Nation Of Language: « A Way Forward »

5 décembre 2021

« Mais peux-tu sentir l’accélération / Sept millions de moments en un seul.» (But can you feel the quickening / Seven million moments down to one, chante Ian Devaney du groupe de « revival » synth pop Nation of Language sur leur dernier album, A Way Forward. C’est une bonne description de l’art d’écrire des chansons, surtout pour ce groupe de Brooklyn qui plonge dans les profondeurs de l’émotion, et extrait de la vie et des expériences passées son jus le plus doux et le plus douloureux sur chacune de ses chansons. Il s’agit de leur deuxième album, après Introduction, Presence, qui a été acclamé par la critique, une « introduction » appropriée et une « présence » si puissante, qu’elle a donné lieu à des concerts à guichets fermés dans toute l’Amérique, notamment au Governor’s Ball et à KEXP.

Les membres du combo sont de fervents étudiants du Krautrock et de la musique électronique des années 80, mais ont regardé encore plus loin dans le passé, jusqu’à la genèse de la musique électronique dans les années 70 pour cet album. Ils ont, disent-ils, cherché à retracer plus profondément les racines de leur son, en espérant apprendre quelque chose de leurs premières influences en expérimentant la manière dont elles pourraient être réinterprétées dans notre contexte moderne – en regardant plus loin en arrière et, ce faisant, pour trouver une voie vers l’avant. Regarder plus loin en arrière pour trouver une voie vers l’avant est ainsi leur modus operandi, non seulement dans leur son retour de flamme/tirage vers l’avant mais aussi dans le contenu de leurs paroles très introspectives et nostalgiques.

« Est-ce que je pourrai jamais dépasser les blessures de l’amour ? / Non » (Can I ever get past the wounds of love? / No). Voici une mélancolie et une ardeur dignes d’un disque de Joy Division, avec un juste clin d’œil sonore à ces pionniers de la synth-pop. « Penses-tu que je pourrais simuler / Ma vie, mais en mieux / Dans cet esprit fracturé » (D’you think that I could simulate / My life, but done a better way / In this fractured mind ). « Mon ancien moi dit que je pourrais être quelqu’un » (My former self says I could be someone). Comme beaucoup d’entre nous le font avec la musique, on a l’impression que Devaney et son équipe ont trouvé leur identité émotionnelle dans les groupes du passé et qu’ils essaient de recréer/recapturer ce sentiment dans leurs morceaux, et ils font un travail remarquable en imitant et en révolutionnant le meilleur de la musique électronique des années 80.

Avec des synthés pulsés, des basses mélodiques et la voix évocatrice et résonnante de Devaney, ils créent de petits mondes sonores de nostalgie et d’art. Depuis les premières notes frénétiques de synthétiseur de la chanson d’ouverture « In Manhattan », jusqu’aux nappes de cordes et aux pistes robotiques aventureuses qui remplissent la dernière et la plus pleine d’espoir piste de l’album, « They’re Beckoning », ils expérimentent le son dans la palette de couleurs familières de la synth-pop. C’est comme si on ouvrait une capsule temporelle en écoutant ce disque, à la fois de la vie passée de Devaney, sur ce qui semble être une exposition complète, et de la genèse de la musique moderne. « Envie pour quelque chose que vous pourriez sauver / Un mot et un geste de la main » (Aching for something you could save / A word and a wave), chantent-ils sur la chanson du même titre. Nation of Language réussit, une fois de plus, à offrir un disque de new wave qui fait vibrer par sa profondeur émotionnelle et sa quête sonore.

***1/2


Claire Tucker: « Interior Monolith »

31 octobre 2021

Puisant dans l’électronique, la synth-pop, le rock et la new wave des années 80, l’audacieux nouvel album solo de Claire Tucker, Interior Monolith, semble à première vue s’éloigner des sonorités chambristes et mélancoliques de son premier EP solo Same Old Hunters.

