Purr: « Like New »

27 février 2020

Il y a quelque chose de paradoxal à ce qu’un album s’oit nommé Like New alors que ses créateurs admettent ouvertement qu’ils n’aiment que la musique « faite avant 1978 ». N’est-ce pas comme dire que quelque chose que vous avez acheté dans un magasin d’antiquités est tout neuf ? Quoi qu’il en soit, ce ci est le premier LP du duo Eliza Callahan et Jack Staffen, qui ont écrit des chansons. C’est leur première offre sous le nom de Purr, leurs précédentes sorties ont été créditées au nom du projet, Eliza and Jack. Comme on peut se l’imaginer,l’opus est entouré d’une esthétique rétro poussiéreuse, sise dans une sorte de ronflement lent et étourdissant, semblable à ce que serait leur psychisme

Il s’agit donc d’un album ancré dans les sonorités d’une époque révolue, qui ne comporte que peu de changements dynamiques et qui semble vraiment déphasé par rapport à la vie d’aujourd’hui, alors que la plupart des groupes psychiédéliques de nos jours tentent de vient avant de donner à leurs compositions une touche contemporaine.

Like New est un disque qui est difficile à retenir étant donné son ADN vaporeux. Soniquement et vocalement, l’album passe presque inaperçu. On se demande si c’est un disque de musique de fond ou un disque dans lequel on peut s’immerger ce qui, eu fond, est le genre d’expérience d’écoute propre à nous faire lutter contre ce qui peut générer des paupières lourdes.

Bien que la majorité de l’album est plutôt covenue et stréotypée, Like New est agrémenté de quelques touches intéressantes ; « Avenue Bliss » »est un voyage disco-jazz interprété au ralenti, avec des couleurs tourbillonnantes et des bruits délicats de pistolet laser. « Boy » s’agite avec une espièglerie estivale et un ton affectueux, « Take You Back » frétille dans un rebondissement joyeux de style S »gt Pepper », tandis qu’un air de majesté gradiose se cachera dans les tréfond sde « Giant Night », grâce à un somptueux évanouissement de cordes. Like New n’est ni assez charmant pour donner l’impression qu’il s’agit d’un disque perdu depuis des décennies, ni un hommage modernisé à la psychedelia vintage nourrie par la drogue.

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Spinning Coin: « Hyacinth »

27 février 2020

Devenu un incontournable de la scène indie-art-pop de Glasgow, Spinning Coin a déployé ses ailes depuis Permo en 2017. Rachel Taylor, qui est devenue partie intégrante du groupe, apporte un nouvelle fraîcheur de par par sa voix sur des compositions comme le magnifique « Black Cat », mais aussi géographiquement car elle a été contrainte de quitter Glasgow, choisissant de s’installer à Berlin, suivie de son camarade Sean Armstrong.

Le groupe étant désormais partagé entre Glasow et Berlin, il est facile d’imaginer qu’ils traversent la capitale allemande pour trouver l’inspiration nécessaire à l’écriture de leur deuxième album dans un endroit familier mais étranger et « Feel You More Than World Right Now » en portera témoignage.  Les Spinning Coin ont une fois de plus fusionné leur son bien usagé et l’ont façonné eb quelque chose de nouveau et de vaguement psychédélique, comme sur « Ghostin »g où il semble possédé par un hôte.

Ailleurs, son collègue Jack Mellin, auteur de chansons,crée une musique plus agressive dans « Never Enough », tout en conservant l’ambiance du milieu des années 90. Enregistré aux studios Black Box en France, Hyacinth voit les valeurs de production de son prédécesseur fortement progresser. Bien que le champ d’action de Spinning Coin s’élargisse, la tendance est toujours de s’en tenir à une formule familière sur l’ensemble de l’album. Heureusement, cela, ils le font bien.

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Guided By Voices: « Surrender Your Poppy Field »

24 février 2020

Lorsque les rockers lo-fi américains Guided By Voices ont sorti leur premier EP Forever Since Breakfast en 1986, personne n’aurait pu prédire que le titre du disque, inspiré par Charles Manson, serait un commentaire aussi approprié sur la prodigieuse créativité et la longévité de ce groupe vénéré ! Mieux connus pour leurs chansons pop-rock indépendantes, pétillantes et percutantes, d’une durée d’à peine 3 minutes, et pour avoir sorti de la musique pratiquement chaque année de leur existence, les Guided By Voices ont guidé les oreilles de presque tous les musiciens de rock actuellement actifs sur la scène.

