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Fionn Regan: « Cala »

L’énigmatique Fionn Regan poursuit sa réinvention du folk pour notre époque contemporaine. Sa musique, comme le personnage, est entourée de mystère. Protéiforme, Fionn Regan peut parfois s’affirmer comme l’héritier direct de Léonard Cohen et de Bob Dylan (écouter la superbe « Put A Penny In The Slo »t issue de son premier album pour s’en convaincre) ou parer son folk de touches électroniques psychédéliques, flirtant même avec l’ambient, comme sur son précédent album The Meetings Of The Waters. Avec Cala, son dernier né ,elle trouve encore le moyen de surprendre son monde.
Cala fait penser à une version minimaliste de Morning Phase de Beck. On y retrouve ce goût pour les chansons amples, aux tempos lents, gorgées de reverb, qui laissent aux mélodies le temps de se développer. Cala possède ainsi un charme discret mais irrésistible qui se révèle à la mesure des écoutes.


Rien de spectaculaire à première vue. Mais en laissant infuser, la beauté émerge. Un peu à la manière d’Elliott Smith à ses débuts, Fionn Regan fait des miracles avec peu de choses. Les pianos subtils et les harmonies vocales de
Volca caressent l’oreille. Les arpèges en picking de « Collar Of Fur » et « The Ocean Wave » se marient avec des boucles électroniques pour des voyages subtilement psychédélique. Cala et ses beats électroniques calfeutrés sonnent comme du Thom Yorke solo. « Head Swim » et » Brass Locket » tendent vers la pop des moments les plus calmes des Shins. « Under The Waves / Tokyo » lorgnera vers le baroque avec ses guitares qui se prennent pour des clavecins.
Les titres de
Cala révèlent ainsi peu à peu leur profondeur, leur diversité et leurs subtilités. L’auditeur peut alors s’émerveiller devant ces chansons délicates, en apesanteur, offrant des moments de beauté pour qui sait écouter. Sur la pointe des pieds, tout en retenue, Fionn Regan signe ainsi un nouveau grand et rare disque de folk inspiré et innovant.

***1/2

2 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Tom Adams: « Yes, Sleep Well Death »

La musique de Tom Adams prend sa source dans l’éther des lointaines galaxies froides, dans cet envoûtant vide sidéral à peine troublé par les méditations mélancoliques d’Ólafur Arnalds, par la voix troublante de Sufjan Stevens et les dérives électroniques de Nils Frahm ou encore par les hautes envolées de Sigur Ros. Si vous n’êtes pas sensible à ces univers-là, alors la musique de Yes, Sleep Well Death risque fort de vous ennuyer. Par contre, si vous n’avez rien contre un petit voyage hypnotique avec décrochage immédiat des lourdeurs terrestres, cet album va vous ravir à coup sûr. Mais qui est donc ce Tom Adams qui semble réclamer une place de choix au sein de ces artistes au registre souvent minimaliste mais ô combien enveloppant et apaisant ? Ce natif de Cambridge, producteur et auteur-compositeur, réside et travaille à Berlin où il vit sa musique comme une exploration permanente vers de nouveaux territoires secrets. Il nous explique que ses ébauches au piano ou à la guitare débouchent la plupart du temps sur des perceptions beaucoup plus ambitieuses et toujours sur des voyages vers l’inconnu. La carrière de Tom Adams commence en 2016 avec la publication d’un E.P. intitulé Voyages By Starlight, une œuvre prometteuse et déjà imprégnée des éléments caractéristiques de ses créations. Son premier album, Silence, sort l’année suivante et se présente comme une merveille de sensibilité partagée entre un piano céleste, une voix très haute et des effets électroniques venus des étoiles. Tout au long des huit morceaux, on croit entendre des chants sacrés propices au recueillement et à l’introspection. Un pas de géant qui allait faire sortir Tom de l’anonymat et fédérer autour de lui un public très attentif à la suite de ses aventures. Un public complètement conquis par ce Yes, Sleep Well Death qui, enfin !, poursuit la marche en avant de fort belle manière.