En y regardant de plus près, vous découvrirez des fils conducteurs qui se retrouvent dans tout son travail : des paroles qui vous attirent, le caractère profondément émotif de sa voix et son sens inné de l’accroche et de la mélodie. Tucker est notre type d’artiste préféré – agité, prolifique, ne se contentant jamais de rester au même endroit, et charchant à nous surprendre avec de nouvelles idées et de nouveaux sons.

Pour cela, elle commencé à enregistrer Interior Monolith quelques mois après le début de la pandémie. Après avoir passé une grande partie de l’année dernière en confinement, elle a loué une petite cabane dans les bois à l’extérieur de Seattle a commencé à travailler. La palette sonore de l’album est essentiellement le produit des limitations imposées par l’isolement et ce backlog de chansons et de fragments.

Ainsi, il y a quelque chose d’organique et d’élémentaire dans cet Interior Monolith, approche qui est inhabituelle dans la new wave ou la synth-pop, quelque chose qui ressemble plus à « Running Up That Hill » de Kate Bush qu’à l’angularité de « Sweet Dreams » des Eurythmics. Interior Monolith a beau animé par des percussions et des sons synthétiques échantillonnés, l’album a, au final, été conçu dans les bois de l’État de Washington.

Aussi, bien que le résultat a beaucoup de points communs avec la musique new wave et synth-pop des années 80 l’objectif premier était de créer un sentiment de flottaison et d’énergie plutôt qu’un son spécifique. Il était si facile de sombrer dans une atmopshère boueuse et désespérée en s’enfermant pour véhiculer l’idée que ce projet représentaitune forme personnelle de résistance.

De ce fait, et malgré toute sa sensibilité synth-pop et rock, Tucker choisit de nous faire redescendre doucement, en terminant Interior Monolith par l’introspective « Motorists », une ballade douce et une coda parfaite de l’album qui s’accorderait avec la chamber-pop de Puisant dans l’électronique, la synth-pop, le rock et la new wave des années 80, l’audacieux nouvel album solo de Claire Tucker, Interior Monolith, semble à première vue s’éloigner des sonorités chambristes et mélancoliques de son premier EP solo Same Old Hunters.

En y regardant de plus près, vous découvrirez des fils conducteurs qui se retrouvent dans tout son travail : des paroles qui vous attirent, le caractère profondément émotif de sa voix et son sens inné de l’accroche et de la mélodie. Tucker est notre type d’artiste préféré – agité, prolifique, ne se contentant jamais de rester au même endroit, nous surprenant toujours avec de nouvelles idées et de nouveaux sons.

« J’ai commencé à enregistrer Interior Monolith quelques mois après le début de la pandémie. Après avoir passé une grande partie de l’année dernière en confinement, j’ai loué une petite cabane dans les bois à l’extérieur de Seattle et j’ai commencé à travailler. La palette sonore de l’album est essentiellement le produit des limitations imposées par l’isolement. J’avais un backlog de chansons et de fragments… »

Il y a quelque chose d’organique et d’élémentaire dans Interior Monolith qui est inhabituel dans la new wave ou la synth-pop, quelque chose qui ressemble plus à « Running Up That Hill » de Kate Bush qu’à l’angularité de « Sweet Dreams » des Eurythmics. Interior Monolith est peut-être animé par des tambours et des sons synthétiques échantillonnés, mais l’album a, après tout, été conçu dans les bois de l’État de Washington.

« Bien que le résultat final ait beaucoup de points communs avec la musique new wave et synth-pop des années 80 que j’adore, mon objectif premier était de créer un sentiment de flottaison et d’énergie plutôt qu’un son spécifique. Il était si facile de sombrer dans une boue de désespoir en s’enfermant, et je voulais que ce projet soit une forme personnelle de résistance à cela. »

Malgré toute sa sensibilité synth-pop et rock, Tucker choisit de nous faire redescendre doucement, en terminant Interior Monolith par l’introspective « Motorists », une ballade douce et une coda parfaite de l’album qui s’accorderait avec la chamber-pop de Same Old Hunters. On y trouve ainsi place pour les nombreuses nuances de sa musique, chose qui est l’un des aspects les plus passionnants de son art.