Au cours des 35 dernières années, le groupe dirigé par l’énigmatique génie et légendaire auteur-compositeur-interprète Robert Pollard a sorti (officiellement) 29 albums studio, et Pollard lui-même a plus de 100 albums à son actif ! Leur mélange intemporel de pop lo-fi, de post-grunge, de garage, de British Invasion et de punk a fait du groupe un groupe culte aux États-Unis et à l’étranger, ce qui en fait l’un des groupes indépendants les plus appréciés de ces dernières décennies.

Ainsi, lorsque la date de sortie de leur 30e album studio officiel, Surrender Your Poppy Field, a été repoussée, la seule critique qui a toujours été formulée à l’encontre de ce groupe a été qu’on était à la merci d’un nouvel enfantillage. Compte tenu de leur travail prolifique, le groupe de cinq musiciens a toujours eu plus de ratés que de succès. En publiant autant en termes de quantité, le groupe risquait de diluer la qualité globale de son considérable catalogue. Mais toutes les appréhensions concernant l’héritage de GBV ont été mises de côté une fois le disque écouté. Ne vous y trompez pas, cet album est exceptionnel et se classe parmi les meilleurs, comme « Mag Earwhig ! », « Bee Thousand » ou « Alien Lanes ».

Le titre de l’album lui-même est un hommage au film The Wizard of Oz et (il y a même une scène où « Surrender Dorothy » apparaît dans le ciel), ainsi qu’au propre catalogue de GBV. Comme l’explique Pollard le Magicien d’Oz lui est venu à l’esprit lors de sa conception et il réalisé un EP de cinq chansons il y a quatre ou cinq ans sous le nom de Sunflower Logic avec un catalogue factice pour le nom du label utilisé, Pink Banana Records. On y trouve 50 ou 60 faux noms de groupes avec des titres de 45 tours, d’albums EP et de compilations, et l’une des chansons était « Surrender Your Poppy Field ». Cette dernière est restée et Pollards a décidé de lui donner une vraie place sur un album de Guided by Voices ».

La chanson d’ouverture, « Year of the Hard Hitter », évoque des visions de la violence liée au sexe à l’ancienne, avec son riff de Stooges et son solo de guitare. « Volcano », la deuxième composition et le premier « single » du LP, continue dans la même veine rock. On peut facilement imaginer qu’un super groupe des années 90 a donné naissance à cette chanson à l’atmosphère floue et brûlante. Comme d’habitude, le talent de Bob Pollard pour écrire des paroles étonnantes n’est pas diminué : « True is the time when I see you / Blue are the blinds that I see through / Red are the taillights in your eyes / Said what I needed, now it’s through. »(C’est vrai que quand je te vois / Bleu sont les stores que je vois à travers / Rouge sont les feux arrière dans tes yeux / J’ai dit ce dont j’avais besoin, maintenant c’est fini.)

Les titres « Queen Parking Lot », « Man Called Blunder » et « Stone Cold Moron », avec leurs tambours énergiques et leurs riffs entraînants, sont généralement des numéros courts et doux de GBV – ils ressemblent à quelque chose que les Pixies, Nirvana ou même les Melvins auraient pu produire. Le morceau « Arthur Has Business Elsewhere » est un autre des points forts de cet album, avec ses guitares fluides et ses paroles : « He likes to run around / Because he’s played up this old town / Arthur has business elsewhere » (Il aime courir partout / Parce qu’il a joué dans cette vieille ville / Arthur a des affaires ailleurs), rappeleront le Arthur Dent du Hitchhiker’s Guide to the Galaxy. Ce morceau est également l’un des nombreux titres impressionnants de l’album qui utilise la valse, avec un morceau de stand-along comme « Steely Dodgers », tournant autour d’une ligne de basse ascendante, ainsi que le groove de « Andre the Hawk » qui sonne comme Pavement quand il était dans la fleur de l’âge.

L’euphorique « Cul-De-Sac » est un punk-rocker qui joue du punk rock avec des sifflements accrocheurs et un rythme de batterie de fanfare pour faire bonne mesure et « Physician » est un titre que le groupe de Franz Ferdinand aurait pu rêvé d’inventer.

