Iiro Rantala:  » My Finnish Calendar »

5 octobre 2019

La particularité de ce My Finnish Calendar du pianiste finlandais Iiro Rantala est de proposer 12 morceaux improvisés avec pour chaque titre une évocation musicale d’un mois de l’année… car le pianiste Iiro Rantala a décidé de mettre en musique le passage d’une année entière dans son pays, la Finlande.

Disque de jazz mais pas seulement, My Finnish Calendar évoque l’esprit des albums en mode  solo piano de Gonzales avec ce côté joueur et par moment très virtuose dans la manière de poser les notes, avec pour chaque mois une humeur un ressenti différent.
Les mois d’été seront légers et entraînants tandis que les mois d’hiver seront mélancoliques et sombres. Le tout, comme partout en Europe.

Quelles que soient les saisons, cela donnera un album très varié et très riche avec des variations et des nuances présentes tout au long des cinquante minutes de ce disque, un opus ludique et virtuose à la fois.

***1/2


Kjetil Mulelid Trio: « What You Thought Was Home »

1 octobre 2019

Alors que la plupart des trios jazz s’aventurent dans d’autres directions musicales, Kjetil André Mulelid poursuit dans une veine jazz assez traditionnelle. Il faut dire que le jeune homme n’en est qu’à son deuxième album sous ce format et qu’il intervient, en parallèle, dans le projet Wako, formation moins classique dans sa composition. Deux ans après le très bon Not Nearly Enough To Buy A House, le trio piano-contrebasse-batterie revient donc pour un disque qui se démarque légèrement de son prédécesseur.

Si l’alliage entre le Danois et ses deux amis norvégiens est immuable, comme la précision de leurs interventions, on repère rapidement que les qualités mélodiques d’une bonne partie des neuf titres de l’album s’avèrent plus affirmées. « Folk Song, Far Away » ou « When Winter Turns Into Spring, » par exemple, se démarquent ainsi par un véritable thème, interprété au piano par Mulelid, revenant au début et à la fin du morceau et laissant, classiquement, de la place pour des soli au milieu. À l’aise dans ces exercices, à la limite de la démonstration de virtuosité, que sont ces passages en solitaire, Mulelid et le contrebassiste Bjørn Marius Hegge se positionnent donc l’un après l’autre dans ces travaux, offrant aux auditeurs de belles variations et de jolis moments, quand bien même l’ensemble reste dans un registre assez couru.

 

Seul titre composé par Hegge, « Bruremarsj « permet même au Norvégien de dialoguer mélodiquement avec le piano, faisant rebondir gracieusement son instrument pour cette « marche nuptiale » à la belle allure. Délibérée et revendiquée, l’inclinaison vers des phrases mélodiques amène donc le trio à proposer, sur le même album, des moments plus légers et immédiats (ceux décrits précédemment), des instants plus mélancoliques (le caudal « Homecoming » au tempo moins soutenu) et des passages dans lesquels il s’agit d’aller vers des terrains un peu plus libres et improvisés. Dans ce registre, relevons le très intéressant « Tales » dans lequel les cordes du piano sont pincées par Mulelid, celles de la basse objets de slides et les fûts d’Andreas Skår Winther être détimbrés, ou bien « A Cautionary Tale Against A Repetitive Life « qui laisse des plages de respiration avant que les doigts du leader du trio ne courent sur le piano.

***1/2


Mats Eilertsen: « Reveries & Revelations »

9 août 2019

Contrebassiste de renom au CV bien garni dans la sphère jazz norvégienne, Mats Eilertsen s’éloigne ici de sa zone de confort en s’aventurant dans l’écriture d’une œuvre différente, dans le fond comme dans la forme. Rien ne préfigurait d’ailleurs un tel revirement à l’écoute de la plupart de ses précédents efforts, en solo comme en trio. En effet Reveries & Revelations tranche clairement avec le reste de sa discographie fraîche de seulement dix ans. Mieux : il fait basculer sa musique vers des formes abstraites difficilement identifiables tout en l’ouvrant à un intimisme à fleur de peau donnant à l’ensemble une intensité nouvelle, viscérale et plutôt remarquable.

Le musicien fait ici littéralement corps avec son instrument, cette contrebasse que l’on entend ici grincer (« Tundra »), vibrer, gronder. Celui-ci s’est comme d’habitude adjoint les services de figures majeures de la scène norvégienne pour parfaire son tableau, ainsi retrouve t-on le guitariste Geir Sundstøl (« Nightride », « Hardanger ») ou le trompettiste Arve Henriksen (« Supersilent ») sur la magnifique crtcvonclusive « Appreciate ». En donnant une impulsion quasi incantatoire voire obsessionnelle (« Endless) » à ses nouvelles compositions, Mats Eilertsen ouvre son jazz à un champ des possibles qui attise notre curiosité pour l’avenir. Nous nous contenterons pour l’instant de ces quelques percées nocturnes à la beauté saisissante et crépusculaire.

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Theon Cross: « Fyah »

18 avril 2019

Le jazz semble reprendre des couleurs depuis quelques années, avec la profusion de jeunes artistes, surtout en provenance de Grande-Bretagne, peu, néanmoins, apportent quelque chose de nouveau et de réellement excitant, à de rares exceptions près telles que Sons Of Kemet, dont Theon Cross fait partie.

Avec la sortie de son premier album Fyah, le musicien met à l’honneur son instrument de prédilection, le tuba, dont les sonorités graves résonnent comme des basses aux vibrations profondes. Accompagné des musiciens d’exception que sont la saxophoniste Nubya Garcia et le batteur Moses Boyd, Theon Cross se réapproprie une certaine histoire du jazz pour lui offrir des couleurs contemporaines, où underground urbain, afrobeat, musique caribéenne et groove vicieux issus des fanfares de Louisiane, donnent le tournis.

Il plane sur Fyah un esprit be bop, qui donne à l’ensemble une dimension extrêmement accessible, même pour ceux qui n’ont aucune affinité avec l’univers jazzistique, appuyé par la qualité musicale de l’ensemble, alliant magistralement modernité et tradition, le tout habillé par quelques invités prestigieux : Artie Zaitz (guitare), Tim Doyle (percussions), Wayne Francis (saxophone ténor) et Nathaniel Cross (trombone). Magistral.

***1/2