Outre le coproducteur, ingénieur de mixage et percussionniste Cameron Elliott, Interior Monolith comprend la pedal steel, la guitare et les chœurs de Bill Patton, membre du groupe Loose Wing, ainsi que la basse électrique mélodique et langoureuse d’un autre membre du groupe Loose Wing et partenaire de Tucker, Jack Peter.

***1/2


Clan of Xymox: « Spider On the Wall »

5 octobre 2020

Clan of Xymox est une entité musicale qui porte un nom ou un autre depuis 1981. Ronny Moorings continue à maintenir le cap et à naviguer sur de nouvelles vagues sombres. Avec Spider On the Wall qui marque le seizième album du groupe, il pourrait sembler qu’une nouvelle interprétation du son distinctif de Clan of Xymox serait une tâche ténébreuse ; pourtant, l’album se révèle être une chambre d’écho pour le romantisme noir qui émerge du style caractéristique de Xymox. Des voix éthérées, enveloppées de réverbération, hantent les lignes de basse gothiques et les boucles de synthétiseur dans une cascade d’artisanat musical aussi altérée que le marbre d’un cimetière. Le morceau d’ouverture, « She », est peut-être l’une des meilleures chansons de la dernière décennie, un morceau au cœur d’automne qui est immédiatement familier et confortable.Ce titre est destiné à devenir un hymne post-punk et incarne l’esprit du disque, bien que le reste de l’album ne se donne pas la peine de rester dans cette modalité singulière.

Des chansons comme « Spider On the Wall » sonnent comme si elles avaient pu être enregistrées il y a 30 ans, « When We Were Young » plonge dans un son industriel plus lent, tandis qu’une chanson comme « All I Ever Know » est un morceau électronique lourd techniquement compétent qui se marierait parfaitement avec de nombreux artistes synthpop populaires. La diversité du disque est ce qui le rend génial, mais c’est aussi ce qui fait de cet opus un disque problématique.

En effet, dans l’ensemble, les changements sont toujours liés par une corde singulière, celle qui est la signature du clan du son Xymox et qui est le plus facilement incarnée par le chant de Moorings, mais les changements de style musical autour de ce pilier central pourraient être trop dérangeants pour les auditeurs qui ne sont pas familiers avec le son Xymox. Ainsi, parfois, le disque peut donner l’impression d’être un assemblage de « singles » à la carte, mais toute personne familière avec la discographie de Xymox se sentira probablement prise de court alors que le disque se tisse et se courbe à travers des paysages sonores passés et présents. Ce voyage peut presque finir par ressembler à une lettre d’amour du Clan Xymox à lui-même, ce qui n’est pas une mauvaise chose du tout. Le disque est un must pour les fans du Clan of Xymox, mais les auditeurs occasionnels ou les nouveaux auditeurs ont tout intérêt à le tester et à trouver leurs morceaux préférés. En fin de compte, toutes les chansons sont élaborées avec le plus grand savoir-faire et la plus grande habileté, mais elles n’ouvrent pas vraiment de nouveaux horizons… et ce n’est pas grave car Spider On the Wall est du Clan of Xymox de premier ordre. Peut-être même un peu trop.

***1/2


Blancmange: « Mindset »

9 juin 2020

Le nouvel album de Blancmange s’ouvre sur la chanson- titre, « Mindset », et après une introduction musicale d’une minute, la voix incomparable de Neil Arthur chante « Contrairement à mercredi, cette journée est concentrée/Il n’y aura aucune distraction pour nous éloigner de l’action » (Unlike Wednesday this day  is focused/There will be no distraction from the action.). Ainsi commence Mindset, peut-être le meilleur album de Blancmange dans la carrière de Neil Arthur.