Une autre touche agréable à souligner sur ce nouvel album est l’ajout de belles parties de synthétiseurs mélodiques et elle renforcera véritablement l’atmosphère particulière du disque. Un exemple typique en est « Woah Nell » », probablement le morceau le plus surprenant et le plus beau de l’album, avec sa section de cordes tourbillonnante et ses harmonies à l’ancienne qui agissent comme le nettoyeur de palais ultime. La dernière chanson rock de l’album, « Next Sea Level », est le fruit d’une introduction lente et ascendante qui se transforme en un véritable climax orchestral, ce qui en fait l’une des meilleures clôtures d’album de GBV que nous ayons entendues ces dernières années. 

Dans l’ensemble, il s’agit d’un disque on ne peut plus mélodieux, avec des virages azimuthés sans précédent et des effluves sonores pour garder l’auditeur captif.Pour être totalement franc, ce disque ressemble déjà à un classique des temps modernes d’un des groupes les plus appréciés de notre époque. Le seul talon d’Achille de GBV était, jusuq’à présent, un épuisant déluge de contenu. Mais à ce stade de carrière, Surrender Your Poppy Field prouve qu’en approfondissant sa musique au lieu de se contenter de la proliférer, le combo continue à grandir au lieu de vieillir.

****1/2


The Homesick:  » The Big Exercise »

19 février 2020

Le groupe néerlandais The Homesick est apparu sur le radar de la plupart des auditeurs britanniques avec son énergique premier album Youth Hunt. C’était un disque aussi passionnant que chaotique. Aujourd’hui, avec la suite de The Big Exercise, le groupe a élargi sa palette sonore mais les des résultats sont mitigés.

Le titre d’ouverture « What’s In Store » donne un premier aperçu de leur gamme élargie, des guitares acoustiques pastorales se heurtant à des harmonies vocales psychédéliques des années 60. « Pawing » suit également un chemin ouvertement accrocheur avec des sons de clavecin en myriades irisées qui rencontrent des motifs de batterie délicats. Il est louable que le groupe ait essayé d’apporter différents sons à son éventail, mais les niveaux de fantaisie sont si élevés qu’on a l’impression d’entendre une bande-son de télévision pour enfants en plein délire hallucinogène.

Parfois, ces nouveaux sons sont payants, les harmonies vocales réapparaissent sur « Kaïn » et sur le bienheureux « Small Exercise », et, cette fois, pour un effet qui se veut envoûtant. Le disque est vraiment à son meilleur lorsque le groupe s’épanouit sur des morceaux comme « Children’s Day » et « Male Bonding ». C’est en ces moments que le combo prend vraiment son envol, les guitares carillonnantes rencontrant des rafales de sonorités justes. Si The Homesick parvient à conserver certains de ces nouveaux éléments et à réduire un peu l’étrangeté, il pourrait bien s’agir d’un excellent disque.

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Hamerkop: « Remote »

18 février 2020

Annabel Alpers, ancienne de Bachelorette, est de retour aux côtés du batteur/ingénieur de Baltimore Adam Cooke (Future Islands, Wye Oak) dans le rôle de Hamerkop. Et leur premier LP, Remote, est une fascinante exploration sonore.

Le trio d’ouverture du disque, « Egg, We Can Wing et The Splendour That Was Rome », mélange le krautrock et le psychédélisme à base de synthétiseurs, mais tout en étant les morceaux les plus immédiats du disque, c’est en son centre, plus spacieux, qu’il prend véritablement vie.

La chanson-titre, « Remote », voit des enregistrements de terrain (field recordings) superposés à des poussées acoustiques tourbillonnantes et des voix entrelacées et répétitives pour former des phrases mélodiques étourdissantes. Sur « Deadwood », Alpers fera penser à Victoria Legrand du Beach House, mais le moment le plus éclatant du disque sera « Polisher » qui se sistingue par un arrangement envoûtant avec des guitares et des altos tordus passer de simples tubes de tabla à la meilleure performance vocale sur un Remote difficile à classer dans un genre spécifique mais savoureux à explorer dans son étincelante singularité.

