Nun: « The Drone »

Nun est un quatuor australien de minimal synth/punk composé de la chanteuse Jenny Branagan et des claviéristes Hugh Young, Steve Harris et Tom Hardisty. Leur musique trash, composée à base de synthés fuzz et de boites à rythmes minimalistes rappelle à la fois celle du Depeche Mode des débuts et celle de Suicide.
Fort d’un premier album éponyme en 2014, le groupe s’est fait connaître sur le web grâce à des clips un peu hors-normes reprenant l’esthétique VHS des documentaires des années 80 et des titres de chansons rendant hommage à David Cronenberg.

Si discret au point qu’on pensait le groupe séparé, il avait annoncé un nouvel album enregistré en 2016 mais publié seulement maintenant qu’il est signé par un label.
Cette annonce s’était vue suivie de la publication d’un premier extrait sur le web, « Pick Up The Phone », qui voyait le groupe quitter le noir et blanc existentiel caractérisant lson image pour un titre très synthpop et un clip ou la couleur rose prédomine.


The Dome creuse globalement le même sillon que le premier disque éponyme, en y ajoutant un côté nettement plus émotif dans les mélodies. L’énergie et la noirceur prédominent toujours autant, et les titres s’y enchainent avec fluidité.

On en retiendra quelques très bons morceaux comme « Wake In Fright », « Turning Out » ou « Debris » mais le reste sonnera assez convenu pour de la minimal wave. Un ensemble correct que l’énergie vocale de Jenny Branagan transfigurera pour pour lui donner un peu de cette saveur dont la new-wave nous a si souvent sevrés.

**1/2

Magic Wands: « Jupiter »

Originaires de Nashville mais basés à Los Angeles, Magic Wands est un quatuor dont la composition assez classique leur permet de se situer sur divers registres, new wave, synth pop, shoegaze avec une tendance hypnotisantes qu’ile qualifient de fontière entre dream pop et shoegaze.

Jupiter s’ouvre sur un climat tourbillonnant et morose servi par un instrumental « electro » mais ce sont surtout les tonalités les plus sombres qui vont retenir l’attention avec une bataille sourde entre effets électronique et guitares.

« Lazerbitch » enfoncera le clou « heavy » et exemplifie à merveille les multiples facettes du combo : guitares acérées, vocaux longitudinaux et électronique discrète.

Le dernier titre, « Jupiter II », résumera l’album avec sa recherche de paysages soniques sous forme de mélopée comme pour mimer l’expérience humaine dans ses efforts à atteindre l’extase. Magic Wands restent fidèles à cet idéal « lovewave » qui vise à transformer le réalité.

**1/2

The Monochrome Set: « Spaces Everywhere »

The Monochrome Set sont de retour depuis environ quatre ans après une silence qui a duré près d’une décennie et les voilà fin prête pour nous faire écouter leur dernier opus, Spaces Eveywhere. Pour rappel, The Monochrome Set étaient un combo new wave qui se satisfaisait de faire partie de l’underground et nous proposaient une musique relativement joyeuse mais dont les thèmes récurrents étaient obscurs et souvent sinistres. Ils étaient plus un secret bien gardé qu’un groupe culte, cela ne les a pas empêchés pourtant de nous offrir plus de onze albums dont les remarquables Strange Boutique, Love Zombies et Eligible Bachelors.

Ce nouvel opus montre qu’ils nont pas véritablement changé, pourquoi le devraient-ils d’ailleurs ? On retrouve cette même démarche art-pop qui les fait se référer à Kafka et Edgar Poe, cette quintessence britannique faite d’humour subtil un peu comme le jeu de guitare clean et légèrement teinté de psychedelia de Lester Square et la charmante excentricité du phrasé vocal précieux d’un Bid savoureux croisement avec le romantisme de Dirk Bogarde.

Bid a écrit la plupart des morceaux et ceux-ci ajoutent une instrumentation nouvelle : banjo, orgue Hammond, flutes, backing vocals féminins apportant une densité qui accompagne des textes souvent énigmatiques mais jamais ennuyeux (« Fantasy Creatures ») .

Les chansons sont trompeusement simples comme un « Iceman » qui ouvre l’album sur un riff joyeux et des guitares qui semblent venues des Byrds et un rythme séduisant qui évoque The Smiths chose assez ironique car Morrissey et Marr ont toujours cité The Monochrome Set comme leur influence principale. « The Z-Train » sera un titre du plus beau noir tout comme « In A Little Village «  qui pourrait être une chanson de Brel, « Rain Check » un bel exercice de cabaret pop et « Oh You’re Such A Star » un triomphal moment de indie-glam.