Le disque privilégie une musique sombre, à base de synthétiseurs. Il est parfois très dense mais jamais sans mélodie, et jamais trop lourd. Arthur regarde le monde comme il l’a toujours fait, et la place qu’il y occupe. Sur Mindset, il poursuit son voyage en essayant de comprendre ce gâchis et comment nous en sommes arrivés là où nous sommes. « Clean Your House » et « Not Really (Virtual Reality) » en sont les meilleurs exemples. Arthur écrit des mélodies fortes et des diapositives eu milieu des paroles et, à la fin, vous vous retrouvez avec un album étonnant.

Musicalement, c’est de l’electronica, mais cela ne veut pas dire que c’est du pareil au même, loin de là. La musique va de mélodies douces à des chansons lourdes et chargées en basses. Vous sentez votre corps bouger, mais ce n’est pas un album de danse. Cela appelle une version électronique d’un album concept des années 1970. Cela ne veut pas dire que c’est un album conceptuel, car ce n’en est pas un, mais il a cette sensation. C’est, en effet, un disque qui doit être écouté du début à la fin et bien qu’il n’y ait pas de concept, il possède un thème.

Il est incroyable de penser que depuis 2011, date à laquelle Blancmange a été ressuscité, Mindset est leur 10ème album, et leur deuxième pour 2020 (Waiting Room Volume 1, étant sorti en mars). C’est une quantité incroyable de travail, et cela ne tient pas compte des autres groupes (Fader et Near Future), qui ont également été très actifs ces dernières années. Ce qui est étonnant, c’est qu’Arthur ne semble pas être à court d’idées, ni ne s’appuie sur la nostalgie. Mindset est un album créatif et totalement unique. Il plaira aux fans de longue date et pourrait même attirer quelques nouveaux convertis.

***


Panic Priest: « Second Seduction »

1 mai 2020

Mort. Sexe. Romance maudite. Ces trois termes simples définissent la présence sonore et thématique de Panic Priest. Panic Priest, c’est le projet musical du chanteur, compositeur et multi-instrumentiste Jack Armondo (du duo dark-pop My Gold Mask), est centré sur la voix profonde et chantante d’Armondo qui entrelace des beats électroniques, des guitares et des synthés de rêve. Panic Priest crée des mélodies de minuit qui ont le don de ne pas se faire oublier de sitôt une fois le jour venu.

Ce très attendu deuxième album, Second Seduction, est une extension importante de la signature sonore du projet (dévoilée pour la première fois dans son offre éponyme en 2018).

Le nouvel album, coproduit par Brian Fox (Wingtips, Ganser), mélange des genres classiques tels que la darkwave, le post-punk et le goth, tandis qu’une sensibilité pop synthétisée moderne richement stratifiée élève l’album à quelque chose de plus grand qu’une simple récréation nostalgique. Presque entièrement interprété et composé par Armondo (avec d’importantes contributions de Twin Tribes, Vincent Segretario de Wingtips et Gretta Rochelle de My Gold Mask), Second Seduction est à la fois personnel et fantastique. Un récit purificateur des expériences de la vie réelle d’Armondo, découlant de ses peines de cœur, de sa vie de non-monogame et même des craintes politiques actuelles. Préparez-vous à être séduit par le monde de Panic Priest.

« In All Severity » propose une délicieuse darkwave dansante. C’est aussi la première fois que nous est donné d’entendre la belle voix forte d’Armondo, qui d’ailleurs s’accorde parfaitement avec la musique. « (silo) » forme un intéressant intermezzo ambiant sombre et,sur l’agréable roc gothique de « Pretty Evil Seed, » nous pourrions à nouveau mettre en granle des jambes qui ne demanderaient qu’à danser

« Nighthunter » ressemble à un croisement entre Soft Cell et Depeche Mode. C’est un morceau de synthpop sombre et lunatique inspiré des expériences réelles d’Armondo dans l’après-nuit. « Nighthunter », dignifiera sortir et chercher un rendez-vous aux petites heures de la nuit avec atmosphère enfumée et sexy mais sur un ton légèrement menaçant. Au fil de la chanson, il devient clair que le narrateur lui-même peut être victime de son propre chagrin et la proie de sa propre chasse perçue.

Dans « Lonely City, on entendra la pop 80’s à la Tears For Fears et Duran Duran tout comme sur « We’ve Got The Cause »et cette multitude d’influences, de The Human League à Gang of Four en passant par Fad Gadget. « BLOOMNDK » contient une intro à la manière de The Cult, mais sort de la tournée pop-rock avec un clin d’œil aux années 80.

« Bleed Again » apporte une belle chanson darkwave avec le pathos de The Misssion et les synthés sinistres de Clan Of Xymox. « Shiver And Crawl » accentuera la tonalité sombre de l’électro-pop avec une voix empruntée à Tears For Fears et où le fort son du clavier semble avoir été volé au D.A.F. ou au début du Front 242. « Eternal Shine » semble être la ballade émouvante et très gothique de cet album. Si on s’autorise autorisés à citer d’autres noms on ajoutera Echo And The Bunnymen à un disque qui pourrait être dans la playlist d’une fête new wave des années 80 sans que personne n’entende qu’il s’agit d’un album enregistré longtemps après. Second Seduction est, à cet égard, le meilleur album new wave des années 80 qui n’a pas été réalisé dans les années 80.

***1/2


True Body: « Heavenly Rhythms for the Uninitiated »

19 avril 2020

True Body est un combo post punk et new wave avec une influence gothique originaire de Richmond, en Virginie. Il a passé la majorité de son temps en tant que groupe à sortir quelques singles et EPs et, actif depuis 2015, c’est la première fois qu’il sort un album d’une telle dimension. Le disque est composé de dix titres de chansons très profondes et puissantes qui sonnent comme une expérience originale tant la voix d’Isabella Moreno-Riaño est obsédante et aussi belle que les mots qui résonnent dans un opéra.

Le premier titre et « single » est « Spirit City » ; c’est une chanson qui montre une combinaison de différents types de genres, qui se veut optimiste et est véritablementt addictive. « Holy Child », avec son ouverture au synthé obsédante et son instrumentation sombre, porte un regard lugubre et intense sur l’image que peut véhiculer le groupe quand il commence à monter le volume. Cette composition est marquée par un changement de rythme et d’ambiance par rapport à la précédente, et elle possède un vrai climat façonJoy Division comme pour souligner combien True Body est capable de le faire sien. Les guitares tourbillonnantes qui résonnent et le chant d’Isabella se combinent bien pour ce morceau au son sauvage et anarchique. « Chain » évolue vers un son plus doux, en phase avec le morceau d’ouverture. L’ambiance est plutôt sombre, avec des instruments et des chants si vicéraux qu’ils sonnent sincères.

« First Thing » commence de la même manière, mais cette fois avec un clavier qui met en valeur le travail vocal et se transforme finalement en titre dream-pop. La combinaison du synthé et du chant permet d’ induire en l’auditeur une vraie transe, car la chanson est à la fois angélique et incroyablement atmosphérique, lorsque le chant se fait entendre et que le reste du groupe se joint à lui pour ajouter à ce qui est une très belle conclusion. « Glitter » s’appuie fortement sur l’ambiance et l’humeur générale pour porter la conclusion en face A. C’est profond, et l’instrumentation est agréable à écouter. Il est optimiste et sonne comme un morceau classique du post punk des années 80 avec une influence darkwave/goth. La palette vocale sur ce morceau est à couper le souffle, comme le combo se montre capable de se fondre sans effort de groupe.