***1/2


Psychotic Waltz: « The God-Shaped Void »

16 février 2020

Dans les années 90, le punk (et, dans une moindre mesure, le rock alternatif) constituait une grande partie de la culture de San Diego. C’était le son le plus apprécié dans les clubs, le genre que les magasins de musique indépendants encourageaient le plus, et le style que la plupart des groupes de San Diego jouaient. C’était la bande-son des surfeurs et des skateurs de toute la ville – et une ville imprégnée de la culture des surfeurs ne facilite évidemment pas l’épanouissement d’un groupe prog de haut niveau comme Psychotic Waltz. On ne peut pas arguer que les groupes de prog n’ont pas vu le jour à San Diego (jon pense à Bastille, Catharsis et Cage), mais ils n’ont certainement pas été adoptés par la ville qui les a fait naître. C’est probablement une des raisons pour lesquelles, malgré quatre albums et un grand nombre d’adeptes européens, Psychotic Waltz a fini par s’effacer. Ce fut une perte pour le métal progressif, car Psychotic Waltz a toujours été l’un des groupes les plus originaux du genre.

Il n’y avait pas d’autres ensembles avec un chanteur comme Buddy (et sa présence scénique fluide, mais robotique) ; et le prog n’était pas vraiment connu pour ses influences psychédéliques, ses atmosphères lunatiques, son écriture de chansons fortes et ses solos de guitare mélodiques pleins d’âme à une époque où tout le monde voulait miter Dream Theater. Vingt-quatre ans plus tard, le climat musical a changé et le prog s’est diversifié au-delà de son objectif initial, mais il n’y a toujours pas d’autre groupe qui sonne comme Psychotic Waltz. C’est pourquoi il est si impressionnant que le combo soit de retour après plus de deux décennies avec la sortie de The God-Shaped Void, reprenant là où Bleeding a terminé.

Au cours de leurs quatre premiers albums, Psychotic Waltz a lentement remplacé les influences prog manifestes par une approche plus sombre, plus atmosphérique et plus humoristique ; The God-Shaped Void poursuit cette tendance tout en poussant encore plus loin la sensation de lunatisme. Si vous avez déjà entendu l’une des chansons de pré-édition (« Devils and Angels » et « All the Bad Men »), vous avez déjà une assez bonne idée de ce à quoi vous pouvez vous attendre. The God Shaped-Void est composé de morceaux construits sur les riffs grossiers introduits pour la première fois dans Bleeding, de guitares et de solos planants, de claviers et d’électronique, de percussions énergiques et de mélodies vocales obsédantes ; mais dans un ensemble un peu moins épuré que Bleeding, mais pas aussi prégnant que sur Mosquito.

C’est un album qui écarte les changements de tempo qui brisent le cou et les parties de guitare chaotiques de leurs premières sorties pour un son plus accessible, mais mélancolique. C’est un son dans lequel il faut se laisser immerger, car il n’y a pas de moments de prog qui soient « sacrs »é et où la musique vous frappe soudainement à la tête avec une déviation à gauche ou à droite aléatoire. Il y a des moments privilégiés pourtant, par exemple le crescendo lourd et soudain qui clôt « Devils and Angels » ou le refrain de « The Fallen » qui s’intensifie à chaque fois qu’il se répète. On mentionnera aussi « Sisters of the Dawn », qui incarne parfaitement tout ce que The God-Shaped Void fait bien, réduit à un morceau de six minutes quarante et une secondes.

La nostalgie peut faire oublier que Psychotic Waltz avait évolué vers un son plus sombre, plus atmosphérique, depuis sa deuxième sortie. The God-Shaped Void n’est pas une reprise de A Social Grace ou même de Mosquito – ce n’est même pas une reprise de Bleeding (bien qu’ils partagent certaines similitudes). Il s’agit en revanche d’une progression naturelle du son du combo, la même progression que celle qu’ils faisaient avant de faire une longue pause. C’est un album presque parfait qui fait passer le feeling et la « chanson » avant le spectacle progressif tout en mettant en valeur l’immense talent de chacun des membres. De plus, contrairement à d’autres come-back que nous avons vus, Psychotic Waltz ne revient pas à un genre saturé de sonorités similaires ; ils reviennent à un son que certains ont essayé d’imiter, mais qu’aucun n’a réussi à reproduire.