On notera enfin la façon dont Bid a amélioré sa voix au point de la faire passer d’un registre « crooner » façon Anthony Newley à un falsetto à la Morrissey pour souligner que, maintenant que la mode est à ce qui peut être ténébreux, The Monochrome Set était bien en avance sur son temps et que Spaces Eveywhere montre qu’il reste intemporel.

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Motorama: « Poverty »

Quand on examine le titre, Poverty, et la pochette, d’un noir appuyé, de cet album et quand on apprend que Motorama est un groupe russe dont l’inspiration se trouve dans la New Wave, il est assez aisé de tomber dans les poncifs que recouvrent ces éléments.

Ces éléments n’en sont pas pour autant des clichés. Mais ils ne sont qu’un miroir et, à l’écoute de ce disque, il est évident qu’on ne peut qu’aller au-delà des stéréotypes du genre « tristesse heureuse » pour déceler ce qui se passe sous la surface de ce verre réfléchissant.

On y trouve en effet des choses qui s’apparente à un chant du cygne funèbre mais, si tel est la cas, l’oiseau en a gardé des plumes très ouatées (« Heavy Wave ») où, même si le futur est amer, il se doit d’être gouté.

Poverty présentera d’ailleurs un jeu subtil sur les contradictions. Le titre d’ouverture par exemple ; « Corona » où le climat funéraire sera adouci par un clavier choral presque jubilatoire.

On trouve aussi, allant dans le même sens, des morceaux comme le tendu « Similar Way », le tourbillon qu’est « Write to Me » ou un « Dispersed Energy » qui, tous trois, se singularisent par une approche plus dépouillée et claire, aux rythmiques simples et aux guitares spacieuses créant un climat bien éloigné du sépulcral.

Peut-être sont-ce des raisons géopolitiques qui font que Motorama dévient des modèles originaux, les leurs et ceux issus d’une musique plus occidentale ; on retourne dans ce cas à cette première image qui vient à l’esprit mais en constatant qu’elle a été habilement modifiée. Pas d’édulcorisation ici, pas de mise sous le tapis de ce qu’est l’esprit russe et de son fatalisme, juste une recréation sous des atours plus globalisés. Poverty est la synthèse de deux âmes ; c’est sans doute pour cela que son écoute demeure novatrice et rafraîchissante et qu’elle perce d’un rai électrique le ténèbre du propos.

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Billy Thermal: « Billy Thermal »

Question numéro un : qu’ont en communs tous ces morceaux qui ont été placé en tête du hit parade?Il s’agit de « So Emotional » (Whitney Houston), « Alone » (Heart), « Eternal Flamne » (The Bangles), « Tue Colors » (Cindy Lauper) et « Like A Virgin » (Madonna). Réponse ils sont tous été composés, ainsi que des dizaines d’autres morceaux, en collaboration avec Billy Steinberg.

Question numéro deux : combien de temps lui a-t-il fallu, avec son groupe Billy Thermal, pour sortir un disque après qu’il ait été enregistré ? Réponse : 35 ans même si 5 morceaux étaient sortis sur EP en 79.

Billy Thermal a été formé en 1978 et était composé de Steinberg (vocaux, guitare) Craig Hull (guitare), Efren Espinosa (batterie) et Bob Carlisle (basse). Ils enregistrèrent très vite un album qui sort aujourd’hui agrémenté de quelques inédits après plusieurs dizaines d’années passées dans les tiroirs.

Au départ c’était un combo new wave et power pop car, en cette période, on considérait que le meilleurs accès au succèss résidait dans ces genres. Ce ne fut pas le cas (hormis pour The Knack ou The Motels) mais la musique de Billy Thermal combine avec grâce cette énergie douce si en vogue à l’époque.

Steinberg écrivit (seul ou en collaboration) tous les titres de l’album et, alors qu’il allait devenir un des meilleurs compositeurs pop du music business, les chansons présentées ici sont très rock avec une légère hargne par moments dans la mesure où les textes, avant tout personnels, traversent toute un mélange d’émotions.

« How Do I Make You » et « Precious Time » seront, plus tard, enregistrés par Linda Rondstadt et Pat Benatar, mais ils sont présentés ici dans leurs incarnations originales. « The Price I Pay », « I’m Your Baby », « Mirror Man » et « No Connection » représenteront, quant à eux, le versant new wave de l’inspiration de Steinberg.

Plus de trente ans après, les morceaux gardent ce vernis si typique mais ne sonnent pas datés. Le line-up, classique, y est pour beaucoup car il sait aller à l’essentiel en matière d’interprétation. Au total, Billy Thermal, devient ici une bien jolie évocation de la musique qui se faisait à la fin des seventies.