« Sympathy » utilise une ligne de synthétiseur pour ouvrir le type d’instrumentation intense et claustrophobe qui suivra. « Youth Hotel » s’ouvre sur des bruits ambient qui rappellent un cimetière sombre et brumeux dans un film d’horreur. Les synthés sont bruyants et pulsent tout au long du morceau, et le groupe se présente comme une sorte de piste d’ondes sombres. Les synthés dominent le mixage et sont bruyants et abrasifs, avec un son presque industriel lorsque les voix se réverbèrent. « Television » utilise un son de synthétiseur plus doux et le style du morceaus era plus dans le ton du titre d’ouverture. C’est une composition romantique, sincère, et elle puise à bon escient dans un semblant de nostalgie pour créer un titre dream-pop véritablement inspiré.

« Ariel » suivra sur le même ton instrumental que « Television », à savoir créer un morceau dream-pop atmosphérique, lourd d’ambiance et de sentiments alors que l’album commence à atteindre sa conclusion. « Phone Off » sert de titre final et son utilisation d’une instrumentation simple est une manière parfaite de terminer le disque. Il s’ouvrira sur rien d’autre que des voix et un synthé qui ajoutera un élément véritablement obsédant. Vers le milieu de la chanson, les synthétiseurs retentissent pendant un moment ou deux et la chanson au rythme lent continue de bourdonner. Alors que les dernières paroles « Drifting Away » sont chantées à voix basse, tous les autres bruits retentissent lentement et paisiblement et l’album se termine sur cette note apaisante.

On remarquera la voix obsédante et emblématique d’Isabella Moreno-Riañoqui contribue à placerle groupe à part des autresformations du genre. L’un des aspects les plus significatifs du disque est sa production et son utilisation de l’instrumentation. Le groupe a joué sur la voix et a ajouté des éléments de synthétiseur et d’autres instruments qui ont créé une expérience sonore vraiment obsédante et éthérée. Piste après piste, l’auditeur est plongé dans un monde de rêve et, une fois le disque terminé, ce monde a été totalement intégré en nos sens.

***1/2


Whispering Sons: « Image »

30 décembre 2019

Whispering Sons est un combo de Bruxelles dont le répertoire est partagé entre post-punk et new wave à grands coups de compositions menaçantes qui retranscrivent des climats visant à nous faire frissonner. À cet égard, on retiendra des morceaux comme « Stalemate » en guise d’ouverture mais également « Alone » et « Skin ». Le groupe belge navigue entre Preoccupations et Joy Division sur « Got A Light » et sur « No Time » où la voix androgyne et hantée de Fenne Kuppens arrive à nous fasciner.

Image respecte la trame avec ses morceaux sombres presque gothiques par moment. On peut citer également le triptyque « Fragments », « Hollow » et « Waste » qui font monter la tension. Leur coldwave dark teinté de post-punk ne laissera jamais de marbre et Whispering Sons peut se vanter d’être parvenu à se faire une place sur une scène pour le moins concentrée.

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Lunch Lady: « Angel »

1 septembre 2019

Lunch Lady qui ne vient pas d’Angleterre mais de la Californie, précision nécessaire tant il est vrai qu’à l’écoute de leur premier album Angel, il y avait de quoi donner cette impression.

Les deux gars et les deux filles qui composent le groupe sont, en effet, à mi-chemin entre post-punk et new-wave. Cet album semblera plonger dans les années 1970-1980 avec des titres aussi bien entraînants. Dépassant rarement les 3 minutes, Lunch Lady envoie la sauce de « Sweet One » à « Preacher Man » en passant par les expéditifs « Sister », « My Dead Dog » et « Pardon Me Miss ».

En 28 minutes chrono, Lunch Lady réussit à se démarquer avec une fusion musicale implacable mais totalement accrocheuse. Avec Angel, les Californiens font forte impression et on attend la confirmation avec un éventuel second album.