***1/2


Tame Impala: « The Slow Rush »

12 février 2020

Tame Impala est de retour avec son premier album depuis Currents qui date de 2015. The Slow Rush représente une rupture par rapport au son de l’opus précédent qui proposait des où les synthés avaient la place d’honneur. Cet album une fois de plus, va analyser le concept de temps notre rôle dans l’univers à travers l’esthétique psychédélique unique de Kevin Parker. D’alleurs, bien que l’e disque soit mené par les « singles » « Borderline » et « Lost in Yesterday », The Slow Rush va avoir bien plus à offrir que ces deux titres.

L’album comprend de nombreux titres optimistes comme « One More Year » ou « Instant Destiny », cepandant Parker montre également sa capacité à ralentir les choses sur l’incomparable « Posthumous Forgiveness » où le morceau abore un rythme délibéré accompagné d’un travail minutieux au synthétiseur etloù le chant de Parker semble flotter au-dessus du rythme d’une manière presque éthérée. La chanson est unique car elle comporte des mouvements, où le rythme et le chant sont un peu secoués, chose qui rendra le titre d’autant plus intéressant.

Parmi d’autres favoris, on trouvera « On Track », un morceau qui présente une mélodie basse et un chant délicieusement versatile, « It Might Be Time », un autre titre qui met en avant le travail vocal de Parker et l’harmonie dynamique du synthé conugué à la batterie. L’album se termine par « One More Hour », qui si ce n’est une heure, dure un peu plus de sept minutes et qui est grandiose dans ses objectifs avec son enchevêtrement de mélodies en plein essor qui s’enchaînent mais qui l’est également dans sa réalisation et ses mouvements ; une composition qui vaut totalement le temps que l’écoute y consacrera.

Amusant, varié et serré sont les adjectifs qui s’imposent pour décrire ce dernier effort de Tame Impala. The Slow Rush se sent important quand on l’écoute et vous apporte un peu de tout. Pour les déjà fidèles, The Slow Rush ne sera pas une déception. Pour ceux qui cherchent à entrer dans l’univers de Tame Impala, il sera différent de Currents, mais il ne fait quel montrer l’évolution de l’artiste qu’est Parker : aventureux et désireux de s’attaquer à des idées audacieuses et compliquées, Parker a, une fois de plus, frappé fort.

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Alex Ebert: « I vs I »

9 février 2020

Lorsqu’Alex Ebert est entré sur scène en 2009 avec sa commune musicale hippie sous le nom d’Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, il a touché le nerf de l’époque avec une musique effectivement empreuntée à l’ère hippie orthodoxe et a inspiré le public, notamment avec les spectacles en direct scandaleux de l’ensemble. Le point culminant de cette activité a été l’album « Here » en 2012, sur lequel il a donné une structure et des compositions soignées à l’agitation de ses musiciens. La tournée suivante a non seulement provoqué des tempêtes d’enthousiasme dans ce pays, mais a également établi de nouveaux standards avec la tournée finale du train du festival avec Mumford & Sons et le Old Crow Medicine Show en tant que co-leader. Mais : après cette tournée, sa co-frontalière Jane Castrino, qui avait été une sympathique homologue d’Ebert sur scène et en studio, a quitté le groupe, ce qui s’est avéré être un réel problème pars la suite.

La première partie d’un projet dans lequel Ebert entend réunir ses nombreux egos sous un même toit, le montre comme un malaxage de sons stylistiquement versatile mais conceptuellement sans direction, si ce n’est un virage croissant vers l’esthétique hip hop (y compris l’utilisation qasiment intrusive de composants électroniques, d’échantillons et de claviers) . Cette évolution ne semble pas avoir de sens dans le contexte du passé musical de l’artiste et, par conséquent, tout cela n’a presque rien à voir avec l’histoire de Ebert. Le renversement conceptuel du concept de groupe vers le format solo a vraisemblablement un sens ; il apparteindra, toutefois, aux fans de la première heure de travailleur dur pourdonner signification et direction à un opus arborant un tel titre.

**1/2


Sunflowers: « Endless Voyage »

7 février 2020

Ce garage-band psychédélique prête ici sa couronne à des machines. En 2018, Sunflowers avaient fait sensation avec un Castle Spell punky et sauvage ; aujourd’hui, les Portugais sortent leur troisième album.

