Twin Temple: « Bring You Their Signature Sound… Satanic Doo-Wop »

19 octobre 2019

Twin Temple, s’il révère le diable comme il le prétend, le fait avec une bande son totalement antinomique aux classiques du genre et à ce que laissait présager la pochette.

On nage dans la soul, le R’n’B, et donc le doo-wop. Des cuivres, une guitare tout en doigté, une basse qui swingue et une chanteuse qui chante sur 10 titres son amour pour l’ange déchu. Très proche musicalement et vocalement d’Amy Winehouse, ce duo de LA, à savoir Alexandra et Zachary James, livre un album atypique si on appréhende l’album dans sa globalité.

Mais si on ne prête pas vraiment attention aux textes et au packaging, il s’agit juste d’un bon album de blues soul, où seul le gospel initiatique de la ghost song « Satanic Inititation Ritual » dénote un peu avec le reste. Incongru et sympathique.

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Hannah Williams & The Affirmation: « 50 Foot Woman »

18 octobre 2019

Hannah Williams avait fait parler d’elle avec un premier album intitulé Late Nights & Heartbreak il y a un peu plus de trois ans. Elle ainsi que son groupe The Affirmations n’avait pas connu la consécration attendue avant que JAY Z ne sample un de ses morceaux sur son dernier album 4:44 en 2017. Sans jamais prendre la grosse tête, la chanteuse londonienne revient avec son nouvel album intitulé 50 Foot Woman.

Hannah Williams & The Affirmations confirme ltoujours son penchant pour la soul rétro complètement entraînante. La voix riche en caractères de la chanteuse londonienne est mise en valeur sur des titres au groove rageur et infectieux comme « I Can’t Let This Slip Away » mais encore « Tablecloth » et « What Can We Do ? ». On se dit que 50 Foot Woman annonce du bon soul bien roots et on ne se trompe pas.

À l’écoute d’autres perles rétro à l’image de « How Long ? » et de « Please Be Good To Me », on se dit que Hannah Williams & The Affirmations a tout appris des labels Stax et Motown ou des plus récents Daptone Records et Big Crown Records tant on a affaire à de l’authentique. Entre soul et allures gospel notamment sur « Sinner », 50 Foot Woman ira à coup sûr propulser la chanteuse ainsi que sa formation parmi le futur de la soul rétro made in UK aux côtés de Alice Russell.

***1/2


Saba Lou: « Novum Ovum »

11 octobre 2019

Parce qu’il n’y a pas que King Khan qui suit une trajectoire musicale des plus déjantées. On peut citer sa fille nommée Saba Lou qui suit son bonhomme de chemin sereinement. Après un premier album Planet Enigma paru il y a maintenant deux années de cela, la jeune allemande qui a récemment fêté ses 19 printemps revient nous étonner avec son successeur intitulé Novum Ovum.

En mélangeant savamment rock’n’roll digne des années 1960, folk, soul, jazz, calypso et country, Saba Lou privilégie la normalité à l’excentricité de son père. Et Novum Ovum ira répondre à cette thématique avec ces dix nouveaux morceaux délicieusement rétro comme l’introduction nommée « Primrose Diner ». Impossible de résister aux splendides écoutes de « Dirty Blonde », « Penny Rolls » ou bien même de « Telepathetic » qui iront témoigner de leur puissance émotionnelle.

Novum Ovum impressionne pour son ambiance chaude et chaloupée avec ses lignes de guitare et son atmosphère libératrice. Il en témoigne des morceaux hors pair et hypnotiques à l’image de « Silver Pill » et de « Cherie Sherabou » pour se rendre de la puissance magnétique de Saba Lou à nous emporter très loin. Ce second opus ira conjuguer ces influences musicales avec brio et avec une dose de mysticisme dont seul elle a le secret.

***1/2


Brittany Howard: « Jaime »

23 septembre 2019

La dernière fois que l’on a eu des nouvelles d’Alabama Shakes, c’était en 2015 où ils avaient publié leur album Sound and Color. Cette success story a permis à sa sémillante leader Brittany Howard d’être, peut-être un peu trop, sur tous les fronts. Le follow-up s’est fait attendre et il se matérialise ici sous la forme d’un album solo de Howard, un Jaime du prénom de la sœur de la chanteuse décédée quite à un cancer.