***

Interpol: « El Pintor »

Cela fait 10 ans que Interpol a sorti Antics, sans doute leur dernier bon album. Depuis, sur les disques suivants, on avait un peu oublié en quoi le groupe était capable de ranimer la flamme, certes dépressive mais captivante, de Joy Division.

El Pintor (qui est aussi un anagramme pour Interpol tout en signifiant Le Peintre) est une sorte d’album source ; rappel de ce que le combo représentait à ses débuts. « All The Rage Back Home » le révèle dès l’ouverture et est sans doute leur meilleur « single » de puis des lustres. « Rage » réhabilite le côté lunaire du combo tout en en faisant un titre post-punk qui pourrait devenir un classique et « Anywhere » rappelera Turn On The Bright Lights en y ajoutant un chorus infectieux.

« My Blue Supreme » est le morceau le plus fidèle à l’élément hispanisant de El Pintor en alternant des mélodies de guitares douces et nonchalantes et des changements de tempos inquiétants. « Ancient Ways » retrouvera la même veine post punk que « Rage » en plus atmosphérique et « Twice As Hard » sera un écho de l’impétuosité accrocheuse qui a introduit l’album.

Le groupe sait qu’il lui sera impossible de faire un disque qui arrivera à la hauteur de Turn Off The Night Lights, c’est en ce sens que El Pintor est un album plus facile à appréhender. Cet disque est un « come back record » plus que décent, il est même impressionnant à certains moments, sans doute parce que, au bout de tant d’années, Interpol a appris à maîtriser ce qu’il sait faire sans vouloir trop en montrer. Ses compositions post punks façonnées  et polies comme elles se doivent de l’être font figure ici d’un effort d’humilité plus que bienvenu.

***1/2

Cosines: « Oscillations »

Imaginez un groupe composé des membres de Kraftwerk, New Order et de Debbie Harry aux vocaux. Nommés d’après le backing band du Carole King des 60’s, Cosines apportent une intéressante fusion de sons venus d’une époque où guitares brouillées et synthés rétros paraissaient futuristes.

Leur versatilité leur permet d’ouvrir avec deux pop songs alternatives craquantes (« Out Of The Fire » puis « Nothing More Than A Feeling ») tout en conservant une certaine crudité et un côté bidouilleur rappelant la Blondie ou la New Wave des tous débuts.

Les morceaux semblent avoir été interprétés « live » avant d’être produits par le groupe lui-même ce qui donne à leur « math rock » un côté punchy et une respiration qui semble habiter le disque du début à la fin.

Un voix mâle sur « Lookout Mountain Drive » apporte une nouvelle corde aux métaphores qu’on pourrait appliquer au groupe. Ce sont des vocaux brillants dans leur aspect ordinaire, sans complication et avec pour but de nous rafraîchir d’une manière qui n’a rien d’orthodoxe.

Oscillations est un disque qui fait comme nous dire : « Détends-toi et ferme les yeux », chose d’autant plus aisée qu’un instrumental (« Pop-In Court »  ou des morceaux gorgés d’humour (« Binary Primary » et ses errances hypnotiques) nous offrent des incursions dérangées, manière peut-être pour transcender ce que le combo pourrait avoir de lisse.

Nous voilà devant un disque démodé donc hors-mode, traversé par des idées et de sons inhabituels et nouveaux et qui donne un l’album qui ne semble jamais en repos (la fuzz étouffée de « Stalemate », la « torch-song », « Our Ghosts ») qui clôt Oscillations. Il s’agit, peut-on supposer, d’une autre façon de faire aller la pop de l’avant et d’en faire quelque chose de plus culturel mais d’accessible au plus illétré.

***1/2

PDA: « Part Time »

La frontière entre l’hommage et le pistache est très ténue : voilà ce que suggère l’écoute de Part Time, le second album de PDA. Echo & The Bunnymen The Cure ou New Order ont inspiré tant de groupes qu’on n’est jamais très loin de la saturation. Part Time va s’employer à leur rendre justice avec sa musique maussade remplie d’effets de reverb et d’electronica. « I Want To Go » fait du plus Cure que Cure eux-mêmes avec une voix à la Robert Smith, des chorus où les pédales soniques des guitares font leur travail et « I Won’t Be Your Little Secret » rappellera Talk Talk avec ses percussions très new wave façon années 80 et le participation de Johnny Marr à la six cordes. « Night Drive » sera un autre des morceaux synth-pop et rien de plus et, même si l’humeur générale est appliquée et bénéficie d’une flamboyance presque pop, l’impression générale sera que nous sommes en face d’un album kitsch avant toute autre chose.