Lorsqu’on commence à s’intéresser au travail de Tom Adams, on ne peut éviter de faire le parallèle avec la musique classique, baroque ou sacrée et de s’imposer une écoute recueillie et attentive. Mais attention, cette musique n’est pas difficile d’accès, elle utilise des ressources mélodiques et rythmiques très pop qui apporteront des repères évidents à l’auditeur. On se laisse porter sans heurts et sans la moindre gêne par les nombreux moments de volupté et les quelques moments de tension. Le premier titre, « Peninsula », en est une remarquable illustration. Tom Adams commence par installer un climat serein et mystique avec des effets aériens et de lointains chants incantatoires, puis sa voix douce et fluette prend le relais pour s’élever très haut et surfer sur une rythmique qui s’emballe progressivement. Une construction classique mais fort bien réussie. Adams a écrit ce morceau en Écosse, au bord de la mer et qu’il est en grande partie issu de son subconscient. Écrire et composer dans un état second n’a rien de choquant, c’est arrivé à beaucoup d’autres avant lui. Il faut seulement accepter cette démarche d’autant plus qu’elle donne un éclairage important sur sa manière de fonctionner. La chanson suivante, « Dear Future », est une référence évidente à Silence, son album précédent. La construction, les arrangements et l’utilisation du piano tout en accords plaqués sont familiers, mais l’ami Tom se permet une cassure avec ce soudain et intense chant post rock qui surprend et interroge. C’est une vrai bonne nouvelle qui va changer la donne et empêcher Yes, Sleep Well Death de se contenter de suivre des traces un peu trop balisées. Tom nous explique même qu’avec ce nouveau disque, il avait le sentiment d’installer Silence dans un monde plus vaste et entouré de paysages très différents.

Ensuite, « Cold Noise », à l’écriture plus légère, va surprendre avec son côté pop et chantant. La mélodie est accrocheuse, plus directe et la voix semble plus naturelle, moins travaillée. Sur ce titre, Tom rend hommage à la ville de Berlin, un lieu historique et magique qu’il décrit comme l’endroit parfait pour réaliser ses rêves. Cette page intimiste et reposante sera de courte durée car « The Breaking » vient, aussitôt après, nous envelopper de son atmosphère lourde et pesante. Il s’agit bien d’une rupture avec le titre précédent car on se retrouve soudain plongé dans une ambiance glauque à la Blade Runner d’où émerge une litanie quasi religieuse qui traite des turpitudes du monde et de l’impossibilité de s’en échapper. Le bien-nommé « In Darkness » enfonce le clou sur le côté angoissant de notre époque avec un chant légèrement plaintif sur fond de nappes sombres et douces. C’est le retour du post rock cosmique rythmé par un sonar aux connotations cinématographiques. Même si le contexte ne porte pas à la franche rigolade, il faut admettre qu’on est complètement hypnotisé par ce qu’on entend et ce ne sont pas les deux merveilles qui vont suivre qui pourront changer la donne. A commencer par le très atmosphérique « Dive » qui fait souffler un vent stellaire sur le piano et sur cette voix de falsetto si caractéristique. On est déjà bien accroché mais le surprenant coup de frein qui laisse la place à un chant puissant et grandiose est tout bonnement sublime. Les percussions s’en donnent à cœur joie avant de s’effacer pour un final tout en douceur. Tom Adams cite « Dive » comme la pièce maîtresse de son disque, on peut difficilement le contredire. Enfin « The Garden » va lui aussi nous subjuguer avec une belle voix beaucoup plus basse et des harmonies vocales magnifiques. Là aussi, le morceau s’éteint un long moment pour attendre la venue d’une chorale classique qui va entamer une lente procession.

Cet album est un étonnant outil de projection mentale. Pour l’écriture de « The Garden », Tom Adams a visualisé son jardin d’enfance comme ultime refuge en cas de besoin et c’est vrai qu’on devine la joie et la plénitude qu’il ressent en évoquant ce lieu. Maintenant, rien ne vous empêche d’utiliser sa musique pour faire votre propre visualisation et éprouver des sensations similaires. C’est une thérapie à conseiller par les temps qui courent.

Tom Adams annonce également la sortie prochaine de Particles, un album de piano solo écrit initialement en 2014 et enfin publié cette année dans de bonnes conditions, nul doute qu’on ne pourra qu’être intéressa par ces premières œuvres embryonnaires.

****1/2

12 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire