Control Top: « Covert Contracts »

Covert Contacts est un disque rapide, précis et féroce à la fois. En moins de 29 minutes,la réaction immédiate est de vouloir recommencer l’écoute juste au cas où on serait passé à côté de quelque chose. Or, ça n’est pas le cas ; c’est furieux et directcertes, mais également précis et avec des influences musicales intéressantes qui se sont tissées tout au long du disque.

Le batteur du combo, Alex Lichtenauer qui déclare fièrement qu’il est « pour les pédés, par les pédés » (or the queers, by the queers), et il est juste de dire que ce disque ne manque pas de mordre dans les mots ou d’asséner des coups de poing. Le son que Control Top a si efficacement fait sien sur cette saillie est véloceavec un goût prononcé pour le punk-heavy, mais il ne renonce pas à la musicalité. La qualité du jeu de basse d’Ali Carter vibre en même temps que la virtuosité impressionnante dont il fait preuve en particulier sur l’excellent « Chain Reaction ». Les percussions de Lichtenauer parviennent à maintenir le rythme implacable de l’album – toutes les chansons ont moins de quatre minutes, et la plupart moins de trois – mais parviennent parfois à sonner comme du new wave plus agressif, un sentiment encore plus évoqué par la guitare d’Al Creedon, qui équilibre finement la musicalité et le chaos général du disque.

Pas un centimètre de graisse sur Covert Contracts, et cette sensation de maigreur et d’immédiateté s’étend aux voix et aux paroles. Les cris et les hurlements d’Ali Carter apportent un sentiment de libération de la frustration et de la restriction. Ces thèmes sont très présents dans Covert Contracts, avec la puissance et l’émotion de morceaux comme « Office Rage », qui s’opposent à la nature abrutissante de la vie moderne ( et l’ennui général au buteau sur « Straight Jackets » ou le morceau-titre.

Il serait difficile d’imaginer comment Carter aurait pu obtenir un plus grand sentiment de libération sur ce disque ; elle ne cède tout simplement pas. Control Top a fait un disque punk impressionnant et vital, dégoulinant de commentaires sociaux, politiques et personnels. Malgré sa brièveté, il présente également beaucoup de variété, et la musicalité exposée est impressionnante et éclectique avec la notion de créer un lien avec le public, d’être honnête, de faire quelque chose de nouveau et de le faire avec passion. Et Covert Contracts répond certainement à ces critères …

***1/2

Alien Nosejob: « Suddenly Everything Is Twice As Loud »

Jake Robertson est prolifique, cela est indubitable. Faisant partie de groupes australiens de renom comme Ausmuteants et School Damage, Alien Nosejob est devenu son projet solo. Son nouvel album, Suddenly Everything Is Twice As Loud est un disque de punk noise monumental.

Depuis quelques années maintenant, la tendance pop bancale de son Various Fads And Technological Achievements de 2018 a été assombrie par un son plus lourd cette fois-ci, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Là où cette sortie a canalisé ces autres aventuriers sonores solitaires que sont R. Stevie Moore et Syd Barrett, le bruit et le thrash ont été – à juste titre pour un album intitulé Suddenly Everything Is Twice As Loud – considérablement augmentés.

Les douze chansons vibrent d’une technique consommée et d’un effort sérieux ; Robertson n’a pas besoin d’une narration écrasante ou de touches stylistiques lourdes. Toute son attention et son expérimentation se concentrent cette fois sur la façon dont il peut tisser ses instruments de façon cohérente pour faire un disque punk exemplaire voire emblémétique.

Sa voix sarcastique oscille entre l’incohérence et les cris au-dessus de ses éclats de guitare, et pas une seule chanson ne dépasse quatre minutes, comme tout bon album punk ne devrait jamais le faire, ce qui signifie que l’auditeur n’a jamais un moment pour réfléchir ou se reposer. Robertson possède toujours la capacité de jouer plus légèrement, en se référant à diverses modes : la pop de « Weight Of The World » coupe immédiatement l’ouverture frénétique et anxieuse de « Television Sets », avec un refrain mémorable et des riffs accrocheurs et «  Rainbow Road » est si près de The Cleaners From Venus qu’il rend hommage à cette formation conique en matière de bricolage sonique.

Le punk dur domine ctoutefois, notamment dans le tranchant « Black Sheep », un hymne punk qui étouffe et subjugue par son intensité et les persussions lancinantes d’« Emotional Rep » sont couronnés par une voix digne de celle d’Iggy. Tout lyrisme digne de ce nom est un classique du punk, dégoulinant de nonchalance et d’attitude, comme lorsque Robertson déclare à ses amis « I don’t need no love no more » sur « Don’t Need Your Love ». C’est le « single » le plus ouvertement personnel du disque mais il n’en demeure pas moins qu’il est d’une universalité innée.

On ne sait pas si Robertson continuera à se poduire sous le patronyme de Alien Nosejob ou s’il reviendra à ses autres projets en 2020 mais, si l’on devait juger sur ce seul album, on pourrait espérer qu’il y a un avenir pour cette entreprise solo. La production musicale grand public est aujourd’hui si bien peaufinée qu’elle semble si qu’il est essentiel que des musiciens purs et durs comme Robertson produisent des albums honnêtes et passionnés comme celui-ci.

***1/2

HMLTD: « West Of Eden »

Le voyage entrepris par les punks érotiques londoniens HMLTD pour en arriver à la sortie de leur premier album West Of Eden aurait pu décourager la plupart des groupess, mais HMLTD est tout sauf régulier.

Le bras long des avocats de Ronald McDonald a conduit à un changement de nom. Peu de temps après, ils ont été recrachés par le système des « majors » , ce qui signifie que la l’étiquette « next big thing »qui les avait autrefois fait passer pour le nouveau groupe le plus excitant de Londres sétait depuis longtemps devenue une couronne d’épines.

Il était pourtant peu probable que cela puisse mettre en phase un groupe qui, par exemple, avait choisi de sortir sa vidéo pour « Proxy Love « sur PornHub. HMLTD déploie une esthétique art school qui est à la fois Rocky Horror, David Devant, et l’anarchie androgyne.

HMLTD se trouve dans une position délicate avec West Of Ede; sept de ses 15 titres ont déjà été diffusés dans le monde entier et le choc qui aurait pu être créé est sans doute considérablement réduit en raison de notre niveau de familiarité.

Cependant, des titres tels que le rodéo glamour « To The Door » et la murder ballad disco qu’est « Satan, Luella & I » semblent ne pas avoir vieillis depuis trois ans. Dans l’intervalle, HMLTD a évolué à partir de ses grondements et atermoiements et il est facile de comprendre pourquoi les morceaux de leur premier album ont fait irruption dans l’opinion publique et n’ont pas été diffusés sur West Of Eden.

« The West Is Dead » ouvre l’album comme un retour en arrière dans l’espace et le temps du EXTRMNTR de Primal Scream, avant que « Loade »d ne se déploie dans un tourbillon EDM industriel. Le murmure d’outre-mer de « Why ? », est une aberration particulière et le « What the fuck ? » de l’album dit en soi, ce qu’il veut dire.

Le one-two de « Joanna, Where’s Joanna ? » passe facilement d’u nmeurtre imaginaire interprété sur une boîte à musique au cataclysme de la bicoque marine, et, avec les innombrables sautes d’humeur sauvages comme celles-ci, West of Eden n’est certainement pas pour les esprits faibles et en déconcertera plus d’un. Bien qu’il y ait beaucoup à admirer et à retenir dans ces différentes compositions, la tâche sera ardue si on veut le faire en une seule fois.

***

VANT: « Conceived in the Sky »

Trouve-t’on souvent que l’on se souvient plus longtemps de l’artiste dont on entend la chanson quelque part ? C’est de cette manière que Mattie Vant, connu simplement sous le nom de VANT, pourrait très bien s’introduire.

L’écoute de Are We Free ?, le premier album du Britannique, avait déjà provoqué quelques remous, mais quand les « singles » annonçant le dernier album ont commencé à apparaître, autre chose apris vie. Chaque nouvelle chanson annonce, en effet , qu’elle est faite pour rester dans la tête dautant que les »singles » eux-mêmes n’avaient pas préparé à une telle variété de sons, celle-la même est pourtant souvent considérée comme un élément qui nuit à la cohésion de l’album et à sa réception. Dans ce cas,on peut la considérer comme un atout.

L’album s’ouvre sur une délicate introduction au clavier, « On My Way Through », où la voix de la chanteuse répète plusieurs fois un vers « conçu sur mon chemin dans le ciel ». Tout de suite après, nous passons en douceur à « Mary Don’t Mind. » C’est une chanson très rythmée et accrocheuse, qui raconte de façon un peu perverse l’influence des drogues sur notre comportement.

Après un court interlude « Around for the Aesthethic » »qui, comme son nom l’indique, est sur l’album afin d’enrichir l’esthétique, nous allonsvers la partie justement la plus esthétisante de l’album. Bien que je l’on n’a pasl’hanitude de recevoir les chansons qui sont complètement autotunées, ce qui se passe ici est une maîtrise totale ! Une belle ballade très triste qui dit que peu importe à quel point vous oulez, ce que vous voulez vous ne vous tromperez pa, vous nevous meinirez pass.

Ensuite, nous avons un « Best Friend »s très mélodique, et tout le reste s’enchaînera à contre-courant des images comme pour pour incarner cet état d’esprit, un désir de révolution et de révolte que Mattie Vant fait passer par le biais de la musique. Vant était, à l’origine, une punk ; elle en a conservé la doctrine même si sa sève est autrement plus éclectique et, comme mot de fin, esthétique.

***1/2

Pom Poko: « Birthday »

Premier album pour ce combo punk issu de Norvège : ce qui a fait sa richesse est tout simplement la fusion entre mélodies pop sucrés et énergie punk complètement déjantée.

En douze titres, Pom Poko fait parler sa rage juvénile et son extravagance de façon habile que ce soit sur « My Blood » qui démarre en trombe mais encore les rythmes effrénés de « My Work Is Full Of Art » plus cacophoniques sur « Blue ».

Le quatuor norvégien mené par la voix pétillante de Ragnhild Fangel est dans son élément. Avec des titres entraînants et entêtants à l’image de « Crazy Energy Night » qui est à mi-chemin entre punk et rock progressif mais également de « Belong » et de « Milk Trust », on en verra de toutes les couleurs. Imprévisible de bout en bout, ce Birthday fait parler son énergie survoltée et ses excentricités lorsqu’on s’y attend le moins. Cela sera une raison de plus pour se pencher sur le quatuor.

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Lingua Nada: « Djinn »

Malgré la graphisme de sa pochette et l’intitulé de son titre, Djinn n’est pas un album surgi d’une région exotique mais tout simplement le disque d’un combo allemand, sis, plus précisément, dans le région de Leizpig.

Évidemment qu’il y a eu de la grande musique kraut, elle est surtout associée au rock des années 1970, à la musique classique des 18e et 19e siècles, et plus récemment à sa scène techno, qui attire en fait des artistes du monde entier.

Lingua Nada s’est formé en 2015 après une courte existence sous le nom Goodbye Ally Airships, et ses médias sociaux indiquent qu’il compte trois membres permanents et neufanciens membres, ce qui fait imaginer un leader intransigeant, ambitieux et possiblement invivable. Et cette personne a tout l’air d’être Adam Lenox Jr., qui endosse à la fois les rôles de chanteur, guitariste, compositeur et réalisateur, et qui avait lui-même joué de tous les instruments sur l’unique enregistrement de Goodbye Ally Airships .

Lingua Nada case beaucoup d’idées, de styles et d’énergie dans des chansons généralement courtes, digestibles par leur brièveté, mais exigeantes par leurs coq-à-l’âne. À vouloir en mener aussi large, il arrive que ça déborde et éclabousse un peu, mais c’est l’envers de la médaille d’une voracité musicale très impressionnante. Il ne faut que quelques minutes en début d’album pour sauter subitement du jazz fusion au noise rock puis au R&B lo-fi et au space rock accrocheur.

C’est d’ailleurs ce côté accrocheur et enjoué qui sert d’unique fil conducteur ici: on sent que Lingua Nada se permet absolument tout, tant qu’il peut s’amuser avec d’une façon ou d’une autre, soit en l’exécutant avec brio, soit en y donnant une saveur personnelle et impertinente.

Musicalement, le tout manquera de cette cohésion qui rend la démarche encore un peu brouillonne et rien ne sera a uniformément captivant si ce ne sont les gros coups comme « Baraka », « Dweeb Weed » et la morceau-titre qui en sera la chanson-phare.

Mais il y a somme toute très peu à redire de cet album nettement plus évolué que les enregistrements précédents du groupe. À ce rythme, si la formation peut maintenir un peu de stabilité et avoir un peu de chance, le suivant, en parvenant à s’affranchir et à casser certains codes, sera, peut-être bien, à tout casser.

***1/2

Prang: « Gender Roles »

Incisif, tranchant, Prang avec son nom de méchant de film de série Z, est le premier album du trio de Brighton, UK. Et on  espère pas le dernier tant il semble réussit. Trente sept minutes de punk rock à tout berzingue, variant la vitesse selon le besoin, mais jamais l’envie. Et c’est bien d’envie qu’il est question, sinon comment expliqué l’incroyable énergie qui se dégage tout au long de l’album. Impossible de ne pas avoir envie de gigoter ou de pratiquer le air guitare frénétiquement.

La recette est connu mais reste à savourer sans modération. Une honnêteté indéniable dans la démarche, un plaisir facile qu’on ne boude pas, et toujours cette pèche contagieuse qui donne envie de ré écouter aussitôt la dernière piste terminé. Prang est un des disques qui vas enterrer l’été de la plus belle des façons.

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Off With Their Heads: « Be Good »

On dit que la tistesse aime la compagnie et, qu’à cet égar‘, il n’y a peut-être pas de meilleur compagnon à la mélancolie que Be Good, le cinquième album studio de Off With Their Heads. Implacable, libérateur et rafraîchissant sans vergogne, Be Good est sans doute le meilleur album de nos punks bourrus venus Minnesota.

Les mélodies angoissantes et désagréables qui déchirent lesbaffles sur de chansons comme « Take Me Away » et « Severe Errand » sont bien adaptées à ce type d’ambiance avec, de surcroit, une de ces ambiances comme on en trouve sur « You Will Die », l’hymne ultime et profondément reconnaissable du combo. Avec les crashs volatiles des cymbales et les riffs implacables et graves, les cris torturés des vocaux on entend en fait un de ces albums avec lesquels on peut s’enfermer quand on se sent mal à l’aise.

On trouve un étrange sentiment d’exaltation, d’espoir, dans ce Be Good et luminosité apportée par Off With Their Heads procure un effet réconfortant sans sacrifier le grain des guitares grondantes et notre familiarité avec le son du groupe.

De l’impitoyable déchaînement du punk à la révolte implacable du rock, Off With Their Heads est en fin de compte un groupe qui fait de la musique de tous les instants, et Be Good est la meilleure démonstration du groupe jusqu’à présent.

***1/2

WAAX: « Big Grief »

Angoisse et angoisse, encore de l ’angoisse ; WAAX s’est mis en colère, s’est énervé et s’est montré beaucoup plus catégorique dans sa toute nouvelle livraison, Big Grief. Bien que ces mots puissent vous faire vagabonde l’esprit vers un lieu de plainte, WAXX n’est pas un autre de ces groupes punk pleurnichards. Le combo affute griffes intelligemment et créativement et il parcoure ainsi les 12 titres d’une réalité implacable qui fait que, à la limite, il n’y a rien à ne pas aimer dans ce disque.

Maz DeVita, l’avant-gardiste de Maz DeVita, déchire quelques mélodies chantantes dans la chanson-titre, une offrande pensive mais punk qui semble être livrée sans effort. Même le sublime single « Labrador », qui était impressionnant lorsqu’il est sorti en « single », avec ses tendances « who-cares-what-what-you-think », semble encore plus tenace au milieu de ses frères et sœurs.

Bien que simples dans leur forme, les tentatives courageuses de complexité se retrouvent dans les mélodies vocales de chansons comme « History » et « Changing Face ». Dans leurs formes les plus dépouillées, voire vulnérables, WAAX permette à DeVita de tisser des mélodies complexes et de donner àchaque matériau sa couleur unique.

WAAX a redéfini ce que signifie être punk au 21ème siècle. C’est un album qui marque un point, qui se situe au sommet de la gamme des angoisses sans sacrifier l’ingéniosité mélodique du groupe.

***1/2

Off With Their Heads: « Be Good »

Il paraît que la mélancolie peut engendrer le désir de compagnie ; Be Good, le cinsuième album studio de Off With Their Heads, pourrait en être l’illustration parfaite tant il dévoile sans honte et de manière implacable ce sentiment cathartique et libérateur.

En effet, la colère angoissée et les mélodies usées qui font comme déchirer les hauts-parleurs sur des titres comme « Take Me Away » ou ce morceau emblématisue qu’est « Serene Errand » sont les judicieux réceptacles à ces humeurs où on se sent comme un moins que rien pour ne pas dire plus. De la même manière, « You Will Die », chanson de pub prise sur le mode extrême, ne pourra que parler à ceux qui s’identifient à cette attitude «  DILIGAF » (j’en ai rien à foutre) et s’avèrera sans problème à devenir l’hyme de cette engeance ou génération.

Voilà un disue à écouter quand on a envie de s’enfermer en présence de soi-même , en pensant partager cette sensation exaltante d’avandon porteuse d’un espoir dirigé vers, au mieux, un mur.

Off With Their Heads véhicule, ici, ce sentiment étrange de réconfort sans sacrifier pour autant le nerf de la guerre sonique du combo : les guitares qui hurelent et qui lacèrent, la bien-pensance punk qui se flagelle et se justifie dans sa révolte, voire son nihilisme. Be Good est la meilleute offrande que le groupe peut nous servir à ce stade, sur ce nouvel album.

***1/2