Ainsi « PDA » sonnera comme une résurgence de Duran Duran, avec ses irruptions synthétiques capricieuses, « I Belong To You » ressemble à un titre des Cars par son introduction électronique accouplée à des riffs pop et « I Belong To You » sera une chanson d’amour traditionnelle et définitive percutée par un chorus de lignes de basse funky-jazz. « All My Love and All Your Love (Together We Are Fine) » renchérira dans ce côté groovy évoquant Devo par le rythme constant de sa caisse claire et de ses cymbales.

On peut finalement blâmer les années 80, soit pour ce qu’elles ont apporté, soit pour le fait qu’elles sont arrivées avant PDA ; reconnaissons toutefois au groupe le fait de ne pas être monomaniaque dans ses influences revendiquées et de nous offrir un panorama mollement rafraichissant d’autant plus qu’il ne l’est que par éclipses.

★★½☆☆

Editors: « The Weight Of Your Love »

Après un tiercé d’albums gagnants et deux numéros 1 consécutifs, on peut estimer que Editors ont trouvé une formule qui marche. Celle-ci laisse la place à diverses influences, allant du post punk à la new wave, de Bloc Party à Interpol en passant par l’étape Franz Ferdinand ou British Sea Power.

The Weight Of Your Love ne va apporter que peu de variations par rapport aux disques précédents, passant du gothique suffoquant des deux premiers titres (« The Weight » et surtout « Sugar » où les vocaux de Tom Smith sont le parfait exemple d’une voix de crooner en perdition) à l’incendiaire « single » « A Ton of Love », composition que n’auraient pas reniée Echo & The Bunnymen.

Cet éclectisme, aujourd’hui, pose problème dans la mesure où l’opus semble manquer de cohérence, de direction et surtout d’un affadissement en terme de qualité.

Les éléments positifs seront « A Ton of Love »,qui est fondamentalement un titre excitant et vibrant (et probablement un futur « number one »), « Nothing », une ballade splendide construite uniquement sur la voix de Smith et des nappes éthérées de cordes cinématographiques qui aurait très bien pu figurer dans le dernier The National, la beauté hantante de « The Phone Book » et, sur un registre plus musclé, un « Hyena » très influencé par Suede.

Moins convaincants seront les tentatives de se frotter au «gothic pop » qui détonnent par rapport au reste du disque et une ballade, « What Is This Thing Called Love », sur laquelle on se demande ce qu’un piano vient faire.

La seule constante sera la puissance évocatrice de Tom Smith. Ses tonalités riches apportent une myriade de sensations et d’émotions à des morceaux qui, parfois, ne sont pas à la hauteur.

Avec un peu plus de cohésion, de fluidité et de personnalité, The Weight Of Your Love aurait pu être un brillant album, il n’est que bon sans plus, une belle occasion manquée en somme…

★★★☆☆

Carmen Villain: « Sleeper »

Sleeper, premier album de l’ex-mannequin Carmen Villain, fait référence à cette période où, professionnellement et personnellement, les choses étaient en sommeil pour elle où elle se réfugiait dans des artifices qui étaient autant d’échappatoires. On peu penser que c’est pour y mettre un terme que la jeune femme a choisi de se consacrer à la musique et que, sur la pochette du disque, celle qui posait, entre autres, pour Vogue a le visage caché par ses cheveux.

On aurait pu penser, au regard de sa carrière précédente, que Villain allait opter pour un répertoire « glossy » c’est pourtant tout le contraire. Hormis « Two Towns » qui ouvre Sleeper de façon plutôt directe mais déjà plutôt électrisée, les autres compositions de l’album vont oeuvrer dans le registre de la dissonance et de l’exaspération des émotions. Les titres renoncent à la structuration et, si ils revêtent un aspect onirique (titre de l’album oblige). Ils sont en majeure partie déconstruits et atonaux comme pour symboliser ce clash entre était de veille et celui de rêverie. Les sonoriités sont sauvages et le contraste avec la voix assez épurée de Villain est fascinant. « How Much » est une mélodie glaçante et « Made A Shell » rappellera le Velvet Underground à l’époque où Nico était encore avec eux. Onirisme tranchant mâtiné de psychédélisme donc (« Kingwoman » par exemple). Au chapitre des influences on ne pourra pas penser à Cat Power pour l’émotion à fleur de peau qui vise à transfigurer l’image première de la chanteuse et à Richard Hell pour l’approche musicale qui flirte avec aisance aux lisières du chaos. Sleeper est un « debut album » prometteur,  effarouché mais féroce. En osant ainsi se lancer ce type de défis, Villain surprend et séduit d’une manière beaucoup moins affectée et contrefaite que ce qu’était son existence antérieure.

★★★½☆