée de « Stalemate », la « torch-song », « Our Ghosts ») qui clôt Oscillations. Il s’agit, peut-on supposer, d’une autre façon de faire aller la pop de l’avant et d’en faire quelque chose de plus culturel mais d’accessible au plus illétré.

***1/2


PDA: « Part Time »

26 juillet 2013

La frontière entre l’hommage et le pistache est très ténue : voilà ce que suggère l’écoute de Part Time, le second album de PDA. Echo & The Bunnymen The Cure ou New Order ont inspiré tant de groupes qu’on n’est jamais très loin de la saturation. Part Time va s’employer à leur rendre justice avec sa musique maussade remplie d’effets de reverb et d’electronica. « I Want To Go » fait du plus Cure que Cure eux-mêmes avec une voix à la Robert Smith, des chorus où les pédales soniques des guitares font leur travail et « I Won’t Be Your Little Secret » rappellera Talk Talk avec ses percussions très new wave façon années 80 et le participation de Johnny Marr à la six cordes. « Night Drive » sera un autre des morceaux synth-pop et rien de plus et, même si l’humeur générale est appliquée et bénéficie d’une flamboyance presque pop, l’impression générale sera que nous sommes en face d’un album kitsch avant toute autre chose.

Ainsi « PDA » sonnera comme une résurgence de Duran Duran, avec ses irruptions synthétiques capricieuses, « I Belong To You » ressemble à un titre des Cars par son introduction électronique accouplée à des riffs pop et « I Belong To You » sera une chanson d’amour traditionnelle et définitive percutée par un chorus de lignes de basse funky-jazz. « All My Love and All Your Love (Together We Are Fine) » renchérira dans ce côté groovy évoquant Devo par le rythme constant de sa caisse claire et de ses cymbales.

On peut finalement blâmer les années 80, soit pour ce qu’elles ont apporté, soit pour le fait qu’elles sont arrivées avant PDA ; reconnaissons toutefois au groupe le fait de ne pas être monomaniaque dans ses influences revendiquées et de nous offrir un panorama mollement rafraichissant d’autant plus qu’il ne l’est que par éclipses.

★★½☆☆

Editors: « The Weight Of Your Love »

3 juillet 2013

Après un tiercé d’albums gagnants et deux numéros 1 consécutifs, on peut estimer que Editors ont trouvé une formule qui marche. Celle-ci laisse la place à diverses influences, allant du post punk à la new wave, de Bloc Party à Interpol en passant par l’étape Franz Ferdinand ou British Sea Power.

The Weight Of Your Love ne va apporter que peu de variations par rapport aux disques précédents, passant du gothique suffoquant des deux premiers titres (« The Weight » et surtout « Sugar » où les vocaux de Tom Smith sont le parfait exemple d’une voix de crooner en perdition) à l’incendiaire « single » « A Ton of Love », composition que n’auraient pas reniée Echo & The Bunnymen.

Cet éclectisme, aujourd’hui, pose problème dans la mesure où l’opus semble manquer de cohérence, de direction et surtout d’un affadissement en terme de qualité.

Les éléments positifs seront « A Ton of Love »,qui est fondamentalement un titre excitant et vibrant (et probablement un futur « number one »), « Nothing », une ballade splendide construite uniquement sur la voix de Smith et des nappes éthérées de cordes cinématographiques qui aurait très bien pu figurer dans le dernier The National, la beauté hantante de « The Phone Book » et, sur un registre plus musclé, un « Hyena » très influencé par Suede.

Moins convaincants seront les tentatives de se frotter au «gothic pop » qui détonnent par rapport au reste du disque et une ballade, « What Is This Thing Called Love », sur laquelle on se demande ce qu’un piano vient faire.

La seule constante sera la puissance évocatrice de Tom Smith. Ses tonalités riches apportent une myriade de sensations et d’émotions à des morceaux qui, parfois, ne sont pas à la hauteur.

Avec un peu plus de cohésion, de fluidité et de personnalité, The Weight Of Your Love aurait pu être un brillant album, il n’est que bon sans plus, une belle occasion manquée en somme…

★★★☆☆

Carmen Villain: « Sleeper »

28 mars 2013

Sleeper, premier album de l’ex-mannequin Carmen Villain, fait référence à cette période où, professionnellement et personnellement, les choses étaient en sommeil pour elle où elle se réfugiait dans des artifices qui étaient autant d’échappatoires. On peu penser que c’est pour y mettre un terme que la jeune femme a choisi de se consacrer à la musique et que, sur la pochette du disque, celle qui posait, entre autres, pour Vogue a le visage caché par ses cheveux.

