Hoshiko Yamane & Mikael Lind Spaces In Between

22 février 2020

Spaces in Between est une collaboration entre Hoshiko Yamane (Tangerine Dream) et Mikael Lind. Le titre se déploie déjà de plusieurs façons : les deux musiciens sont compositeurs et interprètes, et le processus d’écriture de l’album les a amenés à envoyer des fichiers sans se rencontrer, entre Berlin et Reykjavik. L’album se situe dans un espace entre acoustique et électronique, classique et pop (du moins si vous acceptez les séquences de synthétiseurs old-school comme de la pop). Il se situe dans un espace entre la musique d’ambiance, et l’idée bien connue de la musique de meubles, et les compositions qui ont toujours quelque chose à faire. Toutefois, Spaces in Between est un disque d’une simplicité et d’un lyrisme trompeurs. On l’entend tout au long de l’album, mais on en trouve la preuve dans des morceaux comme « Getting the Message Across ».

Des violons doublés commencent à jouer et suscitent une réponse du piano, qui est bientôt accompagné par un beau et chaleureux clavier. Le violon d’Hoshiko Yamame sonne magnifiquement, le piano de Lind résonne avac la même magnificence. Encore une fois, il s’agit de contrastes simples mais nets dans l’identité sonore. La liste des morceaux le montre aussi : « Connecting the Cycle », « Flow Plus Cycle », « Lasting Cycle » « Into the Whirl », « Wave Interaction » – les musiciens ne cessent de bouger. Enfin,  ce dernier titre, » commence par une phrase rythmique provenant d’un oscillateur, puis les deux collaborateurs jouent dessus.

L’album est juste de la bonne longueur aussi – 8 titres répartis sur 42 minutes. Mais dans cet environnement sonore confortable, on ne s’ennuie jamais. Les oscillateurs entrent, ancrent un morceau et en modifient subtilement l’ambiance. Les couches de piano interagissent avec le son cristallin du violon. Parfois, comme dans « Reprocessed Phrases », un crépitement agréable se fait entendre en dessous, de manière ambiguë. Bien que l’ambiance soit très similaire du début à la fin, il y a une grande délicatesse et un grand souci du détail. Délicat, mais grave.

***1/2


The Dandy Warhols: « Why You So Crazy »

2 février 2019

The Dandy Warhols sont l’emblème de ce que le rock peut véhiculer en termes de roublardise ; jeu sur l’image, fasse candeur, appropriation de certains clichés du rock and roll en faisant mine de les détourner.

Il y a toujours eu chez eux ce que les Sitationnistes affectionnaient : le détournement des objets et des icônes. Bref, les Dandy Warhols étaient sans doute le combo idéal pour mettre en scène la fin d’un époque et d’un millénaire.

À l’instar de Bowie, Courtney Taylor-Taylor était le dandy en chef de ce message, à la fois blasé, hédoniste, désinvolte et cool dans un registre musical qui était le leur ;entre glam, indie, et rock and roll et une belle dose d’impertinence.

Au fond, s’il est un combo à qui on devait comparer The Dandy Warhos, ce serait, non pas Bowie ou Lou Reed, mais, tel un Caïn devenu Abel ; son frère de coeur, Anton Newcombe and the Brian Jonestown Massacre.

Temps aidant, foin d’excès pourtant et moins de références au « rock and roll lifestyle », l’attitude changera donc et le groupe, plus discret en terme de présence et de retombées est toujours là, leçons tirées par un Taylor-Taylor qui admet lui-même qu’il est trop vieux « for this shit ». Après une tournée européenne « sold out », histoire de fêter leur 25 ans d’existence le groupe sort alors un tout nouvel album intitulé Why You So Crazy.

Ce disque est à l’image de ce qu’ont toujours été les Dandy Warhols : fun, élégant , étrange et parfois angoissant. Cela va donner alors un côté obscur à ce Why You So Crazy quasi-schizophrène. Avec des passages réjouissants et ultra-pop, tendance « western – country – surf » colorée d’enluminures flios: « Motor City Steel », « Small Town Girls », la formidable berceuse pour cowboy en fin de carrière « Sins Are Forgiven » ou encore « Highlife », avec Zia McCabe au chant. Et d’autres moments beaucoup plus sombres et synthétiques, où les guitares – si elles sont encore là – sont délibérément reléguées au deuxième, voire au troisième plan.

Sans clairement virer electro, « Next Thing I Know » se voudra atmosphérique. « Thee Elegant Bum » et « Terraform » bénéficieront d’une basse plus prononcée et dansante, mais sont aussi à ranger dans la partie « expérimentation » de cet album qui cache d’autres curiosités. Ce sera alors le cas de la ballade gothique accompagnée au piano piano qu’est « Forever ». Premier « single » et autre grande réussite (en forme de mise au point avec l’industrie du disque), aux côtés de l’inquiétante et tortueuse « To The Church », clin d’œil à l’église dans laquelle veut entrer Bowie au temps de son « Modern Love ».

L’efficacité de « Be Alright »t et sa progression de guitares sera, de ce fait, eut être un bon point d’appui pour tenter d’apprivoiser le neuvième épisode de la saga Dandy Warhols. D’ailleurs, Why You So Crazy n’est pas un disque à effet immédiat. Riche, rempli de fausses pistes, il se conclut même par une sonate au piano de plus de six minutes. Comme si Courtney Taylor-Taylor décrétait le retour au calme avec cet espoir, un jour, de retrouver l’image que l’on a pu avoir de la « classe américaine », celle fantasmée par des Dandy Warhols toujours aussi fantasques et aventureux, anachroniques mais résolument modernes ; même après ce quart de siècle que personne n’aura vu passer !

****1/2