Howard fut, à cet égard, frappée par le syndrome de la page blanche, et en ce sens, Jaime est une sorte de refuge où elle élargit sa palette musicale allant du rhythm’n’blues, du blues-rock, de la neo-soul et des boucles hip-hop. C’est avec cette esthétique DIY ainsi qu’une brochette de musiciens (on retrouve même le célèbre pianiste jazz Robert Glasper dans les crédits) qu’elle s’exprime sur les voies de l’expérimentation avec « History Repeats » en guise d’introduction mais également « Stay High » et « Tomorrow ».

Janine est aussi un exutoire suite au deuil qe doit effectueur la vocaliste. Elleaborde ainsi des sujets plus qu’intimes comme sa sexualité sur « Georgia », ses opinions religieuses avec « He Loves Me » ou encore sa famille métissée au fin fond de l’Alabama avec « Goat Head ». Il en résulte ses interprétations toujours aussi fortes en caractères qui passionnent ces récits ntrospectifs avec « Short and Sweet » et « 13th Century Metal » avant de venir vers des complaintes des plus touchantes avec « Presence » et « Run To Me ».

Ce premier album solo de la leader d’Alabama Shakes se veut audacieux et expérimental, certes, mais c’est à cours d’écoutes répétées que l’émotion à fleur de peau arrive à se faire jour sur ces nouvelles et intenses compositions.

***1/2


Queen Of Jeans: « If You’re Not Afraid, I’m Not Afraid »

8 septembre 2019

La Philly Sound vintage de Queen Of Jeans sur un premier album, Dig Yourself,avait charmé par son indie pop enivrante et doucement mélancolique au point de donner envie de se replonger dans son univers avec un nouvel opus ,If You’re Not Afraid, I’m Not Afraid sorti un an plus tard.

Avec ces onze nouvelles compositions, Queen Of Jeans se réapproprie les codes qui ont fait sa renommée en particulier la voix ô combien émouvante de Miriam Devora qui brille de mille feux sur le titre d’introduction nommé « Get Lost » toujours aussi somptueux tout comme le seront les arrangements de haute volée sur « Tell Me » et sur « Centuries ».

Plus émouvant qu’auparavant, Queen Of Jeans redouble d’intensité avec des morceaux on ne peut plus électriques comme « Only Obvious To You » et « Bloomed ». C’est également sur ces points que l’on appréciera alors encore plus le quatuor de Philadelphie sur des titres à l’image de « Rum Cheeks » et « I Am In Love With Your Mind ». If You’re Not Afraid, I’m Not Afraid ne pourra, par conséquent, que parler à ceux qui n’ont pas froid aux yeux pour mettre à plat leurs émotions.

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Black Pumas: « Black Pumas »

2 juillet 2019

Black Pumas est un duo formé de Eric Burton, voix, et Adrian Quesada, producteur / guitariste. L’idée était de rendre hommage à la soul / funk classique, mais aussi de mixer ça avec une dose de folk rock et une production plus actuelle. Une belle idée, pas forcément originale. Mais une fois « Black moon rising » découvert, il m’est impossible de conserver cette envie de tailler en pièces une réputation surfaite. Car elle ne l’est pas.

Ce disque est une pépite, un diamant brut. Quand « Colors » prend la suite, je suis juste sur le cul. Et puis « Know you better », « Fire », « OCT 33 »… n’en jetez plus, il faut bien que cet album ait une faille ? Ah oui, ouf, c’est « Sweet conversation, dernier de la liste, que l’éliminerais sans mal, car franchement poussive. Mais le reste est bien suffisant pour convaincre n’importe quel adorateur de black music d’un croisement entre James Brown et Wu-Tang Clan.

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Nick Waterhouse: « Nick Waterhouse »

17 mars 2019

Nick Waterhouse œuvre dans la subtilité même si la virtuosité est un de ses titres de gloire. Ce serait en effet méconnaître la capacité du bonhomme à réconcilier les amateurs de rock, de pop et de soul, réussissant à les faire se déhancher dès le premier accord.