On aurait pu penser, au regard de sa carrière précédente, que Villain allait opter pour un répertoire « glossy » c’est pourtant tout le contraire. Hormis « Two Towns » qui ouvre Sleeper de façon plutôt directe mais déjà plutôt électrisée, les autres compositions de l’album vont oeuvrer dans le registre de la dissonance et de l’exaspération des émotions. Les titres renoncent à la structuration et, si ils revêtent un aspect onirique (titre de l’album oblige). Ils sont en majeure partie déconstruits et atonaux comme pour symboliser ce clash entre était de veille et celui de rêverie. Les sonoriités sont sauvages et le contraste avec la voix assez épurée de Villain est fascinant. « How Much » est une mélodie glaçante et « Made A Shell » rappellera le Velvet Underground à l’époque où Nico était encore avec eux. Onirisme tranchant mâtiné de psychédélisme donc (« Kingwoman » par exemple). Au chapitre des influences on ne pourra pas penser à Cat Power pour l’émotion à fleur de peau qui vise à transfigurer l’image première de la chanteuse et à Richard Hell pour l’approche musicale qui flirte avec aisance aux lisières du chaos. Sleeper est un « debut album » prometteur,  effarouché mais féroce. En osant ainsi se lancer ce type de défis, Villain surprend et séduit d’une manière beaucoup moins affectée et contrefaite que ce qu’était son existence antérieure.

★★★½☆

Girls Names: « The New Life »

26 février 2013

Pour ce groupe de Belfast dont The New Life est le deuxième album, la vie semble être faite de tout ce qui peut l’obscurcir. On pourrait presque qualifier le combo de « gothique » vu l’atmosphère oppressive qui se dégage de ses compositions si ses influences musicales ne se situaient pas ailleurs, du côté du début des années 80 avec des ensembles comme The Smiths, Cure ou même REM. De ce point de vue, Girls Names parvientà faire un bien joli grand écart car ce disque demeure fondamentalement de la pop music.

Les morceaux d’ouverture, l’instrumental « Portrait » et « Pittura Infamante » mettent tout de suite dans l’ambiance avec un basse ronflante ; des percussions métronomiques et des guitares chargées de reverb. Le ton des vocaux est incantatoire et plein d’une imagerie dédiée à la nuit, le péché et la chair. Il faut n’y voir, au mieux qu’une accentuation de l’univers que le groupe instaure soniquement, au pire des stéréotypes sur l’envers des choses dont on peut aisément s’abstraire.

En effet, si problème il y a, c’est que justement Girls Names va maintenir ce modèle tout au long de l’album. Bien sûr les riffs sont balancés et accrocheurs, les mélodies de qualité, mais si on ne peut reprocher au combo de ne pas être consistant, on peut être très vite lassé par le monolithe que constitue The New Life.

Visiblement les musiciens ont choisi d’appuyer là où ils aiment, « Drawing Lines » est fascinant par son étrangeté, et « Hypnotic Rgression » ou « Occultation » sont des merveilles de « gloom pop ». On ne peut donc qu’applaudir cette volonté de se situer au-dehors des modes transitoires qu’adore la presse britannique. The New Life est un album crépusculaire et certainement magnifique. Espérons que la tension qui envahit les derniers titres de l’album saura trouver un exutoire musical vers, en l’occurrence, une nouvelle vie.

★★★½☆

Graham Parker & The Rumour: « Three Chords Good »

2 janvier 2013

Il est heureux que le fan de rock avisé ait entendu déjà parler de Graham Parker, et/ou qu’il donne la priorité à se oreilles car sinon, il se serait sans bien gardé de faire attention à la pochette hideuse qui orne Three Chords Good et serait, vraisemblablement, passé à autre chose.