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Chain Wallet: « No Ritual »

25 juillet 2019

Chain Wallet est un groupe venu du Bergen en Norvège qui redonne ses lettres de noblesse au shoegaze et à la dream-pop des années 1980 comme l’atteste ce second album, un No Ritual composé de dix morceaux, dans lequel le trio norvégien marche sur les pas de son précédent et éponyme opus. Il sera impossible de ne pas penser à du Depeche Mode ou du Echo & The Bunnymen à l’écoute de titres doucement planants allant de l’introductif « Lost Somewhere » à « Knowing Eyes » en passant par les rêveurs « Ride », « Closer » et autres « Liminal ».

Il ne fait aucun doute que Chain Wallet est du genre à vouloir se démarquer de la concurrence dominée par des groupes comme Wild Nothing et Motorama. No Ritual arrivera à se singulariser comme il se doit avec un disque qui sent bon les années 1980 et la nostalgie à plein nez.

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Imposition Man: « Imposition Man »

5 juillet 2019

Le premier album d’Imposition Man, un groupe partagé entre Berlin et Graz (Autriche), reste fidèle à un credo ; celui de naviquer sous les eaux lourdes du post-punk et du synth-punk qui le réchauffe un peu et l’arrache des abysses froides en le propulsant droit devant. Les claviers désespérés et parfois très envahissants, comme sur l’ultime et conlusif « Promise Of Salvation ». Lla batterie en plastique martiale, les lignes de basse suicidaires, la guitare écorchée majoritairement maussade et le chant vindicatif ramènent à un temps qui ressuscite le vert et le glauque, le punk d’après le punk tendance oscillations disloquées et tout un contexte socio-politique durant lequel le mur de Berlin était encore debout.
La musique d’
Imposition Man a donc quelque chose de morose et d’inquiet. Elle a aussi quelque chose de très accrocheur qui séduit immédiatement. C’est que l’album file vite : les morceaux dépassent rarement les deux minutes et si jamais ils s’éternisent, le trio décide de toute façon de les achever brutalement (la fin brusque de « Plate ») voire de les couper en deux (« Crawler I » et « Crawler II »). Ils renferment également une forme d’évidence mélodique tout à la fois rageuse et fiévreuse qui a tôt fait de nous enfermer dans ses filets. Pour le reste, le florilège d’ondes congelées, les énormes lignes de basse ou la guitare ténue savent très bien s’y prendre pour flinguer les degrés excédentaires et fortement tamiser la lumière. Pas franchement taillé pour la gaudriole mais pas non plus drastiquement atone donc.

Bien sûr, tout cela est très connoté mais le côté racé et l’énergie déployée finissent par emporter la mise : du carillon renfrogné de l’introductif « Fill A Void » aux nappes cold de « No Exile » jusqu’au prototypique « Sysi » en passant par la minute strictement instrumentale de « Scupper », on reste très accroché à l’éponyme qui réveille l’ancien, lui injecte une forme d’exaspération très contemporaine qui ressemble à s’y méprendre à celle d’alors. Ce qu’on veut dire par là, c’est qu’Imposition Man n’a rien d’un exercice de style et que leur colère réfléchie est toutefois loin d’être feinte. On sent bien que s’ils sonnent comme ça, ce n’est nullement pour rendre hommage mais bien parce que c’est comme ça qu’ils sonnent.
Le tout a été enregistré sur un antique 8 pistes à cassette et montre un goût prononcé pour l’évacuation de toute forme de fioriture, pour le moribond fuselé aussi, mais les morceaux sont néanmoins loin de ressembler à ceux des
ensemblent qui les influencent. Imposition Man perpétue l’esprit certes mais a suffisamment de personnalité pour s’habiller avec ses propres frusques sans revêtir celles des autres. Bref, même si la pochette a tout d’un mausolée, ce deuxième album existe pour lui-même et montre au final beaucoup d’atouts : malin, conceptuel et porté par une poignée de morceaux tout simplement très bien agencés.

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