Joss Stone: « Water for your Soul »

1 août 2015

Ce serait un euphémisme que de dire que Water For Your Soul, le dernier album de Joss Stone, est éclectique. La chanteuse a ici décidé de puiser ses influences dans toutes les musiques qui lui ont servi d’inspiration et on a la sensation de se retrouver dans des terrains familiers, la plupart issus de la musique caribéenne.

World music si on veut, reggae, soul ; on retrouve du Augustus Pablo sur « Way Oh» ou « Underworld » et du Linton Kwesi Johnson dans « Harry’s Symphony ».

La plupart de ces interprétations sont efficaces mais peu mémorables et Scott parvient difficilement à ne pas donner une tonalité éparpillé à l’album. Rien de nouveau et d’excitant ici mais plutôt un disque qui manque d’ingénuité et d’innovation.

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Hiatus Kaiyote: « Choose Your Weapon »

26 mai 2015

Venus de Melbourne, Hiatus Kaiyote se définit comme un combo « future soul » à savoir expérimental tout en restant mélodieux. Précédemment il restait cantonné dans un registre neo-soul à l’instar de Q-Tip, Prince ou Stevie Wonder ; sur Choose Your Weapon le ton se fait plus explorateur au risque de, parfois, donner la sensation qu’il ne sait où il va.

Cela n’est pas nécessairement un défaut mais ce manque de direction fait que certains morceaux manquent d’une certaine emphase (« Borderline With My Atoms » ou « Breathing Underwater ») alors que la crédibilité du groupe sort renforcée quand une seule humeur l’anime

Celle-ci peut être joueuse comme « Molasses », soul et laidback sur « Fingerprints » ou fraiche avec « Building A Ladder ».

Il est clair que Nai Palm maîtrise mieux ses vocaux et que le groupe a acquis en potentiel. Reste à savoir si cette alchimie pourra se matérialiser de manière moins erratique en un voyage soul où il est déjà plaisant d’aventurer ses pieds.

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Joan As Police Woman: « The Classic »

11 mars 2014

En dépit de son histoire personnelle et de sa contribution au travail de nombreux artistes comme Antony and the Johnsons et Rufus Wainwright, Joan Wasser sous le nom de Joan As Police Woman n’est pas parvenue, après quatre albums, au-delà d’un cercke réduit de fans inrréductibles dont certains ont d’ailleurs été échaudé par son disque précédent, The Deep Field.

Sa sensibilité a toujours été présente mais son mérite est de l’avoir accompagnée de variations musicales présentes ici dans un The Classic qui semble être taillé dans la même veine.

Ici les styles sont plus divers et ils visent à couvrir le spectre du répertoire de la chanteuse tout comme les hauts et les bas émotionnels par lesquels elle passe.

Sa voix reste pourtant toujours aussi apathique, indiquant par là qu’elle est dans le registre qu’elle aime. Sur l’album elle sera aidée par Joseph Arthur qui apportera un esprit doo-wop à un album qui pourrait se résumer à sa chanson titre, au climat issu des 50’s ou 60’s.

Le son sera donc celui des « big bands » et des atmosphères enfumées. Mais, plutôt que d’adopter une ligne directrice solide, l’artiste se réfugie plutôt dans des titres où ce qui est véhiculé et plus une lointaine ambiance (presque un cliché) alors qu’il aurait fallu faire preuve de plus de perçant. Ce mix électrique aura inévitablement des hauts et des bas comme ce « Get Direct » qui s’enlise tout au long de ses sept minutes et qui exemplifie à merveille cette sensation que la chanteuse ne fait que picorer plutôt que s’imprégner.

The Classic n’en est donc pas un et son « neo soul » vaut avant tout par le premier terme de sa définition. On ne pourra en vouloir pourtant à Wasser de vouloir surprendre et innover ; sa sensibilité demeure intacte, ne lui reste plus qu’à trouver la conduite à laquelle elle a droit.

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Ava Luna: « Electric Balloon »

10 mars 2014

Un critique avait dit, à propos de Transformer de Lou Reed : « Après l’avoir écouté, on devrait avoir envie de prendre une bonne douche. » Il n’avait pas tort et les vibrations suffocantes qui s’échappent du Electric Ballroom de Ava Luna ne peuvnt que susciter des sensations similaires.

Voici un album enveloppé par la fumée des cigarettes, l’odeur pesante du bourbon et qui semble destiné à être la bande-son accompagnant ces clubs glauques pour gentlemen ouvert à toute heure de la journée et de la nuit.

Néanmoins, alors que Electric Ballroom adopte la démarche arrogante et blasée de ses prédécesseurs, il ne parvient pas à asséner le coup fatal qu’on aurait été en droit d’espérer. « Deaydream » est une des chansons d’ouverture les plus trompeuses qu’il nous est donnée d’entendre : c’est un titre punky, et funky aux rythmiques fuyantes pas véritablement représentative des vibrations soul et R&B du reste de l’album.

« Crown And Judy » sera d’ailleurs révélateur des défauts du disque : les voix masculines et féminines se complémentent harmonieusement avant de conclure le titre sur une cacophonie de bruits. Quand Electric Ballroom se veut un opus dont le flot sans efforts est censé véhiculé une certaine arrogance, ce genre de morceaux trébucheront comme autant de faux-pas mal calculés, un peu comme si le pied R&B ne dansait pas sur le même beat que celui alimenté par le punk.

Malgré ce manque de coordination, une bonne partie du disque fait preuve d’une assez belle assurance : le shuffle des rythmes latins et la guitare espagnole de « Aquarium » ou les vocaux somptueux de « PRPL » qui témoigneront de  la prouesse vocale dont est capable Luna quand elle est sur un terrain solide.

Au bout du compte, Electric Ballroom s’avèrera un disque incertain, oscillant entre deux styles musicaux contrastant entre eux, et dont la douche qu’il réclame à la fin de son écoute ne sera pas aussi décapante que celle issue du disque de Lou Reed.

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The Stepkids: « Troubadour »

2 novembre 2013

Il est facile d’imaginer un disque comme Troubadour (le deuxième album de ce trio du Connecticut) comme faisant les délices d’un « party ». Le groupe y fricote avec le jazz, la soul, la pop vintage d’une façon glossy et superficielle et qui peine à étendre la portée émotionnelle de son album au-delà d’une simple gaieté frelatée.

« The Lottery » est un funk laidback des années 70, « Insecure Troubadour » est titre indie rock quelque peu fade et l’album sonnera ainsi tout au long comme une compilation exécutée par un combo caméléon qui fait plusieurs choses correctement mais aucune qui ne les identifie comme un ensemble nommé The Stepkids.

Plusieurs influences donc, le seul moment où une sauce semble se lier sur un morceau sera sur « Symmetry » qui combine comme il se doit jazz, hip-hop, prog-rock, psychedelia et soul. La recette ne prend pas tout le temps ; « Bitter Bug » va ainsi utiliser le hip-hop moderne et la soul comme modèle mais va se prolonger trop longtemps pour ne pas sonner comme un exercice de remplissage.

Les basses funk, le travail à la guitare sineux et les vocaux masculins suraigus montrent une indéniable musicalité mais celle-ci se révèle trop labyrinthique et incertaine pour donner liant aux structures et aux arrangements. Certains, pourtant, s’avèrent intéressants (bois, vents, électronique) mais cette démonstration est trop ampoulée pour ne pas verser dans le kitsch. Tout au plus peut-on apprécier une bravado à la Prince et se dire que The Stepkids serait le groupe idéal pour réaliser un concept album tant il se montre malléable.

★★☆☆☆