Son arrivée , en pleine vague punk, avait suscité beaucoup d’excitation (il avait toutes les caractéristiques personnelles de ce que le mouvement revendiquait) mais il n’avait pas dépassé le stade de l’artiste culte pour deux raisons contradictoires. Sa musique, avec The Rumour, n’entrait pas dans l’esthétique punk car trop élaborée et il s’était également coupé «  du grand public  »

Vers 1976, on n’avait pas besoin de quelqu’un qui tirait son inspiration du côté du «  rhythm and blues » (je ne dis pas «  R&B  »)  ; bref être un croisement entre Van Morrison et The J. Geils Band n’était pas de saison. Sans doute est-ce pour cela que, hormis pour quelques esprits curieux, et malgré quelques albums devenus «  classiques  » il avait dissous The Rumour et entamé une autre carrière avec, entre autres, des activités musicales dans le cinéma.

C’est précisément parce qu’on connait l’homme que cette réunion se doit d’être saluée pourtant car elle n’arien à voir avec le retour de certains dinosaures du Rock dont la motivation est à mille lieues de celle de leur jeunesse.

Celle de Graham Parker & The Rumour n’a, elle pas changé, et le connaisseur ne sera pas déconcerté par en quoi ce «  three chords album  » peut être «  good  ». Il l’est à la manière «  parkerienne  », exempt de toute surprise, la seule pouvant être l’efficacité des Rumour dont les rouages fonctionnent aussi bien qu’avant et une voix qui, toute vieillie qu’elle soit, a conservé de son âpreté.

L’ouverture du disque, «  Snake Oil Capital of the World  » est un reggae qui aurait très bien pu se retrouver sur n’importe lequel de leurs disques précédents, tout comme «  Long Emotional Ride  » qui sonne comme un regard que le chanteur jette sur sa carrière passée avec une ébouriffante prestation à l’orgue de Bob Andrews.

Three Chords Good maintiendra cet équilibre entre nostalgie parfois amoureuse («  She Rocks Me »),  parfois existentielle (« The Moon was Low », la chanson titre, «  Stop Cryin’ About the Rain  ») ou le sensuel «  Old Soul  » et le Graham Parker plein de fiel et de sarcasme que nous connaissons (un « A Lie Gets Halfway ‘Round The World  », regard pointu est empli de bile sur l’industrie du disque ou un «  Arlington Busy  » sur le rôle de l’Amérique en Afghanistan ou «  Coathangers  » qui aborde le thème de l’avortement).

On perçoit donc que Graham Parker n’a rien perdu de sa verdeur, épaulé qu’il est par The Rumour. L’âge a donné simplement une nouvelle perspective à son inspiration ; « Last Bookstore In Town » peut également être vu comme un regard contemplatif sur l’évolution d’une société où tout est basé sur le numérique.

Néanmoins, plutôt que de sonner comme une personne acariâtre, Parker délivre ses morceaux avec une touche de tendresse qui ne se dément pas, y compris dans ses moments les plus virulents. On peut, à cet égard, remercier une production moins serrée qu’à l’habitude qui donne à sa voix plus d’espace et d’ampleur, elle lui permet de respirer et à nous de nous nous y conforter.

Le chanteur a choisi de ne pas recréer le passé mais plutôt de s’y appuyer, et ce sera toute la différence entre nostalgie et neurasthénie, entre vivacité intacte et commodité de cette complaisance qu’il parvient à éviter le plus souvent.


Wild Nothing: « Nocturne »

13 décembre 2012

D’où vient cette tendance à se donner un nom de groupe plutôt que de mettre en avant son patronyme ? Dans la cas de Jack Tatum qui a pris le pseudo de Wild Nothing, on peut comprend qu’il y a une démarche à rendre significatif la nature de ce qu’il produit. Y parvient-il sur Nocturne son deuxième album ?

Ce qui est curieux est que sa musique n’a rien de sauvage mais, qu’effectivement, elle semble errer dans le nulle part et qu’elle véhicule des sensations nocturnes.

Cela étant, et s’il y a un côté « dream pop » sur ce disque, c’est plutôt du côté de la pop anglaise des années 80 qu’il faut le situer. Nous sommes ici bien éloignés d’une densité gothique, brumeuse et inquiétante car nous avons affaire à un son très clairsemé, ample, avec fond de guitares grêles qui, parfois se font légèrement carillonnantes (le guitar-picking de « This Chain Won’t Break »).

Les vocaux, eux-mêmes, sont aériens, souvent distants (« Shadow », « Nocturne ») comme pour amplifier encore cette sensation de mélancolie rêveuse ou de spleen qu’on trouvait déjà chez The Smiths, The Pastels, Dalek ou House of Love.

L’album précédent,Gemini, se caractérisait par un son low-fi ; celui-ci est néanmoins plus dynamique (un titre comme « Paradise » assez enlevé et au tempo presque funky) et varié (un « Midnight Song » aux discrètes touches orientalisantes). Son peaufiné donc (production de Nicolas Vernhes), qui montre que Tatum a l’intelligence de donner aux climats de Wild Nothing des tonalités qui ne restent pas figées.

On peut, à cet égard, également saluer ces incursions vers une atmosphère moins chatoyante (batterie en reverb ou légères tensions « dark wave » à la Echo & The Bunnymen sur « Through The Grass »), bref on se devrait d’être séduit par un album élaboré avec soin, cohérence et goût du détail que Tatum et ses musiciens livrent à nos sens.

Qu’est-ce qui fait que l’adhésion ne puisse être complète ? On a souvent reproché à la pop des années 80 de rester plate, voire pâlichonne. Sans aller jusqu’à dire que c’est le cas ici, il n’est pas inopportun de noter que les compositions ne sont pas toujours à la hauteur. On a, de temps à autres, l’impression que ciselures servent à masquer absence de mélodies qui emportent : c’est sans doute sur ce plan que Nocturne dévoile un aspect faiblard. Retenue est chose raisonnable, trop de retenue peut, par contre, se révéler émasculante. Ni cérébrale, ni proprement onirique, ni, non plus, organique ; l’album navigue sur des sphères éthérées dont on aimerait qu’elles touchent terre en se montrant accrocheuses et, à un degré moindre, plus saignantes.


Paul Banks: « Banks »

7 décembre 2012

Que reste-t-il d’Interpol si ce n’est le souvenir d’un «  new wave revival  » et la voix de baryton de Paul Banks dont il ne faut pas oublier qu’il déjà chanteur avant de rejoindre le groupe  ? Au milieu des années 90 il avait adopté le pseudonyme de Julian Plenti pour des concerts acoustiques avant de participer à l’aventure Interpol. C’est sous ce même pseudonyme qui l’avait vu sortir un album en 2009, Julian Plenti Is Skyscraper ; Banks peut, par conséquent, être considéré comme son premier véritable disque solo.

Que reste-t-il d’Interpol dans Banks pourrait-on aussi se demander ? Déjà, il ne sonne pas comme un disque d’auteur-compositeur dans la mesure où il n’a rien de cette vibration acoustique de Julian Plenti ; il n’en est pas pour autant une resucée de sa carrière précédente. Bien sûr, demeurent certains aspects « interpoliens », on ne change pas une voix qui chante peut-on dire, et certaines tonalités perdurent (ascèse, aridité). Certains titres, instrumentaux pour la plupart, continuent à véhiculer un sentiment de nulle part ou de nul être (« Lisbon ») et, même quand Banks se veut plus « pop » et adorne les guitares de sonorités claires (« No Mistakes » par exemple) le morceau se fait, peu à peu, plus violent et perturbant.

Ces mêmes sensations parcourent le disque, en particulier sur les titres d’ouverture. « The Base » se veut luxuriant avec un déluge de couches vocales et d’arrangements qui serpentent mais les deux ce Banksmorceaux qui suivent semblent vouloir contrecarrer les élans « pop » que leurs mélodies recèlent pourtant. Ainsi, la fluidité d’« Over My Shoulder » aurait pu en faire un « single » parfait si elle n’n’était parcourue par un pont désarticulé ; de la même manière, « Arise Awake » aurait pu être convivial et reposant si les guitares acoustiques qui lui servaient d’introduction n’étaient pas supplantées par une atmosphère « chill out » à la Radiohead.

On le voit, Banks est, de ce point de vue, emblématique de ce que son chanteur apportait à Interpol. Néanmoins, quand il lâche un peu la bride, « I’ll Sue You » avec ses guitares en reverb et ses vocaux « laid back » , « Summertime Is Coming » qui porte avec adéquation son titre, ou quand il aborde la problématique de la nostalgie (l’ambivalence de « Young Again » ou un « Paid For That » au ton acrimonieux), on sent alors que le terme « album solo » prend tout son sens.

Ajoutons, en outre, la profondeur d’un timbre de voix qui donne, enfin, la sensation qu’il se sent plus à l’aise dans ce répertoire et on comprendra pourquoi ce Banks revendiqué est un « Banks » le plus souvent justifié et on ne peut plus à propos..