Le concept de Endless Voyage est basé surune image globale dystopique : Ii s’agit de la fin du monde, le soulèvement des machines est arrivé, nous vivons dans le chaos. La question en est : est-ce que ce que nous sommes tentés de faire aujourd’hui ?

L’album, dès lors obéit à ce contenu et crée, par conqéquent, des sons d’ordinateur comme emballage musical. Des synthés bizarres, des sampes de 8 bits ; quelque chose qui ressemble à un échantillonage sonique de claviers apparaissant et disparaissant Le premier résultat en est que, longtemps, nous il faudra distinguer un morceau d’un autre.

« Defective Machine » démarre en mode robotique, la guitare prend le relais, elle devient plus rock, mais reste instrumentale. Il n’y a qu’avec « A Conflict Taking Place » qu’il y a une vraie chanson rock et i c’est ici Sunflowers montrent font montre de leurampleur avec cette piste fantastique qui s’envole d’abord, puis s’éloigne.

Les gadgets servant d’interludes ne dérangent pas, ils soutiennent l’ambiance maisce n’est que quand la guitare, la basse et la batterie se mettent en marche qu’on éprouve satisfaction auditive comme sur le crépitant « Dreamweaver » ou le véhément « Oscillations ». Endless Voyage est un merveilleux film psychologique qui se transforme en une expérience où les robots ont le dessus et où ne pouvons que nous rendre à eux.

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Alien Nosejob: « Suddenly Everything Is Twice As Loud »

4 février 2020

Jake Robertson est prolifique, cela est indubitable. Faisant partie de groupes australiens de renom comme Ausmuteants et School Damage, Alien Nosejob est devenu son projet solo. Son nouvel album, Suddenly Everything Is Twice As Loud est un disque de punk noise monumental.

Depuis quelques années maintenant, la tendance pop bancale de son Various Fads And Technological Achievements de 2018 a été assombrie par un son plus lourd cette fois-ci, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Là où cette sortie a canalisé ces autres aventuriers sonores solitaires que sont R. Stevie Moore et Syd Barrett, le bruit et le thrash ont été – à juste titre pour un album intitulé Suddenly Everything Is Twice As Loud – considérablement augmentés.

Les douze chansons vibrent d’une technique consommée et d’un effort sérieux ; Robertson n’a pas besoin d’une narration écrasante ou de touches stylistiques lourdes. Toute son attention et son expérimentation se concentrent cette fois sur la façon dont il peut tisser ses instruments de façon cohérente pour faire un disque punk exemplaire voire emblémétique.

Sa voix sarcastique oscille entre l’incohérence et les cris au-dessus de ses éclats de guitare, et pas une seule chanson ne dépasse quatre minutes, comme tout bon album punk ne devrait jamais le faire, ce qui signifie que l’auditeur n’a jamais un moment pour réfléchir ou se reposer. Robertson possède toujours la capacité de jouer plus légèrement, en se référant à diverses modes : la pop de « Weight Of The World » coupe immédiatement l’ouverture frénétique et anxieuse de « Television Sets », avec un refrain mémorable et des riffs accrocheurs et «  Rainbow Road » est si près de The Cleaners From Venus qu’il rend hommage à cette formation conique en matière de bricolage sonique.

Le punk dur domine ctoutefois, notamment dans le tranchant « Black Sheep », un hymne punk qui étouffe et subjugue par son intensité et les persussions lancinantes d’« Emotional Rep » sont couronnés par une voix digne de celle d’Iggy. Tout lyrisme digne de ce nom est un classique du punk, dégoulinant de nonchalance et d’attitude, comme lorsque Robertson déclare à ses amis « I don’t need no love no more » sur « Don’t Need Your Love ». C’est le « single » le plus ouvertement personnel du disque mais il n’en demeure pas moins qu’il est d’une universalité innée.

On ne sait pas si Robertson continuera à se poduire sous le patronyme de Alien Nosejob ou s’il reviendra à ses autres projets en 2020 mais, si l’on devait juger sur ce seul album, on pourrait espérer qu’il y a un avenir pour cette entreprise solo. La production musicale grand public est aujourd’hui si bien peaufinée qu’elle semble si qu’il est essentiel que des musiciens purs et durs comme Robertson produisent des albums honnêtes et passionnés comme celui-ci.

***1/2