Ce nouvel opus, éponyme, ne déçoit pas une seconde. Le son rock’n’roll de certains morceaux (« El Viv », « Wherever She Goes ») se mêle sans ambages à de suaves ballades (« Undedicated »), et à des parties rhythm and blues qui n’ont rien à envier aux standards du genre (« Wreck the Rod ») et,d ’ailleurs, le premier « single » exhumé de l’album (« Song for Winners ») nous avait donné un aperçu digne d’intérêt et laissant présager que Waterhouse n’avait rien perdu de son inspiration.

Difficile de résister au courbes alanguies des vents, au son de caisse claire, aux cœurs Motown, et surtout au jeu de guitare d ‘un artiste qui, bien que virtuose, sait toujours s’arrêter à temps pour ne pas tomber dans la démonstration. De fait, on ne trouvera pas ici de plages ennuyeuses comme on pourrait en discerner sur d’autres albums de soul, produits par des musiciens certes talentueux mais qui transforment chaque morceau en performance.

C’est précisément ce que la musique de Nick Waterhouse a d’intéressant : de la soul et du rock’n’roll il n’a gardé que l’urgence et le rythme en se débarrassant des lourdeurs qui peuvent parfois ponctuer les interprétations de ses collègues. S’il ne fait aucun doute que la production est autant brillante que soignée, elle est néanmoins réduite à la portion congrue. C’est pourtant cela qui permet à Waterhouse de donner la priorité aux compositions et de réussir le challenge de livrer un album rempli de références, tout en ne tombant pas dans l’hommage suranné. C’est toute la réussite d’un disque à savourer sans modération.

***1/2


Durand Jones & The Indications: « American Love Call »

16 mars 2019

Qu’elle vienne des années 60 / 70 ou d’aujourd’hui, la soul traverse les décennies sans problème et continue de produire des artistes toujours aussi attrayants. Lee Fields, Charles Bardley pour les plus anciens, voire les défunts, mais aussi Curtis Harding ou Durand Jones & The Indications pour assurer la relève.

Le groupe coche , en effet,toutes les cases pour être un digne représentant de l’esprit de Marvin Gaye ou Curtis Mayfield. Leur deuxième album American Love Call est un régal de neo-soul. Il appartiendra d’en juger à qui voudra.

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Joss Stone: « Water for your Soul »

1 août 2015

Ce serait un euphémisme que de dire que Water For Your Soul, le dernier album de Joss Stone, est éclectique. La chanteuse a ici décidé de puiser ses influences dans toutes les musiques qui lui ont servi d’inspiration et on a la sensation de se retrouver dans des terrains familiers, la plupart issus de la musique caribéenne.

World music si on veut, reggae, soul ; on retrouve du Augustus Pablo sur « Way Oh» ou « Underworld » et du Linton Kwesi Johnson dans « Harry’s Symphony ».

La plupart de ces interprétations sont efficaces mais peu mémorables et Scott parvient difficilement à ne pas donner une tonalité éparpillé à l’album. Rien de nouveau et d’excitant ici mais plutôt un disque qui manque d’ingénuité et d’innovation.

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Hiatus Kaiyote: « Choose Your Weapon »

26 mai 2015

Venus de Melbourne, Hiatus Kaiyote se définit comme un combo « future soul » à savoir expérimental tout en restant mélodieux. Précédemment il restait cantonné dans un registre neo-soul à l’instar de Q-Tip, Prince ou Stevie Wonder ; sur Choose Your Weapon le ton se fait plus explorateur au risque de, parfois, donner la sensation qu’il ne sait où il va.

Cela n’est pas nécessairement un défaut mais ce manque de direction fait que certains morceaux manquent d’une certaine emphase (« Borderline With My Atoms » ou « Breathing Underwater ») alors que la crédibilité du groupe sort renforcée quand une seule humeur l’anime

Celle-ci peut être joueuse comme « Molasses », soul et laidback sur « Fingerprints » ou fraiche avec « Building A Ladder ».

Il est clair que Nai Palm maîtrise mieux ses vocaux et que le groupe a acquis en potentiel. Reste à savoir si cette alchimie pourra se matérialiser de manière moins erratique en un voyage soul où il est déjà plaisant d’aventurer ses pieds.

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